Le Nouvel Automobiliste
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TMS 2015 : L’obscure Clarity tombe des étoiles avec Honda

Après Hyundai et Toyota, voici Honda qui présente une version « production » de ses recherches sur la voiture à hydrogène. Avec la Clarity, le constructeur japonais concrétise plus de dix années de recherche et développement.

Honda et la lumière

Avec Honda, l’automobile entrevoit la lumière, ou en tout cas la « clarté », puisque tel est le nom de la nouvelle proposition écologique du constructeur japonais : la berline à hydrogène Clarity. Pour qui connaît un minimum l’histoire automobile, ce nom n’est pas une découverte : c’était déjà celui du concept FCX de 2006 (pour Fuel Cell Experimental) puis de la micro-série FCX Clarity en 2008. Ces deux prototypes ont permis à Honda de faire avancer ses recherches, et de parvenir aujourd’hui à la Clarity de série.

Avec un nom pareil, on ne pouvait s’empêcher de rapprocher la Clarity de Corneille. Dans l’acte IV – scène 3 du Cid, voici un extrait de la tirade de Don Rodrigue :

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Les Maures et la mer montent jusques au port.

Remplacez clarté par Clarity, ainsi que les Maures et la mer par Toyota, Honda et Hyundai : certes, vous y perdez la paronomase (maures/mer) mais vous y gagnez en réalisme automobile. Une chose est sûre : après des années de R&D, la voiture à pile à combustible devient désormais une réalité commerciale.

Un peu de clarté sur la Clarity, s’il vous plaît

Pour faire simple, la Clarity, c’est comme une Mirai en moins moche. Mais avec un design original quand même, sinon l’origine « écologique » de la voiture ne serait pas assez perceptible. C’est donc avec subtilité que Honda a parsemé la ligne de la Clarity de quelques audaces : sur le pare-choc des optiques « à la Renault » dont le filet de diodes tombent jusqu’au bas du bouclier ; un passage de roues arrière un tantinet occulté pour l’aérodynamisme… mais pas trop quand même car il faut pouvoir changer la roue au cas où ; un toit bicolore, pour alléger le tout, mais des feux noyés dans le hayon, pour alourdir l’arrière quand même.

A la fin, proche du concept FCV du dernier Salon de Genève, nous avons donc une nouvelle interprétation de la berline écolo-suppositoire, sans le jusqu’au-boutisme esthétique d’une Toyota Prius. C’est donc agréable à l’œil, et suffisamment différent pour se démarquer de la masse. Et Honda de réussir le défi de faire une voiture écolo dont le design n’est pas aussi biscornu qu’un légume moche.

La Clarity est longue de 4,89 m, pour 1,87 m de large et 1,47 m de haut : des dimensions de grande berline pour l’Europe, mais de taille moyenne pour les Etats-Unis. La Toyota Mirai est aussi longue que la Honda, mais plus haute (1,53 m) et moins large (1,81 m). A bord, 5 places plutôt que 4, et un habitacle plus conventionnel que la Mirai là encore, et donc le cuir blanc amène de la… clarté. C’est bien, Honda maîtrise son sujet.

Rouler à l’eau claire

Vieux fantasme de sportif (les cyclistes parlent de « pan y agua « , pain et eau) ou de toxicomane, rouler à l’eau claire est désormais possible avec les voitures à hydrogène dont les rejets dans l’atmosphère se limitent à de la vapeur d’eau. De la vapeur d’eau H2O qui, comme le CO2 que les voitures et les êtres vivants produisent, est un gaz à effet de serre.

Pour marquer à la culotte la Mirai, la Clarity annonce 700 km d’autonomie. C’est presque autant qu’une voiture essence, c’est surtout plus que la Toyota qui s’arrête à 500 km. Le moteur développe 177 chevaux (130 kW), puissance respectable même s’il nous manque le poids de l’ensemble (la Mirai pèse 1850 kg). Et il ne faut que 3 minutes pour recharger la pile à combustible en hydrogène (si encore il y a une station à proximité).

La Clarity arrive début 2016 dans les concessions Japonaises de Honda. Il faudra voir le prix, les capacités de production de la marque (celles de Toyota sont réduites), la politique de diffusion des savoirs produits (Toyota a rendu en accès libre ses brevets) et l’amplitude de fonctionnement de la membrane en nafion qui permet l’électrolyte du moteur. Mais avec une voiture de série de plus à hydrogène, on aboutit enfin à des productions réalistes, après plusieurs décennies de recherche et développement.

Un petit métro de retard

Comme avec la voiture hybride, les deux protagonistes japonais de la voiture à hydrogène sont Toyota et Honda. Et comme avec la voiture hybride à la fin des années 1990, le constructeur au « T » stylisé a dégainé quelques mois avant celui au « H » affirmé ! Eh oui, déjà en 1997 Toyota lançait la Prius au moment où Honda dévoilait son concept J-VX, qui préfigurait avec deux ans d’avance le coupé hybride Insight que la marque ne lancerait qu’en 1999.

Rebelote en 2015 : Toyota lance la version de série de la Mirai alors qu’Honda expose au Salon de Tokyo un ultime showcar de sa berline hydrogène de série, la Clarity. Autour des deux japonais gravite désormais aussi le coréen Hyundai, très actif sur l’hydrogène avec son iX-35 Fuel Cell, le premier véhicule de ce type à avoir été homologué en Europe. Rendez-vous en 2016 pour découvrir la Clarity de série.

Via Honda