Le Nouvel Automobiliste

Essai BMW 128ti : la Golf GTI en ligne de mire

En 2019, beaucoup d’encre a coulé lorsque la BMW Série 1 est sortie : sacrilège ! La plus abordable des “BM” cédait aux sirènes de la traction, au grand dam des aficionados de la marque, et du modèle, ne jurant que par la propulsion ! Afin de se faire pardonner, de retrouver ses lettres de noblesse et une image de sportivité, la marque munichoise propose désormais une version 128ti qui devrait parler aux inconditionnels. Son but ? Aller chasser sur les terres de la Volkswagen GTI. Ses armes pour cela, un moteur de 265 chevaux et un comportement routier promis aux petits oignons. L’ensemble est-il convaincant ? Les lettres “ti” de “128 ti” suffisent-elles pour renouer avec le passé ? Réponse sur les routes des Yvelines.

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Deux lettres pour une finition unique

Dernier des constructeurs à proposer une transmission à propulsion sur une compacte, BMW a profité de la plateforme UKL (partagée avec la gamme Mini) pour réduire les coûts et ainsi transformer sa Série 1 en traction. Bien entendu, les puristes ont crié de douleur et on peut les comprendre. BMW est l’un des derniers spécialistes de la propulsion et cette architecture permet d’avoir une répartition optimale entre le train avant et arrière. En passant à la traction, la marque munichoise a cependant travaillé le comportement de sa série 1 pour la placer parmi les meilleures des compactes actuelles. Quand bien même, la raison l’emporte sur le plaisir de conduite, slogan si familier à BMW.

Mais outre l’aspect réduction des coûts, ces choix s’expliquent aussi par l’envie d’aller taquiner les ennemis de toujours tels que Mercedes-Benz avec sa Classe A ou encore l’une des compactes les plus vendues depuis sa première génération, la Volkswagen Golf. Non content de titiller la fameuse compacte de Woflsburg dans ses itérations les plus classiques, BMW a également décidé de se mettre en travers de la route de sa déclinaison sportive, la Golf GTi, avec une version plus musclé de sa “1”. Son nom de code : 128ti. Alors attention ti ne veut pas dire turbo injection mais turismo internazionale. Ces deux initiales ressortent du passé, alors qu’en 1963, BMW présentait la 1800 TI.

Côté style, BMW n’a pas voulu rendre la 128ti si exubérante que cela. Elle adopte les boucliers de la finition M Sport avec des éléments teints en rouge situés sur les prises d’air avant, les jupes latérales ou encore sur les extracteurs latéraux arrière. D’ailleurs, si vous les trouvez trop voyants, vous pouvez gratuitement opter pour des éléments peints en noir (qui sont automatiquement de cette couleur pour certaines teintes de carrosseries). Dernier détail sur cette 128ti, la calandre et le diffuseur sont de couleur noir brillant. A noter que notre modèle d’essai était chaussé de jantes de 18 pouces bicolores dénommées 553 M, qui collent parfaitement avec l’esprit.

Un intérieur sportif avec quelques détails M

A bord, on retrouve les codes d’une BMW Série 1 standard mais avec quelques détails spécifiques de cette finition ti. Tout d’abord, sur notre modèle d’essai, la sellerie n’est pas garnie de cuir mais adopte un traitement tissu et similicuir Sensatec avec surpiqûres rouges.

Par ailleurs les aficionados de la marque remarqueront le sigle M cousu dans les coins des sièges avant et de la banquette arrière. Un petit clin d’œil de la marque pour rappeler que ce modèle adopte des pièces Motorsport, sans toutefois appartenir à la famille de vraies sportives, les fameuses “M”. Revenons aux surpiqûres que nous retrouvons en rappel sur la planche de bord, le volant et l’accoudoir central, sur lesquelles elles forment le logo ti. Comme cela, pas de doute sur le fait qu’il s’agit d’une série spéciale et non d’une M Sport !

Pour le reste, rien de nouveau comparé à une BMW Série 1 de base. Le combiné numérique se montre très réactif, la position de conduite reste excellente et l’ergonomie est parfaite. A l’arrière, les passagers profitent d’une banquette moelleuse même si l’espace au jambes arrière est limité pour des personnes de grande taille. Le coffre reste quant à lui dans la moyenne de la catégorie avec ses 380 litres.

Un léger manque de caractère pour le moteur

Sous le capot de cette BMW 128ti, on retrouve le fameux quatre cylindres essence turbo de 2 litres de cylindrée, dénommé B48 en interne. Il s’agit en fait d’une version dégonflée de la M135i (partageant les mêmes pistons en passant) qui dispose ici de 265 chevaux. Bien que profitant d’une puissance acceptable, ce moteur n’offre cependant pas le coup de pied au cul que l’on attendait. En effet, il se montre un peu trop linéaire avec un couple de 400 Nm constant entre 1750 et 4500 tr/min. Et du coup, on se retrouve très vite à une allure répréhensible par la loi sans s’en rendre compte.

