Le Nouvel Automobiliste
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Tests des technologies embarquées de Ford : 100 % utiles ?

Ford nous a fait essayer ses technologies embarquées : frein autonome d’urgence, limiteur adaptatif, parking mains libres ou encore vision frontale à 180°, découvrons-les. Et, posons-nous cette question que l’on oublie parfois, à l’heure de notre société hyperconnectée : sont-elles utiles ? en avons-nous vraiment besoin ?

Introduction

Pour bien commencer, une définition. Dès l’étymologie du mot technologie, conçu comme 80 % de notre lexique à partir du grec ancien, il y a une ambiguïté. Si la racine technè se comprend tout de suite (c’est l’idée d’art ou de connaissance), le suffixe « logie » pose problème : s’agit-il de logia ou de logos ?  Si c’est le premier, c’est l’idée de science, d’étude qui prime ; si c’est le second, il s’agit du discours, de la parole. La technologie, c’est donc autant un beau discours que des réalités scientifiques. Et de la musique.

Tout le monde se revendique de la technologie par ses slogans, de Bosch à Boulanger, de Citroën à Seat sans oublier Audi. Chaque lancement automobile, chaque présentation donne lieu à un vaste exposé sur les dernières avancées technologiques réalisées. Mais à quoi bon ? Le constructeur Ford lui-même le reconnaît, ils font des technologies, mais « peu de monde s’en sert au quotidien ». Peut-être parce qu’elles ne sont pas toutes pertinentes ? Ou parce que l’être humain aime à conserver une part de liberté d’action ? Avant de parcourir les dernières technologies de Ford, je vous propose cette publicité, qui a 15 ans. Déjà…

Des technologies utiles

Depuis la pub Citroën, du temps a passé. L’AFU (freinage d’urgence) s’est généralisé et le couple ABS/ESP est même devenu obligatoire ; quant aux essuie-glaces et phares automatiques, on a du mal à s’en passer. Les nouvelles technologies utiles de Ford, sont -à mon sens- la commande vocale et et la caméra grand angle.

La commande vocale est un marqueur fort de l’interface homme-machine de Ford. Le constructeur fut l’un des premiers à y croire et à le développer, avec plus ou moins de bonheur. D’ailleurs, Ford en est conscient et le dit : « une voiture ne pourra jamais rivaliser en technologie avec l’informatique, mais l’intelligence d’un smartphone doit pouvoir venir à bord et la commande vocale en est un bon exemple ». Le Sync est combiné à un écran tactile de 8″, cependant pas sur tous les marchés (en France oui, en Inde… non) : on obtient ainsi un ordinateur de bord pratique et plus intuitif que la moyenne.

Le SYNC s’actionne depuis le volant, et une voix féminine assez monocorde prononce : « dites une commande, s’il vous plaît ». A partir de quelques phrases type comme « appel sur le bureau » pour le téléphone, « jouer Muse » pour la musique, « aller aux Champs-Elysées » pour la navigation, les fonctions se déclenchent. Mieux : si on dit « j’ai faim », le GPS cherche les restos du Guide Michelin les plus proches ! Et sur la prochaine Focus RS, dire « aller au circuit » vous rendra au circuit le plus proche… Ainsi, 10 000 mots (contre 3000 sur le premier Sync conçu avec Microsoft dès 2006) sont des ouvertures. Certains mots-clé sont utilisables aussi : « téléphone, », « musique », « appeler », « destination », « piste », « climatisation »…  Cela permet de garder les mains sur le volant et de ne pas quitter la route des yeux lorsqu’on programme une destination GPS par exemple, ce qui réduit la déconcentration. C’est intuitif aussi, mais parfois rébarbatif pour affiner une recherche (numéro de rue, station radio…) d’où l’avantage d’avoir quand même un écran tactile.

En 2016 arrivera SYNC 3, au 2ème trimestre. Plus ergonomique, meilleure résolution d’écran, commandes simplifiées… Le benchmark de Ford est non-automobile : c’est le Siri d’Apple. Il y a encore du chemin à parcourir pour rendre le Sync totalement pratique mais il a semblé que c’était déjà une aide occasionnelle efficace. Toute la gamme l’a sauf la petite Ka.

