Le Nouvel Automobiliste

Peugeot 407 coupé : l’épigone oubliée

Peugeot 407 coupé 2.2 16v

Dans le monde du show-biz ou du sport de haut de niveau, il n’est pas rare de connaitre des fils ou des filles de stars qui partagent notre quotidien depuis plus ou moins longtemps, et qui s’essayent aux mêmes activités que leurs illustres parents. Même s’il existe des exemples que l’on pourrait citer où ces « fils et filles de » arrivent à se faire une place au soleil, tous ne réussissent pas avec le même bonheur, et l’on trouve de fait bien plus de cas où ces enfants de célébrités finissent par échouer dans leur entreprise, pour finalement vite retomber dans un certain anonymat…

Je vais donc tenter un parallèle hasardeux en disant que dans le milieu automobile, c’est à peu près la même chose : il est difficile pour un constructeur de commercialiser un nouveau modèle venant en remplacement d’un autre à la carrière pleine, au succès certain, déchaînant souvent les passions, et devenu au fil du temps une icône à jamais représentative de la marque. Peugeot n’aurait pas dit le contraire lorsqu’il a fallu remplacer la splendide 406 coupé par la 407 éponyme…

Peugeot 407 coupé 2.7 HDi

Un lourd héritage

On ne va pas refaire l’historique complet de la sublime 406 coupé commercialisée en 1997 : tout à déjà été dit et écrit sur ce modèle qui a fait les beaux jours du catalogue Peugeot sept ans durant, elle qui a su perpétuer avec brio la tradition des jolis coupés 4 places du constructeur sochalien dessinés par maître Pininfarina. Tradition tout juste interrompue quelques années durant la commercialisation de la Peugeot 405. Celle-ci n’aura malheureusement jamais connu de variante coupé, même si un prototype a pu exister, sans lendemain hélas…

Peugeot 407 3.0 HDi

Toutes les bonnes choses ont malheureusement une fin, et la collaboration avec Pininfarina s’est achevée avec la 406 coupé, Peugeot ayant préféré opter pour le dessin proposé par sa propre équipe de designers dirigés à l’époque par Gérard Welter, père du sacré numéro 205, pour remplacer la belle 406.
Las ! N’est pas Pininfarina qui veut, et le résultat s’est révélé, disons-le tout de suite, moins heureux… Mais qu’a-t-il pu bien se passer…? Les pros du crayon avaient-ils été « muselés » par des contraintes politico-technico-financières ? Ou avaient-ils tout simplement manqué d’inspiration ?
Attention, n’allez pas trop vite en besogne, et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : cette voiture n’en est pas laide pour autant, loin de là, disons simplement qu’elle a toujours souffert d’un mal qui la poursuivra tout le long de sa carrière : la systématique comparaison avec son illustre aïeule.

Au-delà de ça, nous avions à l’époque encore la chance de pouvoir admirer ou de s’offrir un coupé haut de gamme français, mû par des motorisations plus ou moins nobles, doté d’un excellent comportement routier, d’un niveau de finition plus qu’acceptable, et qui traduisait chez Peugeot la volonté de bien paraître et de tenir la dragée haute aux productions étrangères, ce qui n’était déjà pas si mal en soi. Qui aurait cru, à l’époque de  sa présentation, qu’une quinzaine d’années plus tard, l’industrie automobile française n’aurait plus de coupé, ni plus de motorisation V6 à présenter au catalogue ?
La fin d’une époque…

Quoi ma gueule !?

Lionne ou requin ?

Mais revenons-en à cette 407 coupé, présentée au salon de Francfort 2005, que je vais tenter de vous faire découvrir ou redécouvrir, et vous convaincre de l’admirer affranchi de tout préjugé et de toute influence antérieure.

Je vois d’ici certains regards complaisants ou commentaires dédaigneux se demandant comment j’allais m’y prendre pour défendre le dessin général de la 407 coupé ? Et bien à ceux-là je répondrais que oui, j’acquiesce, elle est beaucoup moins gracieuse que son ainée, et c’est un doux euphémisme, que son porte-à-faux est long comme un jour sans pain et que sa poupe est balourde. Mais je vous dirais également que nous ne sommes pas tous des maîtres ès design, qu’aux yeux de certains ce n’est pas un critère prédominant, que tous les goûts sont dans la nature, je connais d’ailleurs quelqu’un qui la trouve plus désirable que la 406 coupé (si si cette personne existe !) et qu’encore une fois, si on s’efforce, en l’occurrence, d’arrêter de la comparer à sa devancière, on peut même lui trouver une certaine élégance un brin statutaire et charismatique qui peut flatter l’œil du badaud. Quand certains à l’époque la qualifiaient cruellement de baleine, d’autres, faisant référence à ses (fausses) ouïes incorporées au pare-choc avant, à ses phares effilés se prolongeant très loin dans les ailes avant, ou à sa bouche béante faisant office de calandre, n’hésitaient pas à la comparer à un squale ou à un requin, na !

Le V6 ES 211cv.

