Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Interview de Sumit Sawhney, Directeur de Renault India

A l’occasion de la cérémonie d’arrivée de la Renault Kwid qui a parcouru près de 19 000 km depuis Delhi pour venir à Paris, et dont nous vous avons parlé ici, nous avons pu rencontrer le Directeur de Renault en Inde, M. Sumit Sawhney, pour revenir sur la situation du Losange dans le pays et en savoir plus sur ce qui se profile dans les années à venir.

Renault en Inde, aujourd’hui

The Automobilist : Bonjour M. Sumit Sawhney, merci de nous accorder cet entretien.

Sumit Sawhney : Bonjour The Automobilist. Un nom en anglais, c’est pratique pour nous en Inde !

« 18 966 km, et pas un seul problème. Je suis très fier de cette voiture ! »

TA : Et figurez-vous que pour certains articles, une part de notre audience vient d’Inde ! Alors, c’est la première fois que la Kwid est officiellement présentée à Paris. Que ressentez-vous à l’issu de ce roadtrip depuis Delhi ?

S. Sawhney : De la fierté, je suis très fier. Cette voiture, cette petite voiture, a roulé partout, dans toutes les conditions, de -25°C jusqu’à +25°C, c’est incroyable. 18 966 km, pas un seul problème, et elle a traversé 12 pays, de la Porte de l’Inde à Delhi jusqu’à la Tour Eiffel, dans la neige, le désert… Je suis aussi très fier de présenter ici en France cette voiture qui est un succès de Renault en Inde. Elle est construite dans notre usine indienne, conçue à 98 % par notre centre technique indien, imaginée par le centre de design indien lui aussi à Chennai…

TA : Un succès annonciateur de prochaines étapes ?

S. Sawhney : C’est une bonne base pour le futur, oui. Mais ce que je veux dire d’abord, c’est ce que les Français ne savent peut-être pas : la première marque automobile européenne en Inde, c’est Renault, c’est une marque française ! Un de mes meilleurs souvenirs, c’est lorsque nous l’avons présentée au Premier Ministre, M. Narendra Modi.

TA : L’année 2016 a vu la montée en puissance de la Kwid. Quel en est l’effet sur le classement de Renault ?

S. Sawhney : En 2016, nos ventes ont plus que doublé grâce à Kwid. Nous sommes maintenant n°6 au classement des constructeurs. Et ce qui est encore plus fort, c’est que nous n’avons que 5 ans d’ancienneté dans le pays. Nous avons doublé des constructeurs qui sont présents sur place depuis bien plus longtemps. La Kwid est le modèle parfait pour croître, car elle est située dans le segment de « mini-car », qui représente 25 % du marché. Avec, nous avons ainsi gagné plus de 110 000 clients.

« Nous sommes passés de 0,1 % à 5 % de part de marché »

TA : De la Pulse à la Kwid, comment résumeriez-vous l’ascension de Renault en Inde ?

S. Sawhney : L’année comptable en Inde commence au 1er décembre. Nous avons donc 4 ans, et la 5e année commence tout juste. On a commencé comme vous le rappelez par la Pulse, un cross-badging [sur base de Nissan Micra NDLA] nécessaire car c’est la façon la plus rapide d’entrée sur un marché. On a voulu adopter une stratégie d’impact rapide, de partage de modèle à court-terme, et, si vous voulez, en Inde nous adorons la nourriture, alors on pourrait dire que la Pulse, c’était l’entrée.

TA : Kwid est donc le plat principal ?

S. Sawhney : Attendez, n’allons pas trop vite. Après Pulse, nous avons le succès de Duster, élu Voiture de l’année, puis du Lodgy. Avec Kwid, cela forme une gamme solide de 3 modèles mainstream, et notre part de marché grimpe : nous sommes passés la première année de 0,1 % à 5 % aujourd’hui.

Renault en Inde, demain

TA : Sur la plateforme CMF-A de la Kwid, on trouve déjà sa petite-soeur, la Datsun Redi-Go. Allez-vous proposer une autre silhouette avec cette plateforme ?

S. Sawhney : Pour l’heure chez Renault, la CMF-A est pour Kwid. Le futur, on verra.

TA : On imagine mal que vous ne continuiez pas à croître dans les années à venir. Quel est votre l’objectif de couverture du marché indien ?

S. Sawhney : Pour couvrir les principaux segments, il nous faut 6 à 7 produits. Nous en avons 3. Dans les années à venir, notre gamme va grandir en effet, on va multiplier notre portfolio par 2. Car nous sommes toujours en développement.

TA : Et quand cela arrivera-t-il ?

