Le Nouvel Automobiliste
Voyage Malaisie

Riz, poulet et tuning : voyageons en Malaisie

Dans l’équipe du Nouvel Automobiliste, vous l’aurez sans doute constaté, nous aimons beaucoup les voitures. Mais il se trouve que nous aimons aussi les voyages. Alors quoi de mieux que de concilier les deux ? Préparez vos valises, on part en Malaisie observer la faune automobile locale !

Au cours des mois passés, vous avez déjà pu notamment découvrir les USA avec Eric, les Canaries avec Eddy ou encore la Chine avec moi-même. Ne reculant devant rien, je vous emmène cette fois-ci découvrir la Malaisie au travers des voitures qui peuplent ses rues, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a de beaux spécimens…

Avant toute chose, petit interlude géographique. La Malaisie, c’est ici :

Nous sommes donc en Asie du Sud-Est, sur un territoire de 330 000 km² peuplé d’environ 30 millions d’habitants, répartis à la fois sur le continent au sud de la Thaïlande, et sur la partie insulaire de la Malaisie plus à l’est, au nord de Bornéo.

Notre découverte automobile du pays se concentrera principalement sur la capitale Kuala Lumpur, où trônent les célèbres tours Petronas qui abritent les locaux de… Petronas (bien joué !), pétrolier Malais bien connu pour être l’un des sponsors de l’écurie de F1 Mercedes notamment. Mais nous irons aussi faire un petit tour sur les routes du pays, de Gurun à Malacca en passant par Kuala Terengganu.

Lorsqu’on débarque dans un pays « lointain et inconnu », on se demande toujours sur quoi on va tomber une fois sorti de l’aéroport : tuk-tuks ? Vélos ? Voitures de luxe ? Le premier contact se fait généralement avec les taxis. Ici, c’est une demi-surprise : ce sont des Proton à 90 % !

Proton ? Qu’est-ce donc ? Outre la particule d’un noyau atomique, les plus pointus d’entre vous sauront qu’il s’agit d’une marque 100 % locale et quasi inconnue dans nos contrées. En effet, à part au Royaume-Uni, impossible de trouver des Proton aujourd’hui en Europe (mais is the United Kingdom part of the European Union ? That’s the question !). A vrai dire, il n’y a que très peu de pays où la marque est encore distribuée en dehors de la Malaisie. On peut citer parmi les principaux l’Australie, Singapour, le Koweit ou encore la Thaïlande.

Les taxis malais roulent donc local, avec différents modèles de la marque… de différentes époques !

Il reste en effet quelques vestiges du début des années 90, avec encore pas mal de Proton Saga Iswara en circulation. Outre ce modèle un peu dépassé, on trouve aussi des Proton Wira et Persona, des tricorps un peu plus modernes ! Les taxis un peu plus « luxueux » (entre très gros guillemets) roulent quant à eux principalement en Toyota Innova, un monospace surélevé assez diffusé en Asie. Globalement, leurs engins même anciens sont plutôt bien entretenus et propres, de quoi voyager sereinement ! En plus, la course n’est pas très chère, et les conducteurs parlent tous anglais (en même temps, c’est la deuxième langue nationale, donc ça aide un peu) alors pourquoi se gêner ?

Arrivé au pied des tours Petronas, j’ai pu observer un magnifique spécimen de taxi tuné… Et ce n’était qu’un début ! Le chauffeur de cette Persona est toutefois resté soft en ne lui installant « que » des jantes à déport et un échappement « titane » (avec une couleur bleue, quoi), j’imagine que ses ardeurs jackysantes doivent être fortement limitées par son employeur !

Car oui, le tuning, c’est le loisir n°1 en Malaisie… Malheureusement pour nos yeux !

Tout ou presque y passe, de la mini citadine au moteur anémique à la supercar, les amateurs ne reculent devant rien. Si en Chine l’accessoire « starter pack » semblait être la trappe-à-carburant-chromée-avec-le-nom-du-modèle-dessus, ici le débutant commence avec une pièce plutôt curieuse : l’attache rapide de parechoc. On en voit de toutes les formes, de toutes les couleurs, il y en a vraiment partout ! Étrange… surtout qu’un parechoc tient très bien sans… Vous en trouverez un petit florilège parmi les photos de l’article.

Un grand prédicateur local, Jack Segelai, aurait ainsi déclaré : « si à 30 ans tu n’as pas changé tes jantes, c’est que tu as raté ta vie ».

Il semble plutôt très écouté et son adage respecté, puisqu’après l’attache rapide c’est le second accessoire pas cher et facile à monter qui fait fureur : de taille pas toujours très adaptée à la voiture (typiquement on trouve des pneus qui dépassent allègrement des ailes…), avec un carrossage à faire passer une R8 Gordini pour une ringarde, il y en a pour tous les –mauvais– goûts.