Autres griefs qui n’ont pas forcément aidé à asseoir la réputation de la 407 coupé : ses motorisations. En effet, et si l’on commence par les moteurs essence, et bien on prend tout simplement les mêmes et on recommence… ou presque. On ne peut certes pas parler de réelle évolution quand on parle de 3 chevaux supplémentaires pour le 2.2 16v développant dès lors 163 chevaux, et pas moins d’un cheval supplémentaire pour le V6 3.0 qui passait ainsi à 211 chevaux. Non pas qu’ils eût été mauvais et dénués d’intérêt bien au contraire, mais autant on pouvait en tirer une certaine quintessence à bord de la 406 coupé, autant une fois installés dans la 407, ce fût une autre paire de manches, et même s’ils étaient posés sur un châssis réglé aux petits oignons, spécialité maison, force est de constater qu’ils n’étaient plus du tout à la fête. À qui la faute ? La faute à des cotes plus larges, plus longues, plus hautes, la faute à un surpoids de presque 200 kilos comparativement à qui vous savez, qui gommaient toute velléité sportive, et qui allait obliger son conducteur à chercher les qualités de la 407 coupé ailleurs que dans le registre du dynamisme pur et dur. Disons-le tout de go : la 407 coupé perdait clairement en agrément de conduite. Mais pourquoi diable les têtes pensantes de chez Peugeot n’ont-ils pas doté leur vaisseau d’un moteur autrement plus puissant pour tirer un maximum profit de son fabuleux châssis, qui rappelons-le, était, en plus d’être novateur, tout à fait à la hauteur ? Châssis qui aurait pu sans crainte encaisser bien plus de puissance et de couple et permettre ainsi à la 407 coupé de se bâtir une certaine réputation ou une certaine aura qui l’auraient sans doute aidé à convaincre les plus sceptiques.
Élaborer une ultime évolution du V6 ES9 par exemple, en l’équipant d’un ou même deux turbos, pour aller taquiner les V8 germaniques, ça aurait pu le faire… mais non… comme à chaque fois, on nous promet monts et merveilles, en nous disant que cette fois-ci c’est la bonne, que les allemands dixit : « n’ont qu’à bien se tenir ». Mais bis repetita : toujours le sempiternel petit goût d’inachevé qui finira une énième fois par ternir le rendu final.

Et son pendant diesel V6 hdi 204cv.

Pour finir sur l’aspect technique et sur les motorisations proposées par la 407 coupé, on pouvait donc opter pour les deux moteurs essence évoqués plus haut, on notera au passage que le V6 à essence était bien évidemment proposé en boîte automatique mais aussi en boîte manuelle (assez rare à trouver aujourd’hui), tandis que l’offre en Diesel – n’oublions pas que nous vivions en pleine époque du « tout mazout » – allait du quatre cylindres 2.0 HDi développant 136 puis 163 chevaux lors de son restylage, tous les deux en boite manuelle, et de l’onctueux V6 HDi biturbo, partagé avec les amis anglais de chez Jaguar ou Land Rover sous l’impulsion de Ford. D’abord disponible en 2.7 de cylindrée développant la puissance honorable de 204 chevaux en début de carrière, il connu son évolution 3.0 développant la bagatelle de 241 chevaux là aussi lors de son restylage, rendant de fait cette version tout à fait recommandable, et rattrapant par la même occasion le retard déjà pris par rapport à ses concurrentes. Chance que n’aura jamais connu sa grande sœur la 607 par exemple, il est vrai en fin de carrière.
Ce V6 HDi, moderne, abouti et réussi, était uniquement disponible accouplé à une très bonne boîte automatique d’origine japonaise (AISIN), réactive et douce, qui aurait simplement gagné à encaisser un peu plus de couple. Malheureusement l’architecture et la position transversale du moteur empêchaient l’installation d’une boîte plus imposante et permettant plus de largesses à ce sujet.

Mal aimée ou oubliée ?

Une ligne qui ne manquait pas d’agressivité.

Soit. Mais finalement, que vaut-elle réellement cette voiture ? Pour faire simple, il faut considérer la 407 coupé pour ce pour quoi elle a été conçue et pour ce qu’elle est finalement : un excellent coupé grand tourisme avaleuse de kilomètres, au châssis et à la tenue de route exemplaires, aujourd’hui encore tout à fait d’actualité, qui saura vous faire voyager en toute sérénité, dans un confort impérial et dans un silence de roulage étonnants (merci le double vitrage !). Parce que son domaine de prédilection est bien là : la route et les voyages au long court. Avec ses presque 5 mètres de longueur, son important porte-à-faux et son poids, on devinera de suite qu’elle se sentira bien moins à l’aise en ville à l’attaque des créneaux. Les petits rouleurs ou les réfractaires au diesel privilégieront les motorisations essence, avec, au programme : de bonnes prestations, onctuosité et silence de fonctionnement, mais attention toutefois à leurs consommations respectives qui se révèleront élevées ; les gros rouleurs ou ceux qui recherchent un peu plus d’agrément lorgneront plus du côté des V6 HDi, ce qui est paradoxal lorsque l’on parle d’un coupé.

Un tableau de bord emprunté à la berline.

