Le Nouvel Automobiliste
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FCA : L’avenir pourrait bien ne pas passer par la Chine

Il y a une petite quinzaine de jours, l’ensemble du monde automobile avait les yeux rivés sur Auburn Hills et le siège du groupe italo-américain FCA. La direction du groupe, plus particulièrement John Elkann et Sergio Marchionne, était en pleine discussion avec les groupes automobiles chinois pour envisager un possible rachat de l’entreprise ou au moins d’une partie, puisque selon les informations du moment, le couple Alfa-Romeo/Maserati était dissocié de la vente. Geely, Dongfeng, Great Wall et surtout GAC étaient sur le coup, prêts à fondre sur Fiat (avec ou sans le bonus Lancia?), Dodge, RAM et Jeep. La Chine allait emporter la mise et mettre la main sur FCA. La réalité est un peu différente.

Selon de nombreux médias et analystes, l’affaire paraissait quasiment entendue, FCA allait passer dans les prochains mois sous contrôle chinois, laissant Exor [ndla : la holding de la famille Agnelli-Elkann] aux seules commandes des firmes automobiles de Milan et de Modène mais avec un petit pactole financier. Nous n’oublierons pas dans l’affaire la position « privilégiée » de l’administrateur délégué qui joue sur tous les tableaux, à savoir Exor, Alfa-Romeo/Maserati et bien sur Ferrari dont il est encore le patron jusqu’en 2021.

Discussions, visites d’usines, re-discussions avec les patrons chinois, re-visites, voilà une grande partie de l’occupation de Sergio Marchionne ces dernières semaines qui cherche à séduire les acheteurs potentiels en leur faisant notamment miroiter le potentiel des marques, les fameux plans dont il a le secret, la technologie du groupe, les nombreuses usines aux USA, en Europe ou ailleurs.
Depuis plusieurs semaines, l’administrateur joue plus au VRP qu’au patron sauf pour faire face aux accusations en matière de pollution du V6 3,0 L Diesel du groupe, aux rappels ou pour annoncer les reports et les annulations de projets pour les prochaines années. FCA est en retard dans tous les domaines ou presque. Et ce n’est pas le ralliement du jour, bien tardif et probablement de circonstance, avec le groupe de travail sur les véhicules autonomes formé par les entreprises Intel, Mobileye, Continental, Delphi et BMW qui changera quelque chose à l’affaire. FCA est à la ramasse, il faut en convenir et l’intégrer et ce, même si nous sommes nombreux à le regretter.

Au fil des jours, les acheteurs potentiels venus de Chine se sont désistés ou se sont dits pas intéressés par la reprise du groupe Fiat Chrysler Automobiles. Toutefois du coté d’Auburn Hills on a choisi de ne rien dire , de ne pas commenter l’affaire mais on avait les yeux fixés sur les indices des bourses de Wall Street et de Milan où le titre grimpait, allant jusqu’à prendre 10 % d’augmentation de sa valeur… Le moment idéal pour S.Marchionne pour vendre quelques stock-options bien rangés dans son portefeuille ?

Ainsi Geely, déjà très occupé avec ses marques et ses dernières acquisitions (Proton et Lotus), a fait savoir qu’il n’était intéressé par l’affaire. Hop, un repreneur potentiel de moins !
Dans la foulée ou presque, Dongfeng, le partenaire chinois du groupe PSA a fait connaître sa position sur le dossier. Elle est très claire, il n’y a aucun intérêt pour le rachat de FCA. Hop un autre repreneur qui disparaît !

La dernière surprise vient de GAC (Guangzhou Automobile). Le constructeur automobile chinois, partenaire de Fiat puis du groupe FCA, vient lui aussi de jeter l’éponge et de faire savoir qu’il n’irait pas plus loin dans l’affaire. Une chose est sure, la marque qui voulait avancer avec le groupe Fiat en 2008 ne semble plus du tout intéressée par FCA en 2017. Hop, exit le partenaire chinois et surtout au revoir à un candidat crédible à la reprise.

En cette fin de semaine, il ne reste plus qu’un seul candidat à la reprise qui soit encore en lice, il s’agit de Great Wall Motors. Le constructeur de Baoding apparaît encore comme un repreneur pour la bonne et simple raison qu’il ne s’est pas encore prononcé sur l’affaire. La marque automobile est considérée comme en discussion avec FCA… au moins par défaut.
Si demain ou dans les prochains jours, GWM se retire de possibles négociations secrètes ou annonce haut et fort son désintérêt pour le rachat du groupe FCA, la parenthèse chinoise sera refermée pour le groupe d’Auburn Hills.

Si la session sino-estivale prend fin et sans résultat, J.Elkann et S.Marchionne vont devoir trouver d’autres solutions pour assurer la pérennité du groupe et surtout de ses marques qui, sauf Jeep, sont trop colorées « made in USA for USA » (Chrysler, Dodge, RAM) ou trop européennes (Alfa Romeo et Fiat) voire même très «fiatcinqcentisée » (Fiat) pour espérer connaître le succès en dehors de leurs marchés habituels.
On ajoutera le retard technologique du groupe qui fait certes des autos sympathiques, ce dont on ne se plaindra pas, mais aux contenus technologiques électroniques légers et très en retard sur ceux proposés par la concurrence et ce d’où qu’elle vienne.
On aura à l’esprit les très nombreux reports de projets (tous ou presque reportés au-delà de 2020-2022), la mauvaise com’ faite aux USA il y a quelques années pour la 500e, une Giulia qui n’explosera pas le segment D du marché, un patron américain plus proche du rodéo et des pick up, que du raffinement technique ou esthétique pour Alfa et Maserati, des modèles vieillissants et prolongés à coup de V8 ou de L4, de re-re-restylages, une gamme de motorisations assez quelconque et hélas une trésorerie insuffisante pour relancer la machine industrielle et les marques.

La reprise de FCA par un groupe chinois aurait pu être une bonne chose pour les marques du groupe, un peu à la façon de ce qui se passe pour Volvo, même si la firme de Göteborg prend de plus en plus ses quartiers en Chine (et bientôt aux USA). Toutefois nous n’en sommes pas là et il nous faudra suivre dans les prochains mois l’évolution du groupe automobile. On se rappellera que FCA est né du rachat de Chrysler en janvier 2014 et de la fusion avec le groupe Fiat SpA le 1er août 2014 après adoption du projet Elkann/Marchionne par l’assemblée générale des actionnaires.

Avec le temps et les échecs ou erreurs, il faut savoir être objectif et lucide. Se dire que le groupe FCA [ndla : on ne parle pas des marques] pourrait ne pas voir les années 2020 est une option désormais très crédible et envisageable comme certains le disent depuis longtemps mais que l’on a refusé d’entendre devant le fameux « l’American Dream » de Sergio Marchionne qui n’était qu’en fait la mise en application des projets et envies des héritiers Elkann-Agnelli qui n’ont peut être pas la même passion pour le monde merveilleux de l’automobile que l’Avvocato.

A suivre.

Via AutomotiveNews.
Crédit illustration : Merci à Parot pour le « prêt » de Caliméro