Le Nouvel Automobiliste
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Essai Lexus IS 300h 2017 : Le Cocon Nippon

Il est de ces autos qui sont oubliées du commun des mortels, de ces autos un brin marginales qui tentent de se faire une place au sein des cadors du marché, de ces autos qu’il faut pourtant connaître tant elles ont de qualités à faire valoir. La Lexus IS 300h n’y déroge pas tant il est encore rare d’en croiser dans cette foule germanique de berlines premium, elle est le témoin de ces nouveaux acteurs, de ces nouveaux constructeurs qui peinent à percer, et pourtant…
Née en 2013, l’IS est depuis lors, à contre-courant de ses concurrentes, dans sa philosophie, dans son style tout comme dans son offre, ce, alors que cette année 2017 marque le lancement d’une nouvelle version restylée.

Or, chez Lexus, tout comme chez Toyota, vous devinerez que la technologie est de mise, entre un système hybride – dont la qualité n’est plus à prouver – et une pléthore d’équipements en tous genres, tout être à bord, s’y sent un brin geek. Cette sensation est d’autant plus présente lorsque comme moi, l’on a affaire à la version ultime de cette berline, l’Executive, du moins, si l’on ne compte pas la finition F, alias « sport », qui, je trouve, ne sied guère à la philosophie de l’auto.

Au fil des routes de l’arrière-pays francilien, entre Giverny, La Roche Guyon, Saint-Cyr sur Chars ou encore Châtenay-Malabry, porté par ce cocon nippon, je m’en vais alors laisser une délicate rosée d’écologisme arroser mon esprit fermé d’éternel pétroliste.

Sommaire

Entre courbes et arêtes

Légèrement revue par rapport à la version 2013, la Lexus IS300h restylée conserve son extravagance esthétique tout en la modernisant légèrement par l’adoption d’un nouveau bouclier avant, d’un nouveau regard ainsi que d’un nouveau diffuseur arrière.

La Nippone s’affirme de ce fait encore plus qu’auparavant avec une calandre qui gagne en prestance et qui couvre désormais la quasi totalité de la face avant. Cette gueule de « Predator » se coiffe de phares redessinés, plus tendus, mais toujours aussi fins eux-mêmes soulignés du fameux L à leds rappelant bien évidemment, le L de la firme, lui qui trône fièrement sur son fond bleu, en plein centre de la face avant encadrée de deux béantes prises d’air.

Le profil, pour sa part, s’avère plus subtile, plus sobre, plus délicat… Amené par une ligne tendue depuis la calandre jusqu’au montant du pare-brise, le flanc s’avère lisse, et ne se rehausse que d’un bas de caisse délibérément sportif mais portant, non sans gène, le monogramme « Hybrid », tandis que la surface vitrée encadrée de chrome se clos d’un léger sursaut de la ligne de caisse amenant élégamment à la poupe. Cette dernière s’avère discrètement redessinée, mais conserve ses larges feux joignant le centre de la malle au passage de roue via la jointure du pare-chocs à l’aile, alors que désormais, deux semblants de canules d’échappements enjolivent le diffuseur.

Il faut pour autant reconnaître que la chance fut avec moi cette fois-ci, je n’ai rien à redire sur la configuration que l’on m’a proposé… Entre un beau bleu sombre, un intérieur de cuir beige et de belles jantes en 19 pouces, que demande le peuple ?
Aurais-je évoqué l’habitacle ? Il doit alors être temps de prendre place à son bord.

Classicisme et modernisme

L’ouverture de la portière se fait dans un délicat bruit sourd, laissant alors apparaître un habitacle lumineux et accueillant, tendu de cuir, de plastique et de bois (oui oui, du bois dans une Lexus de 2017), ne reste plus qu’à s’asseoir…

Le cuir beige sied à merveille cet intérieur, les sièges sont sobres, mais restent élégants et surtout, confortables, d’autant plus qu’ils sont à la fois chauffants et ventilés. On y est bien, et l’on s’y sent presque comme dans un cockpit d’avion car pour autant, nous y sommes, comme qui dirait, confinés à notre place tant le tunnel central se trouve imposant, large et haut, séparant littéralement les deux places avant.