L’on pourra également parler de son équipement bien fourni dès les plus bas niveaux de finition, que ce soit en Sport ou Sport Pack, voire pléthorique en Griffe, Féline ou GT : vous trouverez l’essentiel de ce que l’on est en droit d’attendre sur une voiture de ce standing. Logiquement, c’est avec les niveaux de finition plus élevés que l’on sera les plus gâtés : cuir intégral de bonne qualité recouvrant les beaux sièges enveloppants ainsi que le tableau de bord, sièges à réglages électriques et à mémoire pour le conducteur, GPS (aujourd’hui techniquement dépassé cela va de soi), synthèse et reconnaissance vocale (là aussi on fait bien mieux aujourd’hui), les phares bi-xénons directionnels, les efficaces suspensions pilotées sur les modèles V6, le double-vitrage sur toute la gamme, sans oublier les radars détecteurs d’obstacles à l’avant comme à l’arrière, et j’en passe.

Cuir rouge Cerbere disponible sur 407 coupé.

J’ai bien envie de vous conter une petite anecdote au sujet de la 407 coupé, mais j’ai peur qu’on me bannisse à vie de ma courte carrière de rédacteur, ou qu’on me brûle sur la place publique… Allez, tant pis, je me lance quand même, tout le monde a le droit de savoir après tout !
Au gré de mes pérégrinations ibériques estivales, j’ai eu l’opportunité d’effectuer deux voyages de plus de 1500 kilomètres à bord d’une 407 coupé V6 HDi, puis à bord de l’une de ses principales concurrentes de l’époque, j’ai nommé l’Audi A5 première du nom, elle aussi alimentée par un V6 Diesel.
J’ai d’abord effectué un premier voyage au volant du coupé français, pour ensuite effectuer le même trajet une semaine après au volant de son homologue allemande. C’est donc tout naturellement que j’ai pu les comparer et confirmer les sensations ressenties à leur bord.
Oui, qu’est-ce que j’ai pu crâner au volant de la toute jeune A5 toute de blanc immaculé vêtue, elle qui s’avérait plus… »tout » : plus moderne, plus belle, plus puissante, dotée de performances époustouflantes, son système Quattro me rappelant sans cesse que je pouvais compter sur lui, tandis que l’on me flashait régulièrement à coup de téléphones portables à la verticale et de pouces levés qui flattaient mon égo d’amateur de beaux carrosses.

Intérieur cuir gris Lama disponible sur 407 coupé.

Rien de tout cela à bord de la 407 coupé, elle m’a mené à bon port, en toute discrétion. Point. Même au cours de ses ravitaillements en station-service, à part moi, elle n’émouvait pas grand-monde.
N’empêche, moi, conducteur lambda que je suis, j’ai plus apprécié mon périple à bord de la 407 que celui effectué à bord de l’A5, qui l’eût cru ? Qu’on le veuille ou non, cette impression d’espace (il est vrai toute relative), cette luminosité, et ce silence quasi religieux ressenti au volant de la 407 coupé tranchaient radicalement avec le bruit envahissant et à la longue pesant du V6 allemand, ou avec cette impression d’engoncement, à l’avant mais encore plus à l’arrière, que l’on éprouvait à bord de l’Audi. C’est qu’au bout de quelques centaines de kilomètres, ce genre de détails a toute son importance, et une fois arrivés à destination, le voyage effectué à bord de la française s’est finalement révélé plus agréable.
Alors allez-y maintenant, qu’on me jette dans la fosse aux lions ! Je mourrai avec mes idées ! Ceci dit, j’aime quand même cette Audi, au demeurant excellente, je n’ai aucunement l’intention de lui faire un procès ici, elle a bien évidemment beaucoup d’autres formidables qualités à mettre en avant.

4 véritables places pour la 407 coupé.

Achat malin ?

En résumé : pour qui cherche une alternative plus originale à la berline tout en offrant 4 vraies places, pour qui cherche à frimer un peu le matin en partant au bureau devant son voisin au volant de son monospace défraîchi, pour qui cherche un daily séduisant qui sort du lot, et pour ceux et celles pour qui les performances pures importent peu, tout cela pour un budget d’achat contenu, foncez !

Alors oui, mesdames et messieurs, cette voiture mérite que l’on s’intéresse à elle, ne serait-ce que parce qu’elle est l’une des dernières représentantes d’une lignée d’automobiles aujourd’hui en voie de disparition, voire complètement disparues chez les marques tricolores.
La fin d’une époque vous disais-je.

Celle qui, encore trop récente, n’est pas encore rentrée dans le cercle exaltant des fameuses et désirables « youngtimers », se trouve aujourd’hui très facilement d’occasion, les sites d’annonces regorgent de belles opportunités à saisir, parfois à des prix dérisoires, rendant son rapport prix/prestations imbattable, mais ne l’ébruitez pas trop, cela doit rester un secret. L’on portera quand même une attention toute particulière à l’entretien prodigué, parce que si elle est mal entretenue, les caprices de madame, surtout en V6 HDi, peuvent rapidement ternir le tableau, grever votre portefeuille et gâcher définitivement votre plaisir.

Peugeot 407 coupé.