Le Nouvel Automobiliste
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Toyota au Salon de Genève 2016 : originalité revendiquée

On continue notre découverte plus en détails du Salon de Genève 2016 avec aujourd’hui un focus sur Toyota. Plusieurs nouveautés étaient présentées sur le stand du constructeur japonais, parmi lesquelles un SUV aux grandes ambitions, le C-HR.

C’est LA grosse attraction du stand Toyota. Le C-HR était en effet attendu impatiemment par les fans de la marque mais aussi par le monde automobile en général, Toyota étant jusqu’à présent absent de l’une des catégories qui a le plus le vent en poupe en ce moment, je veux bien sûr parler des SUV du segment C. Kadjar, Qashqai, 3008, Q3, Tiguan, Ateca… La concurrence est rude et sans cesse en train de se renouveler, Toyota a donc tenté un pari osé pour son arrivée sur le marché. Mais, une petite seconde… Parle-t-on bien du segment C pour le C-HR ? Au premier abord, on aurait plutôt tendance à le comparer au Juke de Nissan, ce que beaucoup font à tort, d’ailleurs, la faute sans doute au style très osé et décalé commun aux deux modèles. Le C-HR mesure 4m35 de long, soit 3 petits centimètres de moins qu’un Qashqai, ou 1 centimètre de moins que les Peugeot 3008 ou Seat Ateca, alors que le Juke « plafonne » à 4m13. Il se situe donc plutôt dans la moyenne basse de sa catégorie, mais est bien plus grand que son faux rival compatriote.

Afin de le découvrir plus en détails, Toyota nous a conviés sur son stand lors du Salon de Genève sur lequel nous avons pu rencontrer Craig FAIRSERVICE, responsable marketing du constructeur pour l’Europe, qui a répondu à quelques-unes de nos questions sur le nouveau-né de la gamme.

The Automobilist : Le style audacieux du C-HR n’est-il pas dangereux sur le segment ?

Craig Ferservice : « Il en faut pour tout le monde ! Le danger pour nous aurait plutôt été de sortir un modèle « classique », qui se fond dans la masse sans aucun élément visuel vraiment distinctif. Le style est le critère d’achat numéro un, et les clients veulent de plus en plus une voiture originale, différente de celle du voisin. Le C-HR peut donc représenter cette alternative de par son style en rupture. »

TA : Définit-il le nouveau langage de style Toyota, ou restera-t-il un modèle à part ?

CF : « Nous ne voulons pas imposer une identité de marque copiée/collée entre nos modèles, comme c’est de plus en plus le cas chez la concurrence. Notre but est d’avoir un design unique par catégorie de véhicule (citadines, berlines, SUV…). Nous voulons un style qui dégage plus d’émotions, qui donne le sourire aux acheteurs ».

TA : Le dessin très original a-t-il imposé des contraintes, notamment au niveau de l’habitabilité ?

CF : « Non, nous avons beaucoup travaillé pour que le style n’influe pas sur les cotes intérieures »

TA : En parlant de l’habitacle, quand pourrons-nous découvrir l’intérieur ?

CF : « La révélation complète du C-HR se fera en fin d’année. L’intérieur sera probablement dévoilé avant le Salon de Paris ».

TA : On pourrait sans peine imaginer une version sportive du C-HR, vu sa carrure musclée. Est-ce au programme ?

CF : « Nous étudions toutes les possibilités, une version sportive n’est pas exclue dans l’avenir, mais pour l’instant aucune décision n’est prise à ce sujet. Cependant, nous avons fait un énorme travail sur le châssis pour proposer une expérience de conduite dynamique avec les versions disponibles au lancement. Il se comportera comme une bonne berline du segment C  ».

TA : Parlons donc un peu technique : le système hybride est-il le même que celui de la nouvelle Prius ? Et ou sont situées les batteries ?

CF : « Oui, il s’agit du même système, avec quelques adaptations pour convenir aux dimensions du C-HR. Nous en sommes à notre 4ème génération d’hybrides, là où nos principaux concurrents n’en sont qu’à la première ou deuxième ! Concernant les batteries, elles sont situées sous les sièges arrière, entre eux et le coffre. Le C-HR repose sur la même plateforme que la Prius (TNGA pour Toyota New Global Architecture), il est le deuxième modèle à l’adopter et le premier fabriqué en Europe à l’utiliser (il est produit dans l’usine Toyota Motor Manufacturing Turkey). Cette nouvelle plateforme a également permis de conserver un style proche de celui du concept original présenté à Paris en 2014».

TA : Peut-on imaginer une version hybride rechargeable ? Voire full-électrique ?

CF : « Concernant l’hybride plug-in, pourquoi pas… Par contre, nous ne considérons pas le marché de l’électrique assez mûr pour proposer une telle version du C-HR. »

TA : Et une version diesel ?

« Non » (réponse claire et nette !)

TA : Quels sont les objectifs de vente du C-HR ?

CF : « Ils ne sont pas encore définis précisément, mais nous espérons néanmoins en vendre environ 100 000 en année pleine en Europe. Le C-HR serait ainsi notre 3ème modèle le plus vendu. La clientèle visée est le « jeune couple sans enfants », plutôt citadin. La production commencera au quatrième semestre 2016, la commercialisation interviendra en toute fin d’année ou début 2017 selon les marchés. »

TA : Avez-vous une idée du mix prévisionnel entre la version thermique classique (1.2 l turbo essence de 116ch) et la version hybride ?

