Le Nouvel Automobiliste
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FIA WEC : Les 6H de Silverstone avec Toyota !

Après le Prologue du FIA WEC au Castellet le mois dernier, le Toyota Gazoo Racing Team nous emmène dans ses bagages en campagne anglaise… Il va y avoir du sport !

Dimanche 17 avril, Silverstone, Royaume-Uni : le Championnat du monde d’Endurance (FIA WEC) cru 2016 va enfin débuter. Se rendre sur une manche de ce prestigieux championnat, c’est bien. Se rendre à Silverstone, c’est mieux. Etre accueilli par Toyota… c’est divin ! Alors quand l’occasion se présente, pas d’hésitation à avoir, vous faites vos bagages et vous sautez dans l’avion !

L’arrivée matinale sur les lieux est assez irréelle : nous sommes au pays de la Reine et il fait grand beau temps, presque chaud, tandis qu’il neigeait la veille ! A l’approche du paddock principal, c’est le frisson instantané : impossible de ne pas voir défiler les pages de l’Histoire du sport automobile dans nos têtes. Oui, mesdames et messieurs, nous sommes en Terre Sainte !

ToyotaWECSilverstone (6)

Une fois les différents pass récupérés, il est l’heure d’aller rencontrer nos hôtes : le Toyota Gazoo Racing Team. Après une année 2014 synonyme de couronne mondiale pour l’équipe, 2015 a été très difficile : impossible de rivaliser avec les Audi et les Porsche. C’est pourquoi la marque nippone arrive cette année en piste avec un nouveau prototype aux dents longues : la TS050 Hybrid. Nous vous l’avions présenté en détails le mois dernier lors du Prologue au Castellet, c’est donc ICI que ça se passe pour retrouver toutes les caractéristiques techniques. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’auto est complètement nouvelle par rapport à sa petite soeur TS040 : on passe du V8 3.7l atmosphérique au V6 2.4l bi-turbo à injection directe, et on oublie les vieux super-condensateurs pour faire place à une batterie de 8 Mégajoules ! Porsche, Audi, tremblez, les ex-champions du monde sont de retour !

La journée commence par le traditionnel pit-walk, où les fans de tout un pays (voire plus) rencontrent leurs idoles sur une pitlane bondée de monde. Il fait beau, il y a de la musique, une bonne ambiance, des pilotes de renom, des autos exceptionnelles… Que demande le peuple ? Chez Toyota, Sébastien Buemi, Kazuki Nakajima et Anthony Davidson signent les autographes et semblent avoir de bonnes blagues à raconter ! Excellente ambiance au sein du team, voilà qui fait plaisir à voir ! ToyotaWECSilverstone (3)De l’autre côté de la foule hystérique de fans, c’est le calme plat. Rien, pas un moteur, pas un bruit, le calme avant la tempête ! ToyotaWECSilverstone (4)Nous avons ensuite l’occasion de rencontrer trois membres éminents de l’équipe : le légendaire et jeune retraité Alex Wurz, le toujours sympathique et très polyvalent Stéphane Sarrazin, et le Directeur de l’équipe : Rob Leupen. Voici donc ce qui est ressorti des échanges que nous avons pu avoir avec les trois hommes :

Alex Wurz, la force désormais tranquille, et l’atout expérience de l’équipe :

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The Automobilist : Depuis cette année vous ne pilotez plus la voiture, vous avez un nouveau rôle de consultant pour Toyota. Comment vous sentez-vous par rapport à cela ? 

