Le Nouvel Automobiliste
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Petit intermède historique : la Renault Medallion

Découverte de la Renault Medallion, l’étrange Renault 21 nord-américaine

La Renault Medallion est l’une des Renault les plus rares présentes sur le territoire français. Et pour cause : bien qu’elle y fût produite, sa zone de chalandise était l’Amérique du Nord. Ajoutez à cela qu’elle ne fut réellement commercialisée par Renault que pendant l’année 1987, durant les derniers mois de présence opérationnelle du Losange sur place. Vous comprenez ainsi la rareté de cette berline qui fut l’une des ultimes Renault américaines. Trente ans plus tard, nous sommes partis à la rencontre d’un exemplaire de cette surprenante R21 américanisée.

Renault et AMC, bref rappel des événements

Il y a trois décennies, Renault était présent en Amérique du Nord avec une gamme complète, allant de la citadine (Le Car) à la routière (Premier), tandis que le cœur de gamme est assuré par les compactes (Encore, Alliance) et la berline familiale Medallion, lancée au printemps 1987. Pour l’horizon 88/89, sont attendus une Alpine GTA et un Espace adaptés aux normes nord-américaines, ainsi qu’un coupé spécifique, le projet X59 dont le nom envisagé est Allure.

Cette histoire, c’est celle de Renault parti à la conquête des Etats-Unis. Quelques années plus tôt, la Régie est entrée au capital puis a pris possession d’AMC, American Motors Corporation, le 4e constructeur local. Pour relancer l’activité et s’implanter durablement, Renault conçoit sa gamme des années 80 en anticipant les adaptations nord-américaines. Hélas, la crise en Europe doublée de ventes trop molles aux Etats-Unis conduisent Renault à se séparer d’AMC. Le 7 février 1987 sont présentées conjointement les Medallion et Premier. Le mois suivant, le P-DG Raymond Lévy signe une Lettre d’Intention avec Chrysler pour la vente d’AMC.

Les deux berlines n’auront qu’une année à vivre sous leur identité au losange et en mars 1988, Renault aura définitivement quitté le marché américain. Une nouvelle marque, Eagle, est créée pour les ex-Renault AMC. Si la Premier sera produite jusqu’en 1992, l’Eagle Medallion, elle, ne survit pas à l’année 1989.

La Medallion, une Renault 21 US née à Maubeuge

La Medallion est la plus française de la gamme américaine des années 80. Elle est en effet exportée vers les Etats-Unis, et non assemblée là-bas. Sa production est menée à Maubeuge, dans l’usine MCA (Maubeuge Construction Automobile), d’où sort aujourd’hui le Kangoo, et ce contrairement à la R21 produite elle à Sandouville et Haren-Vilvoorde, puis Valladolid et Envigado. Ses cibles sont les berlines de moyenne taille américaine, ainsi que les japonaises -Toyota Camry et Honda Accord en tête. A Maubeuge a été vu, il y a quelques années, une Medallion V6 qui, on l’espère, est conservée chez Renault Classic.

Cette lointaine aïeule de la Talisman est, plus prosaïquement, une Renault 21 adaptée pour le marché US. Deux carrosseries sont proposées : la Sedan, ici présente, et la Station Wagon, équivalente au break Nevada. Les profils sont identiques, aux pare-chocs près qui sont allongés pour conformité normative : +9 cm de chaque côté. Au total, la Medallion mesure 4,64 m contre 4,46 m pour une R21. Même allongement pour la Station Wagon par rapport à la Nevada/Savanna, 4,82 m vs 4,64 m.

Des différences de style minimes

Différencier une Renault 21 d’une Medallion de profil relève presque de la gageure. Le défi est encore plus corsé si l’on compare les faces avant avec celles des R21 restylées ! En effet, la proue reprend en grande partie le style de cette dernière, qui ne sera proposée en Europe qu’en 1989, deux ans après le lancement de la Medallion. Le moule des clignotants est ainsi le même et les optiques sont plus étirées et horizontales que celles, carrées, d’une R21 Phase 1.

La calandre présente, comme les phares, un entourage de chrome, et une grille signée d’un Losange central (il est positionné côté droit sur une R21 phase 1) et un monogramme Renault.

