Le Nouvel Automobiliste
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Piétonnisation des voies sur berges à Paris : promesses tenues

Nous avions pointé l’été dernier l’hérésie que serait la fermeture à la circulation automobile des voies sur berges sur la rive droite de la capitale, nommée du néologisme « piétonnisation ». Et hélas, comme la grande majorité des commentateurs de cette mesure, nous avions raison. Un nouveau rapport de la Région île-de-France vient le prouver. Mais ce n’est pas tout…

Fermer aux voitures une voie spécialement créée pour celles-ci : l’idée semblait mal partie. Elle rappelait à certains égards la volonté d’ouvrir la Petite Ceinture ferroviaire aux piétons, pour qui elle n’a jamais été pensée. Face à l’absurde, nul n’est tenu sauf la Mairie de Paris : afin de tenir une promesse de campagne, les équipes de l’Hôtel de Ville sont passées à l’acte. Voici une promesse électorale tenue !

Des transports en commun non-accrus

Ainsi donc, depuis l’été et Paris-Plages, les 3,3 km de la voie Georges Pompidou sont fermés, entre le tunnel des Tuileries (Ier arr.) et le bassin de l’Arsenal (IVe arr.), avec le Tunnel Henri IV. Les pelleteuses sont passées à l’action pour aménager des bosquets et quelques (très) rares piétons empruntent désormais le bitume en bord de Seine. Des tests pour un bus autonome sont prévus avec la RATP. En attendant, les voies sont libérées des voitures : promesse tenue !

Sur les quais hauts, on pouvait craindre que le report de circulation ne crée un engorgement majeur, notamment aux intersections principales (place de la Concorde, devant le Louvre, devant l’Hôtel de Ville). Là encore, la promesse est tenue : on joue au pare-choc contre pare-choc bien au-delà des heures de pointe y compris sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville. Pour « sauver » la régularité des bus, notamment de la ligne 72 entre le Pont d’Iéna et Châtelet, une voie prioritaire lui a été dévolue, réduisant à une seule la voie pour la circulation commune. Si l’on voulait dégouter les automobilistes de prendre leur voiture, on ne s’y serait pas pris autrement. Et tant pis si aucun transport en commun de substitution n’a été ouvert pour autant -on attend les prochains tramways pour 2017 en périphérie, de nouveaux parcours de bus d’ici 2020, et le métro du Grand Paris pas avant 2022 !

Une belle hausse des temps de trajets

Si ce problème de circulation au centre de Paris ne concernait que le centre de Paris, ce serait un moindre mal. Problème, à l’image de l’effet papillon, l’effet Hidalgo a des rayonnements bien au-delà du centre historique. Encore une promesse tenue ? En tout cas le battement d’ailes du lépidoptère se fait ressentir de l’autre côté de la Seine, rive gauche. D’abord sur Boulevard Saint-Germain, où le trafic a bondi de 21 % (+ 7 minutes de trajet d’un bout à l’autre). Aussi, sur le périphérique, où les temps de trajet ont augmenté : 25 % de plus entre Porte de Saint-Cloud et Porte d’Orléans le matin, 20 % le soir, une statistique qui pourrait faire sourire si l’axe n’était pas déjà l’objet de bouchons récurrents… Sur les quais hauts, il faut 9 minutes de plus le soir pour aller de Concorde à Bastille, soit 135 % de hausse. Un peu plus et on atteindra la hausse du prix de l’amende de stationnement !

9 minutes que la municipalité parisienne se plait à minimiser en ne parlant « que de 9 minutes ». Faisons le calcul : C’est 18 minutes de perdues par jour, matin et soir. 18 minutes que vous ne passerez ni chez vous, ni au bureau. Avec 5 jours ouvrés dans la semaine, c’est 1h30 de votre temps qui se volatilise, contrairement au trafic. Et avec 220 jours travaillés par an, c’est 3960 minutes, plus prosaïquement 165 heures ou 6,8 jours de perdus. Vous avez bien lu. Anne Hidalgo peut être fière, son action fait tout simplement perdre une semaine complète de temps aux franciliens.

