Le Nouvel Automobiliste
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Renault Twingo R.S. vs Peugeot 108 GTi : duel de micro-GTi

D’un côté, nous avons la Peugeot 108 GTi, forte du savoir-faire du Lion en matière de châssis et habillée de sa coupe-franche De l’autre, nous avons la Twingo R.S., radicalisée par Renault Sport et toute de jaune Sirius vêtue. Le match pourrait être beau, ça oui !

Il s’agit pourtant d’une uchronie. Côté Peugeot, jamais l’on a annoncé développer de 108 GTi ; et côté Renault, le boss de Renault Sport Cars, Patrice Ratti, a indiqué que la Twingo GT et ses 110 ch seraient le dernier développement de la voiture, signant l’abandon d’une Twingo III R.S. Mais tout ceci a donné des idées à nos illustrateurs : nous avons imaginé pour vous ce que donnerait une Renault Twingo R.S. face à sa rivale, la Peugeot 108 GTi !

Mai 2017. Peugeot et Renault vont se livrer une bataille sans merci sur le segment des micro-citadines. A un mois d’intervalle, les deux marques françaises dévoilent les versions turbulentes de leurs 108 et Twingo. Elles s’appellent GTi pour l’une, R.S. pour l’autre, et ces deux puces survoltées sont pour la première fois confrontées virtuellement. Pour commencer, présentons nos deux protagonistes.

Les forces en présence

La Renault Twingo, dévoilée en 2014 dans sa troisième génération, a absolument tout changé. Partenariat technique avec Daimler, nouvelle plateforme, nouveaux moteurs, nouvelles transmissions, nouveau langage stylistique, bref, tout est nouveau ! Laurens van den Acker, le directeur du design de la marque, a pris le soin de créer une troisième génération sous le signe de l’hommage à la Renault 5, dont elle tire on esprit, comme en témoignent les couleurs pimpantes, la verticalité de son hayon ou encore la face avant râblée et rappelant à l’époque la personnalité de la Renault, sortie en 1972. Jumelle technique des Smart Fortwo et Forfour, la Twingo est uniquement disponible en 5 portes, et embarque deux blocs 3-cylindres, en position arrière : un 1.0 SCe de 70 ch, et un 0.9 TCe de 90 ch, dont la puissance est transmise aux seules roues arrière, ce qui est un retour aux sources pour Renault, dont l’histoire est jalonnée de propulsions sacrées (R8 Gordini, R5 Turbo…).

Pour animer la gamme, la marque au Losange pense à préparer une version un poil plus sportive : la Twingo GT est née. La présentation extérieure change peu : renforts en plastique autour de la carrosserie, strapping spécifiques, double sortie d’échappement, coloris spécifique et jantes au dessin repris de ceux du concept Twin’Run, présenté en 2013. Le 3-cylindres TCe de 90 ch est revu pour offrir 20 ch de plus, soit 110 ch au total. Pour être honnête, une telle cavalerie sur un modèle aussi petit, ça promet de belles sensations sur les petites routes de campagne ou de montagne.

De son côté, Peugeot lance en 2013 la 108, remplaçante de la 107. Membre de la triplette 108/C1/Aygo formée avec Toyota et Citroën afin de proposer une microcitadine, elle est censée jouer des coudes avec la Kia Picanto, la récente Opel Karl, mais surtout, la reine de la catégorie et rivale toute désignée, la Renault Twingo.

Pour se faire, les bureaux de styles se sont accordés pour présenter un véhicule techniquement identique, du moteur à l’intérieur en passant par la transmission ou encore l’équipement multimédia embarqué. En revanche, côté style extérieur, carte blanche pour les trois constructeurs. Toyota avait décidé de baser sa thématique extérieure sur le manga avec son fameux bouclier avant en X. Citroën est resté plus sobre avec une face avant plus massive et plus rondouillarde. Enfin, Peugeot a joué sur l’élégance et le chic avec la 108. Autre élément nouveau : la tendance de l’ultra-personnalisation. Lancée sur la Mini, ce courant gagne les micro-citadines, au même titre que la Twingo ou même l’Opel Adam, référence dans la catégorie avec la Fiat 500. Dès lors, il est possible de créer sa 108 à sa sauce : la grande variété de nuances et stickers raviront les fashion victims. Carrosserie, toit, coques de rétroviseurs, jantes, diffuseur, et même pare-chocs avant (sur Toyota Aygo), tout y passe !

Comme dit plus haut, l’intérieur est identique entre les trois modèles ; seul le logo sur le volant (volant complet sur l’Aygo) et sur l’écran d’accueil du système multimédia embarqué (et encore !) les différencient entre elles. Beaucoup plus travaillé que la précédente mouture, l’habitacle de la 108 a bénéficié d’une belle montée en gamme, même si la qualité d’assemblage reste toutefois en deçà des standards de la catégorie, où persiste une grande présence de plastiques durs. Toutefois, il est possible de personnaliser l’ensemble avec la planche de bord centrale, les coques de ventilation ou encore le tissu des sièges.