Les phares sont étirés sur les ailes pour convenir aux normes US qui réclament un catadioptre de clignotant latéral. Il est ici intégré aux phares, tandis que le clignotant frontal est situé dans le pare-chocs. Ce dernier nécessite une ampoule orange à double filament difficile à trouver lorsqu’il faut les remplacer.

A l’arrière, les feux sont une reprise des feux de la R21 Phase 1, à ceci près qu’ils sont continus et que le support de plaque n’est pas rectangulaire mais carré. De plus, le clignotant y est sur fond orange (plutôt que gris, sur la R21). En outre, le bloc est dépourvu de feux de brouillard. Le side marker latéral est lui discrètement implanté dans l’angle. Les feux de la version break, Station Wagon, seront réutilisés par les R21 Nevada/Savanna phase 2.

De bout en bout, la ligne de carre est surmontée d’un liseré marron. Les enjoliveurs chromés sont propres à la Medallion avec leur logo Vasarely central et une monte pneumatique en 185 (195 pour les jantes alu optionnelles. Leur forme s’est retrouvée par la suite sur des R21, sans le contour brillant.

Pour identifier l’ensemble, le nom Medallion est affiché sur les portières et la malle. La gamme comportait 2 niveaux de finition : DL pour De Luxe en entrée, et LX pour Luxury, avec différentes gradations selon les équipements -ici, nous sommes avec une LX de base. Côté motorisation, la présence d’un 2,2 essence est renseignée sur les custodes.

Une offre moteur moderne

Deux blocs étaient proposés pour la Medallion : le L4 2,2 « Douvrin » de la R25, monté en position longitudinale, mais aussi le V6 PRV, disponible au Canada seulement ! Eh oui, la documentation et le catalogue d’origine en attestent. La puissance du L4 a, par ailleurs, été mesurée officiellement à 103 chevaux, contre 108 comme on le croit habituellement. Il s’agit d’une évolution du 2,2 l 110 ch dépollué et proposé sur les marchés allemand et suisse, qui n’arrivera en France qu’en 1993. Doté d’une injection multipoint, ce moteur en aluminium est plus léger, plus performant et également plus sobre que bien des modèles américains, tout en étant très silencieux.

Dans le compartiment moteur, la Medallion ne cache pas ses origines françaises avec un bel autocollant Made in France, mais elle a tout d’une américaine. La prise Diag est de type US, et le bloc doté d’une vanne EGR obligatoire là-bas -ce, malgré la présence d’un catalyseur. Le seul « médaillon » comportant le nom Renault 21 est installé sur la recharge de climatisation.

Côté documentation, la Medallion est une « vraie » Renault, avec des revues MR dont les cotations sont juste avant celles de la R21 : 289 (moteur) et 290 carrosserie) pour la première, 291 et 292 pour la seconde.

Un intérieur typiquement américain

Si vous doutiez encore du pedigree US de la Medallion, le passage à bord va définitivement vous en convaincre : l’ambiance lie de vin y est unique ! Plastiques, velours des sièges, tapis de sol, et même les ceintures sont de teinte rouge bordeaux. Il s’agit là d’une particularité de la Medallion, ces couleurs étant inconnues de la R21. Idem pour les poignées de porte chromées ou le volant, ici en plastique rouge -le volant cuir était également disponible pour les LX.

Le compteur est en Miles, bien évidemment, et la voiture possède un mode Cruise que n’avait pas la R21 -on reconnaît le volant spécifique, le bouton du tableau de bord et sous le capot le boîtier de régulateur de vitesse. L’autoradio cassette est d’origine : signé Jensen (d’où le logo « accusound by Jensen »), il a 6HP est installé comme sur une R21 avec 2 tweeters en haut de la planche de bord, 2 basses dans les portières avant, et 2 HP dans la plage arrière. Mieux qu’une DL, qui n’a que la radio et qui n’est pas signé Jensen, mais qui pouvait s’accompagner en option de l’equalizer digital et d’une commande au volant. Il est installé plus bas qu’en Europe, dans une console centrale qui n’était d’ailleurs disponible en Europe que sur les R21 2L Turbo phase 1.

