Le Nouvel Automobiliste
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The Automobile Forum 2016 : l’avenir de l’automobile en questions

Les 25 et 26 avril derniers l’Automobile Club Association organisait le 1er forum « The Automobile Forum » au palais des congrès de Strasbourg. Ouvert par son président Didier Bollecker et placé sous le parrainage de Jean Todt, président de la FIA (mais également envoyé spécial pour la sécurité routière par le Secrétaire général des Nations unies) présent le premier jour, ce forum avait pour thème principal les problématiques de la mobilité de demain. Il a regroupé de nombreux experts de domaines très différents afin de s’interroger de manière globale sur l’avenir de la mobilité, sur la place que l’automobile y prendra et sous quelle(s) forme(s). Beaucoup de questions mais, il faut bien le dire, peu de réponses actuellement. Aperçu non exhaustif des sujets abordés.

Page 1 : Un changement social irrémédiable ?

Page 2 : La voiture 2.0 est déjà présente, la route 2.0 arrive

Page 3 : La voiture autonome et son casse-tête juridique et social : l’avenir ?

Un changement social irrémédiable ?

Voilà bien un thème qui fait consensus et ce n’est guère rassurant pour les passionnés d’automobile que nous sommes même s’il faut savoir nuancer un peu le propos. Oui l’automobile d’antan qui faisait vroom-vroom, crachait un nuage gris ou bleu au démarrage, pétaradait de tous ses cylindres, consommait 15 ou 20 litres au 100, ne possédait ni airbag ni ABS et procurait les sensations les plus extrêmes à son conducteur ou à ses passagers quelle que soit la vitesse est assez largement révolue. Qui pourrait d’ailleurs encore en douter aujourd’hui et qui par ailleurs pourrait vraiment s’en émouvoir puisque nombre de ces pratiques étaient aussi des nuisances sociales, environnementales et économiques. Il existe certes toujours dans la production actuelle des véhicules qui continuent à mettre en avant les notions de puissance, de vélocité, de performance ou de sportivité mais, même là, ces notions sont lissées, rendues politiquement correctes et replacées dans une sorte de carcan de responsabilité globale (avec une petite étoile de rappel à la modération).

Mais bien au-delà des transformations techniques des véhicules et de leur meilleure intégration dans un environnement c’est surtout la question de la place de la voiture dans la société qui a changé. Portée aux nues très rapidement à la fin du XIXe siècle comme un objet de modernité absolu et comme un signe de progrès social sans précédent l’automobile est aujourd’hui globalement rejetée et souvent désignée comme la base de tous nos maux du quotidien : embouteillages, pollution atmosphérique, accaparement de l’espace, violence routière, mortalité et j’en passe…

Pour Jean Pierre ORFEUIL [professeur émérite à l’École d’urbanisme de Paris de l’Université Paris Est] ce rejet 022 The Automobile Forumest avant tout un mal français et européen, seul espace au monde selon lui où l’on réfléchit sur l’automobile à travers la question « comment s’en débarrasser » alors que dans le reste du monde ce serait plutôt « comment faire pour mieux l’adapter ». Mathieu FLONNEAU [maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne] va dans ce sens regrettant023 The Automobile Forum le procès intenté à l’automobile ainsi qu’à l’automobiliste. Le passionné de belles carrosseries et de beaux moteurs est aujourd’hui rapidement assimilé à une espèce de beauf ringard, rétrograde et stupide.

C’est aussi la perception de Luc Ferry [Agrégé de philosophie et de sciences politiques, docteur d’Etat en sciences politiques, ancien ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche] pour qui nous sommes entrés de plein pied dans une société de la prévention/précaution où nous avons peur de tout. Mais c’est également un changement de perception générationnel. Il évoque ainsi le comportement de la jeunesse américaine, notamment celle des mégapoles, qui se désintéresse de plus en plus de la voiture considérée comme un boulet inutile et couteux, impossible à garer, englué dans un trafic insupportable et ne générant que stress, pollution et perte de temps. Certains ne cherchent même plus à passer leur permis.

Luc Ferry
Luc Ferry

Le registre même du vocabulaire publicitaire de l’automobile est la preuve de ces transformations, on ne nous vante plus la puissance ou la rapidité mais les aides à la conduite et le nombre d’airbag, on ne nous parle plus de la cylindrée du moteur mais de ses rejets de CO2, on ne nous évoque plus que du bout des lèvres la vitesse maxi préférant insister sur le fait que vous disposez d’un régulateur/limiteur de vitesse.

Et ce n’est pas près de s’arrêter. D’ailleurs la façon même de vendre des voitures (et donc la perception du produit) est elle aussi en pleine transformation puisqu’elle tend de plus en plus à se digitaliser (vente par internet par exemple) voire même à s’assimiler à un produit simple et courant pouvant s’acquérir comme un autre, ce qui suppose une transformation drastique de la perception de l’objet qui n’apparait plus comme « spécial ». Aux États-Unis l’entreprise Carvana propose déjà d’acheter sa voiture d’occasion dans un distributeur automatique…

Faut-il regretter ces transformations ? Si l’on prend en compte le fait que nous passons de la passion à la raison peut-être, mais tous s’accordent cependant à dire que ce progrès là n’est aucunement un mal, le simple chiffre du nombre de mort sur les routes françaises cinq fois moindre qu’il y a quarante ans ne pouvant qu’être salué comme un progrès. Et puis qu’on le regrette ou non c’est ainsi, la société change et continuera à changer, ne pas l’accepter est aussi nier la réalité. Cela ne veut pas dire d’ailleurs que l’automobile disparaisse de nos vies, bien au contraire, mais elle se transforme et s’adapte aux nouveaux défis à commencer par celui du numérique.

Page 2 : La voiture 2.0 est déjà présente, la route 2.0 arrive