Le Nouvel Automobiliste
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Vente Citroën Héritage : Interview des responsables du Conservatoire (+ vidéo)

Vente Citroën Héritage : interview d’Eric Leton et Denis Huille

Nous avons eu la possibilité de découvrir les réserves de la collection Citroën Héritage avec C-Forum, en amont de la vente aux enchères du 10 décembre prochain. C’était l’occasion pour nous de s’approcher et d’immortaliser une ultime fois les modèles prévus à la vente Leclere Motorcars, de découvrir les automobilia, mais aussi d’en apprendre davantage sur cette opération.

Pour répondre à nos questions sur cette vente aux enchères inattendue, Eric Leton, responsable du Conservatoire, et Denis Huille, pilote de la vente Citroën Héritage, ancien responsable du Conservatoire et en mission ponctuelle pour l’Aventure Peugeot Citroën DS.

The Automobilist & C-Forum : Bonjour Messieurs, merci à tous les deux de nous recevoir dans les réserves de Citroën Héritage. On a voulu vous rencontrer parce que beaucoup de questions se posent, sur le pourquoi de cette vente, la sélection des véhicules et leur choix, et quel est l’avenir de cet ensemble de véhicules qui s’apprête à déménager pour Poissy.

Denis Huille : Bonjour, et bienvenue dans les réserves du Conservatoire Citroën. C’est assez rare d’y rentrer. Pourquoi cette vente ? Vous le savez, le site d’Aulnay est en finalisation de vente par le Groupe PSA et comme l’a annoncé le Directeur général de l’Aventure Peugeot Citroën DS, Xavier Crespin, le Conservatoire d’ici à 2019 va partir vers Poissy. Pour pouvoir anticiper ce mouvement, parce que les réserves doivent, elles, bouger en 2018, nous avons décidé de rationaliser les réserves et de voir quels objets et quels véhicules pouvaient être vendus vers les collectionneurs. Et de ce fait là, dans cette réserve qui compte à peu près 360 voitures, on a vu que l’on pouvait se séparer de 65 voitures.

65 voitures, avec à la fois des véhicules normaux, des véhicules utilitaires, des concept-cars, des véhicules de toutes sortes et d’avant-guerre aussi, et on a bien regardé les véhicules que l’on souhaitait vendre. C’est-à-dire que ce sont des véhicules que l’on a en général en double voire en triple exemplaire. On ne peut pas garder tous les véhicules, car Citroën en a produit plus de 50 millions depuis le début de l’histoire de la marque. Donc on garde les plus marquants et on sait aussi que l’on peut s’appuyer sur le réseau des collectionneurs quand on a besoin de certains, pour des événements ou des reportages. Et on est arrivé à ce chiffre de 65 véhicules : parmi eux, on va mettre en vente un Eco2000 [2, NDLR], mais c’est parce qu’on en a d’autres.

On ne vend pas de véhicules qu’on ne possède qu’à un seul exemplaire. Et on ne vend pas de véhicules qui nous ont été donnés. Ce sont uniquement des véhicules qui appartiennent à la marque, ou qui ont été achetés par la marque. Ça, c’est clair. Ce sont des véhicules qui peuvent faire plaisir à des collectionneurs, parce qu’il y a des modèles d’avant-guerre qui sont à restaurer. D’autres qui, nous sommes honnêtes, n’ont pas de carte grise parce que ce sont des modèles de formation. Soit ce seront des modèles pour pièces, soit ce seront des véhicules qui circuleront dans des lieux privés, sur des circuits. Et puis des véhicules totalement atypiques comme le Berlingo dans lequel nous sommes, en coupe, où nous sommes très bien et où c’est très confortable.

Tout cela, c’est plus pour un collectionneur, qui a peut-être déjà son musée privé, ou des musées non-spécifiques à Citroën, en tout cas des modèles qui sont pour toutes les bourses et tous les goûts. Après, sur la partie concept-car, j’ai parlé d’Eco2000 ou de Citela dont on garde un exemplaire, ou de la maquette de travail Xenia dont on garde le vrai concept de 1981. On s’est dit que ce n’était pas essentiel à notre collection mais que les collectionneurs pourraient garder et mettre en valeur ce type de maquette.

