Le Nouvel Automobiliste
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Genève 2017 : interview, la Toyota Yaris GRMN en détails

Toyota a profité du Salon de Genève pour présenter en plus de son second restylage une version pimentée de sa citadine : la Yaris GRMN. Nous avons pu nous entretenir avec Stijn Peeters, chef de projet, pour en savoir un peu plus sur cette nouvelle rivale des Clio RS ou 208 GTi sur le segment très disputé des petites sportives.

The Automobilist : Bonjour, pouvez-vous nous présenter cette déclinaison musclée de la Yaris ?

  Stijn Peeters : Voici donc la nouvelle Yaris GRMN, qui comme la Yaris WRC est un dérivé de la Yaris de série, et qui sera aussi fabriquée dans l’usine de Valenciennes. Les modifications sont nombreuses, à commencer par le moteur : c’est la seule voiture du segment B qui est équipée d’un bloc 1.8 l, avec un compresseur, l’idéal pour la compacité et donc pour pouvoir adapter le bloc à un petit compartiment moteur. Nous avons aussi amélioré l’admission, l’échappement, toute la partie refroidissement, donc même si le moteur existait déjà sur d’autres modèles nous avons fait beaucoup de développement d’intégration. Les roues ont été modifiées en conséquence, avec des jantes BBS très légères qui nous permettent de garder une masse totale du véhicule assez basse, un élément essentiel pour les performances mais surtout pour l’agilité, le point fort de la Yaris GRMN. Sur les petites routes des Alpes ou des Pyrénées, elle devrait surpasser toutes ses concurrentes ! Nous avons également retravaillé l’intérieur, avec des touches sportives et surtout de très bons sièges baquets, ainsi qu’un petit volant issu de la GT86.

Pour ce qui est des performances : la vitesse maximale sera au-dessus de 220 km/h, la puissance supérieure à 210 ch, et le 0 à 100 km/h… très proche des 6 secondes.

T.A. : « Au-dessus de » , « supérieure à », vous êtes en phase d’homologation j’imagine ?

  S.P. : C’est ça. Nous n’avons même pas encore réellement commencé le développement de la voiture, l’exemplaire présenté ici est unique et a été réalisé à la main au sein de notre département prototype, nous n’avons donc pas encore d’homologation et c’est pour cela que nous sommes « prudents » quant à l’annonce des chiffres. Mais on vous promet que les performances de la Yaris GRMN seront les meilleures de la catégorie ! Toutefois, on ne se focalise pas uniquement sur les chiffres, mais plutôt sur ce que va ressentir le conducteur une fois au volant.

T.A. : Y a-t-il un différentiel à glissement limité ?

  S.P. : Oui, un Torsen, qui combiné aux modifications apportées au train avant améliore grandement la traction que ce soit en entrée ou en sortie de virage. Nous avons aussi 5 points du châssis qui ont été renforcés et qui sont désormais plus rigides, ainsi que de nouvelles suspensions, de quoi rentre le tout vraiment intéressant à mener !

T.A. : Avez-vous du modifier la partie avant de l’auto pour pouvoir adapter le moteur, ou le bloc moteur lui-même ?

  S.P. : Ce moteur est aussi monté sur l’Avensis, mais nous avons dû le rendre plus compact pour l’adapter sur une Yaris. Ceci dit, toute la partie « combustion » reste identique. Il sera assemblé sur la même ligne de Valenciennes, donc sachant qu’une Yaris sort toutes les 63 secondes, il faudra que ce bloc puisse être monté entre deux versions classiques sans difficulté et sans perte de temps malgré sa taille plus conséquente. On peut à peine glisser un doigt autour (rires) !

T.A. : Y aura-t-il des adaptations sur la ligne de montage pour réaliser cette version GRMN ?

  S.P. : S’agissant d’une série très limitée avec moins de 1000 exemplaires dédiés à l’Europe, il a fallu optimiser le process de fabrication, et on ne pouvait pas former tous les ouvriers à sa fabrication. Il y aura donc des équipes dédiées à cette version, qui interviendront sur la ligne des Yaris classiques. Cette partie « artisanale » de la conception et de la construction est très importante pour nous et pour le badge GRMN. GR signifie Gazoo Racing, notre équipe qui gère notamment le WRC et Le Mans, MN signifie Masters of the Nürburgring. Cela ne veut pas dire que cette voiture sera la reine du Ring, non, mais plutôt que ceux qui la développent sont des pilotes maison habitués de la Nordschleife et qu’elle y sera mise au point. Ce sont eux qui décideront quand les réglages seront parfaits et ainsi quand la voiture pourra être mise sur le marché.

T.A. : Quand la Yaris GRMN sera-t-elle disponible ?

  S.P. : La production débutera cette année, on ne connaît pas encore la date de lancement en France mais les pré-commandes commenceront dès le mois prochain.

T.A. : Les prix seront donc connus en Avril ?

  S.P. : Je ne sais pas encore si on communiquera le prix final ou simplement une fourchette. Cela dépendra de mes collègues du marketing ! Mais il faudra bien que l’on donne au moins une indication aux clients intéressés.

