Le Nouvel Automobiliste
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La Formule E à Paris : Histoire d’une déception

Voilà plusieurs semaines que je sautais de joie, impatient, à l’idée de découvrir une discipline sportive innovante qui semble bousculer les codes : la Formule E, le championnat du monde automobile aux ambitions écologiques de monoplaces électriques.

Samedi 23 avril 2016 se tenait en effet le premier ePrix en plein cœur de la Paris, plus précisément autour de l’exceptionnel cadre de l’Hôtel des Invalides. Une première particulièrement excitante puisque l’événement accueillait une course de haut niveau, au concept 100% écologique, dans les rues de la plus belle d’une des plus belles villes du monde. L’engouement du public était d’ailleurs bien présent puisque la course s’est tenue à guichets fermés : la vente des 15 000 10 000 places non-offertes par la Mairie de Paris s’est faite en quelques semaines.

Vous avez dit écologique ?

Pendant que certains écologistes jusqu’au-boutistes s’évertuent à vouloir nous priver totalement de sport et d’automobile en criant au scandale de voir un événement sportif automobile organisé à Paris, d’autres prônent l’opportunité de mettre en avant la transition vers des solutions de mobilité durable et l’utilisation de véhicules électriques. L’écologie commence en tout cas par la piste, avec une partie du tracé de la place Vauban qui a été re-surfacée afin de proposer aux pilotes un circuit sans pavés… Absurdité écologique ? Il semblerait que l’enrobé soit recyclable et ait été coulé sur une sous-couche protectrice afin de ne pas endommager les dits-pavés. Toujours est-il que cela reste particulièrement surprenant pour un concept d’événement « écologique ».

Aux abords de l’enceinte du circuit parisien éphémère, on est accueilli par de nombreux barrages de sécurité. Pendant que certains spectateurs se voient refuser l’accès et font déjà part de leur mécontentement, fouilles au corps et vérifications des sacs sont au programme… avant de réitérer l’opération quelques mètres plus loin ! À côté de cela, les billets papiers, facilement falsifiables et reproductibles, sont à peine vérifiés alors que des billets numériques sont… refusés. Notons en tout cas que je n’ai pas vu ces agents de la sécurité en pause puisque chacun restait à son poste, sandwich en main. En cas d’absence, quelques planches de bois faisaient office de remplaçants… C’est important la sécurité.

Cela me laisse en tout cas l’opportunité de faire connaissance avec des dizaines d’agents de sécurité totalement à bloc et qui semblaient, pour la plupart, particulièrement sous pression. Certains, mal formés, ne se retenaient pas et devenaient irrespectueux et impolis. J’aurai d’ailleurs personnellement affaire à un vigile très brutal qui, après insultes et menaces, en est venu à donner un coup sur l’appareil photo d’un confrère qui m’accompagnait. La raison ? Nous cherchions à comprendre pourquoi il était formellement interdit de s’arrêter sur les passerelles… N’étaient-elles pas si sûres que cela ?

Prêt à voir du spectacle ? Ah, non…

Plus d’un spectateur et photographe aura reçu les mêmes propos fleuris avec ordre de circuler sans broncher. Dommage puisque les deux passerelles étaient les rares emplacements d’où l’on pouvait espérer voir les monoplaces en piste. En effet, s’il fallait compter sur les tribunes/gradins estrades pour voir la course, c’est manqué ! Jamais je n’ai vu un organisateur se moquer autant du public. À 20 € l’entrée on pouvait s’attendre à accéder à des espaces pour profiter un minimum du spectacle mais il n’en fut rien. Il fallut faire avec des tribunes ridicules, des grillages bien trop hauts et d’omniprésentes et immenses banderoles publicitaires qui éliminaient l’espoir de voir correctement la piste.

