Le Nouvel Automobiliste
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Peugeot 505 SW8 spec. US : le rêve américain

Au détour d’une promenade normande, nous avons croisé une Peugeot 505 break. Jusque là, pas grand chose d’excitant ! Ce serait même plutôt l’inverse, si ce n’était l’état exceptionnel de conservation de la voiture, dont les premiers exemplaires produits dès 1979 sont désormais en collection. Mais à y regarder de plus près, cette voiture précisément est assez rare : il s’agit version export Amérique du Nord. L’occasion de revenir brièvement sur son histoire.

L’Amérique n’a pas fait tourner les têtes que de Joe Dassin. Elle donna également beaucoup d’envie aux constructeurs français. Pendant que Renault s’installait avec AMC au début des années 80, Peugeot aménageait depuis les années 50 ses modèles pour les y exporter : 403, 404, 504, 604, et 505 avant de finir avec quelques dizaines de 405. Seuls les plus gros modèles de la gamme sochalienne étaient préparés pour l’adaptation aux normes, qui comprenait visuellement la présence de pare-chocs absorbeurs de chocs avec catadioptres latéraux de clignotants et d’optiques au graphisme redessiné (double phares ronds, puis carrés sous glace en 86). Côté dotation, si la boîte automatique 3 rapports et la climatisation sont en option, l’autoradio est de série de même que les vitres électriques teintées, les jantes alliage, la condamnation centralisée ou encore le toit ouvrant.

Fiable, abordable, et solide, la 505 est aussi la dernière propulsion du constructeur au Lion vendue en Occident. Sur le papier, accompagnée d’une silhouette tricorps aisément identifiable, et du regard de Sofia Loren cher à Gérard Welter (pour la première fois mis en avant sur la 504), cette grande berline Peugeot avait tout pour réussir chez les Yankees, où elle fut lancée en 1980. Elle était disponible également en Break, baptisé Station Wagon outre-Atlantique ; équipée de moteurs sobres, elle profita en partie de la Crise pétrolière pour faire son trou. Parmi les actes forts de sa carrière, notons deux appels d’offre de Taxis : 1200 exemplaires ont ainsi été écoulés aux flottes de Cabs de New York et Los Angeles, en version Turbo Diesel. La Police de Cumberland dans le Maine choisit également la 505 pour sa brigade en 1983.

Produite à plus d’1,3 million d’exemplaires durant ses 13 ans de carrière, la 505 eut un parcours plus qu’honorable pour la marque. Côté versions export US, on compte plusieurs dizaines de milliers d’unités vendues, dont 20 000 sur la seule année 1984, son pic de forme. A une époque, il paraît même qu’il y avait 100 Peugeot 505 produites par semaine qui étaient destinées à l’Amérique du Nord… 1984, c’est aussi l’année où le Station Wagon débarque sur le marché, accompagné d’une série « Silver Edition » avec sellerie cuir, sièges électriques et même régulateur de vitesse !

La gamme s’adapte aux souhaits locaux : après avoir lancé le modèle sur place, le Diesel est interdit en 1983 par la législation anti-pollution. Le retour en grâce de l’essence voit arriver la 505 Turbo puis le V6 PRV (respectivement 150 et 145 ch). En 1989, après des crash-tests où elle se classe bonne dernière de l’étude, la 505 accuse sa décennie d’âge. Le break en profite pour se rebaptiser SW8, tel que le modèle pris en photo à Deauville et prétexte à cet article. Mais par souci de rationalisation et face à l’insuccès de la 405, trop compacte pour l’Oncle Sam, Peugeot se retire des États-Unis définitivement en 1991.

Alors, cette 505, ultime acte manqué de Peugeot aux Etats-Unis ou vaillante représentante de l’automobile française en terres Yankee ? Un peu des deux. Certes Peugeot aurait pu faire mieux et proposer des variantes pour l’image, tel un coupé et un cabriolet dont la production a failli advenir ; mais en même temps, la 505 fut une poire pour la soif d’un PSA exsangue au début des années 80, au bord du gouffre même, et qui dut prioriser ses investissements sur ses marchés forts, l’Europe avant tout.

Le modèle SW8 présent dans cet article est soit un véhicule réimporté des Etats-Unis, soit plus vraisemblablement un véhicule préparé pour l’export en 1991/1992 mais qui ne prit jamais le bateau. Ces derniers modèles étaient, comme les dernières 405 US, écoulés dans le réseau discrètement, ou revendus à des salariés de l’entreprise.

Pour mieux partir à la découverte de la 505 Wagon ou SW8 (après le restylage), nous vous proposons d’aller à la découverte d’une superbe version S de 1984 (millésime US 1985) avec BVA quasiment identique à celle photographiée par Rémy M.
Pour le plaisir, installez vous dans les sièges en velours bleu, mettez le selecteur de la BVA sur D, une cassette de Marvin Gaye et c’est parti !

Aujourd’hui, Peugeot n’est toujours pas prêt à revenir sur le continent Nord-Américain : c’est la marque DS que le Groupe PSA envisagerait lancer là-bas. Mais qui nous dit que le Lion n’a pas encore l’Amérique en tête ? Et si, au milieu des années 2000 lorsque les affaires étaient plus florissantes, le félin de Sochaux avait envisagé un retour aux Etats-Unis ? Et s’il ne s’en était jamais retiré ? L’histoire serait peut-être différente… et cette 505 SW8 si particulière ne circulerait peut-être pas sur les routes de Normandie.

Crédit photo : Rémy M. / The Automobilist
Sources et conseils de lecture : Boîtier Rouge et Curiosités Automobiles