Le Nouvel Automobiliste
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Road-Trip to Ford Heritage : la tournée des vieilles canailles

[Spoiler Alert : certains vont prendre un coup de vieux en lisant ces lignes.
Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus.]

A la fin je suis las de ce monde ancien*. L’êtes-vous donc, vous ? Lassés par toutes les aides à la conduite qui se développent sur les dernières générations d’automobiles ? Alors les youngtimers sont faites pour vous. Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur sans pour autant que les modèles sportifs d’aujourd’hui ne voient leur popularité décroître, bien au contraire.

Il n’en reste pas moins que les sportives d’aujourd’hui n’ont pas le parfum des sportives d’hier. Alors, quoi de mieux que de se mettre à la page en effectuant un saut dans le passé, « histoire » de voir ce que les jeunes d’aujourd’hui n’ont jamais pu conduire ? Ford l’a fait, et nous a invités à un road-trip vers son musée, Ford Heritage, situé non loin de Londres à Dagenham. Embarquez avec nous, partons voyager dans le temps !

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Entrée usine
Une Focus RS Black Series devant l’entrée de l’usine de Dagenham

Étape 1 : Paris – Calais (292 km)

Comme pour tout road-trip qui se respecte (comme celui que nous fîmes non loin, en Ecosse), le timing est la principale chose à respecter. Au départ de la France, après avoir avalé un bon litre de café, il est temps de composer les équipes et surtout de déterminer qui va conduire quoi. Il faut dire qu’avec deux Mustang, une Focus ST Diesel et une Focus RS parmi les véhicules proposés, il y avait de quoi trépigner d’impatience…

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Mustang
Choisir le bon destrier pour chevaucher en terre britannique

Bien conscient que le choix pourrait tourner vite en Battle Royale, nous optons pour l’outsider : la Mondeo SW en finition ST-Line. Il faut dire qu’avec le 2.0 l Diesel de 180 ch sous le capot – légèrement différent de celui de la Focus ST, il devrait y avoir de quoi rouler paisiblement et de quoi caser nos malheureux sacs qui vont se perdre dans l’immense soute d’un volume de 500 litres.

Ni une ni deux, nous nous installons sur nos montures et le convoi peut partir. Avec 4,87 m de long, manœuvrer une Mondeo dans certaines rues de Paris n’est pas une mince affaire mais fort heureusement, nous finissons par arriver sur l’autoroute A16, domaine de prédilection de cette routière. Et il faut reconnaître qu’elle sait prendre soin de ses passagers car bien qu’équipée de jantes spécifiques de 18 pouces et de suspensions un peu dures, nous sommes presque comme des coqs en pâte, lovés dans une sellerie en tissu aux surpiqûres rouges.

Le bloc moteur fait des merveilles même si l’on sent les 1609 kg : ce 2,0l déjà essayé également sur le S-Max et le Edge ne rechigne pas à la tâche et reste disponible aux instructions données par la boîte double-embrayage à 6 rapports. Celle-ci, alerte, sait habillement gérer toutes les différentes allures et contribue très fortement à l’agrément de conduite. C’est d’ailleurs à se demander pourquoi elle n’est pas disponible avec l’offre essence…

Fidèle à lui-même, le GPS Sync II nous prouve son efficacité malgré les différents menus ou confirmations nécessaires pour parvenir à nos fins. Première étape de notre équipée anglaise, l’arrêt restauration prévu un peu avant d’arriver à Calais, pour embarquer sous la Manche.

Ayant pu sympathiser avec certains de nos confrères de la presse écrite, ceux-ci nous cèdent royalement les clés d’une des Mustang, celle équipée du L4 Ecoboost 2.3l et développant 317 ch et 432 Nm de couple.

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Focus RS MkIII vs Mustang
Série noire : Focus RS vs Mustang Black Series

Ce n’était pas un rêve de gosse qui se réalisait, mais je pourrai au moins me vanter d’en avoir conduit une ! Et Dieu que ça change de la Mondeo, non pas en terme de poussée, la bête pesant tout de même 1715 kilos, mais en terme d’assise – bien plus basse et enveloppante – et de gabarit : le capot me paraît tout bonnement interminable ! Mais rassurez-vous, le plaisir de conduire était bien là !

