Le Nouvel Automobiliste

Tout savoir sur le Renault Captur II 2/3 : interview de Jean-François Labal sur les services connectés

La présentation d’une nouveauté est l’occasion pour Le Nouvel Automobiliste de rencontrer les personnes qui l’ont développée. Et depuis quelques temps, une nouvelle voiture ne se résume pas à son style ou sa beauté intérieur. Le nouveau Renault Captur n’échappe pas à la règle : les services connectés prennent une place de plus en plus importante dans le monde automobile. C’est pourquoi nous avons interviewé Jean-François Labal, chef marketing pour les services connectés dans le groupe Renault.

Le Nouvel Automobiliste : Bonjour Monsieur Labal. Dites-nous ce qu’est aujourd’hui un service connecté ?

Jean-François Labal : Les services connectés sont tout ce qui va rendre l’expérience utilisateur la meilleure possible à bord du véhicule et, aujourd’hui, c’est tout ce qui participe à la révolution intérieure du nouveau Captur.

LNA : C’est un métier relativement récent dans l’histoire automobile…

J-F L : En général, il s’appuie sur de nouvelles technologies, de nouveaux équipements, de nouvelles relations avec le client. Donc effectivement c’est relativement nouveau chez les constructeurs et c’est un domaine dans lequel Renault a énormément investi et fait maintenant partie des leaders.

A l’intérieur du nouveau Renault Captur, nous avons le smart cockpit, composé du nouveau système multimédia EasyLink et d’un cluster digital, comme la nouvelle Renault Clio. Et ce smart cockpit participe à la révolution intérieure. Aujourd’hui, nous parlons de l’évolution intérieure en termes de qualité perçue, de design, et le cluster comme EasyLink font parties intégrantes de cette révolution. EasyLink est un système de nouvelle génération qui apporte trois choses fondamentales : il est hautement connecté, apporte une très grande facilité d’utilisation et rend l’expérience utilisateur la meilleure possible, et c’est un système qui assure une mise à jour permanente.

Commençons par la partie ergonomie sur laquelle nous avons porté beaucoup d’efforts. Cela se traduit par l’écran le plus grand dans son segment, jusqu’à 9,3 pouces : c’est l’équivalent d’un iPad. En termes d’ergonomie, nous avons cherché à rendre accessibles en un ou deux clics toutes les fonctionnalités du véhicule. Nous proposons un système de widgets : ils sont paramétrables à volonté. Nous pouvons, à l’image d’un menu Windows, personnaliser l’accueil et la taille des widgets. Nous avons cherché à capitaliser sur l’expérience des mobiles, que ce soit sur les widgets ou la mise à jour permanente, en apportant bien sûr la sécurité propre au milieu automobile. 

Autre exemple, les ADAS. C’est un concept qui n’est pas toujours facile à comprendre pour le client. Outre un système d’aide à la conduite, c’est quoi concrètement ? De manière visuelle, le client peut mieux appréhender ce que c’est, par exemple le contrôle de l’angle mort via un voyant dans le rétroviseur, que nous montrons donc de manière visuelle. Idem pour la gestion des voies, que l’on peut gérer toujours de manière visuelle, comme on le souhaite, par exemple selon son degré de vibration. Le client n’a pas besoin de plonger dans un manuel complexe. Tout est visuel, pour comprendre immédiatement sans aide d’un vendeur pour expliquer. Le client par lui-même découvre tout. Supprimer la lecture des panneaux de signalisation peut être désactivé simplement et inversement. Le tout en 2 clics maximum. 

Ce travail de simplification a été un des gros chantiers que nous avons menés. 

LNA : C’est un peu la critique que nous pouvons faire au système Renault actuel, le R-Link 2. C’est en réponse à ce système complexe que vous avez révolutionné l’interface, ou est-ce l’expérience smartphone qui vous a plus inspiré ?

J-F L : D’abord nous avons capitalisé sur l’expérience R-Link. Nous sommes également sensibles à l’expérience utilisateur. Pas seulement dans le mobile, nous pourrions citer aussi le monde de l’entertainment avec les Setup Boxes. Tout ce monde, nous avons essayé d’en tirer le meilleur, tout en respectant les contraintes du conducteur, mais aussi réglementaires. D’où la naissance de EasyLink qui vient remplacer au fur et à mesure le R-Link 2. 