Alex Wurz : « Tout d’abord, excusez-moi de ne pas pouvoir vous répondre dans votre langue, mon français est très mauvais ! Si je bois votre vin rouge je suis meilleur mais… (rires). Plus sérieusement, j’ai piloté la voiture pendant les périodes de test, je comprends l’auto et les tâches qui nous attendent pour progresser, mais j’ai effectivement un rôle dans le développement de la voiture à partir de maintenant. Ce que je peux dire, c’est que je n’ai jamais été aussi relax lors d’un dimanche de course, et c’est bien dans un sens car j’ai eu une longue carrière et je suis heureux d’évoluer autrement dans ma vie à partir de cette année. Bien-sûr, quand ils (les pilotes) vont commencer à s’aligner, quand la tension va commencer à monter, je sais que ça va me manquer, c’est ce que les pilotes attendent le plus ! Je n’arrête pas de piloter parce que je n’aime plus faire cela, j’adore toujours autant courir, mais je sais que j’approche de l’âge auquel je vais régresser, et je voulais arrêter avant que ça n’arrive vraiment. »

TA : Est-ce que votre rôle contient également le coaching des autres pilotes de l’équipe, notamment Kamui Kobayashi qui vient d’arriver dans votre ancien baquet ? 

A.W : « En fait, je n’ai pas vraiment un rôle défini dans une seule et unique direction. Je peux aider le département ingénierie s’ils ont besoin du retour d’expérience d’un pilote, mais aussi aider les pilotes dans leur communication avec leurs ingénieurs, mais généralement je peux être en support de toute l’équipe. J’ai également fait cela quelques temps avec Williams, où je conseillais l’équipe sur leurs décisions de management ou même de politique. Ici c’est un peu la même chose, j’essaie juste de les aider du mieux que je peux dans tous les domaines. »

TA : Nous voilà à la première course de l’année à Silverstone. Quel est votre feeling par rapport à la voiture, et spécialement par rapport à celle de l’année dernière ? 

A.W : « Nous ne nous sommes certainement pas montrés sous notre meilleur jour hier lors de la qualification (Toyota a rempli la 3e grille en 5e et 6e position). Les conditions étaient très changeantes et nous avons essayé d’améliorer le réglage jusqu’au dernier moment, mais nous avons clairement fait une erreur et c’est pourquoi nous n’avons pas  pu être performants et montrer notre potentiel. Cependant nous pensons que nous sommes bien plus près de Porsche et Audi que nous l’étions l’année dernière, ce qui est un bonne chose puisque l’année dernière était très compliquée pour nous. Passer de champions du monde à troisième constructeur n’est vraiment pas ce pour quoi nous sommes ici. Donc je pense que dans la course vous allez pouvoir évaluer notre réel potentiel, qui devrait nous permettre de nous rapprocher de Porsche, et qui devrait être équivalent aux Audi, c’est en tout cas ce qu’on imagine. Nous savons que nous avons des ressources limitées mais nous pensons pouvoir rivaliser avec ces puissants constructeurs allemands. Nous l’avons fait auparavant. Nous ne pouvons pas le faire en une nuit ou même seulement pendant la période hivernale, mais nous avons de fortes ambitions pour cette nouvelle saison. »

TA : Nous avons vu au Prologue qu’en termes de vitesse de pointe Toyota était au dessus du lot. Mais avez-vous déjà une petite idée du niveau de fiabilité de la TS050 ? Qu’est-ce qui sera le plus important pendant la course ?

A.W  : « Le plus important, et le plus gros challenge, c’est de garder nos ambitions à long terme. Nous avons une équipe très ambitieuse et nous devons nous rappeler que la performance est une chose mais qu’il ne faut pas oublier la fiabilité. C’est exactement la même chose pour les pilotes : vous voulez montrer au pilote à côté de vous ce que vous valez, mais vous devez d’abord vous assurer de finir les six heures de course. Comme vous l’avez dit, nous avons une voiture très performante en ligne droite, ce qui montre bien que notre première cible est d’avoir une excellente auto pour Le Mans. Nous avons donc par conséquent un peu moins d’appuis sur des circuits comme Silverstone ou le Nürburgring, même si l’aéro évolue d’un circuit à l’autre, et il faut donc trouver le bon compromis, et c’est ce que tous les constructeurs font. Notre ambition, c’est bien les 24h du Mans, parce que c’est la course la plus prestigieuse, et car les points comptent double. »

TA : Les conditions ont été très changeantes depuis le début du week-end : pluie, neige, sec… Comment gérez-vous cela sur le plan des pneumatiques ? 

