Le Nouvel Automobiliste
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Rencontre avec les pères de la Renault Talisman S-Edition

Rencontre avec les pères de la Renault Talisman S-Edition

Trois ans après le lancement de la Talisman et de l’Espace, et un an après celui du Koleos, qu’en est-il du haut-de-gamme chez Renault ? Au dernier Salon de Genève, le constructeur au Losange présentait -discrètement- une nouvelle version de sa berline, baptisée S-Edition. Sous une sobre robe noire, elle annonce l’arrivée du moteur essence M5Pt, soit le 1.8 TCe de 225. Il fait enfin son entrée sous le capot de la Renault Talisman, après que l’Espace l’a étrenné (essayé par Antoine à ce lien).

Avant de pouvoir essayer cette nouveauté mécanique, nous avons rencontré Sylvain Detalle, adjoint au directeur de programme du Segment D chez Renault et en charge de la Talisman, ainsi que Pierre-Yves Combeaud, directeur de gamme adjoint à la direction du Marketing. 

Une Renault Talisman aux notes sportives

The Automobilist : Commençons par parler de la Renault Talisman pour laquelle Renault présente une nouvelle série S-Edition, équipée du moteur essence de 225 chevaux de l’Espace, lui-même dérivé de l’Alpine A110. Est-ce la réponse à une demande remontée par les clients ?

Sylvain Detalle : Quand on a lancé la Renault Talisman, on s’est rendu compte que certains marchés demandaient un peu plus de puissance et un peu plus de sportivité. On a donc décidé de développer cette série limitée Renault Talisman S-Edition avec des attributs de décoration spécifiques : le cuir, les surpiqûres rouges, le ciel de toit noir, les jantes spécifiques, le pédalier aluminium etc. De plus, le 4-Control est proposé avec cette version, ainsi que l’amortissement variable. On a décidé de sortir cette série limitée au moment où nous allons proposer notre nouveau moteur essence de 225 chevaux et 300 Nm pour avoir une offre cohérente, même si la série limitée Renault Talisman S-Edition sera accessible à d’autres moteurs en fonction des pays, et en fonction de ce que souhaitent les clients.

T.A. : Faut-il comprendre que ce nouveau moteur sera aussi associé aux finitions classiques de la gamme Renault Talisman ?

Pierre-Yves Combeaud : Oui, vous l’aurez sur d’autres niveaux de finition.

T.A. : Pourquoi ne pas avoir utilisé la finition GT pour accompagner la sortie de ce moteur ?

P-Y. C. : Les versions GT ou GT Line chez Renault ont un code spécifique de finition et de présentation, qui ne sont pas exactement ce qu’on propose sur Renault Talisman et nous ne sommes pas dans le même domaine de sportivité. On a une touche de sportivité sur Renault Talisman S-Edition mais ce n’est pas une version vroum-vroum. Nous ne sommes pas dans le domaine de Renault Clio ou de Renault Mégane, ce ne sont pas du tout les mêmes clientèles, ni les mêmes attentes. On a donc une voiture qui est très élégante et qui n’a pas nécessairement les mêmes attributs de base de la GT.

T.A. : Quand peut-on espérer voir cette version en concessions ?

S.D. : Les commandes pourront être passées dès cet été. Et les livraisons seront effectuées à partir de la rentrée 2018. Aussi bien en France que dans tous les pays d’Europe.

En France, la série S-Edition sera inaugurée sur Renault Talisman avec ce nouveau moteur 1.8 l TCe 225 ch, et elle sera aussi associée à une autre motorisation.

T.A. : Avec un nouveau moteur Diesel ?

P-Y. C. : Avec le moteur le plus puissant… qui sera proposé à ce moment-là.

T.A. : Alors que l’essence reprend de plus en plus de parts de marché, quels sont les objectifs de vente de ce nouveau moteur ?