Nous mettons aussi en vente des véhicules Sbarro. Il y eut beaucoup de véhicules Sbarro faits sur base Citroën dans les années 90/2000, et aujourd’hui nous en avons 16. Nous en mettons 8 en vente, et si nous les vendons tous, il nous en restera encore 8. Il y en a beaucoup sur la base de Berlingo, ils ne sont pas essentiels à la collection Citroën, et on sait aussi, pour en avoir déjà vendu que l’on garde le contact avec l’acheteur. Donc on sait où le véhicule est. Bien sûr, il peut sortir de France, aller en Europe voire plus loin, mais on a toujours de bons contacts car on a déjà vendu des véhicules par le passé aux enchères, ou parfois de gré à gré. Donc on saura les retrouver, notamment pour des expositions. Mais, croyez-nous, le reste de la collection est toujours riche, très riche, pour continuer d’exposer, faire des événements, des expos temporaires ou des expos dans différents sites publics ou privés.

C-Forum : Pour les collectionneurs Citroën, il y a eu plusieurs ruptures. Le transfert de l’ensemble des véhicules à L’Aventure Peugeot, qui était une première inquiétude. Maintenant cette vente. Y en aura-t-il d’autres, faut-il s’attendre à d’autres ventes pour rationaliser la collection ? Ou n’est-ce qu’à cause du déménagement qu’on assiste à une vente un petit peu massive ?

Denis Huille : C’est ce que j’ai dit, c’est bien l’occasion du déménagement du Conservatoire à horizon 2 ans qui a amené cette réflexion. A ma connaissance, c’est la première fois que Citroën fait une vente avec autant de véhicules, et il n’y a pas vocation à en faire d’autres. Quand on regarde chez d’autres constructeurs, il y a eu régulièrement des ventes, de leurs réserves, ça ne se fait pas tous les jours mais tous y passent. Mais ce sera une vente unique, c’est clair.

C-Forum : Pour l’automobilia, on a vu qu’il y avait beaucoup d’objets un peu sympathiques. Pouvez-vous nous en décrire quelques-uns ? Et là aussi, comment les objets ont-ils été choisis ?

Denis Huille : Il y a 90 lots d’automobilia. Il y en a un peu pour toutes les bourses, c’était l’objectif, pour que de collectionneurs qui n’ont pas forcément les moyens pour s’acheter une voiture puissent acheter un objet siglé Citroën ou qui a appartenu à Citroën. On a des objets un peu anciens tels les chariots qui servaient au convoyage de matériaux dans les usines de Javel et d’Asnières, deux plaques en fonte siglées Citroën qui étaient emmurées dans l’usine de Levallois. Nous en avions 10, il nous en restera 8 et nous en avons 2 d’exposées. On a aussi des choses un peu plus récentes comme des totems Citroën, des logos de salon des années 80, des combinaisons de pilote de rallye-raid de Jacky Ickx, Alain Ambrosino ou Timo Salonen, et puis des photos officielles.

Et puis aussi un petit clin d’œil à l’usine d’Aulnay, car le Conservatoire y est depuis 2001, on y est attaché, on a vécu beaucoup de choses dans l’usine qui, on le sait, a fermé mais c’est la vie économique qui est ainsi, et donc on a décidé de vendre deux petits établis de l’usine, non-siglés Citroën mais qui ont servi aux gens qui ont construit les Citroën ici, deux vélos de liaison pour se déplacer car l’usine était grande avec près de 180 hectares, et puis une photo d’ensemble de l’usine ou encore un haut d’une tenue pour les techniciens qui travaillaient ici.

C-Forum : Ça n’a pas été trop difficile de choisir les autos et les objets ?