Bref, vous l’aurez compris, le conducteur malais aime la personnalisation. Il aime aussi les couleurs… vives, à l’image par exemple des coverings sur ces Peugeot 208 : vert fluo, orange qui pète ou violet de la mort, de quoi passer inaperçu. Et puisque Peugeot rime avec sport auto, quoi de mieux que de belles bandes oranges sur un 3008 gris ? Ou une plaque 5008 sur un 5008 (lol, wut ?) ? Car ici on peut comme dans certains autres pays, et moyennant finances évidemment, personnaliser aussi sa plaque d’immatriculation. La classe américaine.

Puisqu’on est chez Peugeot, parlons un peu des françaises en Malaisie. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas notre plus gros marché… On en croise quelques-unes, essentiellement des Peugeot (206, 308 1 et 2, 408 et 508 principalement), quelques –très– rares Renault (Captur ou… Mégane RS), et quelques très très très très rares Citroën.

J’ai toutefois eu l’extrême privilège de voir une C5 première génération, que son propriétaire a su magnifier de la plus belle des façons pour remercier la France de lui avoir fourni une si belle voiture :

Belle harmonie de couleurs, n’est-ce pas ?

Un de ses compatriotes a eu la bonne idée d’orner le hayon de sa ZX d’une superbe texture en relief façon… façon je ne sais pas quoi, je vous laisse admirer son œuvre :

POURQUOI ?

Petite curiosité du pays : les premières 206 vendues sur place étaient badgées NAZA, du nom de l’importateur local. Avoir une voiture de l’espace, c’est quand même pas donné à tout le monde.

Et ne croyez pas que seules les voitures de monsieur tout le monde soient impactées par ce fléau… Voyez pêle-mêle ces Lamborghini Gallardo, Bentley Continental GT, Audi R8 ou BMW i8 tu(n)ées par leur look malais(e). Mention spéciale pour la pelle à tarte géante « apposée » sur le coffre de la pauvre Nissan 350Z, qui doit ajouter 2kg d’appui à haute vitesse mais surtout 2 l/100 km de conso en plus :

Il reste tout de même quelques irréductibles, les Jean Moulin face au tuning, refusant de toucher à leurs autos. On ne peut que les féliciter pour leur révolte contre le système.

Je vous ai parlé plus haut de Proton, constructeur local historique depuis 1983, eh bien sachez qu’il a été rejoint 10 ans plus tard par Perodua, le deuxième constructeur local. Et comme les choses sont bien faites, Perodua signifie en malais « second constructeur ». Ça ne s’invente pas.

Spécialisé dans les petites citadines, il s’agit désormais (depuis 2005) du plus grand vendeur d’autos en Malaisie, devant Proton. Au départ simples Daihatsu rebadgées, les Perodua sont aujourd’hui des autos à part entière, exceptée la Myvi que vous pouvez découvrir ci-dessous, la plus vendue, et qui reste une Daihatsu Sirion.

Pour ce qui est du rebadgeage, Proton aussi sait faire ! On croise énormément d’Inspira, qui ne sont autres que des Mitsubishi Lancer Evo X ! Beaucoup sont tunées (ça alors !), certains allant même jusqu’à leur apposer une rampe de gyrophares sur le toit… Et comme ils sont très courtois, ils l’indiquent même sur les portières et le capot.

Point de 2.0l de 300 ch ici, seuls un 1.8l de 138 ch et un 2.0l de 148 ch sont au catalogue. Le look sans les performances, donc.

Au chapitre des « voitures qu’on ne voit pas chez nous », le Toyota Vellfire tient une place de choix. Ce gros monospace tout carré et sorti tout droit d’un épisode de Goldorak est très répandu. Sa version luxe, baptisée Alphard, possède une face avant spécifique au design fin et raffiné. Je vous laisse chercher de meilleures photos sur Google, je n’ai osé le capturer hors du brouillard de peur de détruire mon appareil photo qui a déjà survécu tant bien que mal à la version standard.

La marque japonaise est très prolifique en matière de modèles moches décalés réservés au marché asiatique, j’en veux pour preuve ce superbe spécimen de Sienta :

Vous noterez sur celui-ci un autre accessoire à la mode en Malaisie : le déflecteur d’air en haut des vitres. Une grande partie du parc roulant en est équipée, les habitants du pays étant de gros consommateurs de cigarette (ça permet de rouler fenêtre entre-ouverte sans remous d’air, et donc d’expulser à l’extérieur son poison hors de prix qui tue les enfants et les bébés phoques).

Nissan n’est pas en reste en ce qui concerne les bizarreries et ose un pack Nismo sur la très placide Almera. Une autre culture, définitivement.

Aller, encore une pour terminer la série « nos amis japonais sont formidables », la Honda Freed. « Freak » aurait été plus adapté :

Après ce petit tour d’horizon des autos locales, que diriez-vous d’un tour sur les routes du pays ?

On a vu dans quoi ils roulent, voyons désormais SUR quoi ils roulent.

Quand j’étais sur la route…

C’est plutôt une bonne surprise ! Tout d’abord, les routes ne sont pas tunées. Ensuite, le réseau routier du pays est dans un état impeccable ! Les autoroutes sont de vrais billards, idem pour le réseau secondaire très bien entretenu.

