Le Nouvel Automobiliste
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Premier Avril 2016 : Et Tesla révéla la Model 3 (galerie, vidéos)

Une fois n’est pas coutume, en cette date si particulière de l’année, ce n’était pas un canular ! Elle aura tenu en haleine toute la nuit et même toute une semaine les fans du constructeur américain. Elle s’annonce comme le modèle le plus attendu de Tesla. Et pourtant, elle inquiète. La Model 3 sera-t-elle la confirmation ultime de l’avant-garde de la jeune marque dirigée par Elon Musk, ou bien est-ce la voiture de la dernière chance ?

Dire que la Model 3 fait débat dans l’équipe de The Automobilist est un euphémisme. Ok, notre cuisine interne ne vous regarde pas, mais soyez bien conscients qu’une ligne de front existe. Une opposition, franche mais cordiale, pas entre « pro » et « anti » car ce n’est pas la politique de la maison, entre les optimistes et les sceptiques.

D’un côté, il y a la Model 3. Quatrième modèle de Tesla après la confidentielle Roadster, la célèbre Model S et le tout-récemment lancé Model X, c’est une berline de taille plus compacte et donc de prix plus mesuré qui a été présentée cette nuit, sous forme de showcar, à l’image de ses prédécesseures. Une version de série devrait arriver, si tout va bien, en 2017. Le design reprend les codes des S et X, avec une ligne râblée et épurée (comme la S), et des jeux lumineux avec absence de calandre (comme le X). Pratique et esthétique se marient bien, car comme voiture électrique la Tesla Model 3 n’a pas les mêmes besoins de refroidissement qu’une voiture thermique et peut donc avoir une face sans ouverture ; pour autant, l’habitude de voir une voiture dans la rue avec une « bouche » est si grande que les designers ont préféré suggéré sa présence dans le pare-choc. En plus, c’est bon pour réussir les crash-tests en choc piéton.

A l’intérieur en revanche, c’est nouveau puisque la grande console verticale a été échangée contre une tablette horizontale non-intégrée, à la façon d’une Mercedes mais en taille maxi. L’impression d’épure est là, et avec elle, le sentiment d’une grande modernité. On note l’absence du tunnel de servitude, et un habitacle vaste avec une grande surface vitrée.

Les rares données chiffrées communiquées par Elon Musk concernent l’autonomie (215 miles soit presque 350 km), et l’accélération (0 à 60 miles / 96 km/h en moins de 6 secondes). Il paraît même que la Model 3 de série pourrait faire mieux, ainsi qu’avoir une version 4×4 avec deux blocs électriques « Dual ». Du « qui pousse bien à l’accélération » (comme toute électrique) et du « qu’il faut recharger mais pas trop souvent » (comme toute électrique bis). Reste le prix, 35 000 $ soit 30 800 € d’aujourd’hui, deux fois moins qu’une Model S. Et un prix dans la moyenne du haut-de-gamme du segment D, celui des berlines premium de BMW (Série 3), Audi (A4), Mercedes (Classe C), et autres Alfa Romeo Giulia, Infiniti Q50, Lexus IS… dont, aucune n’a aujourd’hui de déclinaison 100 % électrique.

En famille avec les S et X, la Model 3 -qui à l’origine devait s’appeler « E » avant que Ford n’en décide autrement- profite des technologies étalonnées récemment : AutoPilot (le système de conduite automatique sur autoroute), la compatibilité aux Superchargers déployés notamment en Europe, la connectivité à Tesla pour permettre des mises à jour à distance (gratuites pour l’instant). La voiture arrive sur un marché qui commence à mûrir, qui intéresse beaucoup de monde (le Groupe VW en tête), et avec l’aura d’un constructeur « pionnier » d’une firme pas limitée qu’à l’automobile (batteries domestiques).

Et à la fin, cela fait 135.000 commandes de clients, avec acompte de 1000 dollars, qui ont été passées en une journée. Des chiffres fous, quand on sait que les premières livraisons arriveront au mieux en fin 2017, dans près de 20 mois, puis en 2018 en Europe… mais des chiffres qui sont, aussi et surtout, nécessaires à Tesla pour avoir l’argent, la base client et la crédibilité d’industrialiser un modèle qui apparaît comme celui de la dernière chance.

Elon Musk avait de toute façon prévenu et investi de sa poche : Tesla doit pouvoir fabriquer 500 000 voitures en 2020, mais avant cela, sera en déficit. Et si l’objectif de l’an passé, 55 000 unités, n’est pas passé loin (50 000 in fine), les raisons d’avoir confiance en l’entrepreneur américain commencent à se réduire. La concurrence, dès 2017/18, ne sera pas la même qu’aujourd’hui et proposera des prestations en autonomie, en prix d’achat, et en couverture du territoire par le réseau commercial très compétitives : sur le segment B, une Chevrolet Bolt EV sera à 320 km, une Renault Zoé probablement aussi ; sur le segment E, Volkswagen veut une limousine et Porsche aussi. Et Nissan comme toute l’Alliance annonce avoir des véhicules électriques à 400 km et autonomes avant 2020. La fenêtre de tir du constructeur californien est donc restreinte, à ce jour, tandis que l’émergence d’un concurrent inattendu (Apple ?) n’est pas à exclure.

Pour approcher la Model 3 en mouvement, c’est par là et en vidéo :

La présentation officielle avec Elon Musk en maître de cérémonie

La Model 3 on the road :

Et d’ici-là Tesla devra avoir fini la construction de sa Gigafactory de batteries, ainsi que lancé efficacement son Model X. Ce n’est pas impossible, et la firme dirigée par Elon Musk aurait déjà pu sombrer plusieurs fois, dès 2009, et encore récemment sous les coups de boutoirs du vieux briscard converti à l’hybride, Bob Lutz. Le fait est qu’à l’heure actuelle, on ne sait rien, si ce n’est que le ciel est loin d’être dégagé au-dessus de la tête de Tesla. La marque propose des véhicules qui, s’ils ne sont pas 100 % révolutionnaires, secouent l’industrie automobile et ouvrent de nouveaux marchés, tout en incarnant une nouvelle forme de modernité : marketing, publicité, communication, tout est différent chez Tesla, et pourtant rien n’est 100 % novateur. Au bord d’un gouffre boursier relatif mais avec dans ses cartons un modèle économique pertinent et propre à être un game changer, Elon Musk apparaît un peu comme André Citroën en 1934, criblé de dettes à l’aube de la révolution de la Traction Avant.

Entre hymne à la joie et chant du cygne, Tesla chante sur toutes les partitions. La marque inquiète, la marque interpelle, la marque passionne. Dans un monde policé, cela fait du bien. Après tout, l’intérêt collectif est que la Model 3 voie le jour. Que ses futurs propriétaires en soient satisfaits. Que l’automobile se fasse de nouveau accepter des écologistes les plus radicaux. Que l’homme change le monde. Tout cela est beau à espérer, et sera peut-être beau à vivre. Pour l’heure, ce n’est pas un poisson d’avril. Et demain ?

NDLA : Il y a une heure Elon Musk mettait en ligne ce tweet…

Via Tesla, Youtube, Twitter.