Le Nouvel Automobiliste
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Essai Tesla Model X 90D : Une soucoupe roulante

Après la commercialisation d’une berline très high-tech, le constructeur de Palo Alto s’attaque désormais au segment des SUV avec la Tesla Model X. Il faut dire que la clientèle est friande de ce type de véhicule et le constructeur californien n’a pas l’intention de délaisser cette opportunité. Pour mieux le comprendre, il n’y a qu’un seul chiffre à retenir : une voiture neuve sur trois vendue dans le monde est un SUV.

Nous avons pris le volant du Tesla Model X dans sa version 90D et avons parcouru un peu plus de 500 kilomètres. Autant vous le dire de suite, Le Model X est un ORNI (i.e : Objet Roulant Non Identifié) tant ses attributs tranchent avec les voitures ordinaires.  Nous avons analysé et décortiqué cette voiture peu commune dans le paysage automobile français. Suivez-nous !

Oh regarde maman, une soucoupe

Peut-être serez-vous d’accord avec moi : le Tesla Model X n’est pas très séduisant, ou du moins, si on ne s’en tient qu’aux photos. Il est gros, mal proportionné, l’expression du visage avant ne dégage aucun charme et la poupe semble disgracieuse à l’image de la précédente Porsche Panamera. On dit souvent que les apparences sont trompeuses et c’est encore plus vrai pour le Model X ; je vous invite donc à ne juger définitivement de sa plastique que lorsque vous l’aurez vu en vrai.

Car en ce qui me concerne, après avoir fait la route pour prendre le volant du Model X avec l’idée précédente en tête, je dois reconnaître qu’une fois arrivé devant la boutique Tesla, le Waouh effect est bien là. La Tesla Model X n’a pas grand-chose à voir avec l’image reflétée derrière nos écrans. Son style est beaucoup plus soigné et laisse rêveur un bon nombre de personne. Il est très imposant et son gabarit n’a pas vraiment d’égal. En effet, Il mesure 5,02 mètres de long pour 2,08 mètres de large (2,27 m avec les rétroviseurs déployés). A titre de comparaison, un Porsche Cayenne affiche 1,94 mètre de large et même l’impressionnante Lamborghini Aventador ne peut avancer « que » 2,03 mètres de large.

Le Model X a inauguré la nouvelle identité visuelle de Tesla qui a été incorporée depuis à la Model S lors du dernier restylage. Contrairement aux codes actuels, la face avant est dépourvue de prises d’airs ce qui donne lieu à une large portion de carrosserie que les designers ont fignolée pour affirmer l’élégance du Model X. Cette face avant arbore une signature lumineuse légèrement convexe afin de conférer un tempérament sportif au SUV.

Si l’on s’attarde sur le profil du Model X, on remarquera qu’à l’instar des véhicules sportifs, les porte-à-faux ont été réduits au profit d’un long empattement de 2,96 mètres. Aussi, le coup de crayon des designers permet au Model X de revendiquer un CX de 0.24 grâce à une ligne de toit très fuyante ; un très bon point pour un crossover. Le contour des vitres est parcouru par une baguette chromée qui poursuit son chemin jusqu’aux extrémités des rétroviseurs, c’est chic et très élégant. Enfin, La partie arrière est marquée par d’énormes hanches qui donnent sans l’ombre d’un doute de la sensualité au Model X.

L’arrière ressemble franchement à une Model S qu’on aurait surélevée et étirée pour respecter les codes stylistiques d’un SUV. On retrouve un arrière imposant mais beaucoup plus gracieux que sur les photos. Cet arrière abrite un aileron qui vient équilibrer la ligne de toit mais aussi asseoir la voiture lorsque le rythme s’intensifie. A noter tout de même que sur les versions non P (Performance), l’aileron reste fixe et n’est donc pas rétractable.Tesla Model XPour juger de l’attractivité d’un véhicule, je me prête souvent à l’exercice du cruising (rouler à faible allure, en prenant son temps) en centre-ville. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que notre Tesla Model X ne laisse personne indifférent. Toutes les têtes se figent et contemplent ce gros joujou roulant en silence venu d’une autre planète. Pire encore, on vous interpelle carrément pour vous questionner « Qu’est-ce que c’est ? », «C’est américain ? », « C’est un avion ? » etc. L’exercice de style est donc concluant, le Model X en jette de par son gabarit titanesque et son look hors du commun.

