Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Road trip de l’été partie 1 : le Québec et l’Ontario en Nissan Altima

C’est la rentrée… Le meilleur moment de l’année pour parler vacances donc. Ne dérogeant pas à la règle des dernières années (sous d’autres cieux) nous vous proposons d’explorer, un peu, les espaces que nous avons eu l’immense plaisir de sillonner cet été et d’en profiter du même coup, Le Nouvel Automobiliste oblige, pour découvrir les véhicules qui nous ont permis de faire ce voyage. Cette année c’est au Canada et aux États-Unis que nous vous emmenons en commençant pas l’Est et par Montréal.

Petite voiture de location deviendra grande

Quand on décide de partir 5 semaines à l’étranger afin d’y voir et d’y visiter le plus de choses possibles, la gestion du budget est un élément essentiel. Certes l’idée de parcourir l’Amérique du Nord dans un véhicule à la taille des espaces à traverser (un F150 par exemple) fait rêver mais la réalité financière vous remet vite les pieds sur terre et, lors de la réservation des véhicules de location, c’est tout naturellement vers la proposition la moins chère que nous nous sommes tournés. Ce d’autant plus qu’il vaut mieux penser à cocher les cases assurances. Résultat, nos locations prévoyaient des véhicules de la classe « Economy » (type Chevrolet Spark, très loin du F150…). Mais nous avions également tablé (il faut savoir vivre dangereusement…) sur notre expérience et un peu de chance car, il faut bien le reconnaitre, les « Economy » ne courent pas spécialement les allées des garages des loueurs canadiens ou états-uniens. Et grand bien nous en a pris puisqu’à la clé ce sont deux bonnes surprises qui nous ont attendues.

La première fut d’ailleurs de taille, le loueur nous annonçant d’emblée que nous avions été surclassés et que la voiture qui nous attendait était une « Full Size ». Si l’on reprend les segments dans l’ordre : Economy, Compact, Mid-Size, Standard, Full-Size… on obtient effectivement un bien beau surclassement. Mais nous avons eu chaud malgré tout, le commercial nous précisant également que nous avions failli nous retrouver en… Fiat 500 ! Attention au passage si vous avez l’intention de vous lancer dans une réservation de ce type, la petite italienne se la joue chic de l’autre côté de l’Atlantique et elle est donc classée dans la catégorie Compact… très compacte en effet… Mais au final c’est devant une japonaise non distribuée sur notre vieux continent que nous nous sommes retrouvés, une Nissan Altima gris métal en finition SV qui, contrairement à une Fiat 500 est un peu moins compacte et a englouti sans aucune difficulté nos bagages…

Bienvenue au pays de la poutine

Le Québec c’est un peu la France à la sauce américaine ou le contraire, encore que ce soit vraiment très vite dit et que je ne viendrai certainement pas contredire tous ceux qui penseront différemment. La poutine en est une illustration parfaite. Abstraction faite du ketchup ou de ses dérivés nous sommes plutôt habitués à manger nos french fries sans rien dessus, les québécois eux ont décidé d’y rajouter une sauce et du fromage (proche de la mozzarella) pour égayer les malheureuses pommes de terre : le résultat portant le nom improbable (et en fait sans rapport) d’un homme politique russe passionné par les péninsules et les bateaux de guerre. Et le pire c’est que ce n’est pas mauvais.

Dans le paysage ce mélange franco-américain se retrouve lui aussi parfois de façon on ne peut plus surprenante. L’environnement urbain, routier, industriel, commercial est clairement américain mais tout est naturellement marqué en français… Enfin peut-être faudrait-il plutôt parler de québécois là encore car dans bien des cas ce n’est pas parce que vous saurez le lire et le dire que vous le comprendrez ! En fait le québécois ce n’est pas compliqué, c’est notre français expurgé de tous ses anglicismes. Et on est très à cheval sur ce dernier point dans la belle province. Ne cherchez point de « Stop » au croisement, vous n’y trouverez que des « Arrêt ». Sur la route ne dites pas que vous dépassez un camping-car ou une caravane puisqu’il s’agit en fait d’un petit motorisé ou d’une roulotte, cette dernière étant tractée non pas par un 4 fois 4 mais par un 4 par 4 (nuance). En dehors de la route inutile de demander au traiteur de vous préparer des dips et des chips pour accueillir vos amis le soir après une journée de shopping, il vous faudra vous mettre à la trempette et aux croustilles après votre session de magasinage, et surtout n’oubliez pas les breuvages alcoolisés même si c’est assez dispendieux… Et encore là je suis vraiment soft, pardon, doux…