Passant de 0 à 100 km/h en 6,1 secondes, cette 128ti n’a pas la fougue de certaines compactes sportives concurrentes. Et c’est sans compter sur la sonorité si feutrée de la compacte munichoise. Au ralenti, que cela soit à l’intérieur ou à l’extérieur, on a l’impression d’être à bord d’une simple 118i. Et quand bien même vous haussez le rythme, le bruit est artificiel puisqu’il est diffusé par les haut-parleurs grâce au système ASD (Active Sound Design). Certes, le son est relativement rauque, mais il est discret et sans crépitements de l’échappement au lever de pied.

Côté boîte, cette BMW 128ti adopte la fameuse transmission automatique Aisin à 8 rapports. Que cela soit en mode Eco Pro, Confort ou Sport, les rapports passent exactement quand il le faut. On peut toutefois prendre le relai en profitant des palettes au volant dont la réactivité est parfaite, notamment lorsque l’on bascule la boîte en mode Sport. Léger bémol tout de même sur cette boîte, quelques petits soubresauts en ville se font ressentir en conduite coulée.

Même si la consommation n’est pas le maître-mot sur ce type de véhicule, il faut signaler que celle-ci reste plutôt raisonnable. Notamment en coulée et donc au quotidien, elle s’établit à environ 7,8 litres aux 100 kms. Mais vous pouvez rapidement monter à plus de 20 litres en conduite très intensive. Cela peut sembler énorme mais vous ne conduirez pas tous les jours de façon très sportive. Ou alors c’est que vous êtes toujours très en retard !!!

Facile à placer mais avec un châssis trop ferme

Bien que le moteur soit dérivé de la version la plus puissante, à savoir la BMW M135i, cette 128ti se passe de la transmission intégrale. Du coup, en devenant une pure traction, elle s’allège de 80 kg. Ce gain de poids permet de la rendre plus agile notamment sur les enchaînements dans les virages serrés. On a l’impression de ne jamais perdre le train avant même avec des contre-appuis très rapides.

Mais en adoptant la transmission aux roues avant, la marque munichoise a dû faire face à un autre problème : canaliser le couple de 400 Nm et le rendre le plus facile à appréhender. Pour cela, cette BMW 128ti embarque un différentiel à glissement limité de marque Torsen. Et pour renforcer celui-ci, elle se dote du système ARB, déjà vu sur l’i3S. Cet équipement régule le patinage au moment où l’une des roues avant commence à perdre de la motricité.

Cependant, pour parvenir à cette inflexibilité du châssis, la fermeté des suspensions de cette BMW 128ti a été mise à contribution. Un peu trop diront certains. Il est vrai que les BMW Série 1 de génération précédente se révélaient très raides mais force est de constater que cette 128 ti arrive à faire encore plus dur que précédemment. On est à la limite du bout de bois sur certains nids-de-poule. Et cela s’amplifie sur route à voie rapide lorsque le tracé semble visuellement très lisse.

Seulement la Golf GTI comme concurrente ?

C’est une question que l’on peut se poser. En effet, avec des malus écologiques infligés par la réglementation et notamment sur les véhicules dits sportifs, la plupart des constructeurs actuels s’orientent vers l’hybridation (comme la Cupra Leon par exemple) ou bientôt vers l’électrification complète. Et du coup, en cherchant bien, la seule vraie concurrente à cette BMW 128ti, c’est la Golf GTI.

Moins puissante (245 chevaux), elle profite d’un tarif moins élevé (comptez 43 210 euros en prix de base contre 46 550 euros hors options pour la munichoise). Mais même si son châssis reste efficace, elle se montre moins fun en conduite sportive. Elle se révèle plus bourgeoise que la BMW au quotidien. Ce savoir-vivre peut représenter un bon point pour la Golf GTI qui, revers de la médialle, ne reflète pas le coté décalé des précédentes générations.

Autre option possible tout de même en terme de concurrence, la Ford Focus ST et ses 280 chevaux sur les roues avant. Bien que le châssis reste très efficace, son malus écologique de plus de 6 000 euros fait grincer des dents. Sans compter sur son intérieur un peu trop fade et une qualité de fabrication en deçà de la BMW. On aurait aussi pu confronter la 128 ti à la Renault Mégane RS avec son châssis aux petits oignons et ses 300 chevaux. Mais le malus infligé à la française est juste énorme : comptez 9 550 euros à additionner aux 42 900 euros soit près de 53 000 euros.

Une GTI à la sauce munichoise

Compliqué de s’imposer dans un monde de compactes sportives… mais la marque BMW a su proposer une version affûtée et utilisable au quotidien avec cette 128ti. Comparée à une BMW M135i, elle se montre bien plus amusante à conduire au quotidien avec notamment un châssis très bien équilibré et ses 80 kg en moins sur la balance. Son comportement en conduite sportive vous donnera la banane, un peu moins ses suspensions raides.

Cependant, on aurait préféré que le son à l’échappement ne soit pas aussi artificiel et que le moteur soit un peu plus démonstratif notamment en mode Sport. De plus, les éléments spécifiques à cette finition ne sont pas très nombreux et pas aux goûts de tous. Certains trouveront que cette BMW 128ti a des accents de tuning. Quoi qu’il en soit, ces quelques petits détails ne viennent pas entacher le plaisir de conduire distillé, qui reste le maître mot de la marque… dans les limites du raisonnable !

Crédits photos/Texte : Christian CONDÉ/Le Nouvel Automobiliste

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