Le Nouvel Automobiliste
Voyage en Chine

Le Nouvel Automobiliste en Chine : les autos du milieu

L’empire du milieu est devenu l’eldorado de tous les constructeurs automobiles, et tout le monde semble l’avoir bien intégré mais savez-vous à quoi ressemble le parc roulant actuellement ? Bonne question, n’est-ce pas ? Tous à vélo ? Des copies plein les rues ? Embarquez avec nous pour un reportage photo au pays des nouilles, du riz… et de l’automobile !

En 2015, je suis allé en Chine. Deux fois.

Dit comme ça, ça ne parait pas vraiment engageant. Il faut dire que ce pays collectionne les clichés dans tous les domaines. Si l’on devait résumer, la Chine est un pays de copieurs mangeurs de riz et d’animaux de compagnie où les petits n’enfants fabriquent des iPhones, et où les voitures sont de vulgaires charrettes d’une autre époque ne passant pas le moindre crash-test. Pour ce qui est des smartphones et de la nourriture, il y a un peu de vrai… Pour l’automobile, moins !

Cet article n’a pas pour ambition d’être absolument exhaustif sur la totalité du marché auto chinois et des habitudes des automobilistes du pays, il se basera uniquement sur mon ressenti personnel et ce que j’ai pu voir lors de mes pérégrinations à Shanghai, Pékin et Chongqing.

Alors, alors ! En quoi ils roulent, nos amis chinois ?

Par où commencer… Disons simplement que leurs goûts sont très éclectiques.

La première chose qui frappe, c’est que la grande majorité des autos qui circulent sont très récentes. Alors qu’en France on croise encore fréquemment des voitures de 20-25 ans, en Chine les autos de plus de 10 ans sont plutôt rares. Le développement rapide du pays participe grandement à ce phénomène, l’accès à l’automobile « de masse » étant finalement assez récent à l’échelle de l’histoire de la Chine, et les nouveaux automobilistes adorent montrer leur réussite, qu’elle soit plus ou moins grande, au travers d’une belle auto neuve. Les prix pratiqués sont globalement du même ordre de grandeur que pour des modèles équivalents en Europe, alors que les salaires le sont beaucoup moins, de fait les acheteurs doivent souvent faire de gros sacrifices afin de pouvoir s’offrir leur voiture.

Attention toutefois, pour les marques devant importer leurs modèles (sans fabrication locale, donc), les très fortes taxes ont vite fait de multiplier les prix par 2… Les modèles de luxe, déjà hors de prix en Europe, sont donc VRAIMENT hors de prix en Chine… Cela n’empêche pas ces autos de s’écouler, pas du tout même… A titre d’exemple, la Ferrari 458 Italia blanche d’occasion présente dans la galerie ci-dessous était vendue l’équivalent d’environ 400 000 € ! La proportion de « belles » voitures dans les rues est assez élevée, notamment à Shanghai : Porsche, Ferrari, Maserati (encore plus répandues à Chongqing !), Tesla… sont d’un commun…

Mais au fait, comment dit-on « voiture » en Chinois ?

Das Auto.

Vous l’aurez compris, Volkswagen est ici en tête des ventes ! Le modèle le plus vendu en Chine est la VW Lavida, ce qui ravira sans doute Michel Fugain.

Les voitures du peuple sont absolument partout. Impression d’autant plus renforcée à Shanghai où 99% des taxis sont des Santana (dans le pourcent restant, il y a pas mal de Touran…)

Les Chinois ne sont donc pas chauvins (par contre chaude eau, ça oui… et même chaud jus d’orange, beurk, testé et désapprouvé !)

Pour preuve, la première marque locale ne se classe que 8ème au palmarès (Changan). Le trio de tête est composé de Volkswagen, très nettement en tête avec plus de 2,6 millions de ventes en 2015, contre un peu plus d’un million pour Hyundai et Buick qui complètent le podium. Das Raclée.

Si l’on regarde du côté des joint-ventures, le constat est à peu près le même… En tête, je vous le donne dans le mille, forcément, Shanghai-Volkswagen ! En seconde place, Shanghai-GM. Et sur la dernière marche du podium ? … FAW-Volkswagen, la seconde JV du constructeur allemand. Déprimant pour la concurrence !

