Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Retour de PSA aux États-Unis : ça se précise

Retour de PSA aux États-Unis : ça se précise

Les marques françaises ont quitté le marché nord-américain depuis plusieurs décennies déjà : Citroën dès 1974, Renault en 1987 et Peugeot le dernier, en 1991 (même si certaines activités ont été maintenues jusqu’en 2013). A chaque fois, ce fut sans gloire. Mais ce gigantesque marché (à tous les points de vue) ne cesse d’exercer sur nos constructeurs nationaux une sorte de fascination absolue et, dans leur stratégie de globalisation qui s’avère jusqu’ici efficace, il ne se passe pratiquement pas un mois sans qu’une rumeur, une annonce ou un article plus ou moins étayé n’aborde la question du retour des Frenchies chez l’Oncle Sam. Mais, photo à l’appui, nous allons un peu plus loin avec un document qui marque indéniablement un passage à la vitesse supérieure de la part du Groupe PSA !

PSA de retour aux États-Unis ! Oui, mais quand, comment et avec quoi ?

Il n’est pas nécessaire de remonter bien loin pour faire le lien avec le sujet du jour puisqu’en ce qui concerne Peugeot, nous vous parlions il y a à peine 72 h des grands projets de PSA évoqués par Carlos Tavares à l’occasion du salon de Detroit. Et parmi ceux-ci, naturellement, figurait en bonne place l’idée d’un retour du groupe sur le nouveau continent. Par un moyen détourné mais déjà effectif tout d’abord, via Free2Move une société dédiée aux services de mobilité créée par PSA depuis deux ans et dont la plateforme est opérationnelle depuis octobre dernier. Avec également l’acquisition d’Opel l’an dernier, et par la même celle d’un certain nombre de liens, d’études, d’experts, ou au moins d’expertises en connexion avec le marché US. Sans oublier les compétences des ingénieurs de la marque au Blitz dans l’homologation des véhicules européens aux USA.

Objectif à moyen terme ? Le retour sur le marché états-unien (et, par ricochet, canadien également) devrait se situer autour de 2026 d’après les déclarations de Carlos Tavares lors du World Congress d’Automotive News qui s’est tenu la semaine passée à Detroit. Tout reste naturellement à construire et de nombreuses questions subsistent : quel réseau de distribution utiliser ou créer puisque PSA parle d’une distribution d’un nouveau type ? Sur quels investisseurs s’appuyer ? Comment faire connaitre sa marque au milieu d’une offre ultra-concurrentielle ? Sur quelle communication s’appuyer dans le contexte d’un retour à un certain protectionnisme prôné par la Maison Blanche ? Et enfin, et surtout même, que proposer comme produit adapté à un marché si particulier ?

Le SUV, le couteau suisse des constructeurs ?

Si l’on en croit notre photographie prise dans la journée de samedi aux alentours de Detroit (Michigan), le choix de PSA se porterait dans un premier temps sur son « véhicule à tout faire » : le Peugeot 5008. De quoi nous amener vers une analyse à brûle-pourpoint, que nous nuancerons rapidement d’ici quelques paragraphes.

C’est à première vue un choix logique mais qui ressemble aussi à une sélection par défaut. Que trouver d’autre en effet dans la gamme répondant plus ou moins aux attentes des consommateurs nord-américains ? Pas grand chose chez Peugeot mais déjà un peu plus chez Opel où nombre de véhicules encore au catalogue, et même pour certains très récents, ont été conçus en commun avec Buick (ne citons que la Regal par exemple). Néanmoins le 5008 est aussi cohérent dans l’optique d’une dynamique de groupe puisque ses cousins techniques, le 3008 et les Citroën C5 Aircross, Opel GrandLand X ou encore DS 7 Crossback pourraient eux-aussi bénéficier de l’éventuelle arrivée de PSA outre-Atlantique.