S.D. : Ce moteur ne va pas faire 100 % du mix mais on vise un mix significatif. Nous avons certains pays notamment comme l’Allemagne qui peuvent être très intéressés par cette motorisation. Et en France aussi on a des clients pour ça. Pour les ventes de la série limitée S–édition, nous verrons bien.

Gamme Renault Talisman : Des évolutions à venir

T.A. : Est-ce que cette S-Edition est l’évolution ultime en termes de puissance concernant la Renault Talisman ou peut-on espérer la voir aller un peu plus loin ?

P-Y. C. : Pour l’instant c’est déjà une belle percée.

S.D. : Jusqu’à présent, avec la ligne de moteurs dont on dispose, on couvre environ 80 % des besoins du marché en termes de puissance. Avec cette nouvelle motorisation, on améliore la couverture. Donc aujourd’hui, nous ne voyons pas le besoin d’aller plus loin.

T.A. : Peut-on espérer d’autres évolutions sur la gamme Renault Talisman, en ce qui concerne la qualité de finition ou aussi l’interface R-Link ?

S.D. : Comme tous les autres produits de la marque, la Renault Talisman évolue au fil de l’eau. On a amélioré la qualité perçue par exemple, vous l’avez peut-être perçu en 2017, où les plastiques de la partie basse de la planche de bord sont devenus plus valorisants. Ce type d’évolution va continuer au rythme de la vie de la voiture, comme ce qu’on fait sur le reste de la gamme.

Comme vous parlez de R-Link, c’est aussi l’avantage d’un produit comme ça. C’est un matériel embarqué dans la voiture, avec un logiciel qu’on peut mettre à jour, même pour les clients qui ont acheté les premières séries. Il y a en permanence de nouvelles fonctions qui se développent avec de nouvelles fonctionnalités. Par exemple, sur l’interface homme-machine, pour améliorer la fluidité. Et effectivement, on bénéficiera très bientôt d’évolutions sur R-Link. Et ceci sera valable sur les Talisman, mais aussi les Koleos et les Espace.

T.A. : Allez-vous communiquer sur ces évolutions ?

SD : Non, nous n’avons pas prévu d’annonce particulière à ce sujet.

P-Y. C. : C’est plutôt la partie motorisation qui sera un support de communication.

T.A. : Est-il déjà question d’une phase 2 sur la Renault Talisman ?

P-Y.C. : On y travaille mais ce n’est pas encore pour tout de suite.

T.A. : Dans les évolutions de la Talisman, peut-on s’attendre à une version surélevée de la version break façon baroudeuse ? Certaines concurrentes existent chez Opel et Skoda notamment.

P-Y.C. : Aujourd’hui, nous n’avons pas de demande particulière sur ce type de version. On ne s’interdit pas de regarder à développer des accessoires. Mais ce type de version demande à être accompagnée d’une version tout-terrain, qui n’est pas disponible dans la gamme. On ne va pas faire que du fake.

T.A. : Peut-on espérer alors une version hybride chez la Renault Talisman ?

S.D. : Ça dépend ce que vous appelez hybridation. Aujourd’hui, nous n’avons pas dans le plan de développement de version hybride. Mais, dans le cadre de notre stratégie moteur globale, des idées sont en cours de développement. Et si la technologie nous semble intéressante vis-à-vis des clients, si on pense que le ratio entre le coût de cette technologie et ce que le client est prêt à payer, est favorable, on pourra éventuellement l’étudier. Mais ce n’est pas planifié aujourd’hui.

La carrière internationale de la Renault Talisman

T.A. : Partons à l’autre bout du monde avec la variante coréenne de la Talisman, la Samsung SM6. Certains passionnés d’automobile sont surpris de voir des harmonies intérieures sur la Samsung qui ne sont pas présentes en France, on pense notamment à finition cuir qui présente sur la planche de bord des surpiqûres en forme de losanges ! Pourquoi des choix si différents sur des véhicules qui sont finalement très semblables ?