Et nos français dans tout ça ? Il faut descendre un peu dans le classement pour trouver leur trace. Peugeot est 15ème avec un peu plus de 400 000 unités écoulées, Citroën n’est pas très loin en 18ème position avec environ 300 000 ventes, quant à DS, NOTRE marque Premium, rayonnant les valeurs du Made in France et la fierté nationale, marque à part entière depuis 2013 en Chine, se situe… à la 50ème place avec un peu plus de 20 000 bijoux de raffinement autos vendues. Hum. Laissons le temps à la marque de s’installer et à sa gamme de s’étoffer… Kwid de Renault ? La marque n’apparait pas dans mon classement, mais à part quelques Koleos (beaucoup plus répandu qu’en France !), pas grand-chose à signaler… Mais puisqu’on parlait de DS, allons faire un petit tour au DS World de Shanghai, situé sur la célèbre Nanjing Road, LA rue où il faut être.

Voici les modèles exposés lors de ma première visite, fin Mars 2015 (oui, ça date un peu…) :

En décembre, un petit peu d’évolution avec la DS 5 restylée mais surtout la présence en avant-première de la DS 4S, quelques semaines après ses débuts publics au Salon de Guangzhou (ou Canton, en bon français). Cette dernière est plutôt réussie et aurait sans aucun problème sa place dans la gamme européenne de DS, sans doute plus que dans la gamme chinoise d’ailleurs puisqu’ici les berlines compactes, même premium, sont plutôt rares… Ahhhh, les choix marketing…

Restons dans les françaises. Je suis sûr que vous vous demandiez à quoi ressemblait une concession Peugeot en Chine. Voici donc la réponse à cette question en images. Comme vous pouvez le constater, c’est comme chez nous ! A deux ou trois détails près cependant… 301 et 308 Sedan n’existent pas dans nos contrées, ni ces magnifiques harmonies de couleurs, disponibles en « aftermarket officiel ». Le catalogue ose d’ailleurs les présenter en tant qu’ « European Style ». Je n’ai jamais vu d’assises rose et jaune ici, mais s’ils le disent… Les housses de siège moches sont également très appréciées, masquant le cuir d’origine, forcément (ce dernier n’est pourtant pas si horrible…)

Et dans la rue en voit-on ? Oui, et ça fait plaisir ! Même si elles sont plus rares que les autos d’outre Rhin, leur diffusion est assez conséquente pour qu’on en croise assez souvent.

Malheureusement, les tuners en tout genre ne reculent devant rien et sont tout aussi capables que chez nous de pourrir une voiture. Exemple avec cette magnifique 307 Sedan « GTi ».

La palme revenant à cet individu, s’étant probablement endetté à vie pour importer une 407 Coupé, et qui une fois la « belle » en sa possession s’est empressé de lui appliquer une somptueuse peinture bleu/vert fluo et des jantes de kéké.

Ci-dessous, quelques autres exemples de concessions. Sachez qu’il existe aussi de grands centres autos distribuant un nombre impressionnant de marques, de la mini-citadine au gros camping-car en passant par la sportive, tout ça au même endroit. Ne vous fiez pas aux logos Ferrari sur certaines vitrines, ils sont juste la pour faire joli…

A l’aéroport Hongqiao de Shanghai (le deuxième de la ville, une sorte d’Orly chinois en somme), deux voitures étaient exposées lors de mon passage : la BMW i8 et…. La DS 6. Premium on vous dit !

Je sais que vous attendiez ce moment avec impatience : voici venu le temps des chinoiseries. Les copies voitures dont certaines ont un design qui semble malencontreusement inspiré d’un modèle existant ne sont pas qu’une légende, elles existent bien. De la mini-Smart sans permis à la vraie-fausse Jeep en passant par la camionnette au nom clair comme de l’eau de roche et dont l’emblème à deux chevrons est inédit dans le monde automobile (Jinbei XML5033XXY28 pour ne pas le citer) où celle disposant de naseaux BMW, voici un petit florilège photographique de modèles 100% locaux, parfois grotesques, parfois réussis comme la BYD Qin, une hybride rechargeable au design sympa vendue à peine plus de 20 000 €…

Outre ces autos locales, on trouve également dans la circulation pas mal de modèles inconnus dans nos contrées mais fabriqués par des constructeurs « connus », eux. Constructeurs parfois devenus exclusivement dédiés au marché chinois, comme le duo anglais MG / Rover (renommé Roewe suite à son passage à l’extrême Est), ou presque, comme Buick, qui pour rappel est le 3ème plus gros vendeur ici, avec soit des modèles spécifiques (comme la GL8, gros monospace très prisé) soit de simples Opel rebadgées. Lors d’un voyage en Chine, un jeu sympathique consiste à essayer de reconnaitre les différentes berlines tricorps de VW. Il y en a tellement (Lavida, Sagitar, Lamando, Passat, Jetta…), de plusieurs générations, chacune ressemblant comme deux gouttes d’eau à sa sœur qu’il est presque impossible de réussir du premier coup sans se tromper. On s’amuse comme on peut.