Sous le capot trône l’unique moteur de la gamme : un 3-cylindres 1.0 de 68 ch. Peugeot y ajoute cependant un autre 3 pattes, maison celui-ci : un 1.2 VTi PureTech de 82 ch, disponible en boite manuelle ou boite robotisée à 5 rapports. Le mimétisme avec la Twingo est très proche.

Formule sauce piquante

Renault va pousser le bouchon encore plus loin et présenter la version Renault Sport de la micro-citadine du Losange. La présentation est inspirée des dernières versions R.S. de la gamme, Clio R.S. Trophy en tête. Au programme, la Twingo est vraiment métamorphosée, tant sur le plan technique qu’esthétique : boucliers avant avec lame F1, pare-chocs arrière spécifiques, jantes de 16 pouces, suspension abaissée de 15 mm, becquet, diffuseur et double sortie d’échappement sont au programme pour l’extérieur. Côté trains roulants, on trouve des freins renforcés, pincés par des étriers de frein 4 pistons, une ligne d’échappement signée Akrapovic et un différentiel autobloquant de type Torsen (en option).

Pour contrer l’offensive de Renault, la marque sochalienne va présenter en grande première la 108 GTi pour le plus grand bonheur des amateurs de bombinettes sportives. Carlos Tavares en est très fier, à tel qu’il vient la présenter lui-même. Pour Peugeot, c’est un retour aux sources ; et c’est aussi une grande première dans la catégorie, depuis la disparition de la 106 S16, sortie en 2002.

L’extérieur est complètement revu : pare-chocs avant et arrière spécifiques, jantes alliage 16 pouces, jupes latérales spécifiques, logo GTi derrière le rétroviseur, diffuseur arrière avec deux sorties d’échappement, becquet… et même la coupe franche, devenue un véritable symbole depuis la 208 GTi by Peugeot Sport, est de la partie !

A l’intérieur, la Twingo R.S. s’ouvre au conducteur via la présence de sièges baquet tendus de cuir fournis par Recaro, un écran GPS spécifique doté du R.S. Monitor, un pommeau de levier de vitesses badgé « Renault Sport » en cuir, un pédalier sport en aluminium, un compte-tours trônant sur le côté gauche du tableau de bord et, plus surprenant, la possibilité de choisir entre 4 types de volant ! Sachant le volant classique en cuir perforé de série, on peut y ajouter le rappel de direction sur la partie haute (Rouge Flamme ou Jaune Sirius, option gratuite), les diodes de régime moteur (option à 600 €), à la manière des Formule 1, ou encore de remplacer le cuir classique par de l’Alcantara (option à 1 200 €). Dément.

L’habitacle proposé par la 108 GTi est tout aussi sympathique. On y trouve de très beaux sièges baquet Recaro en cuir dotés du logo Peugeot brodé sur les appuis-tête intégrés, quoiqu’un peu envahissants (certains y verront un effet 206 RC), un volant emprunté à la 208 GTi avec son témoin rouge sur le haut de la jante, une planche de bord spécifique dotée d’un dégradé du noir vers le rouge comme sur celui de son aînée, et un écran multimédia doté du Peugeot Race Control, une application semble au R.S. Monitor vu chez Renault. La moquette est le point le plus marquant visuellement : elle court du rouge vers le noir à mesure que l’on s’installe à l’avant ou à l’arrière du-dit véhicule.

Sous le capot de la Twingo, ou du moins, sous le plancher de coffre, bat le cœur de la bête : le même 0.9 TCe vu sur la GT est revu par les ingénieurs de Renault Sport afin de lui offrir pas moins de 145 chevaux, reliés à une boite manuelle à 6 rapports ou une boite automatique EDC à 6 rapports et palettes au volant ! Résultat, le 0 à 100 est expédié en 8,5 secondes pour une vitesse de pointe de 212 km/h. Comptez 2 dixièmes de moins pour 210 km/h avec la boîte automatique EDC et le Launch Control. Elle dépasse ainsi de plus de 10 km/h et 12 ch à la précédente Twingo R.S., motorisée à l’époque par un 4 cylindres 1.6 de 133 chevaux pour 200 km/h en Vmax. De quoi aller manger de l’Abarth 595 Turismo au petit dej’, même si la version Competizione fait 35 ch de plus, soit 180 ch.