A.W : « Silverstone est le circuit où il y a le plus d’énergie sur les pneus. Nous mesurons cette énergie dans les virages, et avec les très longs virages rapides que nous avons ici, c’est un paramètres très important : les pneus doivent avoir le plus gros transfert de forces sur ce circuit. La température de la piste est froide, la partie du pneu qui est au contact de la piste l’est donc aussi, mais avec les 1000 chevaux des prototypes de LMP1, les pneus sont chaud de l’intérieur. Cela veut dire que vous avez une surface plus froide à l’extrémité du pneu, ce qui peut provoquer du graining ou des comportements assez difficiles à prévoir. C’est donc une des clés de la course de comprendre les pneus, autant pour les ingénieurs que pour les pilotes, et d’être en mesure de réagir entre les relais pour ajuster nos réglages. »

TA : D’un point de vue plus personnel, comment voyez-vous l’évolution de la technologie en sport automobile ? Que répondez-vous aux fans qui aimeraient voir et entendre des V10 ou des V12 atmosphériques ? 

A.W : « J’ai le cœur partagé en deux pour cette question ! Je suis un Petrolhead et je me rappelle quand j’étais jeune pendant un Grand Prix de Monaco, je m’étais faufilé derrière les barrières pour voir et entendre passer une Ferrari F1 V12 dans le tunnel, et c’était l’expérience la plus folle que j’avais eu sur un circuit à l’époque ! Maintenant, toujours est-il que les temps changent, mais je pense qu’une des parties essentielles du sport automobile est de susciter l’attention et la passion des fans vers notre discipline. Pour parvenir à cela, les clés sont la vitesse, la compétition entre les équipes et voir les meilleurs pilotes se battre entre eux en piste. Si nous réussissons ces trois points, des paramètres individuels comme perdre un petit peu de bruit ne sera peut-être pas si grave, du moins pour les plus jeunes générations. Toutefois le sport automobile est aussi un grand centre de développement pour nos voitures routières, et un ingénieur a dit fort justement un jour que le bruit est une perte d’énergie. Donc si notre société a pour objectif de tout optimiser, le bruit est effectivement une cible. Je reste partagé car j’aime le bruit qu’une voiture de course peut faire, mais le sens dans lequel nous allons est également très important pour le développement et la performance des autos de demain. »

TA : Vous êtes une légende du sport-automobile et de l’endurance pour nous, comment ressentez-vous cela à travers votre carrière ?

A.W : « Tout d’abord merci, mais la légende c’est Tom Kristensen, je suis tout petit à côté ! Mais je pense que tous les pilotes d’endurance sont des légendes. Quand vous allez sur un circuit ultra-rapide comme Le Mans…. A chaque fois que je parcours ce circuit je suis époustouflé ! Même un peu effrayé pour être honnête, mais c’est une bonne chose, cela vous permet de rester bien concentré. J’ai un profond respect pour tous les pilotes qui repoussent les limites sur ce circuit en particulier, c’est incroyable ! Chaque pilote d’endurance est un petit Steve McQueen en puissance ! »

TA : Est-ce que selon-vous la convivialité que l’on voit en endurance est la plus grande différence qu’il y ait avec la Formule 1 ?