Néanmoins, protégé des jambes grâce à de petits coussins de cuir, ce fameux tunnel fait office de planche de bord parallèle, car c’est ici que l’on accède à la plupart des fonctions de l’auto, entre le sélecteur des modes de conduite, le sélecteur de vitesses et le joystick dédié à l’utilisation du système média, il n’y a plus beaucoup d’autres endroits où chercher pour paramétrer quelque-chose. Mais, là encore, je trouve quelque-chose à dire puisque si le conducteur est choyé par un accoudoir de cuir abritant une grande boîte à gants, le passager, lui, doit jongler entre deux porte-gobelets pour trouver lequel serait le plus à même de recevoir son délicat coude…

Levons un peu les yeux et voyons à quoi ressemble cette planche de bord millésime 2017, partagée avec le coupé RC que nous avions essayé l’an passé. D’abord, elle est percée par un volant trois branches, pourvu de cuir, d’aluminium et de quelques menus boutons. Derrière celui-ci se trouve logiquement les compteurs, mais ici, il s’agirait plutôt de parler d’écrans puisqu’ils sont entièrement digitalisés. Large et plane, la planche de bord reste assez légère visuellement, et bien finie au toucher, du moins, pour sa partie haute car, le dessous de celle-ci s’avère encore et toujours être en plastique des plus basiques quand un insert assez peu discret autour du bouton Start rompt quelque-peu la noblesse du tableau de bord par son matériau plutôt bas-de-gamme. Au centre, la radio prend place au sein d’un semblant d’aluminium brossé, c’est sobre et agréable au toucher, mais les molettes de volume et de canal faites d’un plastique blanc me laissent un tantinet dubitatif. Au beau milieu du tableau de bord se greffe, entre deux grilles d’aération en aluminium, une jolie pendule analogique signée Lexus et qui s’avère être rétro-éclairée, comme un brin de classicisme dans toute cette technologie qui s’affaire juste au-dessus avec un écran 16/9e absolument immense. Un plus par rapport à la version 2013 qui, bien qu’offrant un écran de taille similaire, ne proposait pas d’affichage sur toute sa largeur, c’est donc chose faite. Les montants de pare-brise tapissés d’un feutre on ne peut plus doux amènent le regard vers un large toit ouvrant en verre et quelques luminaires particulièrement efficaces. En soit, on est bien à l’avant de cette Lexus.

A l’arrière, il est vrai que l’on s’avère moins choyé qu’à l’avant, bien que les sièges soient confortables, et que la place aux jambes et à la tête soient convenables pour une berline, c’est pourtant d’un ennui… Seuls deux petits aérateurs pourraient venir distraire un passager, m’amenant à regretter l’absence d’un réglage de climatisation dédié au second rang ou éventuellement des tablettes aviation. Si la finition suit néanmoins la qualité offerte à l’avant, ce sont de tristes et cheap fermetures éclair qui s’offrent à la vue au dos des sièges avants, c’est dommage, d’autant qu’un rideau électrique permet d’occulter la lunette, mais rien n’est prévu pour les fenêtres passagers. Des passagers qui d’ailleurs, ne se compteront qu’au nombre de quatre tant la cinquième place est symbolique.

Quatre, c’est le nombre de personnes que cette  Lexus IS 300h pourrait ainsi emmener confortablement en vacances car le coffre est très nettement suffisant et à peine altéré par les batteries qui s’y trouvent, mais une nouvelle fois, un brin de déception subsiste au niveau de la qualité perçue par l’ouverture de sa malle. Pas d’ouverture électrique, mais surtout, une ouverture trop rapide qui le laisse rebondir à son point culminant et un bruit à la fermeture assez décevant… Dans ce cas, si les places arrière et le coffre se trouvent moins confortables que les places avant, tâchons de profiter de ces dernières pour voir comment se passe la conduite de ce galion japonais !

Douceur et vigueur

Tout commence par une ceinture à boucler, là, le siège et le volant se mettent à glisser dans un doux bruit électrique jusqu’à me placer dans la plus parfaite position de conduite possible, le pied sur le frein, le doigt sur le bouton, et là…

Rien ne se passe, enfin, presque, l’écran du GPS s’est allumé, de même que les compteurs sont apparus, mais pas un bruit, rien. Peut-être qu’en glissant le sélecteur de vitesse sur Drive ? Toujours pas… Pourtant, en lâchant ladite pédale de frein, la Lexus IS 300h commence à se mouvoir, doucement, mais toujours dans un silence à en faire pâlir la campagne la plus profonde.