T.A. : Les pneus sont-ils spécifiques à cette voiture ?

  S.P. : Ce sont des gommes Bridgestone du commerce, sans développement spécifique pour la voiture. Ils sont aussi utilisés chez nos concurrents, par exemple sur la Mazda MX-5 ou la Fiesta ST, et correspondaient parfaitement à ce que l’on recherchait au niveau du comportement routier en toutes circonstances et dans toutes les conditions climatiques, et pas seulement sur circuit.

T.A. : Y aura-t-il des jantes plus grosses que les 17 pouces ?

  S.P. : Ça n’est pas prévu. Non seulement car ça serait techniquement compliqué, mais aussi car nous trouvons que c’est le bon compromis entre masse et performance. Mais je suis d’accord, pour le style, ça serait sympa d’avoir du 18 ou 19 pouces, mais pour la conduite ça n’a pas de sens pour moi.

T.A. : La voiture est-elle plus légère qu’une Yaris classique ?

  S.P. : Non, mais nous avons fortement contenu la prise de poids, et il s’agira de la plus légère de son segment des petites sportives. Par rapport à la nouvelle Yaris 1.5 l, elle n’est qu’une quarantaine de kilos plus lourde. Sachant qu’elle dispose d’un bloc 1.8, d’un compresseur, de plus grosses roues, de freins plus gros… c’est plutôt une belle performance ! Les jantes BBS sont 1.5 kg plus légères que d’autres jantes 17 pouces plus classiques. C’est bon pour la masse totale, bien sûr, mais aussi pour l’agilité et le ressenti du train avant. Autre exemple de masse contenue : les disques de freins. Certains cherchent à augmenter leur taille, nous voulions au contraire les plus petits possibles, tout en garantissant de bonnes performances évidemment. Ils disposent de 4 pistons pour un freinage puissant et contrôlé. Nous voulons que nos clients se sentent sereins au volant et aient envie d’augmenter le rythme sans jamais se lasser.

T.A. : Peut-on imaginer une version orientée circuit ? Une sorte de GRMN « + » encore plus allégée, sans sièges arrière, etc… ?

  S.P. : Ça n’est pas prévu pour l’instant, la voiture étant déjà capable d’évoluer sur circuit sans problème. Vous achetez juste un harnais 5 points et elle est prête ! Le but principal de ce type d’auto est d’aller vite sur route, avec un usage piste occasionnel. Si vous ne voulez faire que du circuit, il est à mon avis possible de l’améliorer encore un peu avec des réglages plus extrêmes, mais ça n’est pas notre but avec le badge GRMN.

T.A. : Y aura-t-il d’autres versions GRMN dans la gamme Toyota ?

  S.P. : C’est à l’étude, je ne peux pas en dire plus ! C’est la première GRMN en Europe, mais au Japon il y en a déjà 5 : GT86, iQ (2), Vitz ou Mark X. Affaire à suivre !

T.A. : La ligne d’échappement est-elle spécifique ?

  S.P. : Oui ! La Yaris classique a une sortie de 42mm de diamètre, ça n’était pas vraiment compatible avec cette version ! Nous avons ainsi revu l’ensemble de la ligne de l’avant à l’arrière et inclus une sortie centrale rappelant la Yaris WRC. Le son est vraiment travaillé, sans être trop fort : à allure normale c’est très silencieux, mais lorsqu’on attaque le bruit est vraiment sympa !

T.A. : Il n’y a donc pas de système de génération de son artificiel ?

  S.P. :  Non ! Et c’est là un des avantages qu’il y a à utiliser un compresseur qui contrairement à un turbo ne « tue » pas le bruit.

T.A. : Concernant le style extérieur, il n’y a qu’une seule couleur disponible ?

  S.P. : Oui, la version présentée ici sera la seule disponible avec les stickers rouges et noir, qui avec la teinte blanche représentent les 3 couleurs traditionnelles de Gazoo Racing.

T.A. : Il s’agit donc d’une édition limitée, sera-t-elle numérotée ?

  S.P. : Peut-être… Je pense que ça serait une bonne idée, nous allons en discuter avec les équipes…

T.A. : Si les 1000 exemplaires se vendent en une semaine, allez-vous en produire un peu plus ?

  S.P. : Si seulement ils se vendaient aussi vite ! On fêterait ça avec mes collègues ! (Rires) Plus sérieusement, la déclinaison GRMN se veut très exclusive, donc nous resterons sur cette série limitée uniquement.

T.A. : Le N de GRMN signifie Nürburgring, avez-vous prévu d’officialiser un temps sur le circuit ?

  S.P. : Nos concurrents le font, comme Renault avec la Clio Trophy par exemple, mais ça n’est pas notre objectif principal. Mais si nous devions régler l’auto pour être rapides sur le Nürburgring uniquement, le comportement serait totalement différent et ce n’est pas ce que nous recherchons.

T.A. : Merci beaucoup !

Crédits photos : Romain BRESADOLA et Julien HUET pour TheAutomobilist.fr