Maintenant en ce qui concerne la conduite nous sommes bien en territoire américain. Si l’on excepte les kilomètres qui remplacent les miles et les stations essence qui la distribuent au litre et non au gallon le reste est absolument identique : mêmes routes bien larges (et vue la taille de certains véhicules ce n’est même pas un luxe), mêmes panneaux de signalisation, blancs pour les limitations de vitesse, jaune pour le reste et orange fluo pour les travaux (on y reviendra), mêmes feux tricolores positionnés après le croisement, mêmes plans de villes à damier et, en prime, une volonté acharnée d’éliminer le moindre virage de tout trajet, et là aussi on en reparlera un peu plus tard. En attendant on profite de Montréal et de sa bonne ambiance.

L’Altima au fil du Saint-Laurent

Pour un européen conduire en Amérique du Nord est on ne peut plus aisé. Les véhicules sont souvent d’une taille nettement plus généreuse que chez nous mais, comme je l’écrivais plus haut, les routes sont à l’échelle et il est donc très facile de prendre en main une voiture, qu’elle soit petite (disons en dessous de 4,5 m) moyenne (en dessous de 5 m) ou grande (plus, mais alors beaucoup plus que 5 m et largement au-delà). De plus, même si elles existent, les voitures équipées d’une boîte de vitesses manuelle sont particulièrement rares et totalement inexistantes chez un loueur.

Notre Nissan Altima n’échappait naturellement pas à la règle avec sa boîte CVT d’une remarquable douceur. Dès les premiers tours de roue on apprécie le silence, la légèreté de la direction, la bonne réactivité de la boîte, le confort et l’espace royal. Il faut dire que cette Nissan mesure tout de même 4,86 m en longueur et 1,83 m en largeur. On trouve naturellement plus gros, y compris chez nous, mais on n’a pas non plus l’impression de détonner dans le paysage, on est dans la norme. La cinquième génération de cette berline, spécialement étudiée pour le marché nord-américain, date de 2012. Son traitement stylistique n’est pas particulièrement délirant, elle est même plutôt sage et classique dans ses lignes, mais l’ensemble est assez plaisant et plutôt bien dessiné. L’avant adopte une calandre chromée assez massive qui marque immédiatement, par son étirement ainsi que celui des optiques, le début des lignes latérales fluides et assez dynamiques qui se trouvent encore renforcées par un petit épaulement arrière agréable et des feux bien proportionnés. Sage donc mais pas inélégante même si ce gris métal n’est pas la couleur qui lui rend le plus hommage, car pour l’avoir plusieurs fois croisée dans des couleurs plus soutenues, un très beau beige (galet du Sahara) et même un très réussi rouge (rouge Cayenne) elle gagne alors en prestance.

Après deux jours à Montréal notre monture nous emmène ainsi sereinement vers Québec en longeant les agréables rives du Saint-Laurent, hélas bien grises et pluvieuses ce jour là. Ce n’est pas si grave puisqu’il est facile et rapide de se mettre à l’abri dans la voiture grâce au système sans clé, sauf quand il ne fonctionne pas, ce qui s’est produit plusieurs fois, y compris pour démarrer. On remarque aussi du coup que les essuie-glaces ne sont pas automatiques contrairement aux phares dont le capteur est situé étonnamment non pas au niveau du rétroviseur mais au bout de la planche de bord. On roule tranquille, très tranquille d’autant que les limitations de vitesses sont particulièrement basses, que ce soit sur route ou sur autoroute. De ce côté-ci du Canada nous n’avons en tout cas jamais trouvé mieux que 100 km/h sur autoroute et 80 km/h (et souvent moins) sur route (Chantal Perrichon ne serait sans doute pas loin de l’orgasme). Sauf qu’il faut savoir nuancer ces limitations. Elles sont d’abord la conséquence d’une faune particulièrement variée, importante en nombre et fort peu disciplinée en termes de sécurité routière. Wapiti, orignaux, ours ou autres porcs-épics traversent donc très régulièrement les routes en dehors des clous sans regarder et les accidents sont fréquents si bien que les panneaux de ce genre sont légions :