Pour continuer l’analogie avec les smartphones, l’avantage du système EasyLink est la mise à jour. Derrière cette tablette là, il y a une connexion 4G qui fait partie intégrante du véhicule. Cette technologie permettra deux fois par an une mise à jour des cartes de navigation par exemple. Sans intervention du client, sans avoir à passer par l’atelier ni par clé USB. Cette mise à jour se fera pendant les 3 ans de connectivité offerte avec le véhicule. Mais comme les smartphones, le logiciel plus globalement connaîtra des mises à jour. Elles permettent d’augmenter ses capacités, d’enrichir les fonctionnalités, d’optimiser les performances du système. Et le tout encore une fois sans intervention de l’utilisateur. C’est unique dans ce segment. Cette offre n’est actuellement proposée que sur des véhicules premium, pour ne pas les citer, sur les Séries 5 et 7 chez BMW.

LNA : Comment cela se traduit concrètement, c’est une programmation liée à la date d’achat ?

J-F L : A l’achat du véhicule, vous serez invité à activer la connectivité du véhicule, sans débourser un centime, c’est inclus dans le prix d’achat. Ensuite, automatiquement, selon la mise à jour de la cartographie, la mise à jour est lancée. Elle n’est pas liée à la date d’achat du véhicule. 

LNA : Si les sens de circulation du quartier d’un client ont évolué, peut-il forcer cette mise à jour ?

J-F L : Bien sûr. Un store (magasin d’applis) vous permet d’accéder à de nouvelles applications, mais aussi aux mises à jour. Le store permet aussi de charger des cartographies de pays voisins, si le client veut voyager plus loin. 

LNA : Le client doit donc créer son compte à l’achat…

J-F L : En effet, comme aujourd’hui, il crée un compte MyRenault. Nous l’avons reconduit tel quel. Vous y trouverez l’ensemble de vos véhicules Renault. Vous avez accès au store, mais aussi à l’état de votre véhicule, les prochaines visites techniques… Bref, toutes les informations de la vie de votre voiture. 

LNA : Est-ce que via ce compte, le client peut conserver l’environnement qu’il a paramétré pour son véhicule suivant par exemple ? Comme un smartphone par exemple…

J-F L : A ce jour, la priorité a été donnée au développement du Captur dans le cadre de primo accédant. Cette procédure de transfert de compte se fera ultérieurement. Ce que nous pouvons vous dire aujourd’hui, le compte MyRenault n’est pas reflété dans le véhicule. Même si le compte MyRenault reste.

Autre point important, nous avons apporté la fonction de profil. Un profil c’est quoi ? Ce sont les paramétrages : la station radio, la conduite, l’ambiance lumineuse. Nous avons donc créé une notion de famille. Vous créez un compte, ici Nolwenn, avec une organisation des widgets qui lui est propre, ses modes de conduite, sa couleur d’ambiance. Quand vous reprenez le volant après Nolwenn, vous sélectionnez votre profil et vous retrouvez l’ensemble de vos réglages sans les paramétrer de nouveau. C’est une notion du MultiSense. 

Par exemple, vous souhaitez avoir une ambiance jaune. Vous la sélectionnez en 2 clics de manière très visuelle. Vous souhaitez également personnaliser la façon d’afficher le cluster. Vous choisissez le mode Sport par exemple et le visuel en face de vous se présente de manière plus sportive. Pareil pour la gestion Eco.

LNA : Si nous nous éloignons de la nouveauté du jour, le Captur II, est-ce que cette gestion pourra s’étendre à d’autres fonctions, comme par exemple des sièges électriques ? 

J-F L : Aujourd’hui, dans la première, version non. Mais à l’avenir, pourquoi pas. L’ADN du système est d’être enrichi. Mais pour gérer le siège, il faut aussi le connecter. Le siège est un exemple, mais demain ça pourra être une connexion à la maison, au portail, à la porte de garage… Nous avons aussi un partenariat avec Google. Il permet de simplifier l’expérience. Il n’est plus nécessaire de connaître l’adresse, mais avec quelques mots clés, Google vous proposera la ou des réponses. De même pour les stations-services, où les prix pourront être affichés. 