S.D. : Les deux voitures sont certes très semblables mais elles sont sourcées sur des sites industriels très éloignés. Mais la vraie raison est que les attentes des clients sont finalement assez différentes. En Europe, nous avons la version Initiale Paris qu’on décline sur d’autres véhicules de la gamme avec des éléments communs. Donc notre Renault Talisman haut-de-gamme va chercher ces éléments caractéristiques d’Initiale Paris, et cette version n’existe pas en Corée du Sud. Donc en Corée du Sud, on a développé un autre habillage pour porter la version haut-de-gamme. Mais il n’est pas exclu non plus, qu’à l’avenir on applique en Corée du Sud des solutions européennes. Aujourd’hui, on est plutôt satisfait de l’image qu’on dégage avec la version Initiale Paris, les clients sont vraiment contents.

T.A. : En Corée du Sud, vous ne proposez pas non plus la version Estate, c’est une volonté ou il n’y a pas de marché pour le break ?

S.D. : La raison première est que le marché coréen ne propose quasiment aucun break. Les volumes seraient vraiment très limités. Du coup, nous ne l’avons pas industrialisé. Le break est une demande très européenne. Nous ne vendons pas de break non plus en Turquie ou dans les marchés du Maghreb. Il n’y a quasiment pas de demande non plus que sur les marchés de l’Asie du Sud-Est.

T.A. : L’usine de Busan en Corée du Sud distribue quels marchés ?

S.D. : L’usine de Busan distribue le marché Sud-Coréen essentiellement, mais couvre aussi le marché iranien.

P-Y. C. : Elle distribue aussi quelques marchés annexes en Afrique et en Asie du Sud-Est.

S.D. : L’usine Georges Besse de Douai distribue l’Europe, le Maghreb et jusqu’en Turquie.

T.A. : Est-il prévu que la Talisman soit proposée en Chine ?

S.D. : Non. On y a réfléchi et puis, en Chine nous avons une usine qui a une licence pour faire du SUV. Donc si on veut vendre une berline en Chine, il faut la produire ailleurs, ou l’importer, et donc ça complexifie l’opération.

T.A. : Pourtant, la première Renault Talisman, une version au losange de la Samsung SM7, a bien été proposée en Chine ?

S.D. : En effet, nous avons vendu quelques exemplaires depuis la Corée du Sud et on a décidé de ne pas renouveler l’opération. Il y a des normes spécifiques qui nécessitent un investissement important et ce n’était pas rentable au vu des volumes non plus.

T.A. : En termes de mix de ventes, avez-vous les chiffres de répartition entre Renault Talisman et Samsung SM6 ?

S.D. : On communique peu sur ces données, mais ce qu’on peut vous dire c’est qu’on a 2 gros pôles de vente : le pôle Européen et le pôle Sud-Coréen.

Bientôt une Talisman aux 3 Diamants ?

T.A. : Avant l’intégration de Mitsubishi à l’Alliance, il se murmurait qu’une collaboration entre Renault et Mitsubishi allait se faire pour fabriquer un dérivé de Renault Talisman sous la marque aux 3 diamants pour le marché Nord-Américain. Est-ce aujourd’hui possible ?

P-Y. C. : Je ne suis pas au courant de ce genre d’éléments.

S.D. : Il n’y a pas de plan comme celui-là aujourd’hui.

T.A. : Et pourquoi pas sur la future génération ?

S.D. : Sans doute. Le processus de création de modèles est bien rodé entre Renault et Nissan. Mitsubishi vient de rejoindre l’Alliance, il faut que le process soit étendu à Mitsubishi au sein de l’Alliance. Ce que vous évoquez pourrait faire partie de cela. Mais pas sur cette génération de Renault Talisman.

Les chiffres commerciaux de la Renault Talisman

T.A. : Par rapport aux objectifs, êtes-vous satisfaits des ventes de la Talisman ?

