Le Nouvel Automobiliste
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Toyota Safety Sense : Arrête-moi si tu peux !

Freinage automatique, alerte de franchissement de ligne, allumage automatique des feux de route, lecture de panneaux… Toutes ces technologies de sécurité active sont désormais disponibles chez Toyota sous un seul et même nom : Safety Sense. Commercialisé depuis septembre 2015, nous avons été invités par Toyota pour tester l’un de ces dispositifs : le freinage automatique avec alerte de pré-collision.

« Les mots ont un sens »

Sens : ce substantif masculin a la particularité d’être polysémique et d’avoir deux étymologies. Sens est donc un mot qui a plusieurs sens, grâce à deux origines : l’une latine (sensus, us : sensibilité, sentiment…), l’autre germanique (sen : chemin, orientation). Ces deux sens se sont mêlés au fil du temps dans la langue de Molière mais aussi dans celle de Shakespeare. Mais, comme nos amis anglais veulent toujours faire les choses différemment, ils y ont ajouté un « e », qui donne sense. Cela a-t-il du sens de recenser ces sens du mot sens en début d’article ? Je l’ignore, mais maintenant que le début linguistique est posé, je le « sens » bien.

Le sens n’est donc pas un mot anodin. Et l’intitulé marketing de Toyota, « Safety sense », revêt elle aussi plusieurs réalités. Derrière ce système se cachent 4 technologies :

  • freinage automatique d’urgence et alerte de pré-collision
  • alerte de franchissement involontaire de ligne (AFIL)
  • allumage automatique des feux de route
  • lecture des panneaux de signalisation.

Toyota explique ce choix d’un seul et unique nom pour circonscrire ces quatre domaines par la volonté d’éviter les acronymes barbares (toutes ces initiales que de rares initiés décryptent, comme ASR, ACC, AFU…). D’ailleurs, le Safety Sense est comme ces derniers un ADAS, c’est-à-dire un système d’assistance de conduite avancé. Il le dit juste avec un peu plus de bon sens marketing.

Le sens de la sécurité

Comment ça marche tout ça ? Eh bien c’est assez simple en réalité : au pied du rétroviseur intérieur sont installés 3 capteurs lasers et une caméra. La caméra « lit » la route et détecte les panneaux de signalisation comme les obstacles sur la route jusqu’à 100 mètres devant le véhicule ; les trois lasers analysent la distance entre l’obstacle détecté et le véhicule, avec un rayonnement de 15 mètres. Le croisement des informations des deux systèmes permet d’anticiper les dangers de la route.

Pour l’heure, 4 Toyota sont équipées par les dispositifs du Safety Sense :

  • Aygo : Freinage automatique et AFIL
  • Yaris : Freinage automatique, AFIL et allumage automatique des feux
  • Auris et Avensis : Freinage, AFIL, allumage des feux et lecture des panneaux.

Avec ces dispositifs, Toyota se met donc à la page de nombreuses ADAS présentes depuis plusieurs années chez les concurrents : pour rappel, l’AFIL est apparu sur la Citroën C5 en 2004, et la lecture des panneaux avec l’Opel Eye sur l’Insignia en 2008. Toyota y ajoute une cohérence de déploiement dans la gamme. D’ailleurs, le reste de la gamme en profitera bientôt : en 2016, le Rav4 et la Prius en seront aussi équipés nous a-t-on dit.

Le sens du freinage

Pour tester le freinage d’urgence, Toyota nous a proposé de prendre le volant d’un des véhicules équipés, de foncer sur un obstacle, et de voir si on allait survivre. On exagère ? Un peu, bien-sûr, mais ça y ressemble. L’obstacle du jour : une boîte métallique grimée en boîte à chaussure en VW Touran phase 3. La route : une portion du circuit de Dreux d’une centaine de mètres en ligne droite. La mission : monter à 30 km/h (vérifiés par un radar), et laisser le véhicule freiner tout seul. Ainsi, on simule une perte d’attention classique du quotidien, comme cela peut arriver en ville.

Notre destrier ? La dernière Aygo : le freinage automatique qu’elle embarque est similaire à celui que PSA a installé sur les Peugeot 108 et Citroën C1, mais similaire ne veut pas dire identique. Il s’agit bien sur l’Aygo d’une technologie propre à Toyota. Dès l’allumage de la voiture, le Safety Sense se met en marche. Seule nécessité : que le pare-brise soit propre ! On prend ensuite la route, on se stabilise à 30 km/h. Puis, lorsque l’on se rapproche de l’obstacle, une sonnerie stridente retentit dans l’habitacle, au niveau des montants de pare-brise et du pied de rétroviseur intérieur : le son est censé réveiller le conducteur et le faire réagir. S’il ne le fait pas, une seconde plus tard, le véhicule freine par lui-même. Il se laisse même 30 cm de marge pour ne pas toucher l’obstacle, afin de prévoir une éventuelle chaussée glissante…

Nous fîmes le test à plusieurs reprises, en passager comme au volant : foncer les yeux dans un obstacle en s’empêchant de freiner est impressionnant, vraiment contre-nature ! Même réalisé au dernier moment, le freinage est certes ferme et efficace mais pas violent. La voiture plonge à peine, et l’on n’est pas projeté en avant. A noter que le système fonctionne mieux le jour que la nuit, prévient Toyota, car la caméra en l’absence de lumière devient myope. Les lasers restent, eux, opérants, mais prennent en charge le véhicule plus tardivement que la caméra qui anticipe les dangers à 100 mètres. Ce système est essentiellement conçu pour la ville, et de nuit comme de jour, jusqu’à 30 km/h, l’univers y est généralement éclairé.

