Le Nouvel Automobiliste
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Histoire de la Renault Clio [3/4] : 2005, tout ce que l’on demande à une voiture ?

Cette année 2016, la Renault Clio fête ses 26 ans. Pour célébrer ce passage au-delà du quart de siècle, la rédaction de The Automobilist a décidé de revenir sur les quatre générations de la citadine dans leurs époques, sur l’histoire d’une muse automobile au style en mouvement, et sur la culture publicitaire ainsi que son destin commercial. Troisième épisode maintenant avec l’histoire de la Clio III (2005-2014), la Renault Clio devenue le modèle de référence du segment des citadines.

Une Renault Clio qui doit être parfaite

Un peu de contexte pour commencer la rétrospective de la Clio III. A son arrivée au milieu des années 2000, Renault est à l’aube de profondes transformations. Le constructeur traverse une grave crise de confiance de ses clients vis-à-vis de la fiabilité de ses modèles, suite à des casses moteur et des problèmes électroniques. Une période regrettable, d’autant que Renault devenait au même moment le premier constructeur à avoir l’ensemble de sa gamme 5 étoiles au crash test.  A l’inverse, sur les marchés émergents, le Groupe développe via sa marque low-cost Dacia les premiers véhicules bon marché moderne, suivant une démarche toujours pas égalée aujourd’hui.

A la rencontre de ces tendances, le projet X85. La Renault Clio doit être à la hauteur des attentes, qui sont une montée en gamme de Renault, une sécurité maximale, et une fiabilité sans faille. Pour le design en revanche, les courants du début des années 2000, ceux du « Créateur d’automobiles » inspiré de l’architecture anguleuse, ne sont pas totalement repris. La Renault Clio III sera une petite Mégane, mais pas une Mégane en réduction. Ou plutôt, elle faillit l’être… car les premiers sketchs, en 2002, montrent une forte inspiration avec la compacte du Losange.

Longue de 3,99 m, la Renault Clio grossit de près de 20 cm par rapport à la Clio II afin d’augmenter son espace à vivre, son volume de coffre, et créer une zone de déformation frontale pour les crash-tests. L’époque est à l’allongement aussi chez les concurrents.

Après la période de « l’angle-roi » (Mégane II, Espace IV), les stylistes de Renault retrouvent le chemin des rondeurs avec la Modus (2004). La Renault Clio se trouve à mi-chemin entre ces deux tendances, avec certes des lignes tendues mais des optiques malgré tout arrondies. L’ensemble n’est pas révolutionnaire mais est homogène et bien dans son époque. Elle saura inspirer, en partie, les lignes de la Toyota Yaris III, lancée en 2010… Les phares conservent des moustaches amoindries autour du Losange, tandis qu’un bouclier spécifique est créé pour la Clio R.S.

A bord, l’intérieur est dans la tendance des habitacles des récentes Mégane et Scénic : des aérateurs centraux joints, des ambiances beige en niveaux 3 et 4 -Privilège et Initiale, et une belle qualité avec des plastiques moussés à cœur. Longtemps, la Clio est leader de la qualité perçue dans le segment, devant la VW Polo ; et à certains égards, la Clio IV, même restylée, ne fait toujours pas aussi bien !

La Renault Clio III est, enfin, la Clio des « scoops », ceux d’Auto Plus qui au milieu des années 2000 traque prototypes et pré-séries en tests. Certes la pratique est courante depuis les années 80 mais les Clio I et II étaient passées entre les mailles du filet… Pas la III !… qui nous parle d’un temps où les prototypes étaient très peu camouflés !

The Clios and the Papas

Le présentation de la Renault Clio III par la Présidence du Groupe a lieu en juin 2005. C’est un moment intéressant, car depuis le 29 avril, le Groupe Renault a changé de P-DG : Carlos Ghosn succède à Louis Schweitzer. Le « Cost killer », auréolé du redressement réussi de Nissan, revient dans la maison-mère où il avait déjà appliqué ses méthodes entre 1997 et 1998 avec pour ambition de rationaliser les coûts. C’est ainsi que, lors du lancement de la Clio IV, Renault précisera bien vouloir lancer une Clio « rentable », ce qui après coût signifie que la « III » ne l’était pas. Pour l’heure, en 2005, M. Ghosn pose fièrement à côté de sa première Renault :

Deux ans après le lancement de la Clio III, Renault présente au Salon de Francfort la Clio Grandtour concept : c’est la future Clio Estate, habillée en break de chasse à 2 portes. Chose rare chez les citadines, Renault reprend là la recette appliquée avec succès par la concurrence du petit break, à savoir la Peugeot 206 sw, la Skoda Fabia ou encore la VW Polo break. Autre concept présenté, celui-ci dès 2006, la Clio Renault Sport, qui donnera la version sportive éponyme.

