Le Nouvel Automobiliste

Quand Jacques Anquetil roulait en Ford Mustang au rallye Monte Carlo 1965

Les coïncidences sont parfois heureuses. Alors que nous nous rendions à Deauville sur la route de la dernière étape du Tour Auto 2019, la lecture du n°441 d’Auto Rétro nous apprenait l’existence d’une aventure mêlant tout à la fois cyclisme, rallye, automobile et communication. Dans une rue adjacente au front de mer de la cité balnéaire normande, la coïncidence se réalisait : la voiture dont nous venions de lire l’histoire était en face de nous.

Une Ford Mustang aux mains de Jacques Anquetil

J. Anquetil : c’est marqué dessus comme le Port Salut, même si nous sommes ici en des terres plus friandes de camembert. Pour vous aider à conquérir ceux du Drivial Pursuit, le Trivial Pursuit de l’automobile, il vous sera peut-être utile de savoir que les premières apparitions publiques en Europe de la Ford Mustang eurent lieu au cinéma, dans Goldfinger, et en rallye, au Tour de Corse 1964 et au Monte Carlo 1965. Le directeur des relations publiques de Ford France à l’époque, Henri Chemin, avait eu l’idée de confier plusieurs pony cars à des célébrités, pour accompagner le lancement de la Mustang en Europe. A son volant, l’icône sportive du moment : Jacques Anquetil.

Le cycliste normand est alors le premier coureur de l’histoire quintuple vainqueur du Tour de France. Avec son directeur sportif et ami, Raphaël Géminiani, il répond à la proposition d’Henri Chemin qui depuis quelques mois mise beaucoup sur le cyclisme. En effet, lors de la Grande Boucle 1964, les Ford étaient les voitures suiveuses des coureurs. Puis, lorsque le sponsor de l’équipe de Géminiani, Saint Raphaël, décide de quitter la petite Reine fin 1964, une équipe toute nouvelle bâtie autour d’Anquetil est créée : Ford France-Hutchinson. L’aventure durera 2 ans jusqu’à la fin 1966.

L’aventure fut encore plus courte sur les routes du Monte Carl’ 65 pour la Mustang n°180, pilotée par Anquetil avec comme copilote Géminiani. Ils durent abandonner quelques heures après le départ. Mais le plus important est ailleurs : la Mustang fait la couverture de nombreux journaux. Et ce n’était là que le premier coup de com’ d’une longue série.

1964-68 : la Mustang, icône de communication

S’il est une voiture américaine qui a marqué son époque au milieu des années 1960, c’est bien la Mustang. Et outre son concept de voiture pour enfants du Baby Boom, son prix accessible ou encore la multitude de ses configurations, c’est du côté de la com’ qu’il faut se tourner pour comprendre cet engouement. Ford affiche en effet sa Mustang partout. En rallye, Ford France continuera de s’aligner au Monte Carlo, notamment en 1967 avec Johnny Hallyday, puis en 1968 avec Alain de Gaulle, le neveu du Général. Toujours dans la sphère du sport, la voiture de Jacques Anquetil est à présent un coupé hardtop de 1964 blanc. Mais le sport ne suffit pas !

Le cinéma est l’autre grand canal de communication et Chemin proposera sa Mustang à de nombreux grands succès populaires du Septième Art. Pour le premier épisode de la série des « Gendarmes », Le Gendarme de Saint-Tropez avec Louis de Funès, c’est une des toutes premières Mustang (le 145ème exemplaire produit le 5 mars 1964), qui fut aussi la première Mustang sur le territoire français, qui truste l’affiche. Une convertible rouge que doit conduire le comique français parce que sa fille et ses amis l’ont volée… alors qu’un Rembrandt est caché dans le coffre ! Il faut dire qu’Henri Chemin est alors le mari de Claude Gensac, connue pour incarner l’épouse de De Funès dans de nombreux films (et ce sera le cas à partir du troisième film, le bien titré Le Gendarme se marie, où Josépha sera au volant… d’une Mustang blanche !).

La Mustang est enfin présente dans le film Un homme et une femme de Claude Lelouch, avec Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée. Ce film, né du désarroi de Lelouch devant l’insuccès de son précédent film, alors qu’il marchait sur la plage de Deauville, rencontre un succès inespéré : palme d’Or à Cannes 1966, trois Golden Globes et un double Oscar 1967 (meilleur film étranger et meilleur scénario original). Une Mustang que l’on retrouve encore aujourd’hui dans certaines scènes du film Les Plus belles années d’une vie, toujours avec le trio Lelouch – Aimée – Trintignant.

Dans le même temps, nombreuses sont les vedettes à prendre le volant de la ‘Stang : Hugues Aufray, Claude François, Hervé Villard, Frank Alamo, Sheila, Dick Rivers et bien d’autres. La carrière d’Henri Chemin chez Ford s’arrête, elle, en 1969, année où il rejoint Chrysler. En cinq ans, la Mustang, s’était hissée comme l’icône de l’automobile américaine des années 1960.

Pour en savoir plus sur cette Mustang n°180, recréée par Pierre et Violette Boulesteix, nous vous invitons à lire l’article de Philippe Berthonnet dans Auto Rétro n°441.
A lire aussi : ces articles de
Central Part USA, du Figaro et du Parisien.
Crédit photos Ford Mustang à Deauville : François Mortier – Le Nouvel Automobiliste

Retrouvez notre essai d’une autre Mustang de cinéma, la Bullitt version 2019 à ce lien.