Le Nouvel Automobiliste
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Où en est-on avec le Brexit et l’automobile ?

Souvenez-vous, au mois de juin dernier, un peu avant le référendum britannique, nous avions évoqué les potentielles difficultés d’un Brexit pour les constructeurs automobiles installés en Grande Bretagne. Il ne s’agissait alors que d’hypothèses basées sur des prévisions bien difficiles à établir à ce moment. Quelques mois après le vote ayant vu la défaite du camp du « Remain » et la démission de David Cameron, le gouvernement de Theresa May qui lui a succédé n’a toujours pas enclenché la procédure de sortie de l’Union Européenne, prévue seulement pour mars prochain. Mais les « pré-négociations » semblent quant à elles bien entamées.The Automobilist BrexitAinsi la semaine dernière l’attention a été focalisée par les multiples déclarations de Nissan à propos de son usine de Sunderland. Cette implantation fait partie du cœur du dispositif européenNissan_LineToLine_167 du constructeur nippon et constitue un modèle d’efficacité industrielle. Elle est l’usine qui produit le plus pour Nissan en Grande-Bretagne et elle est surtout celle qui assemble ou va assembler des modèles stratégiques pour la marque. Si les Leaf, Infiniti Q30 et QX30 ou Note (qui va disparaitre) ne constituent que des modèles de faible diffusion il n’en est absolument pas de même pour le Qashqai, leader de sa catégorie en Europe et best-seller de Nissan.

De plus, nous sommes à un moment crucial pour Sunderland car Nissan doit, dans les semaines qui viennent, prendre une décision importante, à savoir choisir l’usine qui assemblera pour l’Europe le remplaçant de son petit SUV Juke, prévu à l’horizon 2018. Sunderland fait partie des sites pressentis mais, et c’est là que le Brexit entre en ligne de compte, il n’est pas question d’assembler le Juke là-bas si les taxes douanières se révèlent défavorables.

Or nous sommes pour le moment partis sur une ligne de discussion dure avec l’UE qui pourrait entrainer l’application d’une taxe de l’ordre de 10 % sur les produits automobiles pour les échanges avec l’Union. Même si ce processus ne débutera qu’au printemps prochain et que rien n’est décidé une telle perspective n’est guère réjouissante pour Nissan et rendrait forcément son modèle moins concurrentiel. Certes, la baisse prononcée de la Livre Sterling permettrait actuellement de conserver des marges importantes en réduisant les coûts de production mais son cours reste tout à fait incertain dans le temps.

Du coup, et parce que la décision ne peut pas attendre mars, c’est Carlos Ghosn en personne qui s’est rendu à Londres vendredi dernier pourcarlos-ghosn-renault-ta-fm-2016-mondial-5 rencontrer la Première Ministre britannique Theresa May afin d’obtenir des garanties quant à l’engagement de la Grande-Bretagne pour soutenir l’industrie automobile en général et le site de Sunderland en particulier. Rien n’a été révélé du contenu des échanges mais Carlos Ghosn est a priori ressorti satisfait affirmant que « suite à notre réunion productive », il était « convaincu que le gouvernement continuera à veiller que le Royaume-Uni demeure un endroit concurrentiel pour faire des affaires ». Impossible cependant d’en savoir plus et surtout impossible de savoir quel a été l’engagement de Theresa May même si l’on peut très probablement supposer qu’il sera d’ordre financier.

Un aspect sur lequel Nissan ne sera pas le seul à négocier puisque Ralph Speth, le PDG de JLR (Jaguar-Land Rover) a lui aussi évoqué dans la semaine la possibilité de compensations financières. Les finances de la Grande-Bretagne n’étant pas beaucoup plus extensibles que celle d’autres pays on ne peut que s’attendre sur ce point à des négociations difficiles et à des prises de décisions qui ne pourront bien évidemment pas satisfaire tout le monde.

Mais ce n’est pas tout puisque c’est du côté allemand que la pression est montée d’un cran hier par la voix de Matthias Wissmann ancien ministre desmatthias-wissmann transports et désormais à la tête de la très puissante VDA (Verband der Automobilindustrie, l’union de l’industrie automobile allemande). Confirmant des affirmations déjà lancées en juin dernier, peu avant le référendum, il a rappelé qu’en l’état, si l’hypothèse d’un Brexit dur se confirmait, la taxe évoquée plus haut rendrait la compétitivité britannique bien moins évidente. La conséquence logique pour lui serait que les groupes allemands songeraient alors tous très vite à redéployer leurs activités au sein de l’Union, dans des espaces de faible coût de main d’œuvre comme l’Europe de l’Est ou du Sud. Brandissant le spectre d’une baisse très importante de l’activité industrielle automobile britannique en la comparant à celle de l’Italie sur ces 20 dernières années (ce qui, au passage, devrait bien améliorer des relations déjà assez crispées sur les sujets automobiles entre les deux pays) Matthias Wissmann a invité le gouvernement britannique à tout faire pour maintenir un bon accès au marché de l’UE pour le secteur…

Le processus de sortie de l’Union pour la Grande-Bretagne ne commencera véritablement qu’en mars 2017, date annoncée en début de mois par le gouvernement de sa Majesté pour déclencher le fameux article 50 du Traité de Lisbonne, mais on peut dès maintenant affirmer avec une quasi certitude que les négociations seront complexes et probablement tendues. Nous suivrons le volet automobile avec attention de notre côté.

Via Reuters, ANE, Le Monde, AFP