Notez tout de même que notre version d’essai bénéficiait d’options afin d’agrémenter le look du SUV californien. La Tesla Model X est livrée de série en noir uni mais si vous souhaitez une couleur métallisée comme notre bleu, il faudra débourser 1150 euros. Dans la même veine, si vous décidez d’équiper votre Model X de jantes 22 pouces (comme notre modèle d’essai), il vous faudra payer une rallonge de… 6300 euros. C’est cher, voire même très cher surtout si l’on jette un coup d’œil chez Porsche avec le Cayenne GTS (104 690 euros) par exemple. Sous cette finition, le Cayenne GTS réclame moins de 1000 euros pour disposer des jantes de 21 pouces (19 pouces de série).

Cerise sur le gâteau, la Tesla Model X bénéficie de série des falcon doors à l’arrière et de portes électriques à l’avant. Concrètement, pour accéder à la place du conducteur, il suffit d’appuyer sur le bouton avant gauche de la « clé » ou « boitier de commande » et la porte s’ouvre comme par magie (idem pour le côté passager). Une fois installé à son bord, il suffit d’appuyer sur la pédale de frein et la porte vient se claquer tranquillement ; c’est royal et on prend vite goût à ce genre de petite attention. Concernant les « falcon doors », c’est le même principe, il suffit d’appuyer sur la porte arrière gauche ou droite (à partir de la clé ou directement sur les poignées de portes) et le Model X déploie ses ailes comme par enchantement. Les falcon doors n’ont besoin que de 30 cm de débattement pour s’ouvrir et peuvent moduler leur ouverture en fonction des obstacles détectés.

Dans la vie courante, les falcon doors permettent d’améliorer l’accès aux places arrière et se révèlent vraiment pratiques. C’est aussi une vitrine pour la marque… et un moyen d’épater la galerie (il n’y a qu’à regarder le nombre de vidéos sur YouTube), cela fait toujours son petit effet. La détection d’obstacles à l’ouverture n’a montré aucune faille lors de notre essai mais lors de la fermeture, prenez soin de vérifier qu’aucune personne n’entrave la trajectoire des portes. En effet, dans ce dernier cas, les falcon doors entament leur fermeture puis « touchent » gentiment la personne en question pour enfin stopper la fermeture. Les falcon doors manquent donc clairement de sensibilité à la fermeture, espérons que cela sera corrigé lors des prochaines mises à jour.Tesla Model XIl est temps de pénétrer à l’intérieur du Model X et de découvrir le luxe selon Tesla.

Un intérieur digne d’un vaisseau spatialTesla Model X

On peut définir l’intérieur du Model X en trois mots : espace, luxe et volupté. C’est en quelque sorte le prolongement d’une luxueuse maison et on s’y sent très bien. L’habitacle ne manque pas d’espace et l’on retrouve de nombreux compartiments de rangement dans la console centrale et autres panneaux de porte. Notre Tesla Model X dispose de 6 places sur trois rangées ce qui permet de dégager beaucoup d’espace entre les deux sièges du rang deux. Les passagers sont très bien installés et profitent d’un confort digne d’une première classe à l’Emirates Airline. Ces sièges sont électriques et rabattables par la simple pression d’un bouton si l’on souhaite accéder aux sièges de la troisième rangée. Concernant cette dernière, précisons toutefois qu’elle reste hélas réservée aux enfants ou aux personnes de petit gabarit.

Vous remarquerez que les sièges ont un socle de support très esthétique et différent de la bonne vielle banquette arrière. Sur la Tesla Model X, tous les sièges arrière sont indépendants et du fait de l’absence de siège au milieu, cela libère beaucoup d’espace pour voyager aisément ou stocker vos effets personnels si les rangements ne suffisent pas. Par ailleurs, le Model X dispose de deux coffres, un à l’avant et un à l’arrière pour un volume total de chargement de 544 litres avec la 3éme rangée déplié (1597 litres au total dans le cas contraire).

Luxe ! C’est peut-être l’indication principale qu’Elon Musk a chuchoté à ses équipes pour concevoir l’intérieur de la Tesla Model X. En comparaison avec la Model S que nous avions précédemment essayée, il y a une réelle montée en gamme. Tout d’abord, par la qualité de finition mais aussi par le choix des matériaux. Toute la partie haute du tableau de bord est en alcantara tandis que la partie basse est recouverte de cuir. L’intérieur du Model X est très aéré et ergonomique. Il n’y a ainsi que deux boutons, un pour ouvrir la boîte à gants et un autre pour enclencher les feux de détresse. Pour le reste, tout se passe sur l’énorme écran de 17 pouces qui a ni plus ni moins la même taille que mon écran d’ordinateur.