Par ailleurs, si ces vitesses sont globalement respectées sur route (j’ai dit globalement…) elles le sont nettement moins sur autoroute. Il faut dire que c’est une authentique souffrance de rouler à 100 sur des voies deux fois plus larges que les nôtres qui ne comptent qu’un virage tous les 60 km… Du coup les Canadiens ne roulent pas à 100 et on remarque rapidement les indices qui laissent à penser que les consignes de la police sont à la bienveillance… jusqu’à un certain point. Ainsi les panneaux autoroutiers affichent ostensiblement les amendes encourues par les contrevenants (jusqu’à 10 000 CAD en Ontario au-delà de 150, ça pique un peu) mais ces amendes ne commencent qu’à… 120 km/h. Autre panneau qui nous a bien fait rigoler, sur une autoroute limitée à 100 une indication demandant aux routiers de régler leur régulateur de vitesse sur… 105 maximum. Bref, les canadiens le savent, sur une route à 100 on peut rouler à 119 mais après gare… les shérifs en Ford Taurus ou en Dodge Charger noires ne sont pas des rigolos et on en croise très régulièrement.

Bon au moins à ces vitesses on a le temps d’apprécier le paysage, il est assez morne jusqu’à la belle ville de Québec mais devient nettement plus sympathique par après, notamment entre Baie Saint-Paul, La Malbaie et Tadoussac. Nous y traversons le Fjord du Saguenay et y découvrons les animaux du Saint-Laurent : bélugas, phoques, petits et grands rorquals mais hélas pas de baleine à bosse (les mauvaises langues diront que ce n’est pas grave puisque de toute façon nous avions déjà une Altima…).

Go West !

Après cette incursion vers le Nord du Québec un long périple nous attend pour rejoindre l’Ontario, Mille-Iles, Kingston et Toronto. On quitte un espace francophone pour un espace anglophone et on remarque, assez logiquement, que l’influence américaine se fait par ici plus forte. Les rares Fiat 500 croisées à Montréal ou Québec disparaissent ainsi du paysage.

Notre Nissan Altima qui n’a pas forcément apprécié les virages (pourtant pas bien méchants) de Rivière-Eternité en nous montrant son caractère assez pataud et lourdaud se révèle par contre totalement dans son élément sur les autoroutes canadiennes. Régulateur de vitesse sur 110 (on n’est jamais trop prudent, d’autant qu’il n’y a pas sur les modèles nord-américains de différence entre la vitesse affichée et la vitesse réelle) on apprécie grandement le silence de fonctionnement. Le moteur, un 4 cylindres de 2,5 l développant 182 ch. est totalement inaudible et on comprend mieux pourquoi en jetant un œil sur le compte-tour. Celui-ci se cale aux alentours de 1750 tr/mn à cette allure et on dit merci à la boîte CVT qui prend ainsi soin de vos oreilles et de votre porte monnaie. Du coup on peut également profiter de la très bonne installation audio du véhicule et du très grand confort des sièges en velours biens larges, moelleux et chauffants inspirés par la NASA (rien que ça). La suspension est, elle aussi, typée confort et elle réalise un travail absolument remarquable sur des revêtements parfois très dégradées (on sent que l’hiver est rude). Du coup, les heures de routes si elles ne passent pas très vite passent au moins confortablement et sans fatigue aucune. Seul reproche, et c’est tout de même un point vraiment agaçant, la direction très assistée est bien agréable pour les manœuvres mais sur autoroute le point milieu est très flou et on se retrouve à faire constamment des micro-corrections pour rester dans la trajectoire, et je vous rappelle que les virages sont rares, c’est ballot…

Après deux jours très agréables dans la très dynamique Toronto, ses quelques jolis spécimens automobiles et sa fameuse Tour CN que le toit ouvrant de notre Nissan nous permettra d’admirer jusqu’au bout, cap encore un peu plus au sud vers les incontournables chutes du Niagara.

