Le Nouvel Automobiliste
Pickup Peugeot 504

Essai : Au volant du pickup Peugeot !

Énorme exclusivité sur Le Nouvel Automobiliste ! Les rumeurs en parlent depuis plusieurs mois, il a ensuite été annoncé officiellement lors de la présentation du plan « Push to Pass », mais reste jusqu’alors top secret aux yeux du public… Aujourd’hui à l’essai sur votre site préféré : LE pickup Peugeot ! Embarquez à bord du véhicule utilitaire le plus charismatique de la marque au lion pour un petit tour en sa compagnie dans la campagne Franc-Comtoise…

Ah, les pickups ! Ces véhicules autrefois pensés pour être purement utilitaires, mais qui ont fini par se retrouver en tête des ventes aux USA (le Ford F150 truste le haut du tableau depuis 34 ans !) commencent doucement à envahir le reste du monde : tout le monde finit par s’y mettre ! Même chez les premiums d’ailleurs, Mercedes venant tout juste de dévoiler son Classe X

Bref, un segment de marché à ne pas négliger pour les constructeurs. Du côté des hexagonaux, on ne peut pas dire que l’offre soit conséquente … Renault a présenté son Alaskan, qui comme le Classe X cité plus haut n’est autre qu’un Nissan Navarra rebadgé, et… c’est à peu près tout ce qui est disponible sur le marché (et encore, l’Alaskan n’est pour l’instant pas commercialisé en France !)

Et Peugeot alors ? En 2010 apparaissait le Hoggar (nom repris du concept éponyme de 2003, voir ci-dessous), sorte de 206 très fortement enlaidie et lourdement transformée, avec notamment l’adoption d’un train arrière de Partner, pour accueillir une benne. Réservé au marché sud-américain, le succès n’a pas été au rendez-vous alors que ce type de véhicule est plutôt prisé là-bas. Vu le look, en même temps…

Mais le constructeur Sochalien a toutefois brillé par le passé avec un autre modèle : la 504 pickup !

Et c’est sur ce modèle que nous allons nous focaliser aujourd’hui au travers de cet essai pas comme les autres. Comment ça, tromperie sur la marchandise ? L’intro vous a induit en erreur ? C’était involontaire, totalement à l’insu de mon plein gré, vraiment…

Né en à l’automne 1979, 11 ans après la sortie de la berline 504, le pickup by Peugeot a continué sa carrière jusqu’en 1996 (!) en France et jusqu’en 2005 (!!) au Nigéria, une belle preuve de robustesse et d’une conception des plus high-tech …

Commençons la découverte de l’engin par le traditionnel tour du propriétaire.

Notre version d’essai est un millésime 1983 version « Confort », au look pas tout à fait d’origine, mais qui en jette, assurément !

A l’avant, on est tout de suite impressionné par le capot en fibre de carbone alourdie (comprendre : en tôle peinte en noir), qui tranche avec la superbe teinte beigo-blanche, ancêtre du blanc nacré actuellement très à la mode. Cet artifice stylistique du designer donne un cachet sportif indéniable au véhicule, et laisse présager d’une mécanique à la hauteur (V8 atmo ? W12 bi-turbo ? Nous y reviendrons plus tard)

La grille de calandre verticale, conforme aux derniers standards du style insufflés par Gilles Vidal et repris sur les derniers modèles de la marque depuis la 508 I restylée, est ornée en son centre d’un magnifique lion vintage noir mat, trônant fièrement au milieu des 5 barrettes horizontales. Vous aurez sans doute noté que ces dernières ne sont pas tout à fait droites : c’est tout à fait normal ! En effet, ces déformations permettent de créer des vortex aérodynamiques améliorant sensiblement le refroidissement du big block à la française.

Autre imperfection qui n’en est pas une : la buée dans les phares. Infiltration d’eau ? Mauvaise isolation ? Que nenni ! Il s’agirait en fait selon les rumeurs d’un système unique au monde de nettoyage de la vitre depuis l’intérieur du phare. Malheureusement, les informations techniques à ce sujet sont plutôt rares, mais il ne fait aucun doute qu’un autre constructeur copiera vite le principe tant il est innovant.

Sous les optiques au dessin agressif, on retrouve une deuxième rangée du système d’éclairage (Citroën et son C4 Picasso II n’a rien inventé !) : les clignotants et les veilleuses y sont déportés. Les leds à défilement un temps envisagées pendant la conception ont finalement laissé place à de bonnes vieilles ampoules, un gage de fiabilité et de facilité de remplacement dans le cas où une improbable défaillance se produirait. Le contour chromé ajoute une touche de luxe et de qualité perçue à l’ensemble.

Le pare-chocs réduit à sa plus simple expression est certes tout tordu et pas très joli, mais au moins il pare les chocs, lui ! Il permet également, grâce à son dessin épuré, d’offrir un angle d’attaque important, un bon point pour les adeptes du franchissement.

