Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Essai Nissan GT-R Track Edition : Sushi Express !

Ne le nions pas, il y a des essais a priori plus enthousiasmants que d’autres. Inutile ici de se montrer condescendant vis-à-vis des autres véhicules que nous avons, en toute franchise, la chance et le privilège de tester, tous procurent un plaisir et une émotion, tous suscitent notre curiosité et titillent notre passion mais, il faut le reconnaitre, tous ne sont pas du calibre de l’engin qui nous a été confié pendant une semaine. Et pour cause puisque cette Nissan GT-R fait partie d’une catégorie automobile qui peut aisément s’apparenter à un club privé dont l’accès n’est réservé qu’à une toute petite élite susceptible de montrer une patte particulièrement blanche. Un club dans lequel on aurait plutôt tendance à penser à des blasons prestigieux uniquement spécialisés dans la performance et la sportivité (peut-être plus pour très longtemps pour certains) : celui des supercars. Et, disons-le tout net, Godzilla n’usurpe en rien sa carte de membre…

GTR28Page 1 : La GT-R vue de l’extérieur

Page 2 : La GT-R vue de l’intérieur

Page 3 : La GT-R à haute vitesse sur l’Autobahn

Page 4 : La GT-R sur les petites routes de montagne

Page 5 : La GT-R au quotidien

Page 6 : La GT-R au portefeuille…

Page 7 : la GT-R sous toutes les coutures (galerie photo)

Mamy fait de la résistance

Même si ça n’apparait pas forcément au premier coup d’œil, et ce d’autant plus qu’on en croise il est vrai qu’assez rarement, cette Nissan GT-R R35 est loin d’être une nouveauté. La voiture est même presque en fin de vie puisqu’elle a été dévoilée par le constructeur japonais en 2007. Plus précisément lors du salon de Tokyo dont l’édition 2015 se tient actuellement et sur lequel on peut justement apercevoir la Vision 2020 qui avait fait une première apparition dans le jeu vidéo Gran Turismo 6 l’an dernier et qui semble préfigurer très largement la future GT-Rou pas. Notre Nissan est donc une petite mémère à l’échelle de l’espérance de vie commerciale des productions automobiles sans cesse raccourcie de nos jours. Mais qu’on ne s’y trompe pas, mamy ne s’est pas laissée aller au fil du temps et elle a même plutôt bien pris soin d’elle, passant ponctuellement par la case facelift, subtil mais efficace, pour l’extérieur et par la case « évolution technique » pour ses organes vitaux, son cœur en particulier. S’ils l’ont ainsi proposé à l’origine avec une déjà très honorable puissance de 485 chevaux, les ingénieurs de chez Nissan n’ont cessé de faire évoluer le V6 3,8 l biturbo qui, pour le coup, s’apparente à un véritable puits sans fond en ce qui concerne la production chevaline. Désormais le modèle affiche 550 ch et il est encore possible d’en rajouter 50 de plus si l’on opte pour la dernière version Nismo. Et ça continue puisque notre modèle d’essai était déjà presque obsolète. Courage mesdames et messieurs les ingénieurs, la barre des 700 équidés doit bien être dans vos cordes durant les quelques années de commercialisation qui restent à notre GT-R !

La fiche technique ne peut en tout cas qu’impressionner puisqu’au delà de la seule puissance il y a d’autres attributs qui, au préalable et sur le papier en tout cas, ne laissent que peu de doutes quant aux capacités de la bête. On en frémit d’avance, et on en est même un peu nerveux pour être très honnête car il s’agit bien d’un véhicule tout à fait hors normes, à des années lumières de ce que nous conduisons au quotidien. 550 chevaux donc, 632 Nm, boîte 6 rapports à double embrayage avec palettes au volant, suspensions en aluminium forgé à double triangulation pour l’avant et multibras pour l’arrière, amortissement piloté Bilstein, disques de frein flottants percés et ventilés de 390 mm à l’avant et 380 à l’arrière pincés par des étriers à 6 pistons à l’avant et 4 à l’arrière, transmission intégrale, arbre de transmission en carbone, 47 CV fiscaux (aïe !)… Bon allez stop n’en jetez plus, puisqu’on vous dit que c’est une voiture de sport !