A.W : « Si vous comparez un sprint de cent mètres à une course à pied dans le désert, les comportements seront très différents. Les sprinteurs ne se regarderont pas et ne voudront pas parler entre eux, ils seront dans leur bulle car c’est une course très courte et agressive. Dans le désert, le leader va peut-être dépasser le second et lui tendre de l’eau au passage. Il y a un vrai esprit de solidarité, même si la bataille restera rude du début à la fin. C’est complètement normal et naturel, mais c’est peut-être effectivement la plus grosse différence entre ces deux sports. Mais en général je n’aime pas tellement quand les championnats se font concurrence. Nous sommes le sport automobile et nous devons nous battre ensemble pour l’intérêt des fans, dans toutes les catégories en même temps. »

Rob Leupen, Directeur de l’équipe : 

ToyotaWECSilverstone (2)The Automobilist : Nouvelle année, nouveau challenge pour votre équipe avec une voiture complètement repensée. Vous avez fait plus de 22 000 kilomètres de test, quel est votre ressenti par rapport à vos performances et quelles sont vos attentes pour cette première course ?

R.L : « Notre première mission est de continuer de développer la voiture ici à Silverstone. Je pense qu’aujourd’hui nous allons pouvoir réellement évaluer notre niveau et comprendre dans quels domaines nous devons nous améliorer. Nous arrivons sur ce circuit avec le pack aérodynamique proposant le plus d’appuis, ce qui sera intéressant après avoir testé le package opposé au Castellet le mois dernier. Nous sommes assez confiants concernant la fiabilité de la voiture, et nous irons à Aragon après Silverstone pour faire un grand test d’endurance où nous ferons rouler la voiture pendant minimum trente heures, ce qui nous permettra de nous préparer pour Le Mans. Ce week-end nous sommes encore dans une situation où nous développons la voiture, nous ne sommes pas encore tout à fait sûrs des réglages sur la voiture qui est totalement nouvelle. Nous avons fait une erreur de réglage en qualification, mais c’est une bonne chose que cela nous arrive très tôt dans la saison. Nous allons apprendre de cette erreur, analyser toutes les données avec les ingénieurs, et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Nous avons également un nouveau règlement concernant les arrêts au stand, qui nous permet d’avoir un peu plus de personnes travaillant sur la voiture. Nous allons alors nous rendre compte si nous gagnons ou si nous perdons du temps par rapport aux autres compétiteurs, et travailler sur nos points faibles pour progresser dans ce domaine à l’avenir. Nous sommes évidemment très excités d’être ici pour l’ouverture du championnat, nous avons une équipe ambitieuse et notre grand patron de Toyota Motorsport, Koei Saga, a fait le déplacement pour nous soutenir, ajoutant un surplus de pression nécessaire. »

TA : Beaucoup d’ancien pilotes de Formule 1 se reconvertissent en endurance, avec notamment Kazuki Nakajima et Kamui Kobayashi dans vos rangs cette année. Est-ce qu’ils vous apportent une expérience supplémentaire par rapport aux autre pilotes, ou peut-être un point de vue différent ? 

R.L : « Je ne dirais pas qu’ils nous apportent plus que d’autres pilotes. Si vous avez fait de la Formule 1, cela veut dire que vous êtes automatiquement un pilote très rapide. Mais cela ne veut pas forcément dire que vous serez bon en endurance. Si vous avez fait de l’endurance auparavant dans votre carrière c’est encore mieux. Sebastian Buemi n’en avait pas fait par exemple, mais il est rapide, très rapide ! Toutefois il y a un travail que tous les pilotes de F1 doivent faire en endurance, c’est apprendre à travailler en équipe. En Formule 1 vous êtes seul ou presque. En endurance, vous devez travailler avec vos ingénieurs, mais aussi avec vos coéquipiers. Je pense que vous verrez de plus en plus de pilotes de F1 venir en endurance dans les prochaines années, même si cela dépend de l’implication des marques dans notre championnat, mais c’est une très bonne chose pour le sport. »

TA : Les prototypes d’endurance sont de plus en plus rapide, les temps au tour tombent d’année en année, quel est votre feeling vis à vis de cette course à l’armement entre Toyota, Porsche et Audi ? 

