Le Nouvel Automobiliste
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Radars privatisés : vous sentez la crise venir ?

S’il y a bien un domaine où la quasi-unanimité fait rage : c’est bien l’utilité des radars, surtout lorsqu’on se rend compte que dans la majorité des emplacements, il n’y a aucun danger à part peut-être une triple voie en ligne droite… Mais puisque nous sommes dans un gouvernement prônant la répression routière plutôt que la réelle éducation, vous serez Heureux (avec un grand « H » accompagné de multiples couches d’ironies) d’apprendre que les radars embarqués vont être gérés par des sociétés privées et ce, dès 2017. Décryptage.

Au fait, c’est quoi un radar embarqué ?

Il s’agit d’un radar embarqué (sans blague…) au sein même d’un véhicule banalisé et pouvant fonctionner alors que ce dernier est en train de rouler grâce à la savante soustraction « votre vitesse – vitesse du radar embarqué« . Le tout est agrémenté d’un flash infrarouge, invisible à l’oeil nu, mais si votre véhicule est doté de la vision nocturne, il est possible que vous puissiez les détecter…
Autant dire que les automobilistes voient à peu près tous d’un mauvais œil ce flicage constant.

La news du jour : la privatisation

On peut voir la privatisation sous deux angles différents.

1 – On doute fortement qu’un policier ou gendarme se soit dit avant de s’engager « je ne vivrai que pour mettres des amendes aux pauvres automobilistes ! », auquel cas cette mesure pourrait clairement libérer quelques centaines d’agents pour d’autres tâches comme par exemple les tests d’alcoolémie et stupéfiants au volant. À moins que la criminalité redevienne une priorité, même si la lutte contre cette dernière ne rapporte rien au Trésor Public.

2 – Une société vit par définition de profits et là… ça sent le lobbying pour augmenter le plus possible le nombre de radars embarqués car malgré les 319 véhicules fin 2015 ayant totalisés un nombre impressionnant de 1,5 million de flashes invisibles pour nos pauvres yeux d’êtres humains. Et même si la version officielle dit que c’est pour notre sécurité, voir cette privatisation entrer en vigueur dès Janvier 2017 avec une augmentation de la flotte de véhicules à radars embarqués avec 121 unités supplémentaire d’ici 2018 laisse à penser que soit le marché de la répression routière est aussi juteux qu’un pamplemousse, soit que les sociétés ayant remporté l’appel d’offre des marchés publics incitent notre gouvernement à une augmentation des véhicules afin d’embaucher plus de personnel et démultiplier leurs marges.

Mais sinon… à part l’augmentation de la rentabilité : pourquoi ?

Difficile de dire qu’il y a autre chose que la rentabilité. Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité rourière a annoncé à notre confrère Le Parisien que « la rétribution de ces prestataires agréés ne dépendra pas du nombre d’amendes. C’est la voiture et elle seule qui procédera comme aujourd’hui au contrôle automatique de la vitesse, et l’analyse du flash continuera à être effectuée par un officier de police judiciaire basé à Rennes au centre de traitement automatisé des infractions.« 

 

Bonne nouvelle, les prestataires ne devraient pas tenter de gonfler artificiellement les statistiques. Mais comme dit ci-dessus, son profit sera donc basé sur le nombre d’employés à placer dans ces véhicules et c’est là que sera le vrai débat. En théorie, on ne devrait donc pas voir ce cas de figure :

L’association 40 millions d’automobilistes a donc malheureusement parlé trop vite en disant que ça allait flasher à tout va… La réalité est qu’ils seront tout simplement beaucoup plus présent, de jour et de nuit.

Mauvaise nouvelle, ces voitures banalisés roulent en moyenne chacune 1 heure et 13 minutes par jour. Autant dire que si chaque voiture prend le régime des 35 heures, le lubrifiant devra être de sortie. À approximativement 70.000€ la voiture banalisée (si si, même une Dacia Sandero Stepway !) et 18.000€ d’entretien annuel (celui qui a signé le contrat doit apprécier), il faut bien chercher un brin de rentabilité afin que cette méthode de répression routière ne soit pas un gouffre financier.

Emmanuel Barbe ajoute « Notre objectif est de multiplier par trois ou quatre les heures de sortie de ces véhicules qui circuleront sur nos routes nuit et jour« .

Après un rapide calcul, on note que ces 319 voitures ont vraisemblablement effectué une moyenne de 64,41 flashes par minute pour atteindre un total de 1,5 million de flashes. Des chiffres à prendre quand même avec des pincettes car même avec beaucoup d’imagination, un véhicule roulant se fera rarement dépasser 64 fois par minute, à moins de le faire exprès…

Petit historique de la collecte de la taxe par une société privée en France

Nous mettons taxe et procès-verbaux dans la même catégorie ici, sachant que dans tous les cas, c’est le compte du Trésor Public qui est alimenté.
Vous allez avoir l’impression de faire un retour en arrière puisque les débuts de la collecte de la taxe par une société privée en France remontent à 1680 lors de la création de la Ferme Générale sous Louis XIV. Mais puisqu’il serait extrêmement long de vous faire un résumé, je vous redirige vers Wikipédia.

Ensuite, on fait un joli saut jusqu’en 2011 et la société Eco Mouv’ qui remporte l’appel d’offre pour la collecte de la taxe écologique chez les conducteurs de poids lourds. Projet qui a aujourd’hui disparu suite aux diverses altercations avec certains bretons.

L’idée n’est donc pas nouvelle, mais le plus choquant dans l’histoire est que le respect de la loi est confié à une société privée, même si l’analyse et la décision (automatisée) finale revient à un gardien de la paix. C’est un peu comme si un policier était finalement employé par une société privée et que l’Etat pouvait en commander à la pelle. Et les congédier selon le besoin.

Ce qu’il faut en penser

Vous êtes en fait libre de penser ce que vous voulez ! Mais sachez simplement que râler ne changera pas grand chose à part dégrader votre santé mentale. Les actions pèseront toujours plus que les mots et les menaces de voter pour le parti opposé ne changera pas non plus grand chose si le projet était déjà dans les cartons depuis des années. Et c’est sans compter le manque cruel d’argent dans les caisses de l’Etat. Quoi ? Vous ne voulez pas contribuer aux notes de frais de vos chers ministres ?

Restons cependant vigilants à tout dérapage entre notre gouvernement et les sociétés privées via la veille juridique car n’oublions pas que l’argent sous perfusion est une drogue dure pour tout gouvernement.

Enfin, n’oublions pas qu’il est vraiment trop facile de tout mettre sur le dos de la vitesse (quasiment le seul paramètre quantifiable avec le taux d’alcoolémie) en ce qui concerne les accidents. La fulgurante baisse du nombre de morts en 2003 et les années suivantes est très loin d’être uniquement liée à la vitesse. Entre les améliorations de la sécurité des voitures (2003 marque l’entrée en date des « bonnes » suspensions et accessoirement le début de la course à l’aseptisation), la qualité du revêtement au sol en hausse, mais également le changement de mentalité (comme par exemple le port de la ceinture de sécurité, surtout à l’arrière), c’est un ensemble qui contribue à la baisse de la mortalité. Take that Chantal !

Sources : Le Parisien, Les Echos, Europe 1
Crédit photo de couverture : Objectif Gard
Crédit illustration : Ranson