Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Histoire de la Renault Clio [2/4] : 1998, que reste-t-il aux grandes ?

Cette année 2016, la Renault Clio fête ses 26 ans. Pour célébrer ce passage au-delà du quart de siècle, la rédaction de The Automobilist a décidé de revenir sur les quatre générations de la citadine dans leurs époques, sur l’histoire d’une muse automobile au style en mouvement, et sur la culture publicitaire ainsi que son destin commercial. Deuxième épisode maintenant avec l’histoire de la Renault Clio II (1998-2006-2016), le modèle de la confirmation qui eut un destin mondial.

La succession d’une Muse

La Renault Clio I fut un beau succès : 4 millions d’exemplaires vendus, un leadership en France incontesté, une image bien installée sous le fameux slogan « Elle a tout d’une grande », et des prestations qui ont séduit tout le monde, que ce soit pour les particuliers, les sociétés, ou les clients friands de sport ou de compétition. Vient donc la question fatale : comment lui succéder ?

Tout d’abord, le contexte a changé par rapport à la Clio I. Renault, leader du segment B, est le constructeur qui impose à l’époque ses tendances sur les citadines, la Clio étant épaulée de la Twingo. Il n’y a guère que la Punto de Fiat pour lui faire concurrence.

Réinventer la ville, réinventer Renault

En interne, la philosophie de Renault évolue : sous la férule de Patrick Le Quément et de quelques designers (Jean-Pierre Ploué, Thierry Metroz, Christophe Dupont), le slogan marketing des « Voitures à vivre » se traduit sous la forme de véhicules familiaux, spacieux, au design chaleureux, inspiré par le courant du Bio Design. C’est la phase 1 de l’ère Le Quément, avant celle plus conceptuelle et architecturale qui est amorcée par le concept-car Initiale en 1995.

Le style de l’époque assume les rondeurs, et deux concepts présentés en 1994 : la Ludo, dessinée par Christophe Dupont, et le Modus. La démarche de recherche stylistique de Renault va cependant plus loin : nous sommes 4 ans après le lancement de la Renault Clio I, et c’est plus largement une réflexion complète sur la circulation en ville que Renault engage. C’est le projet « Les Citadines ». Seuls les Modus et Ludo voient le jour comme concept-cars, mais on compte aussi 3 mini-véhicules urbains électriques appelés « Ampératrices » et un trolleybus articulé baptisé City-Site. Ces modèles sont intégrés dans une modélisation de circulation en image de synthèse. Une façon d’inventer la ville du futur…

Si le projet Ampératrices nourrit la réflexion à long terme de Renault, le constructeur national est aussi l’un des premiers à réfléchir sur son passé. Alors que la mode n’est pas encore au néo-rétro,  Renault présente en 1996 une étude de style, la Fiftie, qui par son nom rend hommage à la 4CV. Sous une teinte jaune d’or, aux lignes lisses, seulement deux places et deux portes, contre 4 sur l’originale, des moustaches de chrome, et la silhouette bossue de citadine de l’après-guerre. Les panneaux de portes sont en rotin, les sièges recouverts de coton et de lin, et le moteur est un 1,2 l essence de 60 ch… installé à l’arrière, la tradition est respectée. Présentée au Salon de Genève, cette étude, code Z07, ne connaîtra pas de suite industrielle. A cette époque, la Renault Clio II a déjà son design figé : c’est le projet X65.

1998 : Renault Clio, deuxième acte

C’est en 1998 qu’apparaît la deuxième génération de Clio. Le tournant stylistique est palpable : la Renault Clio I et ses longues lignes tendues laisse place à une voiture rondouillarde, dont la lunette arrière bombée est directement inspirée du concept Ludo de 94. Conviviale avec son regard sage, plus accessible avec une meilleure hauteur, elle est très habitable tout en demeurant compacte. La refonte est ainsi totale : volume général, courant stylistique, dotation de série, plateforme, caractéristiques techniques, etc. Même la typographie du logo « Clio » a changé, c’est dire !

Renault est à l’époque, en cette fin de décennie 90, en pleine réorganisation : le plan Ghosn permet de réduire les coûts, d’augmenter les marges ainsi que les prix de vente, tandis que Louis Schweitzer poursuit deux buts : rendre l’automobile plus accessible, et les livraisons de modèles neufs plus rapides (en 10 jours voire une semaine).

D’un point de vue rationnel, la Renault Clio II rassemble « tout ce qu’on attend d’une voiture », comme dira le slogan de la prochaine Clio III. Cependant, tout ceci manque de charme et, en cette matière, une nouvelle concurrente fait son entrée : la Peugeot 206. Echaudée par une 106 trop petite et une 205 à la carrière à rallonge, la marque Sochalienne réinvestit enfin dans le segment B avec un modèle, qualitativement moyen, mais avec design signé Murat Günak qui plaît beaucoup. Elle a l’agressivité que n’a pas la trop-sage Clio II phase 1.

Pour autant, en prestations, Clio et 206 sont similaires. Pire, leurs cote n’évoluent guère par rapport à la Renault Clio I : l’habitabilité stagne, voir régresse, notamment à l’arrière ; le coffre est plus petit (255 dm3, contre 265 dm3 pour la précédente Clio). La qualité de finition stagne, chez Peugeot comme Renault, mais l’équipement de cette dernière est cependant en net progrès, puisque les airbags frontaux par exemple sont désormais de série et l’ABS se généralise. Seulement voilà, la 206 gagne le match du cœur. Comme dit son slogan, « on peut encore être ému à notre époque ».

Il faut attendre 2001 pour que Renault revoit sa copie, très vite d’ailleurs et très tôt, 3 ans seulement après le lancement. La phase 2 introduit un design plus musclé dans la face avant, plus anguleux aussi, avec une calandre à moustaches plastique. Ces optiques, combinées à deux avec un rond central cristal, la Renault Clio II les conserve pour toute la décennie, disposant suivant les années de nouveaux boucliers et hayon. Elle reste au catalogue en Europe malgré la venue de sa remplaçante et devient Clio Campus, tandis qu’en Amérique du Sud sa carrière continue, sous le nom de Clio Mio, après un ultime restylage intervenu en 2013.

L’histoire de cette évolution de gamme ainsi que le palmarès sportif de la Renault Clio II, c’est en pages suivantes.