Ni vu ni connu dans la rue… ou presque

J’ai écrit presque… Cette GT-R n’est peut-être pas le véhicule le plus démonstratif de la production mondiale actuelle mais il sait se faire remarquer malgré tout et bien plus souvent qu’on ne pourrait le penser a priori. Le modèle qui nous a été prêté ne jouait pas dans la catégorie Usain Bolt (version Gold méga bling bling wech tavu gros..) mais plutôt dans un registre sobre et de bon goût avec sa très belle livrée Bleu Racing (option à 1000 €). Rajoutez les jantes noires Nismo de 20 pouces là-dessus et on pourrait naïvement s’imaginer que l’on va rester plutôt discret à son volant… Mais en fait non. Car cette GT-R remporte un succès plus que franc auprès des passants et des autres conducteurs et je dois reconnaitre que, jusqu’à présent, je n’avais jamais conduit de voiture suscitant autant de réactions de la part des personnes croisées. Réactions qui plus est à chaque fois particulièrement positives et chaleureuses, on ne compte plus le nombre de pouces levés, de regards interrogateurs ou curieux mais toujours bienveillants et souriants à votre endroit (et je parle bien entendu de la voiture ici).

Et quand on s’arrête c’est la garantie de faire une rencontre et de discuter avec quelqu’un, passionné ou non, en moins de trente secondes. Les yeux brillent, quel que soit l’âge ou la catégorie socio-professionnelle et les expériences sont multiples, je ne résiste d’ailleurs pas à vous en livrer quelques unes. Trois jeunes en Renault Mégane fatiguée s’arrêtent à ma hauteur alors que je suis à Nissan_GT-R_TheAutomobilist_RB_103côté du véhicule, me lancent un « Whaa monsieur elle est vraiment super votre voiture ! » puis repartent aussitôt tout sourire alors que j’ai à peine eu le temps de les remercier ; un homme d’âge mur seul au volant de sa classe E dernière génération baisse sa vitre et me demande si je peux mettre un petit coup de gaz pendant que le feu est rouge, je m’exécute avec plaisir et lui s’extasie, le long stop nous permettant d’échanger sur les caractéristiques de la voiture ; des clients du restaurant dans lequel nous avons pris quelques unes de nos photos sortent spontanément et admirent la bête ainsi que le travail que nos photographes de talent réalisent, quelle joie dans leurs yeux quand on leur propose simplement de s’asseoir dans le véhicule, et quel plaisir de leur offrir ne serait-ce que ça. Non clairement il y a des indices qui ne trompent pas, il s’agit bien d’un objet particulier.

A titre personnel je dois d’ailleurs bien avouer que je trouve la voiture très réussie et que pour son âge elle reste tout à fait dans le coup d’un point de vue style, et pas que d’ailleurs… Mais tout le monde n’adhèrera peut-être pas, notamment, à son côté un peu massif. Ce n’est certes pas une ballerine (sur la balance en tout cas, parce que sur la route c’est une autre histoire) mais elle en impose et ses éléments de style, tantôt discrets, tantôt exubérants, évoquent tous un caractère sportif qu’il est difficile de nier. La voiture est racée, pas extrêmement basse mais assez longue (4,67 m quand même) et large (1,89 m) pour lui conférer cette assise remarquable sur la route. L’avant est relativement peu évocateur, pas d’entrées d’air démesurées, pas de spoiler ou autre artifice aérodynamique impressionnant, pas non plus de logo Nissan mais à la place un monogramme GT-R bicolore très réussi et des optiques effilées (entièrement à LED et, accessoirement, très efficaces de nuit) avec une belle signature lumineuse en… Z… ou en N (?). Je vous laisse choisir.

Nissan_GT-R_TheAutomobilist_RB_108Le profil est assez fluide lui aussi, l’artifice des poignées de portière intégrées renforçant cet aspect, mais un peu plus musclé cependant. Les passages de roue avant sont bien marqués par les écopes latérales généreuses et, elles aussi, siglées GT-R, et les montants de pare-brise noirs confèrent à la surface vitrée un petit côté proto Le Mans très suggestif, sentiment encore renforcé par ce dessin de pavillon assez particulier qui plonge vers l’arrière et cette « brisure » du vitrage qui insuffle du dynamisme à l’ensemble.

Mais c’est sans aucun doute cet arrière qui se montre le plus impressionnant, ne serait-ce que par sa massivité qui tranche assez nettement avec le reste, ses feux ronds à DEL, cet énorme aileron noir en fibre de carbone (une option à 5 500 € !!) et surtout, ces quatre gigantesques sorties d’échappement qui, croyez-nous, ne sont pas là que pour le décor. Rien d’ailleurs ne l’est et pour s’en convaincre il suffit de tourner autour de la voiture après une petite séance de 30 minutes de gymkhana, la chaleur est évacuée de toute part grâce aux éléments de respiration prévus à cet effet et votre GT-R peut ainsi servir de chauffage d’appoint s’il vous prenait l’idée, un rien saugrenue je le concède, de dormir à ses cotés dans votre garage…

Page 2 : La GT-R vue de l’intérieur