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Mustang vs Mustang
Combat de chevaux – Mustang vs Mustang

Étape 2 : Calais – Dagenham (167 km)

L’heure est maintenant aux adieux afin de reprendre notre – sage – carrosse, le temps de la traversée. De l’autre côté de la Manche, peu de dépaysement pour nous mis à part le sens de circulation, notre périple en Écosse datant presque d’hier. Seul regret, la nuit qui tombe subitement à partir de 15h, de quoi vous donner un coup au moral et vous presser d’arriver à l’hôtel pour un repos bien mérité. Winter has already come

Notre Cortège* – pourtant inhabituel – passera finalement inaperçu dans cette obscurité enveloppante et ce n’est qu’au petit matin que quelques badauds tourneront la tête pour nous admirer. Il faut dire qu’à Dagenham, depuis 1931 et l’ouverture de l’usine d’assemblage, les Ford sont en terre conquise.

Étape 3 : ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes*

Arrivés peu de temps après au musée, nous sommes accueillis par une Fiesta XR2 de 2ème génération (1983 – 1989). Encore plus prometteur, nous entrapercevons une GT protégée sous bâche !

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - FIesta XR2
Le vigile avant d’entrer en boîte – Fiesta XR2 MkII

Religieusement, nous entrons les uns après les autres dans le hangar en faisant attention. L’endroit regorge de modèles en tout genre, laissant peu d’espace pour circuler. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’un vrai musée mais plutôt d’un lieu de restauration tenu par des passionnés (et employés) de la marque américaine. Le « Ford Heritage » n’est donc, malgré son aspect secret et son esprit entrepôt, pas exactement comparable au Conservatoire Citroën ou au Musée Toyota Motorsport.

Chaque 1er exemplaire d’un nouveau modèle est livré au musée Ford Heritage. Parmi les plus récents, la nouvelle Focus RS. Les passionnés se chargent également de récupérer et de sauver autant de modèles anciens que possible, afin de compléter cette collection unique de Ford en Europe. En fonction de leur état de conservation, un petit voire un profond toilettage est nécessaire, pouvant prendre plusieurs mois.

Qu’importe, ces gardiens du temps sont équipés et parés à toute éventualité. Mais attention, bien que jalousement gardées, ces beautés ne sont pas là que pour faire de la figuration, celles-ci officiant dans certains rassemblements ou évènements très particuliers !

Sont-elles toujours aussi vivantes sur la route malgré leur âge ? Il n’y avait qu’un seul moyen d’en avoir le cœur net et parmi les nombreux modèles mis à notre disposition, mon premier choix se porte sur la Focus RS de 1ère génération, produite en 2002. Elle me faisait baver étant jeune, et jamais je n’avais eu l’occasion de m’installer derrière son volant. La machine à remonter dans le temps commence à agir…

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Ford Focus RS MkI dans hangar
Les beautés cachées de Dagenham – ici la Focus RS Mk1

Étape 4 : aux Focus RS Mk1 et Mk2, tu goûteras

Celle-ci accuse certes son âge esthétiquement – on est loin des tendances actuelles – mais elle sait encore accueillir dignement ses passagers avec un intérieur bien agencé et des baquets Recaro enveloppants. Passé le temps d’adaptation au style de conduite anglais – on vous assure, c’est toujours un peu perturbant au départ – on se concentre sur les sensations procurées par le 2.0 l Turbo Zetec de 215 ch. Celui-ci ne rechigne pas pour monter dans les tours tout en offrant une sonorité rageuse et bien présente dans l’habitacle. Affûté, le châssis n’a rien perdu de son mordant, mais faute d’espaces appropriés en pleine cité British bardée de radars, il nous fallut rester sages.

Vient ensuite le temps de la Focus RS de deuxième génération, produite entre 2009 et 2011. Si son design extérieur a bien résisté au temps, l’intérieur ne peut pas en dire autant. Mais, dès qu’on se rappelle l’ergonomie de la Focus Mk1, l’on se prend à penser que cette Mk2 n’est pas si mal. Qu’importe puisque nous en avons les clés !

Nous tournons le contact, et avons le feu vert pour tester les performances du moteur – nous rappelons que nous sommes sur route ouverte… Et ô mon dieu, que ça pousse fort !!! Le 5 cylindres d’origine Volvo est ici poussé à 305 ch, délivrant 440 Nm ! Quel souffle ! Étonnamment, le train avant semble bien gérer le couple et on a tout simplement l’impression d’avoir une fusée dans le dos vous propulsant à des vitesses inavouables en un rien de temps, tandis que le freinage ne manque absolument ni de mordant ni d’efficacité !