 

Même les badauds sans ticket pouvaient profiter d’un « spectacle » similaire à celui proposé aux spectateurs ayant déboursé un pécule non négligeable. Pour parfaire cette organisation d’amateurs, on remarquera la présence d’écrans géants… tournés vers les gradins ! C’est sans compter toute une partie du circuit quasi inaccessible, et des voies de circulation beaucoup trop étroites. On comprend mieux pourquoi des spectateurs mécontents élevaient la voix et sont même, pour certains, rentrés chez eux… regarder la course à la télévision. Les spectateurs les plus satisfaits qui ont pu profiter des voitures sur la piste sont bien en réalité les téléspectateurs.

ePrix Paris 2016 - Formula E spectateursA gauche, spectateurs avec billets ; à droite, spectateurs sans billets. Un point commun : personne ne voit la course.

Plus le programme de la journée se déroulait plus la confirmation que rien n’était prévu pour les spectateurs sautait aux yeux. Chercher une boisson relevait d’un parcours du combattant, la signalétique quasi-absente ne permettait qu’aux meilleurs en orientation de ne pas se perdre, le e-village était pauvre avec quelques stands dont des simulateurs, un circuit miniature et… un écran géant ! Il fallait en profiter, c’était le seul accessible au public « classique ». Encore fallait-il supporter les sonos « à fond » des sponsors, qui faute de moteurs à faire entendre sur la piste, s’étaient entendus pour rendre sourds les spectateurs de leur propagande.

L’ambiance était triste, morne et sans cœur… Un réel manque se faisait sentir durant toute la journée et montrait une totale absence de personnalité de cette course. En fait, un des problèmes était là : la manifestation était faite pour la TV avec une image soignée pour sa diffusion à travers le monde, la Tour Eiffel en caution. Une image d’un Paris lisse, sans expression, sans défaut, et donc sans place pour ses spectateurs.

ePrix Paris 2016 - Formula E pistePour animer la journée, il fallait compter sur un speaker peu convaincant, et une lassante musique révélatrice d’un cruel manque d’animation sur ce ePrix. Mesdames et Messieurs les organisateurs de la Formula E Holdings : non, diffuser de la musique durant l’intégralité de la course ne la rend pas plus intéressante, détrompez vous. Cela rend simplement l’événement encore plus superficiel et à la recherche d’une âme qui reste inexistante.

J’espérais une course spectaculaire et à rebondissements mais je ne saurais malheureusement la juger au vu du peu que j’ai pu en voir. Je reste sincèrement persuadé qu’un tel tracé avec des voitures au couple instantané et constant doit être un bonheur immense pour les pilotes. Malheureusement, ce que j’ai (entre)vu de l’extérieur m’a donné l’impression de découvrir une course sans expression avec des voitures télécommandées à l’échelle 1. Cette course m’a peut-être finalement transmis un négatif sentiment d’égoïsme : plaisir unique pour les pilotes, intérêt centré sur leur célébrité et leur passé sportif, lumière tournée sur l’image du ePrix et non pas les spectateurs laissés de côté dans l’ombre…

On peut alors commencer à se demander quel est le réel intérêt d’un tel événement. Promouvoir la voiture électrique ? Sans aucun doute, mais je reste dubitatif quant aux arguments proposés puisque les monoplaces embarquent des batteries qui ne supportent pas plus de 30 minutes de course et obligent les pilotes à changer de voiture à la mi-course… Il y a plus convaincant. J’ai en tout cas du mal à trouver le « succès populaire » tant vanté par nos politiques et les organisateurs. C’est une aberration. Je ne retiens qu’un public déçu, mécontent et une organisation médiocre indigne d’une course de la FIA.Jean TodtJean Todt, Président de la FIA et promoteur de la Formule E

Il faudra avancer de solides arguments pour me faire revenir à une potentielle 2ème édition du ePrix de Paris… Mais ma décision semble déjà prise : je resterai bien confortablement devant ma TV au fond de mon canapé. Ah, mais non, c’est impossible : pour la Formule E aussi, il faut un abonnement à Canal+… Lorsque le sport oublie d’être populaire, c’est qu’il a déjà perdu une de ses raisons d’être. La Formule E, formule d’avenir ? Pour l’instant, c’est formule déception.

Crédit photos : The Automobilist