LNA : Pour revenir au GPS, vous semblez vous positionner plus proche d’un Waze, qui est très populaire aujourd’hui.

J-F L : Vous avez raison, il y a des similitudes avec Waze, mais nous ne nous positionnons pas en concurrence. Pourquoi ? Notre partenaire est Google et Waze appartient à Google. De plus, rien n’empêche l’utilisateur de Renault Captur d’utiliser Waze. Les systèmes sont compatibles avec Apple CarPlay et Android Auto via votre téléphone. Nous, chez Renault, nous apportons une ergonomie plus riche et optimisée de manière native sur l’écran. Là où Waze est en version limitée, ce n’est pas totalement la même expérience que sur le mobile seul. Sur Renault Captur, vous tirez parti du grand écran, ce qui ne sera pas le cas avec Waze. 

Enfin, la navigation peut être déportée face au conducteur, avec l’affichage des points d’intérêt. La carte est fournie par TomTom, les points d’intérêts sont fournis par Google. Plus tard, Waze pourrait très bien s’insérer à cet écosystème. 

LNA : Est-ce que le nouveau Captur propose le trafic en temps réel ? 

J-F L : Oui, EasyLink propose l’information trafic en temps réel, qui peut même être visible en statique comme c’est le cas maintenant. L’utilisateur pourra donc se passer de Waze.

LNA : Est-ce que via l’application MyRenault, l’utilisateur d’un nouveau Captur pourra interagir avec à distance ? Par exemple, contrôler que les portes sont bien fermées au bout de quelques minutes.

J-F L : Tout à fait, en plus du plan de maintenance, vous pourrez faire des actions sur votre véhicule. Le reporting de votre kilométrage par exemple. Et dans les mois qui viennent, nous compléterons avec le niveau d’essence (ou des batteries sur Renault Zoé), le statut des fonctions vitales, comme un tableau de bord déporté. Quant à activer les portières, oui, c’est quelque chose qui sera possible, mais dont le plan de déploiement effectif n’est pas encore acté.

LNA : Un propriétaire de Talisman ou d’Espace qui monte sans le nouveau Captur constatera qu’il est plus évolué que leur modèle, alors qu’il est moins cher, plus petit… Comment se préparer à leur réaction ?

J-F L : En effet, EasyLink est notre nouveau système. Il remplace le R-Link ou même Medianav, et va bien entendu s’étendre dans la gamme. Mais quand et sur quel véhicule, je ne peux pas vous répondre.

LNA : Un utilisateur de R-Link pourra-t-il mettre à jour son véhicule pour passer à EasyLink ?

J-F L : Non, ce n’est pas le même système. L’écran est la partie émergée de l’iceberg. Il est basé sur la nouvelle architecture du véhicule, couplée à une TCU qui est une petite box permettant la connectivité 4G. De plus, la capacité hardware est bien supérieure aux anciennes générations. 

Cependant, sur R-Link 2, il y a et aura des mises à jour régulière pour continuer à l’améliorer. L’an dernier, nous avons fait une mise à jour vers la version 17.803 pour être précis. Les améliorations portaient sur l’information trafic en temps réel, une meilleure fluidité système. Cette année, une mise à jour a corrigé le « bug GPS » de 2019 à cause d’un compteur. Sur le R-Link Store, quelques applications sont toujours proposées en plus. Ça ne sera cependant pas aussi riche et fluide que sur le nouveau système bien sûr.

LNA : Nous évoquions au début de l’interview la gratuité des mises à jour les 3 premières années. Que se passe-t-il ensuite ? 

J-F L : C’est une très bonne question. Pendant 3 ans, vous avez la connectivité. Une fois cette période révolue, tout ce que vous avez acquis, reste. Mais comme sur un téléphone, vous avez la possibilité de renouveler votre abonnement, via le store.

LNA : Est-ce que l’abonnement coûte cher ?

