Le Nouvel Automobiliste
Fusion PSA FCA

La fusion PSA-FCA est-elle à l’épreuve du Coronavirus ?

Décidée avec une très grande rapidité à l’automne, la fusion PSA-FCA, prévue pour donner naissance au quatrième groupe automobile mondial, se retrouve, comme beaucoup d’autres, confrontée à la crise sanitaire du Coronavirus et aux incertitudes économiques qu’elle génère et va encore générer. Dans ce contexte, et malgré des inquiétudes légitimes, les différentes parties semblent toutefois s’accorder sur un point : la fusion se fera.

Une fusion PSA-FCA entre égaux

Cette idée d’une fusion à 50/50 sur une base égalitaire est celle qui a été retenue des le départ et finalement actée pour la mise en place concrète d’ici au printemps 2021. Problème, comme nous l’évoquions dans nos précédents articles sur le sujet, la capitalisation boursière entre les deux groupes n’était pas exactement propice à cette base égalitaire. Il a donc été décidé de procéder à des ajustements pour réaliser une forme de rééquilibrage entre PSA et FCA. Ce dernier groupe s’est donc engagé à verser un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d’euros à ses actionnaires et à céder ses parts dans l’entreprise italienne de machines-outils et de robots Comau. De son côté PSA devait réaliser le même genre d’opération avec l’équipementier Faurecia et verser des dividendes exceptionnels à ses actionnaires à hauteur de 1,1 milliard d’euros.

C’est ici que le contexte économique généré par la crise sanitaire du Covid-19 intervient. En effet, depuis l’annonce officielle de la pandémie, les valeurs boursières se sont littéralement effondrées. Les bases de calcul des poids financiers des deux groupes s’en trouvant donc totalement recomposées. Mais c’est surtout la valeur de Faurecia, lui aussi très impacté par la baisse des marchés, qui pouvait inquiéter puisque, du même coup, la transaction prévue ne serait plus à même de représenter une possibilité de rééquilibrage des capitalisations suffisante, la balance penchant alors nettement en la défaveur de PSA.

Le problème des liquidités

PSA a annoncé hier avoir obtenu une nouvelle ligne de crédit à hauteur de 3 milliards d’euros sur une échéance de 12 mois. Avec les précédents prêts obtenus ce sont environ 6 milliards d’euros qui sont disponibles pour le groupe. De quoi normalement faire face, dans l’immédiat, à un problème de liquidités qui se posera nécessairement à plus ou moins long terme.

En effet, les usines des deux protagonistes sont à l’arrêt quasi total et les ventes automobiles sont réduites à peau de chagrin en Europe après une forte baisse en Chine et avant une dégringolade attendue rapidement en Amérique du Nord. Les trésoreries vont donc rapidement se montrer à court de liquidités et ces dernières seront sans doute, et tout naturellement, priorisées vers le maintien et la sauvegarde de l’entreprise plutôt que vers la réalisation d’une fusion encore lointaine. Or cette dernière prévoit, comme nous l’évoquions plus haut, le versement de dividendes exceptionnels. Si la nécessité de sauvegarder l’entreprise en utilisant ces capitaux ne soulève pas de critiques, il serait en revanche sans doute assez mal perçu de réaliser une telle opération financière compte tenu des aides étatiques massives qui sont mises en place. Le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, a d’ailleurs appelé à faire preuve de la plus grande prudence quant à cette pratique et il apparait assez évident qu’elle serait fort mal comprise par des opinions publiques très éprouvées.

Enfin subsiste également le problème de la participation du chinois Dongfeng. Le groupe qui possède 12,2 % de PSA s’était engagé à ramener cette participation à 4,5 % mais parait actuellement hésitant à réaliser l’opération boursière compte tenu de la diminution de la valeur de ce capital (environ 30 % en moins depuis décembre 2019).

Le rebond boursier

Autant de nouvelles qui semblaient donc ces dernières semaines mettre sérieusement à mal l’idée de la fusion PSA-FCA ou tout du moins sa réalisation dans les temps initialement prévus. Mais tout cela est à nuancer fortement pour plusieurs raisons. D’une part, une forme d’équilibre reste largement maintenu entre les deux groupes du simple fait que la crise les touche peu ou prou de la même manière l’un comme l’autre. Il n’y a donc pas eu une accentuation du déséquilibre. D’autre part, les différents protagonistes de cette fusion, et notamment l’équipementier Faurecia, ont vite réagit face aux difficultés en prenant des mesures de crise qui semblent aujourd’hui rassurer les marchés. Faurecia a ainsi strictement encadré ses dépenses et annoncé bénéficier d’une ligne de crédit immédiate de 1,2 milliard d’euros. Des engagements qui ont séduit les investisseurs et permis à l’action de rebondir fortement ces derniers jours.

Dans son sillage les titres PSA et FCA ont eux aussi connu une inversion de tendance notable qui, si elle est loin d’avoir effacer toutes les pertes, annonce peut-être une forme d’accalmie des marchés et la possibilité de poursuivre, presque comme si de rien n’était, la fusion.

Des communications qui se veulent rassurantes

De fait, c’est sur cette thématique que les responsables des deux groupes communiquent. Pas forcément directement, mais, par exemple, par le biais des échanges qu’ils peuvent avoir avec d’autres organisations. Ainsi, le syndicat italien de la métallurgie FIOM qui a tenu mardi dernier une visioconférence avec les responsables de FCA a précisé qu’aucun retard dans la fusion PSA-FCA ne lui avait été notifié. Certes, on peut opiner ce n’est pas exactement le genre d’organisation à qui une annonce négative serait signifiée en premier, mais elle vient confirmer d’autres déclarations allant dans le même sens. Notamment celle d’Exor (la holding de la famille Agnelli) qui a aussi affirmé la semaine passée que la fusion était toujours prévue pour être réalisée en 2021. Sans aucun retard donc.

John Elkann Fusion PSA FCA

Toutes les hypothèses sont néanmoins encore possibles car, s’il ne semble pas que le projet de fusion PSA-FCA puisse être véritablement remis en question, il reste probable que les modalités (financières tout spécialement) connaissent quelques ajustements majeurs. Par ailleurs, des dommages collatéraux pourraient également se faire jour, et outre les projets de développements de véhicules spécifiques, l’on pense ici assez invariablement à l’hypothétique retour de PSA aux États-Unis qui pourrait bien attendre encore longtemps, très longtemps…