Le Nouvel Automobiliste
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Le retour du retour de l’écotaxe en Île-de-France

C’est un feuilleton qui ne finira jamais. L’écotaxe, cette idée née dans les Alpes suisses et qui faillit être adaptée en France en 2013, est de retour en 2016 par la voix de la nouvelle majorité de la Région Île-de-France.

On la croyait enterrée sous les coups de boutoir des « bonnets rouges » et d’une collecte de la recette par la société privée Ecomouv’. Pourtant, l’écotaxe revient sur le tapis ce printemps ! Chantal Jouano, vice-président UDI de la région Île-de-France chargée de l’écologie et du développement durable, a ainsi déclaré au Journal du Dimanche :

« La Région n’a pas le pouvoir de mettre en place seule ce dispositif, un décret sera nécessaire, mais je ne doute pas que le gouvernement nous suivra »

La cible de cette nouvelle écotaxe ? Les poids-lourds en transit, dont la circulation engendre de dégâts sur le réseau routier secondaire qui sont à la charge de l’ensemble de la collectivité régionale. Mme Jouanno chiffre d’ailleurs à 100 millions d’euros la possible recette de cette écotaxe. Si l’idée n’est pas mauvaise, reste à voir si elle est réalisable. Plusieurs points sont bloquants :

  • la collecte : qui pour collecter ce nouvel impôt ? et comment ? car la plupart des portiques de l’écotaxe « 2013  » a été désinstallée ;
  • la définition : les poids lourds en transit sont-ils seulement les gros semi-remorques qui traversent la Région ou, aussi, les camions des entrepreneurs franciliens ?
  • la politique : cette idée émane du camp adverse au gouvernement, or pour ré-instaurer l’écotaxe y compris au seul niveau d’une région il faudrait voter une loi idoine. L’initiative législative demeure le domaine du gouvernement, les propositions de loi émises par les parlementaires étant rarement suivies surtout quand elles ne viennent pas de la majorité.

Résultat, le retour de l’écotaxe pourrait bien ne rester que des mots face à la difficulté de la définition de son périmètre, et à la capacité chimérique de la faire voter. Cela montre cependant que cette idée, de bon sens à condition que sa calibration soit juste, est encore viable et pourrait faire l’objet d’un débat pour la campagne présidentielle.

Plus largement, sachez que les 11 et 12 avril se réunissent pour la Région Île de France des élus, experts et membres des milieux associatifs pour faire un état des lieux des « origines de la pollution de l’air, ses conséquences sur la santé, les coûts économiques induits ». Vaste programme, qui doit aboutir à un plan d’action à définir d’ici juin. Celui-ci mêlera autant la relance de la politique forestière, la mise en place d’un fonds « air-bois » pour changer les vieilles chaudières franciliennes, et des expérimentations de dépollution de l’air dans les stations de métro. Des sujets sanitaires importants, et des débats qui ont le mérite de ne pas pointer le doigt sur le seul moteur à combustion interne automobile… tout en oubliant que l’air reste sans frontière et que les causes des pics de pollution en Île-de-France trouvent leur origine dans les rejets industriels et agricoles des régions et pays voisins.

Reste que le sujet de l’écotaxe proprement dit devrait rester grippé : le gouvernement a exclu toute forme de taxation régionale sur les poids lourds en juillet 2015. Jusqu’au prochain retour…

Via Le Monde