Le Nouvel Automobiliste
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Une visite du Mondial de l’Automobile avec Laurens van den Acker

Rencontrer le Directeur du Style d’un groupe automobile comme Renault est un privilège rare, que nous avons déjà pu apprécier chez The Automobilist. Pour ce Mondial 2016, nous sommes allés encore plus loin : c’est le salon tout entier que nous avons visité en compagnie de Laurens van den Acker. Comment analyse-t-il les nouveautés de la concurrence ? Quels sont ses coups de cœur ? Ses scepticismes ? Partons ensemble pour une visite du Mondial en compagnie du Designer-star du Losange.

Peugeot 3008

mondial_auto_paris_2016_peugeot_3008_theautomobilistLa nouveauté du Lion en ce Mondial 2016 est la mise en avant de ses SUV. « Je pense que c’est une sacré voiture, qui a la force d’avoir une cohérence entre son intérieur et son extérieur. L’intérieur, c’est son mondial_paris2016_theautomobilist_renault_laurens_van_den_acker« highlight », il est moderne et dynamique, avec des matériaux soignés. L’extérieur est un mélange un peu moins homogène mais je trouve quand-même la face avant très réussie, agressive et riche en détails. La voiture fait « riche ». Je pense que ce sera un sacré compétiteur pour Kadjar, même s’il est un peu au-dessus en gabarit. » En effet, avec 4,34 m, le 3008 est un peu plus petit qu’un Kadjar, qui culmine à 4,45 m de longueur, et joue une partition stylistique totalement opposée. « Kadjar a apporté un style plus en rondeurs, et surtout de la couleur avec le Rouge flamme, et c’était inattendu. »

Les couleurs ne laissent pas Laurens indifférent : « Ce que je remarque sur ce stand Peugeot, ce sont aussi les belles couleurs : il y a une époque où tout le stand Peugeot était gris ou blanc. Là on voit du rouge, du brun, du bleu. Je pense que c’est une bonne chose, car il faut rendre la vie joyeuse et plus belle. On essaye de faire notre part chez Renault et je pense qu’eux aussi s’y mettent et essayent de faire un petit peu moins sérieux avec ces jeux de couleurs. Et que pense-t-il de l’audacieuse coupe franche sur laquelle mise la marque sochalienne ? « C’est drôle, c’est osé. Une stratégie bicolore pour ce type de voiture et comme cela, c’est inattendu. Nous avions nous-même introduit le rouge Flamme sur Kadjar. A l’époque, introduire une telle couleur rouge sur un SUV c’était aussi inattendu. Pour tous ces éléments, j’applaudis et je trouve ce 3008 réussi. »

Peugeot 5008

mondial_auto_paris_2016_peugeot_5008_suv_theautomobilistLe renouvellement du 5008 inspire à Laurens plus qu’une ‘simple’ analyse comparative avec le Renault Kadjar. Il en retire un choix de style en rapport avec le repositionnement du modèle : « Je pense que c’est un choix logique et pertinent d’un point de vue business. Car actuellement, le segment des SUV est à la mode. Avec ce 5008, Peugeot fait d’une pierre deux coups : renouveler un modèle qui marche, et le positionner sur le marché SUV pour laisser à Citroën les monospaces. Chez Renault, on se bat à la fois contre Peugeot et Citroën, c’est la raison pour laquelle on a choisi de garder Scénic en version courte et longue, et qu’on a aussi Kadjar ». Cependant, le 5008 a pour lui 7 places quand les Kadjar et Koleos plafonnent à 5, alors que leur cousin nippon le X-Trail en propose lui aussi 7…

Citroën C3

mondial_auto_paris_2016_citroen_c3_theautomobilist-1Installée en face de la Clio de Renault, la nouvelle C3 de Citroën semble la provoquer depuis le stand des Chevrons. LVDA discerne-t-il des différences ? « Avec C3, 208 et Clio, on a 3 propositions très différentes et c’est une preuve de la force de l’industrie automobile française. Citroën a fait le choix de faire une C3mondial_paris2016_theautomobilist_renault_laurens_van_den_acker_04 beaucoup plus gaie, beaucoup plus colorée. La Citroën C3 est personnalisable, avec une approche « Mini » croisée avec un Cactus. Je trouve la voiture très homogène, en ce sens où ce qu’elle promet à l’extérieur, elle le délivre aussi à l’intérieur. Ça c’est quelque chose que Citroën fait très bien. Il y a une très bonne cohérence entre l’intérieur et l’extérieur. Je pense que la voiture va être très intéressante dans la rue. Elle va vraiment donner le sourire à ceux qui la verront » Craint-il une concurrence frontale dure pour la Clio, tout juste restylée ? « L’esprit de C3 est d’être plus féminine et c’est assumé. Sur Clio, on a une clientèle à 60 % d’hommes, notre positionnement n’est pas exactement le même. Et avec ses pneus plus larges et le choix des Airbumps, cette C3 se rapproche de ce qu’on propose sur une Sandero Stepway. »