S.D. : On est dans un marché où la berline est de plus en plus dominée par les SUV. Mais globalement, on a un retour satisfaisant.

P-Y. C. : On a en effet un mix de versions hautes plus élevé que prévu, notamment pour la Talisman Initiale Paris.

T.A. : Avez-vous une idée de la part des VTC dans vos ventes ?

P-Y. C. : Renault Talisman s’adresse notamment à cette clientèle mais pas seulement : aux patrons d’entreprises, aux gens qui achètent encore leur voiture, etc. Donc bien sûr on ne s’interdit pas de les vendre à cette clientèle, ce qui permet aussi d’avoir une bonne visibilité. Mais nous n’avons aucune statistique dessus, notamment sur le micro marché parisien car ailleurs ce n’est pas cette cible que nous vivons.

S.D. : Renault Talisman est une voiture qui est très adaptée aux besoins des VTC et des taxis. On a une habitabilité arrière qui est vraiment de très bon niveau avec une hauteur à la tête importante et un volume de coffre qui est très bien situé. Donc c’est vrai que le chauffeur de taxi ou de VTC est un client naturel de Renault Talisman. Et la voiture s’installe aussi en termes de nom. Elle acquiert une notoriété qui fait que cette clientèle vient plus naturellement vers Renault.

T.A. : Le salon de Genève fut aussi l’occasion de la présentation de la nouvelle Peugeot 508. Le client lambda sera étonné de voir que c’est désormais Peugeot qui propose un hayon sur ce segment, surtout que d’ordinaire c’est Renault qui le propose et non une malle. Que répondez-vous à un client qui aimerait avoir une Renault Talisman 5-portes ?

P-Y. C. : Eh bien, déjà que l’on a une magnifique Renault Talisman Estate qui répond en partie à cette problématique-là.

S.D. : Dans les standards de ce marché, face à une Volkswagen Passat, une Skoda Superb… On a quand même globalement des voitures à 4-portes. Notre Renault Talisman est donc dans le standard de cette catégorie. Après certains font d’autres choix. Nous avons dans le passé fait aussi le choix du hayon mais aujourd’hui nous avons fait le choix de cette architecture 4-portes.

T.A. : En effet, mais si on revient dans le passé, on pense à la Renault 21 qui a lancé au moment de son restyling une version 5-portes…

S.D. : Aujourd’hui, on n’en voit pas l’utilité.

T.A. : Revenons aux moteurs. On voit que Renault accentue ses efforts sur l’essence, mais on peut pas se satisfaire d’un seul moteur dans ce segment. Aujourd’hui, vous présentez le moteur 1.3 l essence, disponible jusqu’à 160 chevaux. Peut-on espérer le voir dans la gamme Renault Talisman ?

S.D. : La gamme moteur est en cours d’élaboration, et on va aller piocher dans ce qui nous avons développé en standard dans l’Alliance. Donc le moteur 1.3 l fait partie des candidats qui peuvent intégrer la gamme.

Les autres Renault du Segment D

T.A. : Et si on parle du segment D plus globalement, qu’en est-il de l’arrivée d’un moteur essence dans le Renault Koleos ?

P-Y. C. : Nous ne sommes pas spécialistes du Renault Koleos mais je pense qu’il y a des réflexions en ce moment.

S.D. : Il y a des réflexions en ce moment en ce sens.

T.A. : Au sujet de Renault Espace, on va pas vous questionner sur la phase 2, mais il y a une version chinoise qui propose six places et qui est fabriquée à Douai, est-ce qu’on peut espérer avoir cette version en Europe ?

P-Y. C. : Vous êtes bien renseignés !

 S.D. : Alors oui, cette voiture existe, elle est en effet exportée vers la Chine et elle démarre plutôt convenablement. Ensuite, je ne pense pas qu’elle soit prévue pour le moment en Europe.

T.A. : Merci Messieurs pour cette interview.

Crédits photographiques : The Automobilist, Renault.