Reste que le marché des SUV, aussi porteur de promesses (et de réalités depuis plusieurs années) soit-il n’est pas forcément un segment de tout repos. L’offre y est pléthorique, va encore s’enrichir dans les mois qui viennent et il n’est guère aisé de s’y imposer si on ne propose pas quelque chose de spécial. De quoi dispose le Peugeot 5008 ? D’un style affirmé, d’une finition satisfaisante, de prestations routières de premier ordre, d’un équipement globalement à la page, d’un côté French Touch exotique ? Des arguments tous aussi relatifs les uns que les autres et qui peuvent aisément être contrebalancés par d’autres : absence de transmission intégrale, taille réduite pour le marché US, motorisations peu adaptées, absence d’image qui va demander des efforts marketing considérables (le dernier fait d’arme de Peugeot en Amérique du Nord étant le record à Pike’s Peak connu uniquement des passionnés).

Alors que fait ce Peugeot 5008 là-bas actuellement ?

Dans un premier temps, et la photo nous le prouve, le constructeur au lion cherche avant tout ses marques et ses repères pour préparer son come back. Cela passe par plusieurs étapes et la présence sur place de véhicules du groupe n’en est qu’un aspect.

On rappellera tout d’abord le contexte, celui du salon de Detroit. Un événement majeur dans le monde de l’automobile qui, comme chaque salon international, bénéficie d’une couverture médiatique importante aussi bien pour ce qui se passe à l’intérieur… qu’à l’extérieur. PSA n’est naturellement pas présent dans les allées du NAIAS mais Carlos Tavares était bien sur place pour l’occasion et s’est exprimé assez longuement, confirmant sa volonté d’un retour de PSA aux États-Unis. Une volonté validée par ailleurs par plusieurs informations très importantes transmises par nos confrères d’AutomotiveNews.

On a ainsi appris que PSA, à l’instar de Porsche et Mercedes-Benz, avait officiellement fait le choix d’Atlanta (Georgie) pour implanter son nouveau quartier général en Amérique du Nord. Sous la houlette de Larry Dominique en Californie (CEO de PSA North America) et de Vincent Noirbent, lui-même fort d’une expérience passée aux États-Unis, le groupe serait déjà dans une phase de recrutement. Il a ainsi recruté outre-Atlantique Ben Winter à Detroit, un ancien de Ford et de FCA pour se charger de la coopération entre les ingénieurs allemands de Rüsselsheim et les ingénieurs US ainsi que Lynn Blake avec laquelle Carlos Tavares avait travaillé chez Nissan. Les choses semblent donc prendre forme d’un point de vue organisationnel et PSA se doit dès lors de se lancer dans un programme de développement pour proposer des véhicules adaptés aux spécificités et aux normes nord-américaines.

C’est bien ce que semble vouloir commencer à faire le Peugeot 5008 que nous avons surpris sur notre cliché. À partir de là il nous faut donc raisonner autrement : non vous ne verrez pas le Peugeot 5008 distribué sur les terres américaines. En tout cas probablement pas cette génération. Le véhicule que vous avez sous les yeux, comme très certainement plusieurs autres qui devraient le rejoindre, au Michigan ou ailleurs, vont avant tout servir pour les employés de PSA sur place. Ils seront aussi capables d’emmagasiner des données, des connaissances, des perceptions, des informations et devraient permettre ainsi la mise sur le marché d’un véhicule adapté au plus près des attentes des consommateurs américains. Il y a d’ailleurs toutes les chances qu’il s’agisse d’un SUV, et sans doute même plusieurs, mais aussi d’une berline et peut-être d’autres types de carrosseries encore… chacun étant appelé à être disponible en électrique et/ou hybride puisque d’ici 2025 toute la gamme sera électrifiée.

De nombreuses questions demeurent

Difficile à ce stade de présager de l’avenir car de nombreuses questions restent en suspens. Celles évoquées plus haut bien entendu mais aussi celles liées à la compréhension de la très particulière culture américaine ou, encore plus sensible, au financement. Encore fraîchement convalescent, le groupe PSA a-t-il les reins assez solides ?

Difficile à dire mais quoi qu’il en soit et en un mot comme en cent, cette photo nous affirme clairement que Peugeot is back. Non plus « in the Race » désormais, mais bien « in the USA ! »

Via AutomotivNews.
Crédit photo : The Automobilist