Passons au profil : ici, pas de chichis ! (ni de racrac, d’ailleurs) L’outil principal de dessin étant la règle, il faut bien le rentabiliser. Les stylistes Peugeot en ont donc abusé, exception faite de l’extrémité du capot légèrement inclinée (et pas sûr que ce soit pour respecter les normes de choc piéton). En revanche, les grosses roues et pneus à flancs larges donnent un aspect baroudeur à l’auto, et le côté sportif est encore affirmé ici avec un « piquage sur l’avant », que l’on retrouve aujourd’hui sur les Formule 1 RedBull notamment. Les jantes à 5 écrous laissent entrevoir d’impressionnants disques à l’avant (et tambours à l‘arrière), laissant présager d’un freinage ultra puissant. Juste derrière la porte passager se trouve la trappe à carburant, et vous ne rêvez pas, il n’y a pas de serrure. Cependant, elle est tellement dure à ouvrir que les éventuels voleurs se décourageront avant d’avoir pu vous dérober la moindre goutte d’essence. Quant aux passages à la pompe, eh bien, évitez d’y passer trop souvent. La partie inférieure de la benne ainsi que les bas de caisse reprennent la fibre de carbone alourdie du capot, mais le tout allège visuellement le profil.

Et la benne, parlons-en ! Pièce maitresse de la 504 pickup, elle offre une capacité de chargement intéressante avec ses dimensions généreuses : 2 mètres de long, 1,5 mètre de large et 36 centimètres de profondeur. La version « entrepreneur » dispose quant à elle d’une benne légèrement différente, un peu plus carrée dans ses formes histoire d’encore plus rentabiliser la règle à dessin, et légèrement plus haute.

Il est possible d’ajouter une bâche par-dessus la benne, transformant le pickup en camionnette en un clin d’œil. Pratique !

Quid de la capacité de chargement ? La réponse va vous étonner !

1250 kg de charge utile ! De quoi en charger nom de dieu !

La porte arrière s’abaisse une fois les 2 verrous latéraux ouverts, facilitant le chargement. Elle est ornée d’un magnifique seuil en alu renforçant l’aspect premium. Les passages de roues empiètent légèrement sur les côtés, réduisant le volume de chargement, mais rien de rédhibitoire. Malheureusement, des problèmes de finition persistent et la peinture ne tiendra pas le choc dans le temps : chaque chargement la fera s’enlever un peu plus … On est loin des standards allemands, Peugeot a encore du progrès à faire sur ce point ! Idem pour les ajustements du volet ouvrant… (à l’échelle de l’univers, ça passe, mais de près, c’est pas terrible)

Pour le reste, on retrouve une inscription Peugeot en relief du plus bel effet sur le volet, ainsi que des feux arrière minimalistes : un carré rouge pour les freins et les codes, un carré orange pour les clignotants. What else ? Bah rien. En dessous, le diffuseur d’air laisse entrevoir la roue de secours ainsi que l’échappement qui aurait mérité un traitement plus sportif.

Passons à la découverte de l’intérieur.

Ici, une bonne surprise nous attend. Face aux critiques des journalistes envers le i-cockpit des dernières 208, 2008, 308 et 3008 (« bouh-c’est-nul-on-voit-pas-les-compteurs »), les stylistes ont revu leur copie en profondeur et installé ici un volant énorme à jante très fine, au travers duquel on peut lire les cadrans. Ré-vo-lu-tion.

Cadrans minimalistes au possible, tout est ici pensé pour se focaliser uniquement sur la conduite. Le reste est d’ailleurs tout aussi dépouillé, à l’extrême, chasse aux kilos superflus oblige : pas d’habillage sous la planche de bord, comme sur une Alfa Romeo 4C, sièges allégés au possible grâce notamment à une ouverture pratiquée dans l’assise côté conducteur, horloge retirée… Le plus surprenant vient toutefois des contreportes ornées d’une décoration boisée dans l’air du temps et très écologique, qu’un 3008 GT ne renierait pas, où l’on retrouve la signature de leur designer, le célèbre Jacques Daniel. Sa tante, tout aussi connue, appréciera sans doute les poignées en véritable corde qui nique les doigts.

Pour ce qui est de l’équipement, là encore Peugeot reste fidèle à la tradition « light is right », bien connue des amateurs de Lotus : y’a rien capitaine !

Tout juste retrouve-t-on un autoradio, mais il ne lit pas les mp3 et n’est pas non plus compatible bluetooth, une vraie déception. Pas de clim’ non plus, et on nous dissuade fortement d’utiliser la ventilation puisque les boutons sont retirés laissant d’inquiétantes tiges métalliques pointues dépasser (chasse au poids encore, sans doute).

On retrouve par contre en série un chiffon blanc en guise de système de désembuage avancé, ainsi qu’un accès facile aux systèmes électriques. Autre innovation : un système de lave-glace ultra économe en liquide. En effet, il ne marche pas.