Ford Heritage Roadtrip to Dagenham - Focus RS MkII et Mexico
Viva Piñata : Focus RS MkII et Mexico

Étape 5 : la fièvre des années 80

Retour en arrière avec la Ford Fiesta. Si la dernière génération a été présentée dernièrement, et l’ultime déclinaison ST200 de l’actuelle génération, nous nous devions de tester leur ancêtre, la Fiesta XR2. Autant dire que le poids des années se fait sentir dès que l’on s’installe au volant. Point de siège enveloppant – le terme fauteuil est même plus approprié – des plastiques durs ici et là tandis que l’absence de direction assistée nous fait comprendre que conduire à l’époque n’était vraiment pas pour les mauviettes !

On sent également que la conduite de cette petite Fiesta était faite pour des routes sans limitations excessives car les 96 ch du 1.6l sont suffisants pour ce poids plume de 870 kg. On ne fait pas que traverser le temps à son bord : on s’envole ! Mais hélas, ces charmes d’antan étaient probablement appropriés à une époque où le besoin de freiner en urgence ne se faisait pas autant ressentir qu’aujourd’hui… Et ce n’est absolument pas rassurant à notre époque, tant celui-ci est tardif et peu endurant ! De quoi serrer les fesses durant cette courte prise en main !

Fini de jouer les pilotes, il est temps de faire des photos. Car pendant que certains s’amusent – comme des fous apparemment – en RS 200 avec son moteur central et ses 4 roues motrices, d’autres superbes anciennes continuent de défiler sous nos yeux emplis de nostalgie, telle que la Ford Mexico et son intérieur soigné ou encore le coupé Capri MkIII, sans oublier la célèbre Sierra Cosworth ! Cette dernière fut commercialisée en 1988 et produite à 11 000 exemplaires avant de voir apparaître une version 4×4 en 1990 et développant 220 ch ! Oui, en 1990 !

Pour ceux qui ont eu la chance de connaître ces modèles emblématiques, de quoi replonger dans le passé. Pour les plus jeunes, de quoi prendre conscience à la fois de ce qu’était le plaisir de conduire ainsi que des immenses progrès effectués depuis. Un voyage dans le temps, contre des pas de géants accomplis par l’industrie automobile afin de rendre maîtrisables, accessibles, voire agréables leurs bolides.

Étape 6 : Les étoiles mouraient le jour naissait à peine*

Malheureusement, même les meilleures choses ont une fin. Le cœur serré, la tête pleine d’images de ce passé sanctuarisé à Dagenham, il nous faut rentrer en France. Mais afin de varier les plaisirs, nous prenons le volant d’une Focus ST-Line, dotée du dernier bloc Diesel 1.5 l TDCi de 150ch accouplé à la boîte double embrayage Powershit. Un doux retour à la modernité du temps présent.

Durant le trajet du retour, nous n’avons cessé d’être – agréablement – surpris par l’association moteur / boîte, dont les reprises alertes n’ont d’égale que la fluidité des passages de rapports. Nous avons eu beau effectuer 5 heures de route, nous ne les avons pas réellement ressenties ! Et face à un tel agrément de conduite, les monstres du temps passé ne peuvent que trépasser*.

Conclusion : Hommes de l’avenir souvenez-vous de nous*

De ce road-trip court mais chargé tant en émotions qu’en sensations, Ford a su nous rappeler à quel point la marque pouvait être fière de ses modèles historiques. A notre retour dans le présent, à notre retour en France, nous reprenons pied avec la réalité. L’Heritage Collection de Dagenham n’est hélas pas -encore ?- un vrai musée. Y accéder est une chose rare, très rare. Mais qui sait : la vérité d’aujourd’hui n’est peut-être pas celle de demain, pour ces créatures du passé que l’on rêverait d’approcher plus librement. En attendant que les choses évoluent, il nous reste les photos, témoignages atemporels d’un passé bien présent.

Crédit photos : Fabien Legrand
Article : Fabien Legrand & François M.
* références librement empruntées à Guillaume Apollinaire, in Alcools, 1913.