Par ailleurs, le conducteur peut lire différentes informations via le tableau de bord digital en sélectionnant l’onglet souhaité : GPS, consommation en énergie, radio ainsi que l’état du véhicule dans son environnement. Le seul petit reproche que l’on peut faire concerne le design du volant en retrait par rapport à la concurrence ainsi que les boutons qui y sont disposés et qui ne sont pas très qualitatifs au toucher. Malgré cette petite réserve, l’intérieur du Model X est somptueux et l’on prend plaisir à voyager à son bord. D’ailleurs, Tesla a rajouté deux ports USB à l’avant et deux autres à l’arrière en plus d’une prise 12V afin que tout le monde puisse brancher ses appareils électroniques.

Comme je vous le disais, l’écran tactile de 17 pouces centralise toutes les fonctionnalités que propose la Tesla Model X. A première vue, on peut être intimidé mais cela n’est qu’une question de temps car l’interface est très bien pensée. A la fois fluide et ergonomique, l’écran tactile affiche bien évidement le GPS, la radio, la consommation en énergie, la caméra arrière, un navigateur internet et j’en oublie très certainement car la liste est longue ! Le conducteur a également la possibilité de configurer son Model X en fonction de sa conduite, de l’état de la route et de ses goûts. Par exemple, il est tout à fait possible de régler la dureté de la direction (Sport, Confort ou Standard), de calibrer la hauteur des suspensions ou de modifier l’ambiance intérieure.

Prenons la route avec la Tesla Model X et voyons voir ce qu’elle a dans le ventre.

Une conduite tout en finesse

Tesla Model XLa première chose qui nous frappe lorsque l’on prend le volant de la Tesla Model X, c’est la position de conduite assez haute (normal me direz-vous car c’est un SUV) et cette impression de dominer la route. Je rappelle que le Model X est très large et il faut donc rester à l’affût lors des premiers kilomètres pour bien prendre en considération son gabarit. Pour démarrer, rien de plus simple, il suffit d’appuyer sur la pédale de frein et de descendre le commodo sur D « Drive ».

Dès les premiers tours de roues, le diamètre des jantes de 22 pouces se fait quelque peu sentir mais cela n’entrave pas tellement le confort à bord grâce à l’excellent amortissement pneumatique. D’ailleurs, à ma grande surprise, le Model X filtre impeccablement bien les imperfections de la route en toutes conditions. Sur autoroute, nous avons l’impression de flotter, sur route plus escarpée, la Tesla Model X  s’en sort bien et nous n’avons pas eu de douleur au dos. Vous l’aurez compris, c’est très confortable et c’est encore plus vrai si vous décidez d’opter pour des jantes de 20 pouces, au détriment du style cependant.

Notre version d’essai 90D n’est peut-être pas la plus puissante (le P100D étant le plus dingue), mais grâce à une puissance totale de 422 chevaux et un couple de 660 Nm, le Model X 90D n’a pas à rougir. Bien au contraire, à la moindre accélération, la Tesla Model X décolle et ce malgré son poids de 2 468 kg ! Le 0 à 100 km/h est expédié en 5 secondes ce qui est franchement pas mal pour un SUV de ce gabarit… et fou pour cette masse ! A la moindre sollicitation de la pédale d’accélération, le Model X répond présent et le compteur de vitesse s’affole pour notre plus grand bonheur.

Sur autoroute, la Tesla Model X est remarquablement bien suspendu et l’on prend un malin plaisir à avaler les kilomètres. Le silence est quasi absolu, des bruits aérodynamiques font cependant leur apparition au-delà de 100 km/h surtout au niveau des places arrière ; Tesla devrait peut-être renforcer l’insonorisation dans l’habitacle en ciblant les falcon doors. Mais là où le Model X m’a le plus bluffé, c’est sur des portions plus sinueuses. D’accord, le Model X n’a pas la prétention d’être un véhicule sportif, mais bon sang, quel plaisir que d’enchainer les épingles ! En toutes situations, la Tesla Model X vire à plat et je n’ai relevé presque aucun roulis. Cela s’explique par le centre de gravité de l’engin qui est très bas ; les batteries étant implantées sous le plancher et les deux moteurs situés au centre de l’essieu avant et de l’essieu arrière. Si l’on souhaite chipoter un peu, je dirai que la direction est un poil artificielle et que le train avant mériterait d’être un peu plus incisif.Tesla Model XLa Tesla Model X 90D offre une autonomie théorique de 489 kilomètres selon le cycle NEDC. En réalité, tablez sur 350-380 kilomètres d’autonomie si vous avez une conduite souple. Cela est d’autant plus envisageable que le Model X ne pousse pas le conducteur à rouler vite et à adopter une conduite sportive. Contrairement à un modèle en P (Performance), la Tesla Model X 90D propose une autonomie satisfaisante et la consommation en énergie est plus faible. En effet, notre Model X d’essai s’est montré peu gourmand en électricité et j’avoue avoir été un peu surpris par rapport à la Model S P85D.