L’occasion de bénir la boîte de vitesses automatique dans les 50 kilomètres de bouchons que nous subissons et de faire un petit coucou (à 5 à l’heure il n’est pas si petit que ça…) à l’usine Ford d’Oakville qui assemble notamment le très réussi nouveau Ford Edge (qui débarquera sous peu en Europe) avant d’arriver, enfin, dans l’un des endroits les plus connus du monde. Un lieu absolument magique c’est vrai mais à condition de se concentrer sur les chutes en elles-mêmes et de faire assez largement abstraction de l’espace environnant oscillant, selon l’heure de la journée, entre Disneyland et Las Vegas… Celui qui n’est pas prévenu (ce n’était pas notre cas) risque en tout cas d’être fort décontenancé par certaines constructions disons… moyennement intégrées au paysage.

La transcanadienne à 80 km/h sur 360 km on l’a fait… hélas

Retour vers notre point de départ en cette fin de périple dans l’Est canadien en passant par cette fameuse transcanadienne dont une grande partie est effectivement limitée à une vitesse désespérante. Heureusement, on ne regrette pas la destination : Ottawa, la capitale fédérale, ses remarquables musées, son parlement et sa relève de la garde. Une ville fort paisible et assez éloignée du gigantisme torontien puisqu’ici aucun bâtiment n’est autorisé à être plus haut que la tour du parlement.

Avec notre retour sur Montréal la fin du voyage approche (enfin la fin de cette partie du voyage…) et la séparation d’avec notre Altima aussi. C’est qu’on s’attache vite à ces petites bêtes, elle n’est pas d’un charme à tomber, sa présentation intérieure, si elle reste exempte de critique majeure, est sérieuse mais n’a rien de luxueux, de valorisant, de subtil ou d’original, le « chlong » du coffre à sa fermeture ne donne aucunement un sentiment de solidité et si la double sortie d’échappement suggère la sportivité (j’ai dit suggère), les 182 ch du bloc, bien que valeureux, n’ont pas de quoi transformer la suggestion en réalité (le véhicule existe cependant en V6 3,5 l de 270 ch).

Mais elle a d’autres cordes à son arc et notamment une exceptionnelle frugalité. Certes nous avons roulé à un rythme au final très sénatorial (les passages en ville, les bouchons ainsi que les innombrables zones de travaux n’aident pas particulièrement) mais le bilan énergétique de cette grande et lourde berline à boîte automatique est vraiment épatant : 5,9 l/100 sur un total de 3133 km. Plus fort que le constructeur qui annonce pour sa part un résultat moins bon : 8,7 l en ville et 6,2 l sur route, c’est pour le moins cocasse et rare même s’il est vrai aussi que les cycles de calcul de consommation nord-américains sont autrement plus réalistes que les nôtres. Quoi qu’il en soit on ne regrette pas le surclassement…

Bonus : une journée en Mustang

Profitant de notre séjour à Québec des amis américains habitant le New Hampshire et que nous connaissons de longue date sont également venus nous revoir. Et un plaisir en cachant souvent un autre nous avons également passé une journée au volant de leur voiture, une Mustang mkV cabriolet : autant dire un bon gros morceau d’Amérique même dans cette « petite » version V6.

Volant particulièrement grand, compteurs à l’ancienne (pas faciles à lire en km/h, au passage), look agressif assumé de muscle car, feux arrière à DEL avec clignotants à défilement, couleur rouge et intérieur clair tout est fait pour qu’on vous remarque et qu’on vous regarde. Et, même si on croise pourtant ces bestioles (toutes générations confondues) à presque tous les coins de rue, ça marche ! La magie opère toujours et les pouces levés et les sourires fleurissent.

Je ne donnerai pas ici de sensations de conduites particulières, je n’ai pas réalisé un essai mais simplement pris le volant pour une demi journée sur des routes droites et, je vous le rappelle encore, avec des limitations de vitesse faibles. Mais l’expérience reste un vrai plaisir malgré tout ne serait-ce que pour le côté mythique/légendaire d’une voiture typiquement dans la veine de l’American dream. Le moteur ronronne bien et émet un joli petit feulement à l’accélération (dont on sent qu’elle peut s’avérer déjà fort généreuse) et la suspension est assez ferme, mais je concède que quand on vient d’une Altima même une Citroën C6 doit paraitre dure comme une planche à pain. On décapote au premier rayon de soleil et, à quatre, on profite d’une magnifique balade entre Québec, les chutes Montmorency, Sainte-Anne-de-Beaupré et l’île d’Orléans…

Ah les vacances ! Mais patience, ce n’est pas fini et vous aurez droit à la suite de notre voyage sous peu 😉

Photos et rédaction : Eddy P. et Peggy P.-S.