La caméra grand angle est un bon adjoint : avec ces trois « yeux » dans le pare-choc, elle offre sur l’écran central une vision à 180° de la route, très pratique en sortie de parking ! On déplore seulement que cette caméra ne soit disponible que sur le couple S-Max / Galaxy et le futur SUV Edge lancé l’an prochain. Un tel artifice serait grandement utile sur une Mondeo ou une Mustang aux capots très longs. Pour l’activer, un bouton sur la console : un clic, on ne voit que la caméra 1 mégapixel frontale positionnée dans la calandre ; deux clics de plus sur le même bouton, on voit les deux caméras d’angle pour avoir une vision à 360°.

Des technologies dont on peut se passer

Utile, inutile… C’est un jugement personnel. Parmi le panel de techno présentées par Ford, il y en eut deux qui m’ont semblé pas assez abouties : le limiteur automatique et le parking semi-automatique.

Le limiteur actif de vitesse intelligent utilise une caméra pour scanner les panneaux de limitation, s’adapter à la nouvelle limitation, et ajuster l’allure du véhicule : il bride le couple et l’arrivée d’essence pour réussir à décélérer. Mais ce n’est pas un régulateur actif… Donc l’effet est assez discret : le système fait décélérer le moteur en douceur pour parvenir à la limitation demandée, mais pour ne pas surprendre les autres véhicules sur la route et ne pas allumer les feux de frein, l’effet est très très léger… pour ne pas dire imperceptible. Cela ne fonctionne pas si l’on appuie sur l’accélérateur, or c’est la seule façon de rester au maximum de la limitation, car le reste du temps le véhicule est déjà en décélération… et le limiteur ne peut rien faire de mieux.

Ce système a tout de même le mérite de repérer et d’enregistrer l’évolution des limitations sur les panneaux (encore faut-il que ceux-ci soient visibles et dégagés sur le bord de la route). Le système agit entre 30 et 200 km/h, sait dissocier les panneaux de sorties sur autoroute, et est disponible sur les derniers S-Max et Galaxy.

L’Active Park Assist ensuite me séduit moyennement. D’abord parce qu’on a tous appris à faire des manœuvres à l’auto-école, et que ce type de système, qui n’est pas nouveau (il s’est déployé en 2010), continue d’avoir des défauts. Certes, ils mesurent plus finement les places (jusqu’à 35 km/h ici), mais leur vice est de toujours foncer au fond, vers le trottoir. Et là, gare aux jantes et aux frottements, ce même si le dispositif promet de se garer à 15 cm du-dit trottoir en théorie ! Pour être choisie, la place doit être 80 cm plus longue que la voiture. Le conducteur ne tient plus le volant mais continue de maîtriser l’accélérateur et l’embrayage : pour ne pas déconnecter le système, il faut le laisser reculer doucement. Chez Ford, le Park Assist recherche des places une fois un bouton enclenché sur la console centrale ; de base, il recherche côté droit, il faut donc mettre le clignotant à gauche si l’on cherche une place à gauche.

Je suis donc assez partisan de continuer à manœuvrer soi-même… si la rétrovision dans le véhicule le permet ! Car, la tendance étant à toujours baisser la surface vitrée y compris des monospaces, et les caméras de recul bien utiles ne voyant pas forcément tout, je suis forcé de reconnaître que pour garer un grand monospace ou une longue berline, le parking automatisé n’est pas inutile. Pour le tester, Ford avait occulté la moitié du vitrage d’un C-Max. Forcément, le park assist se fait pratique ! Il permet donc de se ranger en créneau et bataille et de sortir de place en regardant les alentours pour éviter les dangers, comme le font les Renault Espace ou Kadjar avec R-Link 2. Et avec le Cross Traffic Alert, qui repère les véhicules en approche à 40 mètres à la ronde, on peut sortir en marche arrière d’un parking. L’Active Park Assist fonctionne sur les Focus, C-Max, Kuga, Edge, S-Max et Galaxy.

Des technologies indispensables

Il y a l’utile et l’agréable, et puis il y a ce avec quoi l’on ne transige pas : la sécurité par exemple, avec cette fameuse maxime politique : « gouverner, c’est prévoir« . Et prévoir, c’est tout envisager. Pour cela, il y a des technologies qui, peut-être, ne serviront jamais dans la vie de l’automobile mais qui pourtant ont du sens à être embarquées à bord : c’est le cas du frein automatique d’urgence appelé Active City Stop. Nous l’avions déjà testé chez Toyota et une fois de plus, il est à recommander.