Les autos de l’oncle Sam sont aussi particulièrement appréciées, les Cadillac sont légion et on n’hésite pas à sortir son F150 Raptor en plein centre-ville. La dernière génération de Mustang a également son petit succès…

Parmi le milliard quatre cents millions de chinois, ceux possédant une voiture ne représentent, pour l’instant, qu’une infime partie de la population (115 voitures pour 1000 habitants en 2015). Un immense potentiel pour les constructeurs donc, mais une source d’inquiétude pour l’engorgement des centres-villes également ! Il y a certes des embouteillages aux heures de pointe, mais pas si importants que cela finalement au regard de la taille des agglomérations. De plus, le réseau de transports en commun est conséquent dans les grandes villes et permet à ceux ne possédant pas de véhicule de se déplacer aisément, tout en permettant aux autres d’éviter la perte de temps dans les bouchons.

Le métro est en temps normal très fréquenté mais rien d’insurmontable, il n’y a pas encore de « pousseurs » comme dans certaines stations japonaises… Il faut néanmoins savoir « bourrer » un peu parfois pour se frayer un chemin afin de sortir de la rame à la station désirée. Le réseau ferré souterrain est très propre, agréable et facile à utiliser même pour un étranger, rien à redire de ce côté-là ! Tout est fléché, bien indiqué, avec des indications en anglais et des noms chinois écrits en Pinyin (avec des lettres bien de chez nous !). Et n’ayez crainte, si la coutume du bon gros crachat avec raclage de gorge, aussi appelé molard, est de rigueur sur les trottoirs dans les rues, dans le métro ses adeptes ont la décence de s’exécuter dans les poubelles. Quelle élégance. Autre délicate attention : des affichettes vous rappellent qu’il est interdit de sauter sur les voies. Merci.

Du côté des taxis, chaque grande ville à son modèle favori : VW Santana à Shanghai, Citroën C-Elysée à Wuhan, Suzuki SX-4 à Chongqing, Hyundai Elantra à Beijing… Le prix de la course est très bon marché (en gros 2€ de prise en charge, puis 30 centimes du kilomètre après les 3 premiers), l’état des voitures un peu moins : l’intérieur de certains semble n’être nettoyé que les 30 février des années bissextiles impaires… Mais dans l’ensemble il est possible de voyager plus ou moins sereinement à bord (si l’on omet le fait que les ceintures à l’arrière sont bien souvent absentes…), le tout sans se ruiner.

Autre moyen de transport très prisé des locaux : le scooter…électrique ! Quelle bonne idée ! Pas de bruit, pas de pollution, que demander de plus ? Des pilotes un peu moins bourrins, peut-être… Néanmoins, malgré le nombre affolant de ces engins et les règles de circulation douteuses qu’ils appliquent (comment ça le trottoir n’est pas une route ?), les accidents sont rares et tout ce petit monde trouve son chemin dans un joyeux bordel organisé. Pour info, on trouve des modèles neufs à partir de 250€ environ, et des occaz’ à 50 €, ça fait rêver. Mais comme dit le proverbe « achète chinois, achète 3 fois »… Le port du casque est quasi-inexistant, on croise cependant certains  bikers équipés de casques… de chantier. Faire du béton en scoot’, tout un concept.

Les 2 (ou 3) roues sont monnaie courante, servant bien souvent d’utilitaire pour le transport choses diverses et variées. Ce qui ressemble à de vieux tricycles pourris sur les photos sont effectivement de vieux tricycles pourris, mais dotés pour la plupart de moteurs électriques de récupération (machine à laver…), respectant les plus hauts standards de sécurité électrique en matière de câblage.

Il semble également que l’achat d’un nouveau scooter ne soit effectué qu’en cas d’extrême nécessité, la plupart de ceux circulant étant rafistolés au scotch. MacGyver serait fier. Au chapitre des curiosités locales : l’autoradio monté à l’arrache, la doudoune à mains sur le guidon ou encore le parapluie à moto (et ils roulent avec !). A noter, les gros cubes sont très très rares, 99% des motos croisées sont des 125cm3.