Question confort, l’assise est plutôt molle et n’offre pas un bon maintien latéral (sauf si l’on monte à 3, auquel cas personne ne pourra bouger), mais malheureusement notre modèle d’essai n’a pas permis de juger des capacités réelles du modèle puisqu’il n’était pas doté de la banquette d’origine. J’en profite d’ailleurs pour passer un avis à la population : si vous possédez ladite banquette d’origine, faites nous signe ! Idem pour les contreportes… Vraie astuce ergonomique : le frein à main situé à gauche du siège conducteur peut s’abaisser même serré pour faciliter la sortie. French Qualität !

Mais que vaut ce pickup Made in France sur la route ?

Contact, starter, suspens … Il démarre au demi-tour ! (un peu moins bien qu’au quart de tour quoi)

Les premiers mètres à son volant sont assez déstabilisants, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la position de conduite très, euh, pourrie. N’ayons pas peur des mots. Assis très haut, collé au volant, on a certes une très bonne visibilité vers l’avant, mais c’est à peu près le seul avantage ! La banquette surélevée n’aide pas. Elle n’aide pas non plus à voir autre chose que le bitume dans les rétros, d’ailleurs…

Autre point : le levier de vitesses au volant. Il faut d’abord se remémorer où sont situés les 4 rapports, mais ce n’est pas le plus compliqué, la partie la plus exigeante étant de tomber « juste », c’est-à-dire pas dans un des nombreux trous disponibles tout autour de la grille en H 🙂 Il faut dire que le guidage est tout sauf précis, autant en profondeur qu’en latéral : une sorte d’anti Mazda MX5 donc.

Une fois quelques rapports engagés, l’habitude s’installe et on se fait au système. Ce à quoi on se fait moins, c’est à l’écart impressionnant qu’il y a entre l’accélérateur enfoncé et la pédale de frein : il faut lever la jambe droite exagérément pour passer de l’une à l’autre, c’est un peu perturbant !

Autre phénomène perturbant : l’absence de réaction lorsqu’on met pied au plancher. En effet, les attributs de style extérieurs n’étaient que fourberies ! Alors qu’on pouvait s’attendre à un V8, nous ne sommes au final en présence que d’un simple 4. Cubant 1618 cm3 et disposant d’une puissance fulgurante de 62 poneys à 5200 tours/minute pour un couple de 118 Nm, le bloc essence de notre pickup sochalien ne peut malheureusement pas lutter avec les supercars modernes. Ni anciennes, d’ailleurs.

Néanmoins, malgré ses capacités d’accélérations limitées, il atteint au bout d’un certain temps les 90 km/h réglementaires sur route et arrive à les maintenir sans trop de peine, pour peu que le conducteur soit équipé de bouchons d’oreilles suffisamment filtrants, le bruit à l’intérieur de la cabine étant inversement proportionnel aux performances. La fiche technique annonce une vitesse maximale de 130 km/h sur circuit (véridique), mais ne disposant pas de circuit, nous n’avons pas pu vérifier.

En explorant les entrailles sous le capot, on découvre que la 504 pickup dispose de « Bremsröhre mit konvex Bordel », ça ne s’invente pas (la preuve en image ci-dessous). Il y a également des fils, tout un tas d’autres trucs et de la poussière, mais en tout cas ça tourne, c’est l’essentiel.

La tenue de route légendaire des Peugeot n’est pas vraiment de la partie, même si la répartition des masses est de 50/50 (enfin, plus précisément 50% sur la roue avant gauche et 50% sur la roue avant droite). A vide, ça n’est donc pas terrible ! Et en charge ? Bonne question, on ne l’a pas testé. Mais vu que la charge utile (1250 kg) est supérieure au poids à vide (1175 kg), on imagine aisément que les performances vont en prendre un sérieux coup.

L’architecture propulsion (avec DGL, s’il vous plaît !) semblait prometteuse sur le papier, mais à part offrir très certainement de belles frayeurs l’hiver il semble qu’elle n’ait pas d’autre utilité. Pour le drift, on repassera.

L’amortissement à lames à l’arrière permet de ressentir les dos d’âne sur encore plusieurs centaines de kilomètres après les avoir passés, et la direction ultra-pas-précise permet quant à elle de conduire comme dans les vieux films américains en tournant le volant en ligne droite sans que rien ne se passe, ainsi que de se passer d’abonnement à la salle de musculation.

Bref, une expérience de conduite unique ! Surtout lorsque comme moi on n’a jamais conduit de voiture « ancienne » : c’est imparfait, bourré de défauts, mais c’est ça qui fait son charme ! Et en plus on peut transporter tout ce que l’on veut avec ! Bravo le veau Peugeot ! Quelque chose me dit que la relève aura du boulot pour devenir aussi « culte ». Affaire à suivre… En tout cas, il semble que les qualités des pickups Peugeot soient reconnues en haut lieu, la preuve en image. Pourvu que ça dure !

Pour terminer, voici les dimensions de notre Dodge RAM national, de notre Hilux au bonnet phrygien, ainsi que différentes variantes disponibles sur base de la version châssis-cabine (merci au site Arpaouest.org). Que de diversité !

Texte et photos : Romain BRESADOLA pour Le Nouvel Automobiliste