Le Nouvel Automobiliste
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Genève 2017 : la Toyota i-Tril par ses créateurs

Le salon de Genève a refermé ses portes, mais nous n’avons pas encore fini d’en parler sur The Automobilist ! Revenons un instant dans les allées du Palexpo pour nous intéresser à un concept étonnant : la Toyota i-Tril. Nous avons pu rencontrer 2 de ses créateurs pour une séance de question réponses sur la création de cet objet roulant non identifié.

The Automobilist : Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment est né ce projet ?

  P.S. : Je m’appelle Patrick Scheelen, senior manager long term planning, basé à Bruxelles pour Toyota Motor Europe, nous avons réalisé le projet conjointement avec l’équipe de Pierre (Romeo, designer à l’ED2 de Sofia Antipolis, NDLR) à Nice dans notre centre de design. Le projet portait sur la mobilité future, pour 2030. C’est un projet global, une sorte de compétition entre TMC au Japon, aux US en Chine et en Europe. Monsieur Toyoda lui-même nous a demandé : comment envisager la mobilité dans le futur en Europe. On a commencé avec une analyse géographique puis une analyse démographique. Lorsqu’on parle de mobilité urbaine, on pense souvent à de grandes villes comme Shanghai, Toyko, New York, etc, mais en Europe les villes sont organisées différemment, le réseau de voies publiques n’est pas le même qu’ailleurs dans le monde, avec notamment des centres historiques importants. La ville européenne type est définie comme SMESTO, ce qui signifie Small Medium Sized Towns, et entre 70 et 80 % de la population du continent est concentrée dans ce type de ville de moins de 50 000 habitants. On a ensuite étudié le consommateur du futur : qui va conduire, comment va-t-il utiliser les moyens de mobilité ? On a constaté que les foyers seront plus petits, avec plus de couples sans enfants ou de personnes seules, on s’est donc focalisé sur ces personnes pour concevoir l’i-Tril.

On a en quelque sorte renversé l’architecture automobile, car on a souvent constaté que dans les focus group interviews les consommateurs nous remontaient souvent que personne ne voulait s’installer à l’arrière : pas de visibilité à cause des appuie-tête, peu de contact avec les personnes à l’avant… Nous sommes ainsi partis sur l’idée d’une structure avec un conducteur placé au centre et les passagers de chaque côté. De cette façon, même quelqu’un de grand n’aura aucun mal à s’installer et aura autant de place que dans un véhicule du segment D et aura une vue dégagée.

On a ensuite donné ce brief à Pierre et avec ces éléments il a commencé à dessiner la voiture.

T.A. : Il y a quelques années, vous avez présenté l’i-Road qui s’est finalement retrouvé dans la rue pour des tests grandeur nature auprès du public, à Grenoble notamment, peut-on imaginer la même chose avec la Toyota i-Tril ?

  Pierre Romeo : On pourrait, mais aujourd’hui ce n’est pas sur les rails, il s’agit juste d’un show-car, on va voir demain ce que Toyota va vouloir en faire. Il y a bien entendu un lien avec l’i-Road : le « leaning » (l’habitacle qui se penche en virage, NDLR) est un élément unique chez Toyota, qu’on a voulu conserver dans une voiture plus focalisée sur l’Europe, notamment au niveau du design pour apporter une émotion qui correspond plus à ce qu’attend le client européen. A l’intérieur, nous avons fait un contraste de couleur, avec un cocon violet et jaune, et nous avons voulu aussi apporter du plaisir par le biais des matériaux, sans utiliser de plastique noir lisse ou tout plat, pour éviter de se retrouver avec un véhicule aseptisé ! Le futur ça n’est pas ça ! On doit pouvoir prendre du plaisir en touchant les matériaux, comme dans un bon canapé lorsqu’on empoigne un coussin. On est dans une atmosphère simple, chaleureuse, technologique mais avec une technologie sous-cutanée, qui ne s’expose pas, sans boutons apparents, intuitive et « soft ». On imagine un futur où l’on parle à la voiture : du coup, plus besoin des boutons d’aujourd’hui.

L’i-Tril est autonome, cela fait aussi partie du concept : voyez « l’œuf », la partie de la planche de bord ici rentrée qui prend la place du volant traditionnel. Nous avons également incorporé un éclairage dynamique : si la voiture tourne à gauche, la planche de bord va s’illuminer à gauche pour vous prévenir de l’action à venir.

T.A. : Est-il tout de même possible de la conduire soi-même ?

