Le Nouvel Automobiliste
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Formule E : Immersion dans l’E-Prix de Paris aux Invalides

Immersion dans l’E-Prix de Formule E à Paris aux Invalides

Formule E à Paris : acte III. En trois ans, du chemin a été parcouru par les monoplaces électriques promues par la FIA et Jean Todt. Les écuries sont désormais en mesure de modifier les réglages moteur et batterie, et même si elles sont figées, les carrosseries ont évolué. Côté concurrents, de nouvelles griffes ont rejoint la danse dont une britannique, Jaguar Racing. C’est à leurs côtés que nous avons suivi cette manche parisienne à l’ombre des Invalides.

La Formule E à Paris, circuit éphémère sur paysage éternel

Les Invalides : un lieu parisien hautement automobile. Point de passage « obligé » des Traversées de Paris, point de rencontre hebdomadaire des Bannies du côté de la Place Vauban, le circuit du E-Prix de Paris en fait le tour, sur un longueur totale d’1,9 km de parcours. Les stands ainsi que le village sont installés, eux, sur l’avenue du Maréchal Gallieni dans la perspective du Pont Alexandre III. Les bédéphiles ne sont pas sans savoir que c’était là que Jean Graton avait implanté son circuit d’un Grand Prix de Formule 1 à Paris dans 300 à l’heure dans Paris. Ce que la F1 n’a pu réussir, la FE l’a fait, et depuis Michel Vaillant, dans sa « nouvelle saison », y a couru dans Renaissance.

Le quartier est donc un concentré de l’image du Paris éternel, du Paris touristique voire du syndrome de Paris. Belles façades, musée Rodin attenant pour les invités, ou encore le survol de la Seine toute proche sont la garantie de belles images.

Le revers de la médaille

Au sol cependant, l’histoire est différente. Prisonniers de l’attraction terrestre, les visiteurs et spectateurs le sont aussi des contingences. Les fouilles de sécurité permanentes, passent encore. La submersion publicitaire, elle, est une condition d’un tel événement, sans quoi il ne serait pas financé. Par conséquent tout a un nom : une compagnie aérienne parraine la course, un assureur le village… Et puis, même en hauteur dans les tribunes, les spectateurs doivent encore composer avec les grillages, les murets, les écrans, la sono… Bref, tout un univers éphémère, mais contraint.

Mais bon, il y a eu du progrès par rapport à 2016, on ne s’en plaindra donc pas mais si les organisateurs peuvent continuer d’améliorer tout ça, ce sera aussi bien.

Dans les coulisses de l’écurie Jaguar Racing

Ces considérations sur l’organisation dites, prenons la direction de l’écurie au félin britannique. A son arrivée en Formule E en 2016 à Hong Kong, Jaguar était le premier constructeur premium engagé dans la série électrique. Audi est arrivé en 2017, et en 2018, on attend la venue de Porsche et Mercedes ainsi que de BMW.

Pour sa deuxième saison, Jaguar Racing a une nouvelle paire de pilotes : si Mitch Evans est reconduit, Nelson Piquet Jr (champion du monde FE en 2014/2015) remplace Adam Carroll à ses côtés. Avec un total de 88 points au départ de Paris, Jaguar Racing pointe au 5e rang des constructeurs devant Renaut e.dams, dont c’est pourtant la quatrième… et dernière saison avant d’être rebaptisé Nissan.

Rencontre avec l’I-Type II

Côté monoplace, Jaguar court avec l’I-Type II : la carrosserie est la même que les autres voitures, mais le moteur, la transmission et la gestion de la batterie sont propres aux anglais. Dans la ligne des stands, ils sont le premier stand… et l’agitation y fut grande à Paris. La raison ? Deux accidents, pour les deux voitures de Nelson Piquet Jr ! Le pilote brésilien a en effet pris le mur en essais au matin, comme deux autres pilotes… puis a subi une autre déconvenue.

Cependant, une double casse comme celle-ci aurait pu engendrer l’absence de Nelson au départ, faute de voiture pour participer aux qualifications ! Après recours devant la FIA, il est finalement autorisé à prendre le départ en dernière position -pénalités non-comprises.

Au total, cela représente plusieurs heures de travail pour remettre les voitures d’aplomb pour le départ côté techniciens. De son côté, Mitch Evans n’a pas été épargné non plus : avec un problème de boîte de vitesses qui a nécessité son changement, il savait qu’il perdait 10 places sur la grille de départ. Bref, chez Jaguar, à Paris on part derniers, sur un circuit où les dépassements sont aussi rares que difficiles, faute de zone suffisamment dégagée. Seuls deux virages s’y prêtent… Mais bon, Pagnol ne disait-il pas que ceux du dernier rang devaient passer au premier rang ?

Une écurie de Formule E, deux pilotes, quatre voitures

Les stands comportent 2 voitures par pilote : en effet, ces derniers changent de monoplace à mi-course, lorsque la batterie de la première est vide ! La recharge complète durant 1 heure, il leur faut un bolide de remplacement, dont les 200 kW (271 ch) de batterie sont dépensés en, environ, une demie-heure. Tout l’enjeu est donc, comme nous l’explique la responsable de la communication de Jaguar Racing, la gestion de kW sachant que toute économie permet de rouler plus longtemps… mais qu’il faut aussi rouler vite pour défendre son rang et que ça, ça consomme !

Chaque monoplace pèse au minimum 880 kg, et est capable d’un 0 à 100 km/h en 3,7 secondes, pour une V-Max de 225 km/h, pratiquement atteints sur le circuit de Paris.