Denis Huille : Les objets c’est un peu comme les voitures, il nous en reste. Quand par exemple on met en vente un logo Citroën des années 80, il nous en reste un identique. Les plaques de Levallois, c’est la même chose, les petits chariots près d’une dizaine, les vélos aussi, un simulateur de conduite de salon des années 2000 il nous en reste aussi. Les sketchs de style notamment d’Alexandre Malval, aujourd’hui responsable du design Citroën, ce sont des tirages qui avaient été faits pour décorer des salons de réception ou des stands Citroën, qu’on peut retirer si on en a besoin, qu’on a encore en stocks dans des caisses et qui ne sont pas essentiels. Ce n’est pas pénalisant de s’en séparer, et je suis sûr que le collectionneur qui l’achètera sera fier d’en mettre dans son garage ou de l’afficher dans sa petite collection.

C-Forum : La petite partie que l’on voit dans le Conservatoire n’est qu’une petite partie de tout ce qui existe dans les réserves en termes d’objets ?

Eric Leton : La réserve elle est, là, constituée pour sauvegarder le maximum d’objets d’histoire de la marque. Il reste beaucoup de choses à découvrir au fur et à mesure. De toute façon, l’objectif à terme, avec le déménagement du Conservatoire, c’est peut-être de développer quelque chose d’autre. Pour l’instant on n’a pas encore les finalités du futur.

The Automobilist : Quand la décision de cette vente a-t-elle été prise ? Est-ce une conséquence du nouveau statut de L’Aventure Peugeot Citroën DS ?

Eric Leton : Non, la constitution de l’Aventure Peugeot Citroën DS c’est pour rassembler l’ensemble des entités patrimoniales du Groupe. On est missionné par le Groupe pour leur histoire, mais la vente n’a pas de rapport avec cette constitution.

The Automobilist : Les collectionneurs, futurs acquéreurs, peuvent-ils compter sur Citroën Héritage pour avoir des pièces détachées ?

Eric Leton : La partie technique est existante, c’est des motorisations PSA. Après la partie style et carrosserie en revanche devient plus compliquée car certains modèles sont uniques donc de toute façon on aura du mal à fournir des pièces de carrosserie. Mais côté mécanique on trouvera toujours à avoir des pièces pour les entretenir.

The Automobilist : Quelle cible d’acheteurs attendez-vous ? Du monde entier ? Des particuliers ? Des musées ?

Eric Leton : Ça va être la grande question, la découverte ! Tout acheteur est le bienvenu, ça peut être le simple particulier comme un musée, une concession, un garage, qui peut être intéressé à exposer un véhicule dans son établissement.

The Automobilist : Est-ce la raison pour laquelle vous n’avez pas souhaité mettre de prix de réserve ?

Eric Leton : il y a un prix de départ estimé, ensuite on verra en fonction des enchères comment les véhicules vont évoluer dans les enchères.

The Automobilist : La décision de faire cette vente sur Internet, d’où vient-elle ? De Citroën Héritage, ou de Leclere Motorcars ?

Denis Huille : C’est une décision mutuelle parce qu’ici, les acheteurs potentiels pourront venir voir le samedi 9 décembre les véhicules et les objets qui seront mis en vente dans le Bâtiment 01, en dehors de la réserve juste à côté, mais pour la vente c’est un peu plus compliqué. Le samedi, les gens vont venir, ça va tourner. Le dimanche, il faut pouvoir asseoir les gens, pouvoir bien les accueillir. On est ici dans un bâtiment industriel, ce n’est pas d’un grand confort, c’est un peu rustique mais ça fait aussi son charme car comme je vous disais, dans ce bâtiment se faisaient les sièges de la CX quand elle a commencé à être construite ici. Et puis il y a un côté historique et il faut en profiter car on sait qu’il a un avenir limité dans le temps.

Durant cette vente seront invités un certain nombre de personnes mais pour que chacun puisse participer à la vente et enchérir, ce sera online, une manière aussi d’éviter de se déplacer pour les gens qui sont loin, on sait qu’on a des collectionneurs qui sont dans le monde entier, et c’est la façon la plus pratique pour que tout se passe bien, même si c’est un petit peu atypique. De toute façon, avec Citroën, c’est toujours un peu atypique !

The Automobilist : Citroën est l’une, sinon peut-être « la » marque de voiture la plus collectionnée au monde. Vous attendiez-vous à un tel retentissement à l’annonce de cette vente ou est-ce que vous avez pu être surpris par les différentes réactions et par l’engouement que cela a pu susciter ?