R.L : « Il est très important pour toutes les marques engagées de continuer le développement dans ce championnat, c’est une vitrine technologique pour nous tous. Il y a toutefois des secteurs dans lesquels le progrès se rapproche des limites. Le poids du véhicule par exemple, a baissé d’année en année, pour atteindre aujourd’hui 870 kg. Si aujourd’hui nous essayons de réduire encore le poids, nous parlons alors de coûts très élevés. Tous les constructeurs veulent avoir le poids minimum, car si vous parvenez à enlever quelques kilos, c’est autant de kilos que vous pourrez redistribuer en performance sur votre moteur. Sur une voiture grand public, une différence de 50 kilos ne sera pas très importante pour qui veut l’acheter. Pour nous, une « si petite » différence de poids représente des centaines de milliers d’euros d’investissement. Nous pensons donc qu’il est préférable pour le sport de faire évoluer les prototype dans des directions qui pourront servir aux autos de route, cas c’est là aussi notre but. Nous parlons alors du moteur, de l’électronique embarquée, des suspensions, etc…  Il est donc important de continuer le développement dans ce championnat, c’est évidemment très intéressant de pouvoir lutter contre Audi Diesel et Porsche Turbo, et c’est d’autant plus intéressant si nos autos routières peuvent en profiter par la suite. C’est ce sur quoi nous devrions nous concentrer. »

Stéphane Sarrazin, pilote Toyota :ToyotaWECSilverstone (5)

The Automobilist : La voiture est complètement nouvelle cette année, comment évaluez-vous son potentiel par rapport à l’année dernière ? 

S.S : « Nous avons dominé en 2014, avec les deux couronnes à la fin de la saison. On était en tête au Mans et malheureusement on a eu un panne électrique et la voiture a pris feu, mais on était parti pour gagner la course. En 2015 à l’inverse, ça a été la douche froide. On a beaucoup évolué pendant l’hiver, on a gagné trois secondes au tour, et pourtant on était encore deux secondes derrière la concurrence qui avait gagné 5 secondes pendant l’inter-saison ! Donc l’année passée a été très difficile, on a été plus spectateurs qu’acteurs puisqu’on se battait au mieux pour la troisième ou la quatrième place. Cette année Toyota a complètement changé la technologie : nouveau système hybride, nouveau moteur turbo, nouvelle aéro, remplacement des super-capaciteurs par des batteries de huit mégajoules. Nous sommes donc repartis de zéro, et actuellement nous sommes dans une phase d’apprentissage. On a beaucoup progressé, on a fait un gros step notamment grâce au turbo, mais nos concurrents ont progressé aussi donc ça va être intéressant. »

TA : Au vu des tests que vous avez fait au Castellet et pendant les essais hivernaux, est-ce que vous avez déjà identifié des secteurs dans lesquels la TS050 se comporte très bien ? 

S.S : « On a beaucoup de boost maintenant, l’accélération est beaucoup plus forte qu’avant, donc on a beaucoup moins de mal à s’extirper du trafic. Auparavant on avait un peu de mal à dépasser rapidement les autres autos alors que les Porsche passaient sans problème. Maintenant on a vraiment une accélération qui est phénoménale. Ensuite on se rend compte que la voiture semble à l’aise sur les circuits rapides, donc c’est une bonne chose pour Le Mans. Je pense d’ailleurs que c’est là bas qu’on sera le plus performant, avec le package aéro, et notre nouveau moteur qui est beaucoup moins énergivore que l’année dernière, ce qui nous permet donc d’être plus rapide, plus longtemps, et ça fait partie de nos points forts. »

TA : Quelle est la part de bluff  sur les performances entre les équipes dans les essais libres et les essais hivernaux ? 