Évidemment, en s’enfonçant dans la campagne profonde on finit toujours par tomber sur des chemins défoncés, mais dans l’ensemble les routes sont quasi identiques à ce que l’on peut trouver chez nous.

A une différence près : ici, on roule à gauche !

La Malaisie fait en effet partie des 76 pays où l’on roule du mauvais côté. Merci, colons anglois.

On roule à gauche, oui, mais on roule plutôt bien. Contrairement à la Chine où une certaine anarchie semble être la règle, ici les conducteurs sont dans l’ensemble respectueux et se comportent correctement au volant. Point de klaxon à tout va dans les embouteillages, ni de queue de poisson intempestive sur l’autoroute, que du bonheur quand on a connu les conditions difficiles de l’empire du milieu. Un point commun tout de même avec la Chine : les piétons ? Rien à *outre !

Néanmoins, il reste certains panneaux que les locaux n’ont pas encore vraiment assimilés : de forme ronde, posés au bord de la route, ils indiquent un chiffre.

Poids maximal du conducteur ? Prix du péage ? Non, limitation de vitesse.

Dans les grandes agglomérations, pas de soucis, le trafic étant de toute façon assez chargé. Par contre sur les autoroutes qui traversent le pays, les panneaux semblent invisibles aux yeux des conducteurs, ou alors ils sont en miles par heure et on ne m’aurait pas prévenu.

Ceux dont la voiture le peut n’hésitent pas à cruiser à 150-160 km/h, ce qui dans l’absolu n’est pas dangereux vu le faible trafic, mais ça reste hors la loi puisque la limite est de 110 km/h. Enfin, hors la loi, hors la loi… De ce que les locaux m’ont raconté, un petit billet de 50 ringgits (une dizaine d’euros) glissé subrepticement dans la poche de l’agent après un -très rare- contrôle de vitesse aurait l’effet d’une célèbre barre chocolatée : et ça repart !

Et ceux dont la voiture le permet encore plus, eh bien, Deutschland über alles, comme on dit chez nos amis germains. Ou Powwwweeeeeer, comme on disait chez Top Gear (et sans doute bientôt dans The Grand Tour). Vous l’aurez compris, ça roule fort. Il y a aussi des radars fixes, mais leur densité n’a rien à voir avec celle en vigueur chez nous : en 2000 km, j’ai dû en voir 3.

Autre fort contraste avec nos contrées européennes : les camions. Enfin, les engins cachés derrière le nuage de fumée noire devrais-je plutôt dire. Les normes anti-pollu quoi ? Connais pas. NOx ? C’est le fort où les américains cachent leur or, non ?

Le panache dégagé derrière les camions, bien souvent d’un autre âge, ferait peur même à une Passat US diesel. C’est dire !

Dans les montées, il n’est pas rare non plus de dépasser des camions à l’agonie roulant à 2 à l’heure. Mais visiblement, le principal est d’arriver à destination, peu importe l’heure ni le nombre de petits oiseaux tués.

Quelle belle transition pour évoquer les animaux locaux : certains panneaux annoncent des traversées d’éléphants ou de tapirs, personnellement je n’ai vu que des singes suicidaires et des vaches. Et c’est déjà bien suffisant !

Évitez d’ailleurs de renverser une vache, non seulement votre voiture vous remerciera mais en plus la communauté indoue étant très présente au sein du pays, et l’animal étant sacré… Vous avez compris. La religion principale du pays est l’islam, donc pas de porc non plus. Bref, en Malaisie, il ne fait pas bon être un poulet (l’animal), il constitue l’une des bases de l’alimentation. Avec le riz, vu que les chinois y sont très implantés également. Voici donc l’explication du titre de cet article !

Pour terminer, voici quelques autres photos qui restaient en stock…

Galeriz

Vous trouverez dans cette galerie finale des immeubles, des palmiers dont les immenses plantations longent les autoroutes, production d’huile de palme oblige (un lubrifiant pour les nageurs ? Drôle d’idée), une Proton avec une vraie fausse plaque française, une « concession » Jaguar, un showroom Lamborghini, encore quelques attaches rapides de parechocs, encore des voitures tunées, un chat essuie-glace, la future Alfa Alfetta (ou alors est-ce une Proton Perdana ?), une peinture en bon état selon leboncoin, un 4×4 avec fender mirror (commun à tous les 4×4 en import direct du Japon), un monorail, un pont ou encore un Mini-bar… A votre souris !

Si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous conseiller d’aller visiter le pays et notamment la capitale Kuala Lumpur, cœur d’un véritable brassage ethnique et d’une société cosmopolite. Prévoyez par contre un stock de shorts et t-shirts, car avec une température moyenne de 30°C combinée à un fort taux d’humidité, vous allez en suer !

Et comme on dit là-bas : « Ikut kiri kecuali memotong » ! (« Serrez à gauche sauf si vous doublez », il y a tellement de panneaux avec cette phrase sur l’autoroute que je n’ai retenu que ces mots, désolé)

Texte et images : Romain BRESADOLA pour Le Nouvel Automobiliste