Le Nouvel Automobiliste
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Genèse Design : Et le Peugeot 3008 II fut !

Renouveler un succès commercial n’est pas chose facile. Si certains groupes automobiles, notamment Outre-Rhin, jouent la « facilité » en ne modifiant que quelques traits de leurs modèles sans en toucher les volumes, d’autres aiment se compliquer la vie. Peugeot est de ceux-là et, pour remplacer un modèle bouboule et monospaciant, a décidé de ne garder de « 3008 » que le nom.

Bien souvent dans les communiqués de presse et autres éléments de langage propres à la com’ automobile, l’expression « partir d’une feuille blanche » est galvaudée. On l’utilise pour valoriser un produit, au mépris de sa ressemblance avec ses ascendants ou ses contemporains qui ont tous, en langage marketing cette fois, servis de « benchmark ». Mais que serait le monde sans quelques exceptions aux règles élémentaires ? Par son design et l’époque qui le vit naître, le 3008 II de Peugeot correspond bien au fait de « partir d’une feuille blanche ».

Souvenons-nous d’abord de ce qu’était le premier 3008. Initié au milieu des années 2000, à une époque où dominent les monospaces compacts, le 3008 doit devenir l’offre « alternative » du Lion, dans un groupe PSA où le C4 Picasso est désigné pour ferrailler chez les « C-MPV », pour « Multi Purpose Vehicle » du segment C (les « Renault Scénic et consorts », si vous préférez). Certes, Sochaux propose aussi les 307 puis 308 SW, avec sièges indépendants, mais ce n’est pas encore assez. En parallèle, les 4×4 connaissent un état de grâce, alors que les SUV sont -déjà- à l’affût. A mi-chemin, il y a les crossovers, dont le genre est lancé par Nissan et son Qashqai en 2007. Vu comme une alternative pour le positionnement du 3008, le crossover semble, de surcroît, rencontrer le succès. Bingo !

Sur le papier et dans les résultats commerciaux, les cibles sont atteintes, même dépassées. Côté design, c’est moins l’euphorie. Le milieu des années 2000 signe la fin de règne de Gérard Welter, dresseur de Lionnes depuis la 205 au début des années 80, et son successeur, Jérôme Gallix, peine à installer de nouvelles lignes dans un studio Peugeot fidèle aux traditions passées : phares effilés, graaaandes bouches frontales, méplats sur les passages de roues… Heureusement, l’intérieur sauve le 3008 d’une plastique aussi hybride que sa motorisation Diesel-électricité, mélangeant un peu de crossover (boucliers), un volume intérieur de monospace, et une calandre coupe-frites. En partie retapée au restylage, et considérablement revu pour la Chine, le 3008 I n’a jamais réussi à trouver l’équilibre sous tous les angles. Mais comme il s’est bien vendu, on aurait pu penser que Peugeot, à la recherche de succès, se mouillerait peu pour le remplacer.

Entre le 3008 I et le 3008 II, on peut mesurer l’évolution du style Peugeot et de son nouveau maître à penser, Gilles Vidal. Issu de Citroën, le nouveau directeur du design a insufflé, dès le concept SR-1 en 2010, de nouvelles lignes plus subtiles, à coup de pléthores de concepts. De 2010 à 2014, il y eut presque autant de concept-car que nouveaux modèles présentés chez Peugeot… Autant de recherches esthétiques, de ballons d’essais. Et d’observation des demandes clients.

A l’intérieur, où les automobilistes voient et vivent le plus leur voiture, l’i-Cockpit, le nom donné à l’habitacle Peugeot, a séduit et conquis sur les 208 et 308. Petit volant, compteurs en position haute, mise en avant de l’écran tactile central deviennent des éléments nécessaires à toute Peugeot. Le tout dans une qualité de finition qui, depuis la 508, présente très bien. A l’extérieur, sous l’influence du concept HX-1 et de la 508 restylée, calandre aplatie avec Lion intégré, méplats latéraux et optiques fines deviennent norme. Ainsi de la première maquette échelle 1 présentée ici du projet codé en interne « P84 « , datant de 2012.

L’équilibre n’est pas encore tout à fait là mais déjà l’on remarque le capot plus horizontal, pour un profil qui s’éloigne du mono-volume. Le bas de pare-choc est un copié-collé de la 308 tout récemment lancée. Son succès va cependant inviter à plus de réflexion chez Peugeot à commencer par les projecteurs : 100 % diodes, elles intègrent un liseré dans la partie supérieure. Surtout, elles s’intègrent dans la forme du pare-chocs avec des « dents » insérées dans le décroché inférieur des blocs optiques. Le 3008 II final en propose d’ailleurs 2 : un « léger » pour les phares xénon-led sur Access/Active/Allure, et un « acéré » pour les 100 % diodes sur GT et GT Line.