J-F L : Les premiers renouvellements auront lieu dans 3 ans pour les premiers propriétaires de Renault Clio. Dans 3 ans et demi, pour nouveau Captur. Il est donc prématuré pour nous de définir un prix, qui dépendra aussi de l’évolution du marché. En référence, il est possible de faire le lien pour R-Link 2. Ce sera du même acabit [NDLA : le pack découverte était proposé à 54,90 €/an à sa sortie, TomTom life à 59,90 €/an]. 

LNA : Revenons aux smartphones. Ils ont en moyenne, selon les études, une durée de vie de 3 ans. Une voiture, c’est plutôt 7 ans en première acquisition. Bien plus en seconde vie. Et pour les collectionneurs, une voiture qui a 50 ans peut encore parfaitement fonctionner… Comment un système comme EasyLink va-t-il vieillir ?

J-F L : Honnêtement, je ne pourrai pas vous dire ce qu’il va se passer dans 50 ans : Ce que je peux vous dire, c’est que R-Link 2 est sorti en 2014. Cinq ans après, le système fonctionne toujours et est encore mis à jour, tout en répondant encore à l’usage. Aujourd’hui, le EasyLink est pensé pour évoluer plus fortement. Pas que par la connectivité, la mise à jour sera aussi possible lors du passage à l’atelier. Comme sur un iPhone ou Android avec des mises à jour disponibles sur les anciens modèles. Ces mises à jour participent aussi à la valeur résiduelle du Captur, c’est important qu’il puisse évoluer, être fonctionnel dans quelques années en gardant son sex appeal

LNA : Nous sommes assis au volant d’un modèle avec écran 9,3 pouces, mais l’option 7 pouces aura-t-elle les mêmes fonctionnalités ?

J-F L : Non, pas tout à fait. Nous n’aurons pas le report de la cartographie par exemple. Mais la direction « turn by turn » sera reportée. L’écran sera tout de même riche.

LNA : Pour un multi-utilisateur de Renault, un propriétaire de Renault Espace et Renault Captur par exemple, est-ce que vous privilégiez une même expérience ou vous pensez demain, offrir plus à un véhicule haut de gamme.

J-F L : Le point commun que nous souhaitons offrir à nos utilisateurs est une expérience client, une facilité. Nous allons donc faire en sorte que tout bénéfice facilitateur de l’utilisation puisse se retrouver sur nos véhicules. Par définition, notre système est évolutif. Vous pourrez acheter des applications liées à la gestion de flotte automobile ou liées à l’entertainment. Rien ne nous interdit de mettre des fonctionnalités supplémentaires sur certains véhicules. 

Ensuite, les véhicules sortent à des rythmes différents. Nous travaillons déjà sur les futures évolutions. Nous pourrions aller plus loin dans notre partenariat avec Google par exemple. Il y aura une segmentation par le renouvellement. Mais nous ne pouvons pas parler beaucoup plus du futur !

Et puis, il y a l’évolution du marché. Il y a quelques temps, un système multimédia comme celui-ci pouvait être considéré comme du bonus. Et ce n’était pas évident d’envisager de les trouver sur les segments A et B. Aujourd’hui, le niveau d’attente évolue, et cette prestation est devenue indispensable. Nous ne pouvons plus raisonner en niveaux de gammes, sans parler des clients entreprises pour qui la remontée de données est extrêmement importante. Ou déployer des connectivités pour le covoiturage par exemple. 

Les normes évoluent aussi. L’emergency call devient une obligation. Par extension, le client peut s’attendre à avoir le même service en cas de panne, donc pourquoi ne pas pouvoir appeler l’assistance. La connectivité permet aussi de diagnostiquer le véhicule à distance. Et puis les services que proposent les smartphones deviennent des standards, donc nous devons aussi adapter nos systèmes à cette technologie accessible.

LNA : Vous parlez des smartphones, que nous transportons partout. Avez-vous réfléchi sur le Captur une tablette qui serait amovible et qu’on pourrait transporter avec soi partout ?

J-F L : C’est un cas qui peut être considéré. Néanmoins, pour des aspects de sécurité, de normes de robustesse plus lourdes, il n’est pas prévu de partir avec la tablette. La seule chose que nous nous permettons, c’est le système R&Go sur la Twingo, où le smartphone avec une application crée une interface avec la voiture.

LNA : Merci Monsieur Labal.

Crédit photos : Le Nouvel Automobiliste

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