Le Nouvel Automobiliste
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Ford : Quatre décennies de Fiesta et de concept car

Pour fêter les 40 ans du modèle, la marque a listé les 20 concept-cars les plus marquants réalisés sur une base de Ford Fiesta. Petit zoom sur la partie innovation & recherche consacrée à celle qui devait se nommer Bobcat en 1976.

Depuis la première Ford Fiesta sortie des chaînes de montage en mai 1976, de l’eau a coulé sous les ponts pour la citadine de l’Ovale bleu. Après une genèse très compliquée sur le plan administratif, la Fiesta a réussi à tirer son épingle du jeu en convaincant notamment le haut siège de Detroit, aux Etats-Unis. Six générations et 40 ans plus tard, la Fiesta s’est vendue à plus de 17 millions d’exemplaires toutes versions confondues à travers le monde. L’occasion de nous replonger sur toute la partie Innovation & Recherche qui a accompagné le développement de celle qui s’affirme aujourd’hui comme une référence majeure dans le segment des citadines.

Le développement de la Fiesta a débuté en 1972, sous le nom de code Bobcat. Une variété de concepts ont à l’époque été créés par les studios de design Ford en Allemagne, en Italie, au Royaume Uni et aux États-Unis. L’idée était alors d’explorer les différentes options pour créer une nouvelle petite voiture révolutionnaire.

Alors dans un bourbier administratif sans nom, entre les bureaux d’études de Dearborn, Cologne et Detroit, Ford a écouté les commentaires des clients de petites voitures à travers l’Europe pour créer un design final comportant divers éléments stylistiques de la plupart des concepts Bobcat et des autres prototypes.

Bobcat prendra ainsi le nom Fiesta en référence à une de ses usines de fabrication, située à Valence en Espagne.

Autre lien majeur dans l’histoire de Ford, la filiation avec le carrossier italien Ghia. Avant d’être un haut de gamme dévalué au fil des années au niveaux d’une simple finition intermédiaire de catalogue, Ghia était un carrossier italien à part entière – Ghiacinto Ghia pour être précis – à la manière d’un Pininfarina ou d’un Bertone. La Carrozzeria Ghia est sortie de terre en 1887, mais a particulièrement rayonné entre les années 40 et 60. On peut notamment citer le coupé Karmann de Volkswagen, mais aussi la Renault Caravelle, ou encore la De Tomaso Pantera. Passant l’arme à gauche en 1973, elle fut rachetée in extremis par Ford afin de l’inclure comme une finition à part dans la gamme européenne. Premier modèle Ford estampillé Ghia, la Ghia Corrida.

Révélée au Salon automobile de Turin, en Italie en novembre 1976. Elle se devait de montrer une vision de la voiture de sport du futur.  Portes papillon, tableau de bord modulaire et fonctionnalités intelligentes comme les volets de projecteurs électroniques sont au programme. Un package au style très 70’s de par ses couleurs et le courant des concept-cars de l’époque, aux premières recherches aérodynamiques aboutissant à des prototypes très fuselés, comme en témoigne l’Alfa Romeo Carabo de 1968 ou encore la Citroen GS Camargue de 1970. L’idée d’un coupé deux portes de sport basé sur la Fiesta a été réalisée 20 ans plus tard avec la Ford Puma.

La décennie 70 marquera l’arrivée d’autres prototypes comme la Ghia Prima et ses sections de toit interchangeables à la manière d’une Citroën C3 Pluriel vue plus de 30 ans plus tard (la Prima pouvait se transformer en pick-up, en break, en coupé sport ou en véhicule tricorps) ; la Fiesta Fantasy de 1978, un pick-up compact qui pouvait facilement être transformé en coupé sport ou en spider en utilisant des toits interchangeables en fibre de verre ; le Tuareg de 1979, sorte de gros Matra-Simca Rancho avant l’heure à la sauce yankee, et vue comme une Fiesta off-road conçue pour arpenter le désert.

Dernier modèle de l’époque fuselée des showcars des années 70, la Ghia GTK, pour Grand Touring Kombi, est construite sur une plate-forme allongée de Fiesta, aérodynamique et sportive, avec beaucoup d’espace pour les bagages. Le modèle accueillait des équipements très évolués pour l’époque, comme les vitres latérales électriques, un ordinateur de bord ou une instrumentation digitale. Les grandes fenêtres permettaient d’avoir un espace intérieur lumineux et aéré et d’offrir une grande visibilité pour les passagers.