La portière ouverte, l’intérieur aux lignes très droites et continues de la C3 se révèle. « A l’intérieur, les matériaux injectés sont compensés par des touches un peu plus riches sur les contreportes et la sellerie. Ce sont deux approches possibles. Soit on dépense le budget un peu partout de manière homogène dans l’habitacle. Soit, comme chez Citroën, on le dépense sur quelques endroits spécifiques. Ils ont choisi d’investir de l’argent dans quelques endroits que les gens toucheront et d’en faire un peu moins sur les grandes surfaces. Il faut bien voir aussi qu’ils ont fait le choix d’un positionnement prix en-dessous de 208 ou Clio. C’est très homogène en fait, et elle décline aussi une ambiance intérieure cohérente avec l’exter’, comme le 3008. Sur ce point on a encore du travail chez Renault ».mondial_paris2016_theautomobilist_renault_laurens_van_den_acker_05

Citroën CXperience

mondial_auto_paris_2016_citroen_cxperience_concept_theautomobilist-5Se rapprocher du concept-car Citroën, seul autre concept français inédit sur ce salon avec la Renault TreZor, permet aussi de constater que le culte des néerlandais pour Citroën ne fait pas exception avec Laurens van den Acker. « Cette CXperience me rappelle les années 70 et la berline CX. J’ai rencontré quelqu’un qui a eu une GS à l’époque et qui me disait qu’il retrouvait aussi les gènes de la GS dans ce concept. On retrouve dans le CXperience le côté avant-gardiste de la marque. En tant qu’objet de design, elle est très intéressanmondial_auto_paris_2016_citroen_cxperience_concept_theautomobilist-1te. Je me pose toutefois une question car, sur un même stand, je vois une C3, un C4 Cactus, et une CXperience, et je me demande : quelle est la cohérence ? Je ne pense pas que l’approche soit la même entre les trois, mais je suis surpris de voir tout cela ensemble. Mais si le message est de montrer où il faut amener une grande berline, je trouve que celle-ci a tout ce qu’il faut attendre d’une Citroën : elle est à l’avant-garde, elle a des proportions inattendues, très originales, et elle a un superbe intérieur, très confortable, avec un joli travail au niveau des matières. Ils prouvent qu’ils peuvent marier deux langages, un plus industriel avec C4 Cactus, un plus fluide et en détails avec CXperience ».

Laurens propose une explication du choix d’un tel concept : « Ils l’ont peut-être fait pour montrer qu’ils ne font pas que des voitures sur les segments B et C. Car avoir un pied dans le haut de gamme, ça tire toute la gamme vers le haut. Nous l’avons vu chez Renault, avec la Talisman. C’est bien pour un client qui vient acheter une Clio de se dire que Espace ou Talisman existe, un peu comme le client qui va chercher une Audi A1 et qui aime le fait que l’on trouve à côté une A8, c’est valorisant ».

Que pense-t-il de la voiture proprement dite ? « Comme je le disais, elle a tout ce qu’on attend d’une Citroën, avec un intérieur chaleureux et un extérieur tendu, pour l’aérodynamisme. C’est superbe de voir Citroën mondial-de-lauto-2016-citroen-cxperience-2de retour parmi les berlines : ce sont quand même les meilleurs pour les surprises de style et les détails pratiques, il n’y a qu’eux pour les faire, et ils croient en leur identité ».

Peut-on comparer le travail d’Alexandre Malval à la tête du design Citroën avec celui de LVDA chez Renault ? « Non, ce n’est pas pareil. Moi je suis arrivé pour un nouveau cycle de véhicules, et j’étais inquiet, mais j’ai eu l’avantage de partir d’une page blanche avec Clio, qui est l’icône de Renault, qu’on voit partout. Cela m’a donné une liberté et un fort pouvoir de changer les choses. La séparation de Citroën avec DS est bien plus récente, elle est toujours d’actualité, il faut leur donner le temps et ils vont trouver comment réussir ça. Ils ont beaucoup de talent ».