S.S : « Aujourd’hui on ne cache plus le jeu car les équivalences sont déjà établies : les constructeurs doivent donner leur niveau de performance moteur, et l’essence est ensuite définie par rapport à ça, ce qui veut dire que si un constructeur triche là-dessus il sera sanctionné lourdement. Au final, au Prologue personne n’a caché son jeu, Porsche a roulé très vite, nous on n’était pas très loin derrière, Audi était un petit peu en retrait. A priori on pense que ça va être serré entre Audi et nous, Porsche on ne sait pas vraiment. La course va être intéressante. »

TA : Question un peu plus personnelle : on sait que vous êtes un pilote pluridisciplinaire, vous avez fait et faites encore de la monoplace, du rallye et de l’endurance… Vous avez une préférence ? Expliquez nous ! 

 S.S : « J’adore faire du rallye, j’adore passer du rallye au circuit, avec la Toyota ou en Formula-E avec Venturi. J’ai la chance de pouvoir faire tout ça, mais je le fais pour moi. C’est à dire qu’il y a beaucoup de pilotes qui rêvent de faire du rallye mais qui ne le font pas car ils ont peur pour leur image. Mais je pilote avant tout pour moi donc je m’éclate, j’ai la chance de vivre des rallyes de folie, notamment quand on a gagné en Corse en 2014, ou encore en Formula-E le week-end passé ou je fais deuxième à Long Beach, avec la Toyota c’est génial aussi… Donc voilà je me sent vraiment chanceux ! »

TA : Est-ce que vous ressentez des similitudes entre la Formula E et le WEC ?

S.S : « Oui, c’est la même philosophie, et ça nous aide. En quelque sorte la Formula-E c’est comme le WEC : on a une quantité d’énergie allouée par tour, et on doit gérer ça sur la course donc c’est exactement pareil. Évidemment c’est beaucoup moins performant en Formula-E, mais en tant que pilote on a le même type de gestion à faire en course, donc on s’y retrouve un peu effectivement. »

TA : La plupart des pilotes ont une vraie trêve hivernale. Avec vous on a l’impression que vous n’arrêtez jamais !

S.S : « C’est tout à fait ça ! Le championnat de Formula-E est à cheval sur les deux années : il attaque en octobre et fini en juin, ce qui fait que pendant toute la trêve hivernale en WEC, moi je suis toujours en course, donc on n’a plus vraiment d’inter-saison ! Mais c’est une bonne chose car on est toujours dans le rythme de la course, dans la pression, et c’est un vrai avantage en arrivant ici à Silverstone, face à des pilotes qui pour certains n’ont plus couru depuis la dernière course à Bahreïn l’année dernière. Pendant ce temps, nous on a déjà pris cinq départs, et ça peut faire la différence, on a beaucoup moins de stress. »

TA : On voit qu’il y a beaucoup de français en endurance, avec notamment Romain Dumas chez Porsche, ou encore Benoit Treluyer et Loic Duval chez Audi. Quels sont vos rapports entre pilotes français concurrents ? 

S.S : « Avec Romain on vient de la même ville, on est Alésiens tous les deux, donc on se connait depuis qu’on est gamins. Avec Loic, on se côtoie beaucoup sur la Formula-E, mais en général il y a une super ambiance, même avec Benoit que je connais un peu moins. On se bat sur la piste mais il y a beaucoup de respect entre tous les pilotes. Il y a des très bons pilotes français en endurance, et chez chaque constructeur en plus, donc c’est génial ! »

Voilà donc trois points de vue très intéressants sur le WEC et la saison qui commence pour Toyota avec cette nouvelle TS050 Hybrid. La matinée a été très riche en la compagnie de Rob Leupen, Stéphane Sarrazin et Alex Wurz, et on ne peut que les remercier pour leur temps et leur gentillesse.

On voit tout de suite que nous sommes dans une équipe de haut niveau, performante et ambitieuse, mais qui ressemble toujours à une grande famille de passionnés, et c’est vraiment plaisant de passer du temps avec ces gens !

Mais au fait… Il y avait une course non ? Le résumé en page deux !