Et le si le sens humain nous pousse à freiner ?

Même si le freinage est automatique, vous avez bien compris qu’une seconde avant se déclenchait une alarme pour stimuler le conducteur. Si bien que si ce dernier freine, la voiture évite aussi l’obstacle. L’électronique vient en complément de votre pression sur la pédale de frein pour la renforcer et faire en sorte de ralentir à temps. De même, en fin de freinage, pour éviter tout coup du lapin, un certain relâchement se fait sentir. En freinant soi-même, c’est une évidence mais on peut doser plus doucement le freinage puisqu’on a réagi plus tôt. De toute façon, si le freinage automatique doit agir, c’est que c’est déjà trop tard pour une réaction humaine.

Ce n’est que lorsque le freinage est réalisé à l’initiative du conducteur que les feux de détresse se déclenchent. A partir du moment où le conducteur décide de freiner avant que l’électronique ne freine automatiquement, l’électronique ne vient qu’en soutient de l’action humaine. Si le conducteur décide de couper son freinage, de modifier sa trajectoire, voire de ré-accélérer, l’électronique rend la main au conducteur ! Et, à l’image de quelques testeurs qui voulurent le vérifier lors de notre séance d’essai, la voiture foncera allègrement dans le mur. A un détail près : c’est bien la personne au volant qui sera responsable !

Les limites du Sense

Durant notre essai, tous les freinages automatiques pris en charge par l’électronique ont réussi. Même pour une frêle Aygo, avec 4 passagers à bord, le freinage fut efficace et la voiture stoppée à quelques centimètres de l’obstacle ! Sur la Yaris hybride, les freinages étaient plus courts, étant donné le frein moteur meilleur de la voiture. Une fois le freinage terminé, le véhicule reste immobile une seconde, avant de relâcher les freins pour pouvoir repartir en marche arrière.

Officiellement, le Safety Sense est homologué jusqu’à 30 km/h. Officieusement, une vaste marge de sécurité existe, comme chez Volkswagen ou PSA. Ainsi, nous fîmes un freinage d’urgence à 36 km/h sans frapper l’obstacle. La vitesse maxi jusqu’à laquelle le freinage automatique pourrait stopper le véhicule en le rendant intact approcherait les 55 km/h… Utile pour la ville ! De plus, le Safety Sense fonctionne aussi pour assurer, à plus haute vitesse, la mitigation : il freine la voiture pour amoindrir la violence du choc. Cette mitigation est homologuée jusqu’à 80 km/h mais là encore, officieusement, le système resterait en éveil jusqu’à 140 km/h pour amorcer les freinages d’urgence.

Le sens de la communication

Pour appuyer le lancement du Safety Sense dans le commerce, Toyota a lancé une campagne publicitaire avec 3 vidéos qui aident à comprendre ce qu’est ce système. Les voici :

https://youtu.be/FdIHCSfUQqw

https://youtu.be/7ewAlAtOG_I

https://youtu.be/pF5rQnQTtEc

Et une petite quatrième qui n’est pas diffusée en France, l’image des pandores n’en sortant pas grandie :

Cens et sense sans conscience ne sont-ils que ruine de la liberté de conduire ?

Nous empruntons allègrement ce titre à l’ami Alcofribas Nasier. Le Safety Sense est une option offerte pour tout achat de Toyota neuve jusqu’au 30 septembre. Après, cela sera une option payante. Le cens du Sense est le suivant… :

  • Aygo :  + 350 €
  • Yaris : + 400 €
  • Auris : + 500 €
  • Avensis : le Safety Sense est de série dans la dotation.

En 2016, le Safety Sense disposera d’une nouvelle corde à son arc : la détection des piétons.

A la fin, nous ne pouvons que constater que l’équipement a fonctionné, et que son fonctionnement est pertinent. Le Safety Sense a du sens donc, et relève même du bon sens. Bien-sûr, cela n’empêche pas de garder l’attention au volant et la concentration, mais l’aide de telles béquilles électroniques, à la fois d’information et de réaction sur le comportement du véhicule, n’est peut-être pas inutiles pour rouler en toute sécurité. A chaque conducteur de se faire son opinion : le Safety Sense est une option pour l’instant, sauf sur l’Avensis.

Pour les libertariens du volant, une foultitude de voitures sans freinage automatique (voire sans électronique du tout) sont disponible sur le marché (côté neuf, mirez du côté de Lada ; sinon, il vous reste l’occasion). Pour tous les autres, ces systèmes sont appelés à se généraliser, tant parce qu’ils rassurent les conducteurs que parce qu’ils sont considérés comme les premières pierres de la future conduite autonome. Il reste encore bien du chemin à parcourir pour arriver jusque là mais rien ne sert de courir : les voitures freineront à point. Peut-être !

Crédit photo : François M. pour The Automobilist