Si à l’heure actuelle une I-Pace ne partage aucune technologie issue de la Formule E, Jaguar espère dans le futur pouvoir transposer ses solutions de compétition à la série. La carrosserie « figée » ne serait en cela pas un problème, puisque l’équipe dit que cela lui permet de se concentrer sur ce qu’elle maîtrise le plus, le développement technique du groupe motopropulseur. On n’oublie pas non plus la gestion des pneus, pour laquelle Jaguar travaille avec Michelin.

Du côté des autres écuries, l’on remarque des jeux de couleurs. Si beaucoup de teams à l’image de Jaguar, Mahindra ou Audi Sport ABT ont des teintes identiques entre leurs pilotes, Dragon a choisi la carte du positif/négatif entre ses teintes rouges et blanches, pour ses deux pilotes Jérôme d’Ambrosio et Jose-Maria Lopez.

Rendez-vous à la pré-grille de départ

Moment privilégié, nous avons pu remonter la pré-grille de départ. La « vraie » grille se trouve elle Boulevard des Invalides mais, à mi-chemin du départ et des stands, les monoplaces, placées dans leur ordre de départ, sont stationnées pour que chaque pilote monte à bord et que les voitures soient bichonnées une ultime fois.

La foule est dense, chacun cherche à se prendre en photo à saluer une connaissance ; un aéropage divers… à quelques centimètres d’ingénieurs de piste présents pour les derniers réglages. Pour mettre la monoplace dans les meilleures conditions, on utilise des techniques aussi bien modernes… que centenaires ! Côté électronique, les ordinateurs sont de sortie pour analyser les dernières données d’état de la batterie.

Côté refroidissement, on n’a toujours pas trouvé mieux… que la glace parfois, comme au XIXe siècle ! Parce que les batteries chauffent et doivent être gardées à une température suffisamment basse pour donner leur pleine charge, elles sont ainsi rafraîchies à l’arrêt.

Des conditions idéales

Ce jour à Paris, la température dans l’air était de 15°C, celle au sol de 11°C et l’hygrométrie était de 58%. Des conditions pas loin d’être optimales car peu extrêmes.

Dans l’ordre des qualifications, on trouve une première ligne franco-britannique avec d’un côté Jean-Eric Vergne en 1 et Sam Bird en 2, le premier courant pour Techeetah et le second pour DS Virgin Racing. Une première ligne explosive car… ce sont les deux premiers du classement pilotes, et les deux premières écuries du classement constructeurs !

Suivent ensuite la seconde Techeetah, d’André Lotterer, et la Venturi de Maro Engel, et le reste des participants… Ce n’était pas leur jour, mais Jaguar Racing fermait la marche, avec en 18e place Nelson Piquet Jr et en 20e, Mitch Evans. Ce dernier était pénalisé de 10 places sur la grille quoiqu’il arrive pour changement de boîte de vitesses. Et si Nelson n’est pas à ses côtés, c’est parce que  Edoardo Mortara (second pilote Venturi) a reculé de 3 places pour pénalité après un excès de vitesse sous drapeau rouge.

Maintenant que la course s’apprête à partir, on quitte la pré-grille : place à la course !

Une course mouvementée !

Si l’on compare grille de départ et résultat à l’arrivée, on pourrait croire que l’E-Prix de Paris fut plat comme le dénivelé de sa route. Il n’en fut rien, avec la présence d’un trouble-fête, Lucas Di Grassi. Le Champion du monde en titre a surpris tout le monde en prolongeant de 2 tours l’utilisation de sa première monoplace, finissant avec moins de 5% de batterie… mais profitant de 2 tours « ouverts » sans personne pour le ralentir. Une prise de risque payante qui le fait terminer 2e à l’arrivée.

Si Jean-Eric Vergne, porté par le public, a pu rester en tête, il a aussi pu compter sur son coéquipier André Lotterer. Lancé à la poursuite de Sam Bird, André permettait aux deux monoplaces Techeetah de prendre en sandwich la DS Virigin. Avec une tête de course qui ne lâchait pas entre les 4 pilotes, ce qui devait arriver arriva !

Au dernier tour, Lotterer, subissant une perte de puissance, a surpris ses suivants. Di Grassi a pu le dépasser pour y trouver une 2e place inespérée, mais Bird lui est allé au contact et y a perdu sa suspension côté droit. Finissant sur 3 roues, il arrive cependant 3e, alors qu’il semblait avoir perdu ses espoirs de podium. Collé au sol, Lotterer, de surcroît privé de son aileron après le contact de Bird, a perdu quelques points, ne terminant que 6e. Entre lui et les autres, Maro Engel termine à sa place de départ, 4e, et Sebastian Buemi 5e, sauvant l’honneur d’une Renault e.dams partie 8e sur les terres parisiennes.

Résultats et perspectives pour la Formule E

A quatre courses de la fin du championnat, la troisième victoire de Jean-Eric Vergne cette saison, accompagnée d’arrivées toujours dans les points, lui offrent une confortable place de n°1 au classement avec 147 points contre 116 à Sam Bird, son poursuivant. De quoi assurer au moins un abandon -qu’on ne lui souhaite pas en bons chauvins. Le 3e au classement, Felix Rovenqvist, ne totalise que 86 unités -la saison pourrait bien donc se jouer entre Bird et Vergne.

Côté constructeurs, les places de n°1 de Vergne et de n°6 de Lotterer à Paris confortent une belle avance à l’écurie chinoise Techeetah (185 points) devant DS Virgin Racing (134 unités) suivie de peu par Audi Sport Abt et Mahindra (respectivement 113 et 107 points). Cinquième, Jaguar Racing n’aura rien engrangé à Paris et conserve ses 88 points. L’écurie britannique voit Renault se rapprocher (10 points remportés avec la 4e place de Buemi) à 77 unités.

Prochain rendez-vous, Berlin le 19 mai sur le tarmac de Tempelhof !

Photos : The Automobilist