Le Nouvel Automobiliste
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Paris : la ligne de bus 341 de la RATP passe à l’électrique

C’était annoncé depuis l’an dernier déjà : d’ici 2025 l’ensemble du parc de bus de Paris sera converti à 80 % à l’électricité et à 20 % au biogaz. Première étape : le test, grandeur nature, de la technologie électrique sur une ligne de bus classique, avec des autobus de taille standard. C’est sur la ligne 341 et ce sont des Bluebus 12 m de Bolloré qui s’y collent.

La fée électricité à Paris

Lundi 30 mai 2016, le Plan Bus 2025, c’est-à-dire la conversion du parc de bus parisien à l’électricité, a passé un nouveau stade. Après les expérimentations grandeur nature tel le BlueTram sur les Champs-Elysées, après les mini-lignes type Traverse, Montmartrobus ou bien encore après les navettes privées (musée Vuitton, navette Havas ou Microsoft), ça y est : voici le bus électrique de taille standard dans la rue. Le standard dans le monde du bus, c’est 12 mètres de longueur, une taille suffisante pour garantir une trentaine de places assises (selon l’aménagement du client), pour un total (assis + debout) de 90 voyageurs. Et à Paris, le premier prototype testé en ce sens est signé Bolloré : il est baptisé, comme le reste des bus de Blue Solutions, Bluebus.

Dévoilé en marge de la COP21, ce Bluebus devient une réalité en usage quotidien sur la ligne 341, une ligne aussi médiatique qu’utile : son départ se fait à l’ombre de l’Arc de Triomphe à Charles-de-Gaulle-Etoile, son arrivée a lieu à la Porte de Clignancourt. Entre les deux termini, son trajet empruntant les voies de Clichy, Levallois-Perret et Saint-Ouen. Pour l’heure, un seul autobus circule, au milieu d’une flotte de bus Diesel conventionnels ; d’ici la fin de l’année, ce sont au total 23 Bluebus tous électriques qui composeront le parc du 341, avec comme dépôt le Centre bus de Belliard dans le XVIIIe arrondissement. Ce dernier a été entièrement adapté pour permettre aux véhicules de recharger leurs batteries toute la nuit.

Un bus électrique… mais aussi thermique

Ce Bluebus 12 mètres dispose de 8 batteries lithium-métal polymère, à raison de 4 sur le toit et 4 sur le porte-à-faux arrière, ce qui lui offre une capacité globale de 240 kWh. Sa vitesse maximale est limitée à 70 km/h, tandis qu’il peut accueillir entre 91 et 101 passagers à bord. Son poids total à charge maximum est de 20 tonnes, et son autonomie comprise entre 180 et 250 km, soit la capacité nécessaire pour effectuer autant de rotations qu’un bus thermique sans devoir être rechargé durant le service. Il est également large de 2,55 m (sans les rétroviseurs), haut de 3,10 m, pour une longueur de 12 m et un rayon de braquage de 8,60 m. Le test sur la ligne 341 a pour but de vérifier les capacités de la technologie, son autonomie mais aussi son impact sonore.

Cependant, le Bluebus n’est pas 100 % électrique : son chauffage est thermique, au GTL (gaz to liquid), afin de préserver l’autonomie des batteries, d’après Marie-Claude Dupuis, responsable du matériel roulant Bus de la RATP. Pour l’heure, à environ 500 000 € l’unité, un tel bus coûte deux fois le prix d’un bus Diesel. Mais Vincent Bolloré, promoteur de la technologie, prophétise que « les bus seront de prix équivalents » d’ici 7 ans, grâce selon lui aux coûts de maintenance réduits, le tout calculé sur un prix moyen du baril de brut à 50 dollars.

Un avenir électrique pour le monde du bus

De son côté, la RATP par la voix de sa Présidente Elisabeth Borne rappelle que c’est « une première mondiale pour un opérateur de transport et une flotte de cette taille » que de convertir une ligne de bus normale entièrement à l’électricité. Elle ajoute : « le plan Bus 2025 est un défi à la fois ambitieux et audacieux qui mobilise toutes les compétences de l’entreprise : ingénierie, maintenance, et exploitation ».

Pour Blue Solutions, qui assemble bus et batteries (pour une capacité d’environ 200 véhicules/an) en son usine d’Ergué-Gabéric près de Quimper, c’est un premier jalon vers ce qui pourrait constituer comme une manne pour l’entreprise. Pour autant, le STIF, Syndicat des transports d’Île de France, Autorité organisatrice et chef d’orchestre du Plan Bus 2025, va également tester prochainement les modèles d’Irizar, carrossier espagnol, du polonais Solaris, et du français Heuliez, ce dernier présentant au Salon Transports Publics de la Porte de Versailles une version 100 % électrique de son standard GX337. Les lignes 21 et 147 verront des prototypes circuler prochainement. Le chinois Yutong associé à l’alsacien Dietrich Carebus pourrait aussi compter, de même que son compatriote BYD, qui fournit des véhicules électriques double étage à Londres.

Avec une commande de 1000 bus au moins à venir, il devrait y avoir suffisamment d’appels d’offres pour tout le monde. La présidente du STIF, Valérie Pécresse, annonce déjà un investissement massif « afin de renforcer l’offre de transport dans les zones mal desservies notamment en grande couronne et offrir enfin une vraie alternative à la voiture ». Elle a aussi annoncé être prête à lancer « des RER autoroutiers électriques », un concept probablement lumineux à condition d’avoir le réseau routier non saturé pour les faire circuler et dont la capacité reste à expliciter (pour rappel, une rame de RER transporte jusqu’à 1300 personnes, contre 100 pour un autobus standard…). Au total, ce sont plus de 4500 bus qui seront à renouveler si le STIF et la RATP veulent tenir l’engagement Bus 2025.

D’ores et déjà, la technologie électrique pour des bus existe aussi pour des articulés, et le belge Van Hool a révélé un modèle en ce sens. Sa technologie est cependant différente de Bolloré puisqu’il se recharge à 80 % aux termini afin de garantir son autonomie. L’avenir des autobus s’annonce… électrique !

Via RATP, AFP, Blue Solutions