Le principe est simple : jusqu’à 50 km/h, caméra et radar frontaux évaluent 50 fois par seconde la présence d’obstacle (ici, un mur en mousse ou un mannequin, même en mouvement) et freinent fort, au maximum légal autorisé (0,4 G) pour éviter l’impact. La puissance du freinage dépend de la vitesse d’arrivée, sachant qu’au-delà de 30 km/h, l’arrêt n’est plus garanti. Le matin même le système avait été testé à 40 km/h, bilan : mannequin renversé ! L’Active City Stop est actif jusqu’à 50 km/h, et peut donc agir encore jusqu’à cette vitesse-là pour déclencher le freinage et réduire les dégâts en cas d’impact. Tout dépend aussi de la qualité du revêtement (ici au CERAM de Mortefontaine, elle est excellente) ou des conditions climatiques.

Le système ne fonctionne que si l’accélérateur est faiblement appuyé ou relâché, comme dans une situation d’inattention. Si en revanche vous êtes pied au plancher, la voiture estime que vous êtes pleinement conscient de vos actes. En effet, avant de freiner, le véhicule déclenche une alarme pendant une courte seconde, et ne s’actionne que si le conducteur n’a pas réagi. Une fois le véhicule stoppé, gare à la boîte automatique, qui repart en Drive ! Il faut donc appuyer sur le frein ou repasser au point mort. Le système n’est pas au maximum du potentiel de freinage : ainsi certains pneus peuvent supporter jusqu’à 1 G de freinage. Pour l’heure, en sont équipées toutes les Mondeo, S-Max/Galaxy, et Focus.

Des technologies aussi côté moteur

Pour agrémenter la session d’essais, Ford avait réservé des modèles conventionnels et des modèles « Performance » pour jauger le potentiel des moteurs essence EcoBoost. En effet, après des années dans l’ombre, l’essence est de nouveau à la mode et un bloc comme le 1.0 l, primé 8 fois dans sa carrière « moteur de l’année », sont reconnus pour leur qualité. A ce jour, pratiquement toute la gamme en bénéficie (14 modèles au total), de la Fiesta Red ou ST au Galaxy, du Tourneo Courrier à la Mustang, en passant par l’EcoSport et la Focus ST de 125 à 317 chevaux.

Conclusion

« La technologie n’est utile que si elle est au service du progrès », disait la publicité de la Citroën C5 en 2001. Quinze ans plus tard, cette conclusion est encore tout à fait d’actualité (de même que la musique de Jean-Michel Jarre, intemporelle !). Il y a bien des technologies « utiles » voire indispensables, pour la sécurité comme pour l’agrément de conduite ; d’autres sont soit superfétatoires ou pas assez abouties. Il faut donc faire le tri entre le bon grain technologique et l’ivraie technologisante…

Toutes ces briques technologiques ne sont que des éléments composites de la voiture autonome, qui les réunira toutes. Et l’objectif, d’ici 5 ans, est la voiture autonome donc, à laquelle Ford travaillerait avec Google.

Mais si tout le monde prêche pour la voiture autonome et l’annonce avec tant d’ardeur, je pense qu’il faut avant tout se poser deux questions :

En avons-nous besoin ?

Mon intention n’est pas un retour sournois à l’âge de pierre et à la Ford T, mais certains artifices privent autant l’homme de ses facultés (passer le créneau au permis de conduire, c’est un bon souvenir, non ?) que de quelques libertés. Pour autant, utiliser Waze (de Google), probablement le meilleur GPS auto du moment face aux bouchons, représente le même risque de fichage. L’on sera en mesure alors de se poser la deuxième question :

Cela amène-t-il un progrès ?

Bien-sûr, il y aura des externalités positives : réduction des accidents attendue, réduction des consommations donc de la pollution… Mais à la fin, faute de pouvoir conclure sur cette question, l’on pourra botter en touche en demandant : « qu’est-ce que le progrès ? » Et là ce n’est plus un article d’information, pas même un essai mais une dissertation de philosophie qu’il faudrait. Pour un peu, la prépa littéraire me manquerait…

Remerciements à Ford pour l’invitation à cette session de découvertes.
Crédit photographique : François M. et Ford pour The Automobilist.fr