Autre époque, autre courant stylistique. Le design géométrique fait son apparition chez Ford dans les années 80 avec la Ghia Pockar de 1980, signifiant littéralement “voiture de poche”. Telle une Smart ou une Toyota iQ pixelisée, elle proposait un habitacle pour quatre passagers et leurs bagages dans un espace étonnamment réduit. Les portes abritaient de grands compartiments pour ranger des valises et les sièges arrière de la Pockar pouvaient être rabattus à plat pour charger des objets encombrants.

Le concept Ghia Shuttler, présenté en 1981, est un coupé compact urbain deux portes faisant notamment moins de 2 mètres de long. Véritable Fiesta à l’échelle 1/2, le concept mesurait plus de 1,5 mètre de moins que la citadine dont elle dérive. Ses lignes sportives étaient accentuées par sa livrée anthracite métallisée et les audacieuses bandes orange, tandis que les vitres latérales encastrées et les rétroviseurs latéraux totalement collés au montant étaient des avancées techniques intéressantes pour la marque à l’époque. Elle a notamment beaucoup servi dans le style définitif de la Sierra, sortie l’année suivante, comme en témoignent certains comme l’aileron arrière plongeant avec la ceinture de caisse, les feux carrés, le dessin du pare-chocs ou encore la forme des vitrages. Comme dit le dicton : On a toujours besoin de plus petit que soi.

Beaucoup plus charismatique, et à mon sens, réellement visionnaire du biodesign qui arrivera dans la décennie suivante, la Ghia Barchetta était un concept évolué de sportive biplace populaire inspirée des petites sportives italiennes des années 1950. Elle affichait une finition argent avec des pare-chocs gris mat foncé, des projecteurs avant enveloppants, tout en gardant les roues de 13’’ perforées et le moteur 1,6 litre 16 soupapes de la Fiesta XR2.

Silence radio pendant 6 ans ensuite, jusqu’à la Fiesta Urba de 1989, bardée d’équipements électroniques futuristes pour l’époque comme les capteurs de stationnement, les technologies de portes innovantes des capteurs de stationnement et un ouvre-porte garage intégré. Un réfrigérateur dans le coffre et les espaces de rangement flexibles. Enfin, si elle ne différait quasiment de la Fiesta MkIII en termes de style, elle avait la particularité extérieure de posséder 3 portes, deux côté conducteur, et une côté passager. Le Hyundai Veloster n’a donc rien inventé…

Ford a d’ailleurs été pris de fainéantise stylistique pendant 2 ans, lorsque l’on constate la sortie de la Fiesta Bebop, un pick-up à l’allure compacte. Imaginée pour les baroudeurs et les sportifs aimant les activités de plein air, elle possédait une benne de chargement à l’arrière pouvant transporter des équipements sportifs comme des planches à voile et des VTT. Un jeu de couleurs pastel, un bouclier avant typé sport, des jantes spécifiques et un arceau rétractable, et le tour est joué ! Le reste dérive directement de la Fiesta déjà vendue dans le commerce depuis 3 ans.

On entre dans les années 90, où la tendance chez Ford était à la rondeur. Dévoilés sous la forme d’un binôme, les Ghia Zig et Zag. La Zig était une biplace sportive très aérodynamique, tandis que la Ghia Zag était un concept de petit utilitaire dynamique. Tous les deux basés sur Fiesta, les concepts Zig et Zag avaient été imaginés dans le cadre d’un ensemble de véhicules, sport, berline, pick-up et utilitaires, pouvant partager des éléments de carrosserie. Sa forme ronde et compacte, alliée à son intérieur bleu et vert rend la Zig adorable, au rang de jouet, tout comme son homologue blanc, la Zag.

6 ans plus tard arrive un nouveau showcar, bien plus réaliste que les précédents. Il s’agit du Ghia Lynx Concept de 1996, basée sur la nouvelle Fiesta Mk4 et préfigurant à 95% la future Ford Puma qui sortira quelques mois plus tard.

Aux antipodes de la tendance rondouillarde des derniers concepts, la Ghia Saetta de 1996 et ses traits tendus et anguleux s’ajoutent à une carrosserie reste ronde dans son volume. Avec son intérieur moderne, sa couleur bleue électrique et son toit formé à partir de panneaux de verre amovibles, ce concept de biplace cabriolet préfigurait les prémices de la Ford Ka, puis a longuement fait réfléchir le siège européen avant de la lancer bien plus tard en 2003 sous le nom de StreetKa, avec le succès tout relatif qu’on lui connaît aujourd’hui.