Une seconde maquette du P84 est ainsi réalisée en 2013, bien plus proche des volumes du modèle aujourd’hui produit. La teinte bicolore, ainsi que le bleu pétrole devenu depuis couleur de lancement du 5008 (code P87, directement issu du 3008 II), trouvent là leur origine. Surtout, le pli SUV est définitivement pris. Malgré 2 roues-motrices, Peugeot surfe sur la vague de cette expression magique pour les ventes, puisqu’un quart des voitures vendues en Europe sont aujourd’hui considérées comme des SUV. Pour réussir sa mutation et se positionner en face de références reconnues (VW Tiguan, Nissan Qashqai) ou en devenir à l’époque (Renault Kadjar, Seat Ateca), il faut que le 3008 se trouve classé parmi eux, il va donc en prendre tous les clichés, des protections latérales aux chromes, en passant par la faible surface vitrée ou le léger décroché arrière.

Le P84 est aussi le reflet des inspirations de l’époque et il semble que pour cette seconde maquette, l’influence de la berline Exalt était forte. Sa calandre verticalisée, une partie de ses optiques et de son boucliers se retrouvent transposés sur la maquette échelle 1. A l’arrière, les feux en griffes boomerangs sur fond noir font leur apparition, également suite à l’Exalt. Une Exalt qui, souvenons-nous, fut aussi la première à présenter l’intérieur avec un tunnel central plat que surplombait un petit levier de vitesse, clos par un épaisse poignées à droite, et proposant au conducteur un volant quadrangulaire. Autant de jalons dans la réflexion de l’i-Cockpit du 3008 II… même si le futur écran tactile 8 pouces n’est encore qu’un iPad !

Vient enfin l’avènement d’un troisième concept inspirateur : le Quartz. SUV sportif et hybride, il est tel un 3008 rendu extrême par ses choix esthétiques. Tout est exagération en ses lignes, de ses projecteurs sans glace aux rétrocaméras jusqu’aux filaments de diodes des feux. La bicolorité de la coupe franche est exposée par deux fois, en gris/orange d’abord, puis en bleu/noir. Par son profil plongé vers l’avant, le Quartz ajoute les derniers traits qui manquaient à la maquette du 3008 P84 de 2014 : du dynamisme. Et de ce dynamisme naît le statut qui fait, avec la position de conduite surélevée, le succès des SUV : ils apportent du statut social, ils impressionnent, et font de leur conducteur quelqu’un se sentant valorisé. D’après la Chef du projet Marion David, c’est une perception qui joue aussi sur la clientèle féminine, dont l’esprit trop genré du monospace classique a fini par les en détourner.

La touche finale du 3008 fut ensuite ajoutée par détails : de l’encoche latérale sur l’aile aux feux, finalement au bandeau plus large, en passant par l’i-Cockpit qui récupéra, au dernier moment, son petit volant au coût préalablement biffé par les gestionnaires, les derniers moments du projet P84 avant son gel définitif furent comme souvent, des moments de précision.

Depuis testé et très apprécié durant les essais presse par Eddy, le 3008 a débuté sa carrière sur les chapeaux de roues. Il commence aussi en Chine, sous le nom de 4008. Et dans un marché aussi dynamique que les SUV, profitant de son intérieur atypique et addictif autant que de son châssis réussi, le 3008 doit malgré tout beaucoup aux équipes de design qui en ont défini, 4 ans durant, l’esprit qui devait devenir un succès commercial. Un beau travail de réflexion que les photos de cet article, celles -bien visibles !- de L’Est Républicain mises à part, proviennent d’un article publié par nos confrères britanniques d’Auto Express.

De telles images permettent de bien se rendre compte de l’évolution d’un projet. De la présence de petits comme de grands éléments stylistiques du début à la fin d’un projet, ou leur apparition en cours de route à l’image des pinces chromées dans les anti-brouillards, ou de la calandre verticalisée, ou du tissus proposé par l’équipe Couleurs & Matières. On espère que d’autres constructeurs se plieront au jeu de ces genèses design, car pour l’heure c’est un jeu en partie français sur The Automobilist avec le Renault Scénic IV, la Bugatti Chiron et également chez PSA, la Citroën C4 Cactus.

Edit : la page Facebook de Claymobil a également mis en ligne ces clichés :

Pour tout savoir sur le Peugeot 3008 II :
– la gamme complète avec la version GT et les tarifs
– notre découverte statique
– nos interviews
– nos photos en situation réelle
– notre essai dynamique.

Via L’Est Républicain, Auto Express, Peugeot

Cet article est le 4000ème publié sur The Automobilist.