Denis Huille : Citroën, c’est une marque qui ne laisse pas indifférent, on le sait bien. Forcément il y a eu quelques réactions un peu épidermiques peut-être. Sur le coup on a été un peu surpris mais après c’est la vie. On n’est pas une marque lisse, ça laisse tout type de commentaire. Il faut expliquer ce qu’on fait : tout le monde le sait, moi aussi je suis collectionneur, j’ai ça dans l’âme, Eric et moi on possède des Citroën. Et vraiment, on a réfléchi, on s’est plusieurs fois posé la question, en petit comité : celle-là on la met ; celle-là on la met pas…

Moi j’étais parti un moment pour un tout petit plus de véhicules, puis après on a pesé le pour et le contre, on a parlé des Sbarro, des 2 Méhari 4×4 sur les 3 en vente qui viennent de chez Félix Faure qui servaient à monter et descendre des voitures dans les rampes des garages… Elles sont plus pour pièces ou à restaurer, mais comme on en a d’autres, on sait qu’elles resteraient là à dormir ! Pareil pour les C4 de la fin des années 20 début des années 30, elles ont été achetées par la marque dans les années 60/70 pour commencer la collection, mais certaines sont là depuis 40 ans et n’ont jamais bougé, et on en a déjà dans le Conservatoire.

On pourrait toujours augmenter la collection, on n’aura jamais toutes les carrosseries, donc on s’est dit qu’on pouvait s’en séparer, et qu’elles pouvaient reprendre vie car même des modèles d’avant-guerre avec moteur bloqué, on peut toujours les redémarrer, ça se démonte facilement. Elles vont reprendre vie d’une autre manière, on les a gardés pendant un certain temps. On ne se démunit pas, la collection va continuer à s’enrichir, et comme je dis toujours, la collection de demain se fait aujourd’hui. Il faut donc travailler aujourd’hui pour continuer la collection.

The Automobilist : Justement pour parler de demain, vers quelles utilisation ou mise en avant s’oriente-t-on ?

Eric Leton : Là, la constitution d’un musée c’est la question à venir. On n’a pas encore de visibilité sur cette évolution. Le Conservatoire sera toujours existant pour ça. Après, est-ce qu’on va développer un nouveau concept ? Ça on le verra dans l’avenir.

C-Forum : Sur la superficie à Poissy, on a déjà une idée du site ? La partie exposée sera commune avec la CAAPY ?

Eric Leton : On cible une superficie identique pour pouvoir exposer les véhicules qui le sont déjà, constituer et continuer à constituer cette collection après dans l’avenir. Sur la CAAPY, ça fait partie pour l’instant des réflexions. Je ne pense pas à l’idée de mélanger les deux mais d’avoir deux collections continues, pourquoi pas.

Denis Huille : Ce qu’a dit récemment Xavier Crespin, c’est que l’Aventure Peugeot Citroën DS doit avoir un pôle en région parisienne à Poissy, comme celui de Sochaux autour de Peugeot où il y a un musée avec des véhicules bien mis en valeur mais aussi des services annexes avec réceptif, événementiel et restauration. L’idée c’est aussi de développer ça, autour du nouveau pôle de Poissy. Quelque part vous voyez, c’est aussi une nouvelle mise en valeur et la volonté d’upgrader ce qui existe aujourd’hui qui, je le répète, n’était au départ qu’un endroit pour stocker les véhicules quand ça a été ouvert en 2001 par Messieurs Peugeot et Satinet. Ce n’est qu’ensuite que le Conservatoire a été ouvert classé en ERP par mon prédécesseur et, on a eu jusqu’à plus de 5000 personnes par an ce qui était déjà bien. Je pense qu’on a fait de belles choses avec le bâtiment tel qu’il était, et qu’on en fera sûrement encore des plus belles à Poissy avec des nouveaux bâtiments et une nouvelle envie de mettre en avant, de mettre en forme la marque Citroën.

The Automobilist & C-Forum : Merci d’avoir répondu à toutes nos questions.

Une interview à retrouver en vidéo ci-dessous :

Crédit vidéo : Dans le rétro – C-Forum
Crédit photos : The Automobilist