1998 voit la présentation de la Ford Libre Concept. C’était une voiture de sport sans toit avec des portes arrière à charnières pour la deuxième rangée de sièges qui avait la particularité de dévoiler le futur nouveau langage stylistique inauguré à l’époque par le Ford Edge, qui préfigurait réellement la Ford Ka à 99%. Les projecteurs en forme de larme et la grande calandre inférieure ont été repris sur pas mal de Ford qui ont suivi.

L’année 2001 voit l’arrivée et la présentation de la Fiesta DISI Concept qui doit mettre en avant de nouvelles motorisations essence à injection directe. Si le moteur est nouveau, la Fiesta utilisée reste strictement de série.

En 2002 est présentée la Ford RallyeConcept, représentant tout simplement la version rallye de la Fiesta pouvant rivaliser dans le championnat Super 1600 au niveau national et international. Sur la base de la nouvelle Fiesta Mk6 trois portes et alimentée par une version haute performance du bloc 1.6 Duratec 16 soupapes, la Ford RallyeConcept développait 220 ch et était équipée d’une boîte de vitesses séquentielle Hewland à six vitesses et de suspensions de compétition. Basée sur les retours du public, Ford lança la commercialisation à destination des pilotes de la Fiesta de rallye. Bien lui en a pris, puisqu’elle est l’une des voitures de rallye les plus populaires au monde : elles représentent souvent jusqu’à la moitié des voitures engagées dans le championnat du Monde des Rallyes.

Exposée pour la première fois au Salon de l’automobile de Genève 2004 aux côtés d’une nouvelle Fiesta ST forte de 150 chevaux, la Fiesta RS Concept était une vision radicale d’une voiture taillée pour la performance, avec un châssis et une carrosserie modifiés et inspirés par le rallye. La Fiesta RS Concept annonçait une puissance de 180 ch transmise aux roues avant et un 0 à 100 km/h abattu en environ 7 secondes.

Il faut savoir que Ford n’a pas produit de Fiesta RS depuis la Fiesta RS1800 en 1992. Cependant, la Fiesta ST, lancée en 2013, développe 182 ch et abat le 0 à 100 km/h en 6,9 secondes. La nouvelle Fiesta ST200 porte la puissance du modèle à 200 ch et gagne 2 dixièmes de seconde dans l’exercice du 0 à 100 km/h, soit 6,7 secondes.

Le Kinetic Design fait son entrée en 2007 avec le petit concept Ford Verve. Il fait son apparition au Salon de Francfort avec un design extérieur en totale rupture avec la petitesse et la timidité des modèles précédents. Destinée à séduire un public mondial, la Ford Verve adopte une allure musclée, une ceinture de caisse très haute et plongeante, et une ligne de toit façon coupé. L’intérieur tirait son design contemporain des téléphones mobiles. Une inspiration pas toujours appréciée au vu de son ergonomie plutôt hasardeuse.

En 2011, le concept Ford B-Max, dévoilé au Salon de Genève, voulait se positionner comme une alternative à des véhicules comme l’Opel Meriva, par exemple. Construit sur la même plateforme que la Fiesta Mk7, le concept B-Max intégrait une cinématique d’ouverture de porte originale composée d’un châssis sans pilier central et de portes coulissantes à l’arrière, innovation transposée avec brio vers le véhicule de grande production.

Ford prendra aussi le temps d’annoncer le retour des versions dynamiques de sa citadine avec la version S Concept qui vient se placer en éclaireur et qui servira à l’époque de test auprès du public.

Dernier concept en date, la Ford Fiesta ST Concept montre à quoi un future Fiesta sportive pourrait ressembler, avec un style encore plus musclé et accrocheur. Le châssis Fiesta avait été calibré pour offrir des performances encore plus dynamiques et la Fiesta ST abritait un moteur 1.6 EcoBoost, moteur plusieurs fois primé dans des itérations 1.0 notamment. Un concept transposé de série à l’identique, puisqu’elle fait partie des envoûtantes bombinettes GTI du marché.

On n’oubliera pas de noter la Fiesta Hatchback Personalization Package Concept en 2011 puis la Fiesta eWheelDrive Prototype en 2013 qui se veut être un démonstrateur technologique  plutôt qu’un showcar.

Au fil des années, les diverses générations de Fiesta ont servi de base à des concepts plus ou moins annonciateurs de tendances ou de véhicules, plus ou moins mémorables. Et vous, lequel préférez-vous ?

Crédits Photos : Ford