Le Nouvel Automobiliste
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Voies sur Berges : la Région réagit, la Ville de Paris pérennise

Les voies sur berges dans le centre de Paris sont fermées sur la rive droite de la Seine depuis septembre. Le report de la circulation sur les quais dits « hauts » ainsi que rive gauche est sensible. Malgré cela, alors que dimanche 26 mars marquait le dernier jour de l’expérimentation de la piétonnisation, la Mairie de Paris a décidé de pérenniser la fermeture aux voitures. Or jusqu’à présent, entre les comptages officiels et les constatations quotidiennes, une autre autorité que la Mairie de Paris était restée bien discrète : la Région Île-de-France. Après 3 rapports alarmistes, elle réagit également.

Détérioration de la qualité de l’air

Difficile de croire à « l’évaporation du trafic », annoncée par la Maire de Paris, Mme Anne Hidalgo. Les embouteillages quasi permanents, y compris en heures creuses, contrastent avec la voie désaffectée en rive de Seine, laissée à quelques rares promeneurs et runners, surtout par temps pluvieux. Un nouveau rapport commandé par la Région Île-de-France vient en dresser le bilan : pollution et nuisances sonores sont définitivement bien en hausse.

Signé par le professeur Pierre Carli, président du conseil national de l’urgence hospitalière et médecin chef du Samu de Paris, le rapport pointe « une détérioration de la qualité de l’air sur les 4 derniers mois de 2016 [et] une augmentation des émissions et des concentrations de polluants ». Il est à remarquer que « cette dégradation constitue une inversion de la tendance jusque-là orientée vers l’amélioration », un effet peu surprenant car « le passage de 50 km/h à 20 km/h engendre une croissance des émissions d’oxydes d’azote de l’ordre de 50% ». Sans appel, les chiffres annoncent une hausse de 53 % de la concentration de NOx, et de 49 % des particules sur les quais hauts. Il n’y a guère que sur les quais bas où l’on signale une pollution 25 % moindre que sur les quais hauts selon Airparif.

Trafic congestionné

Conséquence logique de la fermetures des berges, de nouveaux embouteillages, que d’autres fermetures de voies rive droite (autour du Pont d’Iena) pour créer des voies de bus ont accru. Le trafic est ainsi toujours plus saturé, et sur des durées plus longues qu’avant. Le soir, on compte sur les quais hauts une augmentation de 92 % du temps passé au volant (11 minutes de plus), quand cela se limite à 3 minutes le martin (25 %).

Les voies de délestage sont aussi concernées : le Boulevard Saint-Germain est ralenti (3min30 le matin, 9 minutes le soir soit +87 %), et encore plus pollué (18 % de plus pour le NOx, 15 % de plus en particules). De même, périphérique et grands boulevards voient le nombre de voitures croître… Les heures de pointe sont donc toujours plus difficiles à supporter pour les automobilistes, mais aussi les livreurs, utilisateurs des bus, sans oublier les piétons et riverains. Des riverains pour qui le niveau sonore grimpe : jusqu’à 3,5 dB (soit plus d’un doublement du niveau sonore) sur les quais hauts, d’après Bruitparif.

Pérennisation et propositions

Malgré ces différentes données, la Mairie de Paris a décidé de pérenniser la piétonnisation des berges. La fermeture à la circulation est donc définitive, et la Ville annonce déjà l’inauguration d’un « nouveau Parc des Rives de Seine », unissant les rives gauche et droite libérées des voitures.

Pourtant, la Région, à la lumière de son alarmant rapport, a émis quelques idées, pour l’heure non retenues par la capitale. C’était le 14 mars, avec 2 scenarii :

  • Scénario 1 : des circulations plus douces en haut et en bas
    • 3 voies à 30 km/h sur les quais hauts, 1 voie à 30 km/h sur les quais bas
    • possibilité pour les véhicules de circuler entre les 2 quais
    • aménagement d’une voie pour un bus électrique sur les quais hauts, de pistes cyclables sur les quais hauts et bas
  • Scénario 2 : jusqu’à 50 km/h sur les quais bas
    • 2 voies à 30 km/h sur les quais hauts
    • 1 voie à 50 km/h sur les quais bas
    • impossibilité de circuler entre les deux niveaux de quais
    • Voie de bus électrique sur les quais hauts
    • Pistes cyclables sur les quais hauts et bas.

Si l’on peut se demander pourquoi la réouverture complète de la Voie Georges Pompidou ne fait pas partie des propositions, on précise que la Région proposait de poursuivre les tests pour 3 mois de plus -report refusé depuis. En outre, la région proposait des parkings relais dans Paris, d’autres parkings en banlieue, mais aussi une navette fluviale, et des carrefours intelligents pour fluidifier le trafic. Des idées variées donc, mais là encore rejetées par les édiles de l’Hôtel de Ville. Vous pouvez cependant toujours donner votre avis ici.

Conclusions et dépendances

Malgré trois rapports somme toute accablants, des constatations d’un quotidien devenu difficilement supportable pour tout le monde, et une urgence sanitaire à lutter contre la pollution, la Mairie persiste. Côté étude d’impact, l’équipe du Professeur Carli continue ses mesures en 2017. Et côté franciliens, au quotidien, tout le monde déguste à plus ou moins haute dose, on continue de prendre son mal en patience, sur le Boulevard Saint-Germain (21% de hausse du trafic), entre la Porte de Saint-Cloud et la Porte d’Orléans (+20 %)…

L’on pourrait s’arrêter et se dire que 9 minutes de plus le soir pour aller de Concorde à Bastille, ce n’est pas grand chose. Trois morceaux de musique, une interview, un journal de France info… Mais c’est déjà 135 % de hausse sur le temps avant septembre 2016. Et sur un trajet quotidien, cela revient à perdre 18 minutes, soit 1h30 par semaine… qui se transforment en 3960 minutes ou 6,8 jours (!) par an. Bref, une semaine complète de temps perdue, ce dans l’indifférence de l’opinion publique, visiblement résignée et culpabilisée.

Sources : cet article de Challenge, ce papier d’Europe1, et le site de la Région pour voter.