CF : « Pour la France, on estime que la version hybride représentera environ 80% des ventes. »

TA : Merci pour ces réponses.

De grandes ambitions donc pour ce C-HR, qui devra convaincre son public. Mais au vu des réactions sur le stand et sur le web, il semble en tout cas que son style ne laisse pas indifférent, et ce plutôt dans le bon sens contrairement à sa sœur technique, la Prius, qui elle n’a pas vraiment la cote question physique (malgré toutes ses autres qualités)…

Pour ma part, le style du C-HR m’a plutôt convaincu. Original et décalé sans être « moche », voilà une équation pas forcément évidente à résoudre. Bien moins torturé qu’une Prius, le C-HR parait plus futuriste et ses lignes tendues, ses surfaces complexes et ses « gros yeux » parviennent à le rendre visuellement plus petit qu’il n’est. Impression encore plus renforcée par la ceinture de caisse très haute et le vitrage rappelant celui d’un coupé (C-HR signifiant Coupé-High Rider, ça ne s’invente pas…), les poignées étant d’ailleurs « dissimulées » : je mets le mot entre guillemet car elles restent tout de même assez visibles, on a connu des artifices de style plus discrets et élégants que la solution utilisée ici par Toyota…

La carrosserie bi-ton sera présente ou non en fonction des versions, de même que les phares et feux à led (incluant des clignotants à défilement) qui seront remplacés en entrée de gamme par de plus classiques éclairages à ampoules.

On a en tout cas hâte d’en découvrir plus et de l’essayer, mais pour cela il faudra encore attendre quelques mois !


Le stand Toyota présentait un autre modèle qu’il nous plairait également d’essayer, le Kikai ! Mais cette fois ci, même en attendant de longs mois, voire de longues années, notre rêve restera définitivement pieux.

La rencontre avec Kazuo SUYAMA, responsable du projet, nous aura permis de –malheureusement– confirmer que cet ORNI restera à l’état de concept, et ce malgré les réactions plus que positives du public et des médias lors du salon de Tokyo 2015 où il a été exposé pour la première fois où ici à Genève.

L’idée de base, décrite en quelques mots sur une feuille de papier, est née fin 2012 de l’imagination de Kazuo SUYAMA. 3 ans après, le Kikai était né.

Mais au fait, que signifie Kikai ?

Machine, tout simplement. Un nom simple, un concept simple : le but du Kikai est, outre d’apporter le sourire et la bonne humeur à son pilote et aux passants (sentiment représenté par le petit cochon dessiné sur l’intérieur des pneus ou sur le porte-clé, ah….ces japonais 🙂 ), de montrer ce qui d’ordinaire est caché sur une voiture classique : la mécanique, qui n’est pas ici considérée comme uniquement utilitaire, mais bien comme une partie comme une autre du style de l’engin. Moteur, suspensions, réservoirs de fluides, tout est visible et étudié pour paraitre sous son meilleur jour.

Les éléments mécaniques sont visibles à la fois de l’extérieur mais aussi depuis l’intérieur grâce aux nombreuses surfaces vitrées. Que la gent féminine adepte des mini-jupes se rassure, les vitres inférieures placées à l’avant sont à traitement électrochrome et il est donc possible de les occulter complètement afin de cacher ce qu’on ne saurait voir…

Selon Suyama San, le Kikai peut attirer vers l’automobile des personnes pas forcément intéressées habituellement, plus précisément parmi la jeune génération qui se désintéresse de plus en plus de la chose à quatre roues. Il imaginerait d’ailleurs plus une communication au travers de magazines « Lifestyle » plutôt que grâce à la presse spécialisée traditionnelle si le modèle était un jour en vente. Ceci est une révolution !

Sa création ne rentre selon lui dans aucune catégorie existante (ni citadine, ni berline, ni SUV…) et définit un nouveau genre d’automobile dédié au plaisir de conduire, en témoigne la place du conducteur en position centrale, comme dans une monoplace (ou McLaren F1, ou Matra Bagheera…), 2 passagers pouvant tout de même prendre place juste derrière lui, de chaque côté de la cellule. La motorisation reste raisonnable, dans tous les sens du terme, le Kikai étant mu par un bloc hybride composé d’un moteur essence 1.5l et d’un petit moteur électrique. Aucun chiffre n’est en revanche communiqué sur les performances de l’engin.

Il ne faut pas voir en ce concept un quelconque signe d’un remplacement de l’IQ, mini citadine de Toyota dont la production a été arrêtée fin 2014 et qui n’aura pas de descendance, mais un simple délire de designers et d’ingénieurs. On s’imaginerait tout de même bien à son volant, alors s’il vous plait, monsieur Toyota, il serait bon de changer d’avis à son sujet !

Pour terminer cette petit tour d’horizon des nouveautés Toyota présentées à Genève, voici les autres en images, à savoir le nouveau Hilux, le gros pickup de la marque (enfin, gros pour l’Europe, aux USA c’est une autre histoire…), le showcar RAV4 Sapphire qui préfigure une future déclinaison chic su SUV et le ProAce Verso, cousin des Peugeot Traveller et Citroën SpaceTourer assemblés conjointement dans l’usine PSA de Sevelnord. En guest star, le Hilux de Giniel de Villiers qui a terminé 3ème du Dakar 2016.

Un grand merci à Stéphane Chevalier de Toyota France pour l’invitation.

Crédits photos : Romain BRESADOLA pour TheAutomobilist.fr