Piétonnisation, effet papillon

C’est surtout la méconnaissance, voire le mépris, des circulations réalisées par les automobilistes de banlieue qui sont « impactées », comme le veut la novlangue. Ainsi, l’effet papillon engendre des chenilles de trafic jusqu’à l’A86 à Vélizy (16% de temps de trajet à la pointe du soir), ou entre Thiais et Créteil (de +22 % le soir à +28 % le matin). Ces derniers ne sont pourtant pas des électeurs parisiens mais ils ont droit à la double-peine : ronger leur frein, et profiter du surcroît de pollution.

Eh oui. Dans tout ça on oublie que la belle fermeture des voies sur berges était pensée pour assainir l’air du centre de Paris. Avec presque autant de voitures sur moins d’axes, passant plus de temps à brûler leur carburant en faisant du surplace, le bilan est évidemment en faveur d’un surcroît d’émissions de CO2 et de polluants. Pour rappel, la promesse initiale était bien de « réduire la circulation automobile et donc la pollution, tout en mettant en valeur ce patrimoine exceptionnel de Paris ». En attendant, du côté de chez Anne, on se couche de bonne heure et on l’assure : les deux rapports indépendants commandés par la Région n’est que mensonge. Logique, il n’est pas signé de la même couleur politique et comme chacun sait, la meilleure défense c’est l’attaque. La Mairie assure que la situation correspond aux prévisions et reste « acceptable ». Surtout quand on ne la vit pas, devrait-elle ajouter.

Qualité de l’air ou dogmatisme ?

Plus sérieusement, la Préfecture de Police est sur la même position que la Mairie, légitimant donc pour l’instant la fermeture de la voie Pompidou. Cette même Préfecture s’est fixée 6 mois pour rendre ses conclusions sur les effets de la piétonisation d’une partie des voies sur berges rive droite. C’est donc début 2017 que l’on saura si la voie devra rouvrir ou si elle sera définitivement fermée au trafic. Au reste, réduire les émissions polluantes dans la capitale est nécessaire, de même que réussir à baisser le trafic routier et ses embouteillages qui sont autant de stress pour les riverains que pour les automobilistes pris dedans. Cependant, agir ainsi sans offrir d’alternative relève tout simplement de la tromperie, et tout le monde en subit les conséquences néfastes. A noter qu’une stratégie similaire de réduction des voies routières avait eu lieu pour l’aménagement du Tramway T3 dit « des Maréchaux » : une grande partie du trafic routier s’est reporté… sur le périphérique. Au grand dam de la qualité de l’air des riverains comme de la qualité de vie des banlieusards.

La Mairie prépare en attendant l’étape suivante : le 26 septembre a été approuvé par le Conseil de Paris la « déclaration de projet d’intérêt général pour une piétonnisation définitive ». A voir si, quand Airparif remarquera une hausse de la pollution métropolitaine, la Mairie proposera à nouveau de fermer des axes de circulation ! Si tous les problèmes se résolvaient en fermant des routes, Paris vivrait dans une situation idéale. En attendant, l’essentiel est assuré pour le duo Hidalgo/Najdovski : la promesse a été tenue.

Via Le Figaro, Le Monde.

« PS » : Maintenant que l’on s’est brillamment attaqué aux déplacements personnels comme professionnels des franciliens, il est grand temps pour le duo infernal de viser une nouvelle cible : les touristes, dont les cars qui les transportent dans la capitale. Redresser le nombre de touristes visitant Paris, en recul en 2016 notamment à cause des attentats, est pourtant un objectif fixé par la municipalité pour les prochaines années. Entre qualité de l’air, attractivité économique, démagogie et dogmatisme, nous verrons bien quelle(s) promesse(s) la Mairie compte tenir cette fois.

Via Connexion TT et Les Echos