En revanche, pour cette troisième génération, pas de Clio tricorps à compter. Sur les marchés internationaux, la partition « modèle à coffre » est désormais jouée par un modèle plus accessible : la Logan. De plus, la montée en gamme de la Renault Clio III doit lui permettre de pouvoir suffisamment se distinguer de la Sandero en Europe, où les deux modèles sont proposés sous les mêmes showrooms.

Un design homogène

La Renault Clio II, malgré un design consensuel voire fade, eut la carrière couronnée de succès. Pour la Clio III, l’ensemble est plus homogène, mais toujours pas révolutionnaire. Le design de cette Clio III est très intéressant à analyser dans le sens où elle a imposé la tendance de l’époque, celle des citadines qui n’en sont presque plus avec leurs 4,00 m de long. Toutes les concurrentes suivent cette valeur étalon : Peugeot 207, Opel Corsa, Fiat Grande Punto, entre autres.

Elle arbore une certaine élégance -et une élégance certaine- sous une prudence bienvenue, au ressenti plutôt féminin, notamment à l’avant avec la forme des projecteurs qui rappellent des yeux sur certaines versions haut-de-gamme au xénon. La double moustache qui englobe le logo agrandi reprend le code stylistique vu pour la première fois sur le concept Initiale en 1995 et sur la Vel Satis en 2001, dans un style affiné.

Le nez plongeant montre une volonté d’affirmation et de domination de la route. La route, ce sujet tabou dans le segment des citadines, devient un autre terrain de jeu en plus de la ville pour la Renault Clio. Bonne autoroutière intrinsèquement, la voiture traduit cette aptitude par un style tournant autour de la sécurité : on a voulu rassurer le conducteur sur tous ses trajets, courts comme longs. D’où la prise de centimètres conséquente entre elle et son ainée de 1998 (+ 18 cm de long, +8 cm de large et +7 cm de haut).

De profil, on distingue une masse générale rondouillarde et portée vers l’avant. La ceinture de caisse inclinée et l’épaulement de plus en plus large traduisent de façon plus explicite ce sentiment de sécurité. Si les surfaces vitrées latérales ont grandi, on ressent déjà les prémices du code « 2/3 1/3 » : 2/3 de carrosserie pour 1/3 de surface vitrée.

A l’arrière, la lunette plus petite et plus verticale que sur la précédente mouture, tandis que les pare-chocs et le coffre se veulent plus robustes tout en étant fondus dans la carrosserie.

La grande nouveauté concerne le break Clio Estate, Sport Tourer, Grand Tour ou Grand Clio selon les marchés. Produit à Bursa en Turquie, il rejoint la gamme en 2008. Si la face avant ne change pas, le profil devient soudainement plus lourd, avec un porte-à-faux arrière très long. Le dessin du hayon, très arrondi, finit par provoquer par le fameux effet « sac à dos » des breaks. Néanmoins, cette rondeur exacerbée offre un sentiment de robustesse à l’arrière du modèle, comme s’il était prêt à partir, chargé comme un mulet. Cela bénéficie à l’espace de chargement, supérieur à celui de sa rivale, la Peugeot 207 SW. On note aussi la présence d’un seuil de chargement plus bas et d’une modularité intérieure assez élaborée pour rabattre tous les sièges et offrir jusqu’à plus de 2000 dm3 de chargement. La lunette arrière agrandie et les renforts du pare-chocs arrière rassurent au même titre que sur la version classique.

En 2009 arrive le restylage. La Clio reprend les inspirations des Renault du moment, la Twingo II et la Laguna III, avec une absence de calandre. Cela lisse sa présence dans la gamme et la rend plus élégante. La couleur unie, la grande bouche du pare-chocs avant, laissant déborder 2 dents sur les projecteurs, mais aussi le nouveau dessin des feux arrières contribueront à une sorte de montée en gamme visuelle du modèle. Une version GT avec élargisseurs de bas de caisse, peu subtils, arrive. Petit clin d’œil à la Renault Clio II de 1998, la fine calandre en forme de stick a été reprise sous le logo Renault.

La Renault Clio R.S. reçoit un restylage conséquent qui prête à discussion : si la phase 1 est harmonieuse, la phase 2 adopte une grosse bouche grise ou noire qui sort du pare-chocs avant. Cette lame F1 dans la partie inférieure du pare-chocs, qui n’apporte pourtant rien en termes d’harmonie stylistique, a pour autant été léguée à la Mégane R.S., la Twingo .R.S ainsi qu’à la Clio IV R.S…. Pour sa fin de carrière, la Clio III devint Clio Collection, sans modification esthétique par rapport à la phase 2 de 2009.

Les présentations étant faites, passons au détail des différentes versions de la Clio III, en page 2.