S. Sawhney : En 2016, nous avons eu la première année pleine de Kwid. Je vous ai dit combien de silhouettes nous voulions atteindre. A partir de 2017, nous lancerons une nouvelle voiture, chaque année. C’est une feuille de route des plus claires. Vous savez, nous avons déjà intégré le top 10 des principaux marchés du Groupe Renault dans les ventes. Nous avons, dans le plan Drive the Change, un objectif qui est de faire de l’Inde un marché très important. D’ici 2020/2021, ce sera le troisième marché mondial. Nous faisons donc un très bon début, et nous construisons, pas à pas, nos fondations pour continuer demain.

« Nous sommes n°6 du marché mais sur les mini-cars, Hyundai et Maruti sont nos concurrents »

TA : Quels sont vos concurrents ?

S. Sawhney : Les 5 autres constructeurs devant nous, puisque nous sommes 6e. Mais face à Kwid, deux ressortent : Maruti et Hyundai.

TA : Où en êtes-vous du développement du réseau commercial de Renault en Inde ?

S. Sawhney : Nous cherchons à cultiver une installation dans le long terme en Inde. Sur place, nous grandissons extrêmement vite. Nous avons maintenant 270 points de vente, alors que nous n’en avions de 205 au début de l’année 2016. Cela fait donc 65 de plus, et l’expansion de notre réseau continue. Nous voulons d’abord être dans toutes les villes, puis ensuite ouvrir plusieurs concessions dans les villes les plus importantes. En 2017, nous prévoyons d’ouvrir 50 nouveaux points de vente, nous serons donc d’ici 2018 à 320 outlets dans le pays. Et pour de l’après-vente, nous avons 25 camions-ateliers itinérants qui sillonnent le pays. Ainsi, nous nous faisons connaître et nous montrons nos produits.

TA : Pas facile de partir de rien et de faire face à un succès comme la Kwid dont les délais de livraison ont vite explosé !

S. Sawhney : L’Inde est aussi un marché complexe. Vous savez, nous sommes un Etat, mais aussi un continent. Chacun de nos 29 Etats est différent, avec plusieurs langues, plusieurs philosophies, plusieurs sociétés… Il est difficile de tout couvrir, de se faire connaître et de communiquer auprès de tout le monde en même temps. C’est un peu comme si nous avions à entrer sur le marché européen !

« Kwid représente 1 modèle sur 4 produits à Chennai »

TA : Renault possède avec Nissan l’usine de Chennai pour produire la Kwid, le Duster, le Lodgy, la Datsun Redi-Go… Ne va-t-il pas falloir en construire une autre pour suivre la croissance des ventes ?

S. Sawhney : Non, Chennai est prête pour le futur. Nous avons accru notre capacité de 400 000 à 480 000 voitures par an. Mais avec 110 000 unités annuelles, Kwid représente 1 modèle produit sur 4.

TA : Vous produisez également pour l’export d’ailleurs…

S. Sawhney : Oui, nous vendons Kwid au Sri Lanka où Renault est devenu grâce à elle la 2e marque du pays ! Depuis juin, nous sommes sur le marché Népalais. Et en 2017, Chennai produira aussi les Kwid pour le Bhoutan et le Bangladesh. Cela va nous permettre d’assurer notre croissance durable.

TA : On ne peut pas s’empêcher d’évoquer les déboires de la Kwid en sécurité aux crash-tests, marqués par un 0 étoile au Global NCap. Au dernier crash-test, la version avec airbag a décroché 1 étoile mais c’est encore peu.

S. Sawhney : Je comprends votre remarque. J’aimerais simplement dire que dans son communiqué de presse, le Global NCap a parlé de « bons efforts » à propos de Renault. La sécurité, ce n’est pas un mot anodin pour Renault et nous concentrons nos efforts pour dépasser les objectifs dessus.

TA : Aujourd’hui, la Kwid est proposée avec 2 moteurs, 0,8 l de 54 ch et 1,0 essence de 68 ch. Quelle est la particularité de ce moteur et allez-vous en lancer un autre encore plus puissant prochainement ?

S. Sawhney : Avec ces deux moteurs, nous couvrons maintenant tout le segment.

TA : Des possibilités d’électrification ?

S. Sawhney : Je ne commenterai pas là-dessus. C’est trop tôt pour l’Inde car nous n’avons presque pas de bornes de recharge. Il y a beaucoup de choses à faire en infrastructures avant. La position du Président Ghosn sur l’électrique, c’est que le prochain marché-cible est la Chine.

TA : Dernière question, sur vous, M. Sumit Sawhney. Où étiez-vous avant de venir chez Renault et que pensez-vous de Renault ?

S. Sawhney : J’étais chez General Motors comme Chef des opérations commerciales. Mais maintenant ma vie est chez Renault et je trouve que ce voyage, de Delhi à Paris, c’est un témoignage de la solidité et de la qualité de Renault. C’est très importants en Inde car les clients sont à la recherche de qualité. Et se dire qu’aujourd’hui, Renault est première marque européenne en Inde face à Volkswagen, Fiat, Skoda… c’est un bel exploit.

TA : Merci M. Sumit Sawhney pour cet entretien.

Photos et propos recueillis par François M.