Le Nouvel Automobiliste
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Genèse Design : Et la Bugatti Chiron fut !

C’est assez rare que les constructeurs rendent publiques leurs recherches de design. Le risque de voir de bonnes idées inspirer la concurrence, ou de futures lignes fuiter dans la presse, les pousse bien souvent à ne pas montrer leurs projets de recherche, et lorsqu’ils le font, c’est le plus souvent inscrit dans la com’ plus globale d’un nouveau produit (ici le Scénic, là le C4 Cactus) sous forme de storytelling. Aujourd’hui, c’est Bugatti Chiron qui se prête au jeu du « ce à quoi j’ai failli ressembler » et du « comment l’on en est arrivé là ».

C’est à partir d’images du site américain Road Show by CNET que nous avons pu en apprendre un peu sur l’origine des lignes de la supercar Chiron. A l’origine du projet, il y a bien-sûr le concept même du véhicule, celui d’une sportive ultime, meilleure encore que la -déjà- ultra-puissante Veyron. La reconduction du moteur W16 à 4 turbos, des 4 roues motrices, de la boîte DSG, et la volonté de faire de la Chiron la descendante de la Veyron entraîne la poursuite d’un volume globale assez similaire entre les deux voitures.

Courte (4,54 m), très large (2,03 m) et basse (1,21 m de hauteur), la Chiron n’arbore aucun aileron (ce dernier se déploie électriquement) et réussit à intégrer ses prises d’air de façon harmonieuse, que ce soit en calandre (avec la célèbre forme de fer à cheval) ou sur les côtés. Sur les flancs, où Frank Heyl, le Directeur du design extérieur de Bugatti, a voulu rendre hommage à la signature même d’Ettore Bugatti, en reproduisant la courbe de son « E ». On retrouve aussi cette idée de cette demie-ellipse latérale vitrée d’une Type 57 Atlantic. Le design de la marque française appelle ce gimmick la « Ligne Bugatti ».

Cette demie-ellipse, nous avons failli la retrouver dans la face avant de la Chiron. Le designer Sasha Selipanov, auteur des lignes de la Chiron avec Frank Heyl, avait remporté le concours interne au Groupe VW avec une proposition sans phares ! Enfin, seulement visuellement, car leur forme était réduite à un filament de diodes ceignant le liseré des prises d’air. Une technique déjà vue pour une poupe (McLaren P1) mais qui aurait été une première pour une proue ! Avec un risque : comment se faire reconnaître sans regard ? C’est peut-être ce dilemme qui a poussé Bugatti à revenir à des projecteurs classiques, toujours 100 % diodes, mais plus identitaires via le regard « 8 yeux » aux liserés en carrés.

Bâtie sur une structure en fibre de carbone, la Chiron possède aussi dans ses petits dessous 6 sorties d’échappement, dont seules 4 sont visibles de l’extérieur. La partie arrière, dont la barre de feux sépare les flux d’air, a pour tâche de refroidir le moteur et d’asseoir le véhicule à haute vitesse. D’où la présence d’un immense diffuseur, et de larges sorties d’air pour que le moteur évacue l’air chaud.

A bord comme pour le moteur, tout n’est qu’orfèvrerie. La capacité de la voiture (420 km/h bridé électroniquement, 6700 tr/min de régime pour obtenir les 1500 ch…) nécessité une information qui puisse être claire, simple, tout en étant élégamment dessinée et moderne, avec l’ordinateur de bord. Le cockpit lui reprend le tête du E, en séparant les passagers avec un tableau de bord à l’ovale symétrique. Construite à la main, la Chiron est -malgré ses 500 exemplaires + quelques prototypes d’étalonnage- une pièce unique quasiment, à tel point que le constructeur va reconduire une façon d’archiver les modèles produits inaugurée sur la Veyron : à chaque modèle sorti de chaîne, il existe une miniature correspondant en tous points à la version livrée. Une mémoire en réduction.

Supercar accomplie, l’ambition de la Chiron est de redevenir de façon incontestable la voiture la plus rapide du monde, tout en étant l’incarnation de l’exclusivité et du luxe ultime. S’ils lui ont été refusés, les rétro-caméras pourraient être présents sur la prochaine génération ou sur une version encore plus véloce. La Chiron –qui croise déjà à 380 km/h au Mans– pourrait monter à 460 km/h, sans bride cette fois, d’ici 2017. Elle n’en demeure pas moins, dès aujourd’hui, la preuve que l’on peut toujours repousser encore plus loin les limites, et que derrière ces défis, il y a des histoires à raconter.

Via Road-Show by CNET et Bugatti