Avec une conduite normale saupoudrée de quelques 0-100 km/h, j’ai consommé environ 144 Wh/km ce qui permet au Model X d’annoncer environ 463 km d’autonomie avec une batterie chargée à 90%. Concernant la recharge, Tesla ouvre de nombreux points de ravitaillement en plus des Superchargers. Plus récemment, la marque a développé les « recharges à destination », il y en a 1000 actuellement en Europe. Il s’agit d’un ensemble de restaurants, d’hôtels et de centres commerciaux partenaires de ce programme qui vous permettent de recharger lorsque vous êtes en déplacement par exemple.Tesla Model XLa Tesla Model X propose l’Autopilot, une aide à la conduite lorsqu’il s’agit de rouler sur autoroute. Le Model X vous proposera d’enclencher l’aide à la conduite (si les bandes blanches sont bien visibles) par un petit voyant en forme de volant sur le tableau de bord. Pour ce faire, il suffit de tirer deux fois la commande prévue à cet effet et le Model X vous annonce par une signalisation sonore et visuelle que vous êtes bien en mode pilotage automatique.

Sur notre version d’essai, nous bénéficions du « pilotage automatique » amélioré facturé à 5700 euros. Cette option permet de bénéficier d’un plus grand nombre de caméras (pour tous Model X produit après octobre 2016) et de capteurs ultrasoniques afin d’avoir une meilleure lecture de l’environnement. Cette aide à la conduite est assez élaborée mais hélas pas totalement au point pour déléguer complètement la conduite à la voiture. En effet, vous devez garder les mains sur le volant au risque « d’énerver » le Model X et de vous voir sanctionné par ce dernier. Dans ce cas, la Tesla Model X vous privera de ce mode pendant de longs kilomètres avec plus aucune possibilité de l’activer.

L’aide à la conduite est assez bluffante surtout à l’approche d’un virage. Le volant tourne tout seul et le Model X reste bien au centre des deux lignes blanches. Par contre, il reste encore des points à améliorer notamment lorsque vous souhaitez dépasser en enclenchant le clignotant. La Tesla Model X met beaucoup trop de temps pour réagir et refuse même de manœuvrer alors qu’aucune voiture ne nous dépasse. Lorsqu’il se décide enfin à dépasser, il a tendance à couper directement et à ne pas longer progressivement la ligne discontinue comme on le ferait naturellement. Certes, Tesla parle bien d’une « aide à la conduite » et c’est bien le cas, nous ne sommes pas encore à un stade très avancé de la conduite autonome et il faut rester vigilant, encore plus qu’avec une voiture traditionnelle.

En conclusion   Tesla Model X

Vous l’aurez compris, le Model X est un SUV hors du commun qui n’a pour le moment pas de concurrent direct. En plus d’être esthétiquement réussi, il a le mérite de proposer un agrément de conduite aux petits oignons et un confort absolu. Il réussit l’exploit d’allier performance et autonomie du moment que l’on a une conduite normale.

Mais voilà, tout n’est jamais parfait alors parlons de ce qui fâche : le prix ! Le Tesla Model X démarre à 97 300 euros pour la version 75D. A ce tarif, le Model X dispose d’une autonomie de 417 km (selon le cycle NEDC) et abat le 0-100 km/h en 6.2 secondes. La version 90D est facturée à 108 200 euros, et la version 100D réclame 111 600 euros. La version haut de gamme étant la P100D, elle propose une autonomie de 542 km (NEDC) et réclame 154 100 euros. Notre version d’essai quant à elle est une 90D agrémentée de quelques options supplémentaires (jantes 22 pouces, intérieur beige, couleur métallisée, 6 sièges, Pack d’extensions premium, etc), elle est facturée à 137 850 euros. Des tarifs nettement supérieurs à ceux des rivaux thermiques ou hybrides.

Avec ses qualités et son excentricité, le Model X vient définitivement chambouler le segment des SUV ; les iconiques Porsche Cayenne, BMW X5 et compagnie doivent sérieusement prendre en considération ce SUV électrique. D’autant plus que Tesla développe à tour de bras de nouvelles stations de recharge afin de pouvoir voyager sans craindre le problème des batteries vides.

Cependant, Tesla ne doit pas se reposer sur ses lauriers car les constructeurs premium annoncent peu à peu l’arrivée de SUVs électriques dans les deux ou trois années à venir. Tesla doit donc sans cesse continuer à innover et à casser les codes du marché automobile au risque de se faire rattraper (et dépasser ?). En tous cas et au prix fort, ce Model X fait tourner les têtes autant qu’il séduit au volant.

Crédit photos : Khalil B. – The Automobilist