Le chinois pédaleur est donc finalement plutôt une espèce en voie de disparition, mais au vu de l’étendue des villes on comprend aisément pourquoi !

Un petit mot au sujet des habitudes de conduite locales : THIS IS SPARTA !

Contrairement à ce que l’on pense, l’instrument de musique n°1 en Chine n’est ni le 二胡 ni le 古筝 ni le 笛子  mais bien le klaxon. Il est utilisé à tort et à raison, où plutôt à tort et sans raison, à la fois pour insulter son prochain mais aussi et surtout pour prévenir de sa présence. « Tût-tût » veut souvent dire « attention, je suis là, j’arrive ! », comme par exemple lorsqu’on va forcer un passage piéton (ici, c’est priorité voiture, les bipèdes n’ont rien à faire sur ces maudites bandes blanches). Mais « tût-tût » peut aussi vouloir dire « je n’ai pas d’alarme de recul sur ma camionnette, alors je vais klaxonner comme un mongol (la Mongolie intérieure est une région au nord du pays, NDLR) pendant toute ma manœuvre en marche arrière pour être sûr que tout le quartier sache que je circule dans le mauvais sens sur le trottoir » (situation vécue). Il ne faudra pas non plus être susceptible lorsqu’on est placé en première position sous un feu de circulation, car si l’on ne démarre pas dans la milliseconde suivant le passage au vert un flot de klaxonnade venant de derrière se fera immédiatement entendre…

Je n’ai toujours pas compris, même après avoir passé près de 2 mois sur place, si l’on appliquait une règle de priorité à gauche où à droite. La règle en vigueur semble être : « priorité à moi », peu importe le côté où l’on se situe et la taille de son véhicule. Les changements de file dans les embouteillages se révèlent être de véritables moments d’anthologie et de suspens, où l’on se demande toujours si la voiture qui tente de se frayer un chemin pour contrer la loi de Murphy de la file qui n’avance pas va vous arracher un bout de parechoc ou vous refaire une porte. Mais, chose assez incroyable, ça ne frotte –quasiment– jamais, malgré l’anarchie la plus totale. Respect.

Attention lors de vos excursions pédestres (pauvres fous !), même lorsqu’un feu est rouge il faudra être extrêmement prudent car les véhicules tournant à droite à un carrefour n’ont que faire de la couleur écarlate de la jolie lampe de décoration de la chaussée.

En dehors des grandes agglomérations, la qualité des routes reste correcte, le nombre de voitures diminue par contre assez significativement ce qui fait qu’on se retrouve parfois sur des portions plutôt désertes. Un plus pour la sécurité ? Oui et non. Il arrive parfois qu’un tas de sable soit posé là, en plein milieu de la chaussée, ou qu’un camion soit garé là, en pleine sortie de virage. Normal. Si l’on s’éloigne vraiment, on finit par arriver sur des petits chemins de terre. Mais même ici, on trouve des camions ! Ces derniers datent pour la plupart d’un autre âge et feraient passer une Passat 2.0 TDi pour une Tesla Model S lors d’un contrôle anti-pollution. Dans les régions montagneuses, on observe partout sur les routes des traces d’eau laissées par leur refroidissement des freins : n’allez pas imaginer un système compliqué, il s’agit d’un tuyau avec de l’eau qui coule … Les roues fumantes en bas des descentes témoignent de l’efficacité du dispositif. Ou pas.

Terminons ce petit tour d’horizon avec quelques images « insolites », avec pêle-mêle : des trappes-à-carburant-chromées-avec-le-nom-du-modèle-dessus (gros gros marché, je vais songer à me lancer dans le business…), les voitures roses (couleur qui ne fait curieusement pas fillette là-bas), la Mercedes C63 AMG avec des oreilles de chat et une sellerie nounours, la Porsche Cayman avec la moumoute sur le volant, la navette d’hôtel Agence Tous Risque staïle, les gros SUV de luxe en pleine cambrousse, les trucs en plein milieu de la route, la rue « çafrotoupa ? » , les messages d’autoroute « démerde-toi sale étranger » etc etc…

J’espère que cette petite balade en Chine vous aura plu, si vous avez des questions n’hésitez-pas à vous lâcher dans les commentaires, j’essaierai d’y répondre si j’en suis capable !

Et je viens de voir qu’il me restait quelques photos, alors les voici !

谢谢大家,再见

Crédits photos : Romain BRESADOLA pour Le Nouvel Automobiliste