  P.R. : Oui, bien sûr, mais pas grâce à un volant ! Des joysticks se déploient, on veut réinventer les codes de l’automobile : on s’adressera à des clients qui ont aujourd’hui 10 ans, fans de jeux vidéo, qui ont d’autres références. On oublie également les pédales, pratique pour les femmes qui voudront conduire en talons aiguille ! On accélère et freine avec les joysticks, c’est très intuitif.

On a des matériaux recyclables, du bois au sol, pour rendre le tout chaleureux, émotionnel, simple.

T.A. : Au niveau du moteur, il s’agit d’un bloc 100 % électrique ?

  P.R. : Oui, nous avons 2 moteurs électriques embarqués dans les roues arrières. Les batteries sont logées dans le « rear-pod » et sous la banquette arrière.

T.A. : Le concept est-il roulant ?

  P.R. : Non, seul le leaning est fonctionnel ici. Nous verrons plus tard si nous le faisons évoluer.

T.A. : Imaginons une commercialisation : à partir de quel âge pourrions-nous la conduire ?

  P.R. : Pour l’instant, nous n’en savons rien ! La législation automobile va de toute façon certainement évoluer, notamment avec l’arrivée de la conduite autonome, donc on navigue dans le flou ! Pour l’instant nous ne sommes qu’au stade du show-car, Toyota attend de voir s’il y a un intérêt pour penser à la suite.

T.A. : La Toyota i-Tril donne-t-il des indices de style sur les futures productions de la marque ?

  P.R. : Non ! On nous a demandé de travailler pour 2030, donc notre but est de casser les codes d’aujourd’hui, de réinventer, on n’est pas du tout dans les contraintes actuelles de la production.

T.A. : N’y a-t-il pas un contraste entre le plaisir de conduite revendiqué avec l’inclinaison de l’habitacle dans les virages et la conduite autonome un peu ennuyeuse ?

  P.R. : C’est une bonne remarque ! C’est ce que l’on se pose comme question en tant que designer, car lorsqu’on est en voiture autonome, on perd le plaisir de conduire. Mais on va en réinventer d’autres ! Au travers d’autres fonctions, comme la rotation à 360° des sièges, permettant de faire face aux passagers. Et même si on ne conduit pas, la voiture est toujours en mouvement, et on peut toujours prendre du plaisir tout de même ! L’époque d’aujourd’hui est formidable pour nous, car on doit tout repenser, les codes du plaisir, les fonctions à l’intérieur de la voiture, on se démarquera des concurrents par l’expérience de ce qu’on fera à l’intérieur de la voiture, et ce plus qu’avec une identité visuelle comme aujourd’hui. Les marques vont s’orienter vers cette expérience pour plaire.

T.A. : Pensez-vous que ce genre de voiture a un avenir chez tous les constructeurs ?

  P.R. : Le mode autonome, les voitures électriques, tout le monde va y venir. Mais ici je pense qu’on a créé ici quelque chose qui casse un peu tous les codes que l’on peut voir sur le reste du salon.

  P.S. Dans la tête de beaucoup, la voiture autonome c’est simplement se laisser conduire d’un point A à un point B. Nous voulons y rajouter le côté fun, pour montrer que le futur électrique peut être intéressant.

T.A. : On voit sur ce concept, et sur beaucoup d’autres, des coloris originaux à l’intérieur, et au final en série on se retrouve toujours avec comme choix noir ou noir clair. Est-ce parce que les clients ont peur de l’originalité ?

  P.R. : Non, c’est lié au process de fabrication en usine. Pour gérer de la customisation, c’est très compliqué. Mais avec les robots autonomes qui vont arriver dans les usines, ça va changer. Ce problème d’outil industriel devrait disparaître. Car on le constate de plus en plus, les consommateurs veulent de la personnalisation : si on pouvait imprimer leur tatouage sur les sièges, ils seraient preneurs !

T.A. : Concernant l’agencement intérieur avec la place centrale et les deux places latérales arrière, pourrait-on le retrouver en série ? L’iQ avait proposé il y a quelques années un autre type d’agencement original…

  P.R. : Effectivement, l’iQ m’a beaucoup inspiré sur le package intérieur. Ce qui était magique dedans, c’est qu’à l’intérieur de cette auto on se croyait dans un segment C ! La perception de l’espace intérieur était vraiment intéressante. J’ai donc essayé de reproduire ce côté bénéfique de la plateforme de l’iQ, en ayant quelque chose de large. Pour ce qui est de la série, il n’y a pas de projet « 1+2 » pour l’instant.

T.A. : Merci à vous deux pour ses réponses et vos explications.

Crédits photos : Romain BRESADOLA et Julien HUET pour TheAutomobilist.fr