Donc, 145 ch et même 160 ch via un pack qui va ravir les passionnés de Renault ! Dénommé sobrement « Gordini Pack », ce kit comprend de nouvelles pièces mécaniques comprenant un châssis Cup, une ligne Akrapovic complète de série, un nouveau collecteur d’échappement, de nouvelles suspensions plus dures, une transmission plus courte, une cartographie moteur revue pour plus de tours, un allègement de 100 kg de la caisse via le retrait de certains éléments de confort (clim, baquets plus légers, volant tulipé, isolant moteur moins épais, pas de banquette arrière). L’extérieur change aussi, et très nettement : le bleu de France et les deux bandes blanches font leur retour ! Finie, la simple branche chic (et véritable blasphème) Gordini tout droit sortie de la tête d’un jeune diplômé en marketing, place à un authentique hommage à son fondateur, Amédée Gordini !

Bizarrement, Peugeot a tellement calqué le positionnement de sa 108 GTi sur la Twingo R.S. qu’on y retrouve des caractéristiques techniques très proches ! Pour ce faire, Peugeot a réussi à faire entrer au chausse-pieds le 3 cylindres 1.2 VTi de 130 chevaux vu sur la 308… et poussé à 155 canassons ! Inutile de vous dire que la cavalerie est là et bien là pour aller chercher sa rivale du Losange. Ils propulsent ainsi la puce sochalienne de 0 à 100 km/h en 8.2 secondes jusqu’à 220 km/h en vitesse de pointe, le tout sur les roues avant via un boite manuelle à 6 rapports (merci le différentiel autobloquant Torsen).

Et comme la Twingo R.S., la Peugeot 108 GTi propose en option un pack « by Peugeot Sport » qui transforme la Sochalienne en petite teigneuse de piste. Au menu : suspensions réglables, pneus semi-slicks, cartographie revue, boite spécifique plus courte, nouvelle ligne d’échappement, baquets en Alcantara, volant tulipé, coupe franche rouge et noire de série, disques de freins plus gros, étriers de freins plus performants fournis par Brembo et suppression d’équipements de confort comme la clim, les vitres électriques, la banquette arrière, les vitres en verre remplacées par du plexiglas ou encore les poignées de porte, échangées contre des lanières en tissu à la manière des Porsche de piste. Une vraie bombinette !

La Twingo R.S. ne mise pas sur sa puissance pour s’aligner sur la concurrence, mais sur le comportement du-dit véhicule. Châssis au top, suspensions un poil dures, au compromis bien trouvé pour de l’utilisation au quotidien et le week-end sur circuit, l’effet bout de bois n’est pas autant ressenti que sur les précédents versions sportives de la Twingo. On peut cependant regretter un moteur un poil lourd sur le train arrière. Cela peut réjouir Peugeot, qui s’est basé sur un véhicule plus orientée vers la vitesse maxi. Elle se révèle mieux équilibrée grâce au moteur positionné à l’avant. Son châssis, une fois passé entre les mains des ingénieurs Peugeot Sport, devient redoutable d’efficacité. La précision de la boite, à l’étagement un poil plus long, est bienvenue, surtout pour un tel véhicule, tandis que le ressenti au niveau du volant est réellement communicatif. Toutefois, attention aux remontées de couple dans la direction, le train avant ayant tendance un peu à cirer ses pneus sur le premier rapport ou en conduite intensive. Le duel entre nos deux protagonistes se joue à très très peu de choses !

Affichée au prix de 19 500 € (ou 23 000 € pour la version « Gordini Pack »), la Twingo R.S. se veut une croqueuse d’Abarth avec la même philosophie que la Clio R.S., à savoir contenter le pilote avec des réglages châssis et suspensions réglés aux petits oignons, plutôt que sur la puissance pure. Le mimétisme est presque complet puisque la 108 GTi est proposée à 19 000 € (ou 24 000 € avec le pack « by Peugeot Sport »). Elle promet de mener une belle bataille des familles avec la Renault Twingo R.S. sur les routes de montagne ou encore sur piste.

Le prix peut paraître salé, mais en terme de rapport prix/prestations, il n’existe pas de minis aussi puissantes et aussi potentiellement amusantes à conduire dans cette catégorie. De mémoire, ce segment n’a jamais eu droit à des puissances aussi élevées, cela est sans doute dû à la montée en puissance du segment C, là où la norme actuelle est de 300 chevaux en moyenne.

Bien entendu, si ces deux véhicules ne sortiront à priori jamais, en étudier la possibilité tout en faisant des recherches historiques sur le segment ô combien apprécié des petites GTI pure et dures, segment lui-même en voie de disparition, reste un exercice très intéressant. Pour revenir à la réalité, il faut savoir que d’un côté, Peugeot n’a jamais envisagé officiellement le développement d’une 108 GTi ; et de l’autre, Renault a communiqué récemment sur l’abandon d’une potentielle version R.S. de la Twingo III, le moteur 0.9 TCe étant arrivé au bout de son développement. Il n’est donc pas possible de faire plus puissant sur ce bloc, en raison du manque de place dans le compartiment moteur alloué à la Twingo. Jusqu’à preuve du contraire ? 

Récit : Stéphane Solitaris
llustrations : Virtuel-Car et Cavalino