Le Nouvel Automobiliste
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WEC 2016 : Le point avec Toyota avant Le Mans

C’est lors d’une table ronde, au sein même des locaux de TMG (Toyota MotorSport GmbH), situés à Cologne, que Rob Leupen (Team Director) et Pascal Vasselon (Technical Director) ont accepté de répondre à différentes questions, en pleins préparatifs du Mans. Voici les meilleurs extraits de nos échanges.

Rob Leupen – Team Director

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The Automobilist : Quelles sont vos directives pour l’équipe afin de préparer l’étape cruciale des 24 Heures du Mans ?

Rob Leupen : Améliorer la fiabilité, étant donné que nous avons eu des problèmes moteurs avec les deux voitures. Nous avons pu en identifier la cause et avons finalisé certains tests, après les 6 heures de Spa.

Bien que nous soyons de retour au Mans avec de nouvelles voitures, fonctionnant mieux que celles de l’année dernière, il reste difficile de nous situer par rapport à Porsche, étant donné que qu’il s’agit de l’équipe à battre cette année. Nous allons donc continuer à améliorer notre compréhension de la voiture, du turbo comme des batteries, qui sont de nouvelles technologies afin d’atteindre la victoire.

TA : Avez-vous effectué des tests d’endurance après les 6 heures de Spa-Francorchamps ?

RL : Non, nous avions effectués les tests d’endurance avant Spa mais durant cette course nous avons testé de nouvelles pièces, effectué les dernières vérifications, au contraire de Porsche qui semble avoir fait un test d’endurance pendant 36 heures.

TA : Pourquoi ne pas avoir fait ces tests ?

RL : Nous avons donc une organisation différente de celle de Porsche et comme je l’ai déjà dit, nous les avons faits avant mais c’est surtout une question de planification car nous avons un nombre limités de jours pour tout tester et cela est dans nos habitudes que de procéder ainsi, Le Mans étant le dernière étape afin de tout analyser et résoudre les problèmes rencontrés avant Spa donc.

Sur un test de 36 heures, vous testez avant tout la fiabilité de la voiture mais vous aurez également besoin de prendre le temps de reconstruire la voiture, car vous n’allez pas au Mans avec un véhicule qui a couru autant !

TA : Avez-vous compris l’origine du problème après la course à Spa ?

RL : Nous n’avons pas encore compris intégralement le problème mais nous avons pu déterminer au moins son origine et nous travaillons d’arrache-pied pour améliorer ce qui a posé problème.

TA : Qu’avez-vous changé entre Silverstone et le Spa ?

RL : Nous n’avons pas cherché à nous qualifier comme Porsche l’a fait et avons appliqué notre propre stratégie. Oui, nous avons été surpris par la vitesse de la Porsche n°1 mais nous étions toutefois préparés à ce que la Porsche n°2 soit tout aussi rapide et crée une potentielle différence avec nos réglages pour la course. Je pense toutefois que Spa correspondait plus à notre voiture que le circuit de Silverstone mais l’équipe a également fait des erreurs, car il fallait prendre en compte le fait que ça soit une nouvelle voiture, dont il s’agissait des débuts en course. Les systèmes de contrôle, qui ont été un problème important ainsi que les circonstances rencontrées à Silverstone, ont fini par créer ce problème.

C’est sur ce point que l’équipe a dû travailler très dur entre Silverstone et Spa, afin de trouver ce qu’il s’est passé, mais nous avions pris quelques décisions qui n’étaient pas les bonnes sur cette nouvelle voiture… La récupération d’énergie, par exemple, est différente et si vous faites des erreurs dans votre software, cela s’en ressentira sur la course…

TA : Aux 6 heures de Spa, avez-vous utilisé une configuration particulière mais différente de celle de Porsche et Audi qui ont probablement utilisé une configuration proche de celle du Mans ?

RL : Il est difficile de mesurer cela mais oui, notre voiture est bien conçue pour le Mans étant donné qu’il s’agit de la course principale. Si vous gagnez le Mans, vous doublez vos points, vous savez que vous êtes serez assez rapides et donc, que vous aurez de fortes chances de devenir champion.

Avons-nous complètement changé notre voiture pour le Mans ? Non, nous changerons quelques éléments mais il est difficile de répondre en détails à cette question. Nous savons que la voiture n’allait pas pour Silverstone mais elle évoluait bien pour le Spa et Le Mans. Nous verrons cependant comment elle se comporte sur Mexico et le Nürburgring, qui nécessitent des configurations différentes.

TA : Où a été conçu le système hybride ?

RL : La base est faite au Japon mais nous analysons ensemble ce qui est nécessaire et non nécessaire. Initialement, il était prévu de venir avec un système de batteries renouvelées cette année, étant donné que nous étions en fin de vie pour les super condensateurs. Pourquoi ? Tout simplement parce que le cycle de développement des batteries a considérablement augmenté, en comparaison de 2013 et 2014, où nous ne savions pas encore exactement dans quelle direction aller. Notre fournisseur de super condensateurs a également stoppé son développement car ce n’est pas prévu pour aller sur des véhicules de série. Il était logique pour nous de devoir créer de nouvelles batteries pour 2016.

L’année dernière après Spa, il était clair que le V8 ne conviendrait pas pour cette année, étant donné le bond en avant qu’ont fait Porsche et Audi en termes de vitesse. A ce stade, nous avons été contraints de faire avec un autre moteur. Ce genre de décisions ne peut être prise uniquement ici ou au Japon, mais ensemble et en s’y prenant le plus tôt possible étant donné que le temps de conception est long surtout pour la boîte de vitesses (et non le moteur comme on pourrait le penser).

TA : Comment recrute-t-on un nouveau pilote ?

RL : Il faut voir tout d’abord ce qu’il a fait auparavant. A quel point a-t-il été bon ? Comment est-il perçu par l’équipe ainsi que les autres pilotes ? Tout cela dans le but de collecter un maximum de données.

Ensuite, on va aller parler au pilote en question afin de savoir si cela peut l’intéresser car tout le monde n’est pas nécessairement intéressé ou fait pour la course d’endurance.

Une fois que tout le monde est d’accord, on le mettra au volant d’une voiture afin de le tester (mais pas en pleine course).

TA : Comment gérer une équipe en pleine course lorsqu’il y a des tensions?

RL : Nous avons une communication ouverte entre les pilotes et les ingénieurs mais ils sont également gérés (d’un point de vue pilote) par Pascal Vasselon et Alex Wartz. Oui, il y a des tensions par moments mais nous avons une véritable volonté de discussion. Ce n’est pas un énorme travail étant donné qu’une certaine routine va s’installer, tout comme l’équipe va se comporter de manière professionnelle (spécialement les pilotes japonais qui nous facilitent la tâche) et s’aider entre eux.

TA : Merci, M.Leupren pour cet échange.

1- Rob Leupen – Team Director
2- Pascal Vasselon – Technical Director