Silencieuse, climatisée (avec 4 tirettes et 3 aérateurs, comme sur une R21), cette Medallion LX a tout pour plaire mais est dépourvue des vitres électriques, disponibles en option. Plus surprenant, pour une américaine, elle possède une transmission manuelle 5 vitesses, à l’étagement plus long qu’en Europe. Une boîte automatique 3 rapports était cependant au catalogue. Dans les deux cas, ce ne sont pas des foudres de guerre, le couple n’étant de surcroît pas aidé par le positionnement longitudinal du moteur.

A l’arrière, la banquette est généreusement moelleuse et accueillante, avec son accoudoir central. Si la couleur est unique, il est à remarquer qu’elle reprend la forme de celle de la 21 Phase Symphonie ! Et, dans le catalogue de cette dernière qui ne sera lancée que dans les années 90, la sellerie est intitulée… « velours Medallion ». Tiens tiens ! Cette banquette est repliable 2/3-1/3, contrairement à une DL où elle n’est pas rabattable.

Une adaptation normative minutieuse

Si l’on sait que la qualité n’était pas le fort des Renault Alliance ou Encore, force est de reconnaître qu’on ne peut pas faire ce reproche à la Medallion, qui se maintient bien dans le temps, et qui avait été pensée en détails pour répondre aux normes. L’adaptation de la berline n’est pas passée que par le changement de nuancier, l’ajout d’une vanne EGR et de pare-chocs à piston contre les chocs piéton. Voyez ainsi l’emplacement de l’antenne par exemple : installée sur le toit en Europe, elle est implantée et rétractable dans l’aile avant droite sur la Medallion.

Toujours à l’avant, des crochets de retenue de capot sont installés, uniquement pour la Medallion -sur les R21, la tôlerie présente déjà les emplacements de cette attache, mais inutilisés. Il s’agit là de respecter les crash-test. Pour la même raison, les portières sont dotées de barres de renfort dissimulées dans la tôlerie. Le bocal de lave-glaces est également deux fois plus grand que dans une R21 classique.

Autre détail typiquement US, l’ouverture de la malle. En Europe, il y a une poignée au-dessus de la plaque minéralogique. Sur la Medallion, l’ouverture se fait avec la clé… ou via le bouton « Trunk » dissimulé dans la boîte à gants. A l’arrière toujours, on trouve un inédit 3e feu stop, absent des R21.

Trouver une Medallion aujourd’hui

Si vous en voulez une, n’ayez qu’une certitude : il faudra vous armer de patience ! Le propriétaire de cette Renault Medallion, Stéphane, a mis 7 ans avant d’en trouver une. Il raconte : « J’ai commencé mes recherches en 2009, et c’est seulement en juin 2016 que je l’ai trouvée. J’en voulais une parce que j’ai toujours aimé la R21. J’en ai conduit une dès la conduite accompagnée, et plus tard avec une en boîte automatique assez peu courante. Or, quand on prend goût à la rareté, on va toujours plus loin et la Medallion s’est imposée, même si la mienne est en boîte manuelle. Mon objectif maintenant est d’en trouver une avec boîte automatique. Voire, pourquoi pas, une Renault/Eagle Premier ! La seule connue à ce jour en Europe est aux Pays-Bas. »

L’origine de cette Medallion est également… originale. Mise en circulation le 20 juillet 1987, elle fut la propriété d’un Espagnol, travaillant en Virginie. Revenu en Espagne à sa retraite au début des années 2000, il rapatrie sa voiture, avant de la mettre en vente, ne s’en étant pas servi pendant 5 ans. Chargée de cire lors de l’embarquement en 87, la voiture ne craignait pas la corrosion, mais nécessita une petite remise en marche.

Si l’entretien moteur se fait aisément, la rareté des pièces spécifique est totale. Et, même si les plastiques se maintiennent bien, l’intérieur souffre d’un vieillissement des habillages de portières. Désormais apte à passer en collection, la Renault Medallion est autant un objet rare qu’une curiosité historique. Et, encore aujourd’hui, elle reste l’une des dernières Renault américaines.

Bonus : la documentation d’époque

La Renault Medallion en vidéos

Galerie photo complète

Nos plus vifs remerciements à Stéphane pour nous avoir présenté sa belle Renault Medallion !
Crédit photos : François M. – The Automobilist