Le Nouvel Automobiliste
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Renault Mégane IV : Entretien avec Franck Le Gall

Chargé du design extérieur de la nouvelle Renault Mégane présentée il y a quelques jours à Francfort Frank Le Gall nous a livré sur le salon quelques impressions et explications sur le style de cette nouvelle Mégane IV qui est aussi son « premier véhicule mis en production ».

009 Francfort 2015 RenaultTheAutomobilist : Quel est ton parcours professionnel ?

Frank Le Gall : Je suis passé pour mes études par Créapôle (école de design à Paris) puis je suis parti en Allemagne et j’y ai travaillé pendant 5 ans chez Volkswagen à Wolfsburg. Depuis un peu plus de trois ans maintenant je suis revenu en France pour travailler pour Renault…

TA : Qu’est-ce que tu as ramené de chez VW ? Et pourquoi Renault, est-on venu te chercher ?

FLG : J’ai ramené mes crayons d’abord [rires]… Plus sérieusement c’est moi qui ai voulu venir chez Renault en particulier en raison de l’arrivée à la tête du design de Laurens Van Den Acker. C’est vraiment quelqu’un de reconnu dans le milieu et les formes très sensuelles de son concept car Dézir m’ont vraiment donné l’envie de venir. C’était en plus un beau contraste avec Volkswagen, où les lignes sont en général plus tendues, plus carrées, et j’ai trouvé que c’était vraiment l’occasion pour moi de changer et de découvrir un nouveau monde.

TA : Venons-en à cette Mégane IV, quels ont été les grands fils directeurs pour dessiner cette voiture ?

FLG : Trois choses principalement. Tout d’abord la sensualité car c’est devenu une sorte d’ADN de la marque maintenant, il fallait absolument la conserver, mais il fallait aussi transmettre la précision, qui va de paire avec la qualité, et, enfin, le dynamisme. Donc sensualité pour l’ADN, précision parce qu’on voulait 010 Francfort 2015 Renaultabsolument faire de la Mégane une petite sœur de la Talisman (on le retrouve assez facilement dans de nombreuses lignes ou détail, notamment sur le profil) et le dynamisme pour évoquer bien entendu un caractère sportif et rappeler ainsi l’implication de Renault dans le sport automobile, par exemple en Formule 1.

TA : On retrouve notamment cette dernière caractéristique sur la version GT

FLG : Oui bien sur mais la version classique n’est pas pour autant moins dynamique et quand on regarde le profil on retrouve ce caractère sportif assez nettement. Sur la version GT on a été un peu plus loin mais on n’a pas fait n’importe quoi, il s’agissait de donner bien entendu plus de caractère mais on a réussi à conserver l’élégance du véhicule.

TA : Elle est quand même déjà bien « méchante » cette GT, surtout si on la compare à une 308 GTi plutôt sage dans son style, qu’est-ce qu’elle va laisser comme liberté à une version RS ?

FLG : Et bien… Je ne peux pas vous le dire [rires]… Mais je peux vous confirmer qu’il y aura bien une version RS. (NDLR : selon les dernières informations qu’il faut prendre avec la plus grande prudence elle devrait être commercialisée au début de l’année 2017, probablement avec une motorisation développant autour de 300 ch.)

TA : Revenons sur le style de Mégane et notamment sur sa face avant, ses optiques et surtout cette nouvelle signature lumineuse en forme de « crosse ». D’où vient-elle ?

FLG : C’est ce que nous appelons le « C-Shape ». A la base on est parti du principe qu’étant dans le monde des hatch, un segment extrêmement concurrentiel, il nous fallait absolument trouver un moyen de distinguer notre produit. De nos jours la signature lumineuse sur les voitures, quelles qu’elles soient d’ailleurs, c’est devenu quelque chose de vraiment très important et donc on cherchait réellement un élément distinctif. On a donc voulu 008 Francfort 2015 Renaultune voiture dont la lecture du design est à la fois simple et sensuelle mais on a souhaité également apporter quelque chose que les concurrentes n’ont pas. Je pense que le fait d’avoir sorti ce « C-Shape » du boitier normal, conventionnel, des optiques nous permet ainsi de donner une vraie identité à la voiture que l’on peut voir et surtout reconnaitre facilement y compris dans le rétroviseur, au premier coup d’œil, aussi bien de très loin que de très près.
Et on a fait pareil à l’arrière parce que ce qui va être bien c’est que les feux vont également être allumés de jour à l’arrière et ça c’est tout nouveau.

TA : Comment s’est prise cette décision sur les feux ?

FLG : C’était justement dans cette idée d’apporter à la voiture toujours plus de distinction. C’est une signature lumineuse qu’on trouvait vraiment très jolie quand on la regardait de nuit et finalement on trouvait tout simplement dommage qu’on ne puisse pas en profiter de jour. On a donc pris cette décision de l’allumer en permanence, comme à l’avant, ça fonctionne de la même manière et il n’y a pas de contrindication légale.

TA : Je reste sur ces optiques avant et leur « C-Shape » avec un détail qui me chagrine un peu c’est la sensation qu’il est mieux réalisé sur Mégane que sur Talisman, pourtant plus haute en gamme, notamment en raison de la coupure qui existe sur cette dernière et non sur Mégane

FLG : C’était totalement voulu sur Talisman parce que justement, si on retrouve bien entendu l’identité globale de la marque, on arrive du coup malgré tout à différencier les deux modèles. Je reviens sur cette idée du rétroviseur, je pense que justement grâce à cette légère différence le conducteur pourra, même de loin, faire la différence entre une Mégane et une Talisman. Sur cette dernière il est également un peu plus grand et plus vertical et insiste donc sur la prestance du véhicule, normal puisque c’est la grande sœur, sur Mégane il n’est pas coupé et on repère donc immédiatement qu’il s’agit d’elle et non de la grande berline. Idem avec l’Espace où le C-Shape est également un peu différent. On a donc une vraie identité visuelle mais qui par des petits détails permet une différenciation des modèles très rapide, ce n’est pas toujours le cas chez nos concurrents.011 Francfort 2015 RenaultTA : Et en ce qui concerne la proximité stylistique entre les modèles, n’est-elle pas trop forte au risque d’avoir une certaine confusion dans la perception des modèles ?

FLG : Quand les allemands font ça tout le monde trouve ça très bien… Donc non, je ne pense pas. Il nous fallait absolument rapporter de la cohérence dans la gamme. Pour moi c’est très important et très positif parce qu’on a effectivement une gamme très cohérente avec tout de même ce qu’il faut de différences. Au final je pense que tout le monde s’y retrouve.

TA : C’est une toute nouvelle Mégane mais reste-t-elle quand même dans la continuité des précédents opus ?

FLG : La précédente c’était une Mégane de l’ère Le Quément. Là on est dans une Mégane de l’ère LVDA. C’est donc une nouvelle ère design qui commence et un style globalement très différent. Maintenant on a quand même évidemment besoin de conserver un lien avec les précédentes générations de Mégane qui a, depuis la première génération, été produite à plus de 6 millions d’exemplaires. Il n’est donc pas possible de révolutionner totalement le « package » du véhicule et il faut donc que la Mégane soit toujours la Mégane ce qu’elle est à mon sens.

TA : Merci

Entretien réalisé le 15 septembre 2015
Photos : Eddy P. Romain Bresadola, Rémy Morelle et Peggy P.-S.