Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Michelin Pilot Sport 4 : Valls de gomme sur les circuits de Ladoux

Le Vendredi 16 Septembre fut le jour de l’inauguration du nouveau campus RDI (Recherche, Développement et Innovation) dans le fief du groupe Michelin : Ladoux, au nord de Clermont-Ferrand.

9h30 : agitation dans les rangs.  Il semble qu’un invité imprévu par rapport au programme de la journée se soit glissé. Notre ex-premier ministre, Manuel Valls, accompagné de son armée de garde du corps fit son apparition par la grande porte d’entrée.

Il n’a pas fallu attendre longtemps avant de se faire écraser par une vague de photographes et journalistes en furie qui recule peu à peu à mesure que le cortège constitué du premier ministre et de la présidence du groupe Michelin. Bon ok, je faisais partie du groupe de photographes et journalistes, mais pas en furie.

L’inauguration officielle s’ouvre par un discours de Terry Gettys, directeur de la recherche et du développement, suivi de celui de Jean-Dominique Sénard, président du groupe Michelin. Des discours humbles qui reflètent la culture de la société depuis sa création : recherches & innovations. Pour clôturer, Manuel Valls nous offre un discours patriotique.

S’en suit la visite du pavillon de l’innovation, un mini musée retraçant l’histoire du groupe. Du pneu de vélos démontable au pneumatique Michelin CrossClimate (que nous avions essayé ici !) en passant par l‘introduction en 1949 de la plus grande révolution qu’ait connu le pneumatique de manière générale : la carcasse radiale. Mais la partie la plus intéressante dans ce pavillon, c’est les technologies développées et la chimie associée pour obtenir les gommes que l’on a aujourd’hui

Les accès sont en revanche extrêmement restreints : agents de sécurité partout, badges apparents, accès à certaines zones seulement selon vos accréditations au sein de l’entreprise, et j’en passe. Le culte du secret est très fort chez le bibendum !

Mais outre ces locaux déjà occupés par des chercheurs, le site de Ladoux regorge de 43 km de piste étalés sur 380 hectares, et aujourd’hui, c’est l’occasion de voir ce que donnent les pneus Pilot Sport 4 dans leurs derniers retranchements !

Pilot Sport 4, part deux (Si vous aviez raté la partie 1, c’est part ici !)

C’est armé de Citroën C4 que les pilotes d’essai de Michelin nous font faire des tours de circuit qu’ils connaissent aussi bien que la saveur de leur bière préférée. 4 voitures identiques, toutes chaussées de la même taille. Deux d’entre elles sont chaussées en Pilot Sport 4 (un jeu parfaitement neuf et un autre parfaitement usé jusqu’au témoin) et les deux autres avec des pneus Federal (même configuration neuf/usé).
Je vous vois venir d’ici « mais pourquoi pas un concurrent plus direct ? ». Je me posais la question également jusqu’à ce qu’il soit réellement important de démontrer la différence entre 2 pneus qui sont le seul contact au sol que votre voiture aura, et accessoirement l’importance de ne pas faire le radin sur les gommes (que ce soit pour du Michelin ou une autre marque, votre sécurité et celle des autres en dépend grandement).

Bref, assez de blabla : la valse des C4 va commencer. Avec la pire configuration du jour : pneus Federal usés jusqu’au témoin sur le circuit intégralement mouillé et automatiquement arrosé en permanence via un ingénieux système qui pompe de l’eau sur un côté du circuit pour le récupérer de l’autre côté.

Pneus Federal usés jusqu’au témoin : en pleine accélération avec les 90 ch de la petite Citroën C4, les roues commencent à patiner dès 94 km/h et il devient rapidement difficile de dépasser les 108 km/h sur une longue ligne droite. Le freinage est chaotique, et les virages rapides sont pris tout en dérive difficilement contrôlable. Imaginez une bille sur un plateau que vous devez absolument maintenir au milieu alors qu’elle bouge dans tous les sens : c’est la même chose ici. Corrections au volant et à l’accélérateur nécessaire pour ne pas devoir acheter des graines et semer du gazon. Les virages plus lents recevront malheureusement le même constat car même à 50 km/h en courbe, l’arrière se perd… tout comme l’avant ! Et comme les motards le savent si bien, perdre l’avant, c’est la catastrophe assurée.

Pneus Michelin PS4 usés jusqu’au témoin : Le groupe au bibendum met en avant sa nouvelle technologie de régénération des sculptures du pneu au fur et à mesure qu’il s’use. Pour traduire, les sculptures dans le pneu commencent fines, et s’élargissent au fur et à mesure pour compenser la perte d’épaisseur. Il faudra cependant que quelqu’un m’explique comment ça se passe au démoulage lors de la fabrication !

Notre pilote nous emmène à des vitesses bien plus impressionnante et la perte d’adhérence en accélération sur sol mouillé ne démarre que vers les 108 km/h. On arrive quand même à plus de 120 km/h au bout de la ligne droite avant un freinage très appuyé qui se fait sans broncher. Premier virage : ça part légèrement, mais de façon extrêmement progressive. Tellement progressive que les corrections nécessaires sont minimes. On initie le virage, on laisse le volant braqué et on joue de l’accélérateur pour contrôler la dérive si dérive il y a (mais le pilote n’y allait pas de main morte du tout). Dans les courbes moins serrées, le grip est féroce et on se sentirait presque sur une piste sèche ! Mais il est temps de comparer ça aux pneus neufs…

Pneu Federal neuf : L’histoire change un peu avec un patinage sur sol mouillé qui démarre à 108 km/h. Le freinage est en revanche toujours une faiblesse (qui a failli nous éjecter hors de la piste en passant) mais la voiture est déjà un peu plus contrôlable en virage, même si d’énormes corrections restent nécessaires, y compris à basse vitesse.

Pneu Michelin PS4 neufs : Il est temps de voir si la promesse du manufacturier est tenue avec la régénération des sculptures.

De 108 km/h pour patiner, on passe à 114 km/h sur le pneu neuf. Le freinage est d’autant plus agressif et les prises de virages sont à présent magique : strictement aucune correction à faire au volant, contrôle au pied droit et puis c’est tout. La vidéo suivante pourra attester de l’agressivité de la chose :

En bref : la sécurité a peut-être un prix, mais probablement moins cher qu’un long moment d’hospitalisation, de réparation de votre véhicule, ou pire.

La recherche et le développement sont le nerf de la guerre dans le monde de l’industrie. Michelin a apporté sa pierre à la France avec le balisage des routes, la cartographie du territoire, etc… mais au-delà de la douce France, c’est surtout au monde entier avec l’invention du pneu radial en 1949. La recherche et l’innovation est au centre même de la culture du groupe avec une certaine discrétion du genre « on laisse nos produits parler pour nous ». Avec ce nouveau campus RDI, Michelin a encore moins d’excuse pour continuer à innover !