141 chevaux de silence amènent la bête à démarrer quand, passé un certain enfoncement de la pédale, un bruit sourd se fait ressentir, le moteur essence de 2,5 Litres et de 181 chevaux vient de démarrer et porte la puissance du tout à 223 canassons. « Il ne sait pas compter ! » me diriez-vous, mais non, malheureusement, 141 + 181 = 223 car lorsque le moteur essence fonctionne, il charge aussi les batteries de l’auto tandis que le moteur électrique n’émet plus à pleine puissance, mais bon, 223 chevaux, le tout aux roues arrières, ce n’est tout de même pas si mal non ?

Et effectivement, la Lexus en a à revendre et la vitesse grimpe de manière assez peu légale, mais pourtant, quelque-chose semble contraindre les performances et c’est bel-et-bien le poids. Lourde de plus de 1700 kg, je me sens très vite rappeler à l’ordre par l’embonpoint superflu lorsque je m’éprends à la malmener sur petites routes, les freins sont à la peine et la force centrifuge semble s’acharner sur cette brave berline… A ce moment, la philosophie de la Lexus m’est toute comprise, adieu le mode sport et son compte tours, bonjour le mode Eco et son compte économie car c’est ainsi qu’elle s’apprécie, en douceur.

Madame n’est pas faite pour les petites routes de campagne, mais bien pour les grandes nationales et là, elle s’y sent bien, et moi aussi. Dans un souffle de musique classique délicieusement traitée par le système audio Pioneer, elle file sereinement à travers les paysages du monde périurbain francilien, sans effort et dans le plus grand confort, bien campée sur ses suspensions ni trop fermes, ni trop molles. Le régulateur de vitesse adaptatif gère lui-même l’accélérateur selon des distances de sécurité à la demande du conducteur, les avertisseurs et correcteurs de franchissements de lignes restent présents quand l’attention s’en va, et surtout, le silence règne en maître tant l’insonorisation est excellente. Soudainement, la ville prend le dessus sur les étendues verdoyantes et ne semble pas pour autant perturber la Lexus qui, alternant entre électrique et essence s’y montre discrète et dont le gabarit finalement assez restreint se délimite aisément. Je me prends au jeu de l’hybride, tachant de glisser en silence à travers les rues, si bien que parfois même, je me déleste d’un coup de klaxon pour prévenir quelques piétons non-attentifs…

Cette voiture amène à un mode de vie ou plutôt de conduite relativement à part, elle amène à rechercher la conduite la plus douce pour rouler au maximum en électrique, quand bien même il existe des palettes au volant simulant des changements de rapport, le fait qu’il s’agisse d’une transmission CVT rend là encore l’exercice plus calme, plus serein et le retour au mode automatique se voit être tout bonnement naturel. Cette voiture offre à ses passagers l’accès à un monde à part.

Un monde à part que cette IS300h

Que dire de plus ? Elle est différente, elle se démarque de ses concurrentes au plus grand plaisir pour qui l’utilise de ne pas rentrer dans le moule, ce, tout en faisant un achat relativement malin puisque malgré toutes les options énumérées précédemment, elle s’affiche à un tarif particulièrement acceptable à ce niveau, de 56690 €.

Il va sans dire qu’une berline premium de l’Est à l’instar des Audi A4, Mercedes-Benz Classe C ou BMW Série 3 avoisinerait les 65 000€ pour le même service. D’autant plus que l’entretien de cette Lexus, outre le fait qu’elle figure parmi les plus fiables du marché, se trouve des plus économiques car bien peu de pièces s’useront avec le temps… Pas d’embrayage, pas de courroie, juste de l’huile et quelques plaquettes de freins à remplacer de temps en temps, mais là encore, le freinage offert par le système de récupération d’énergie repousse la sentence.

Alors oui, ce concentré de japonisme a quelques défauts, à commencer par sa carrosserie qui ne plaira bien entendu pas à tout le monde, le risque de vouloir se démarquer me direz-vous, de même, quelques finitions ont à apprendre des références pour un ressenti parfait, enfin, la consommation mériterait d’être apprivoisée car les 4,2 litres aux 100 kilomètres annoncés par la marque sont idylliques et la berline demandera plus fréquemment un biberon de 7,7 litres pour se mouvoir sur cette même distance. Oui, mon avis sur cette auto est plutôt favorable et pourtant, il semble qu’il ne faille se fier aux a priori…

N’aimant pas son design et vouant une haine intense à l’hybridation à outrance, elle sut me convaincre d’une philosophie qui n’est pas mienne, aussi borné que je sois… Messieurs dames les clients de berlines allemandes, ouvrez-vous à l’originalité, au différent, quittez cette monotonicité qui régit le marché automobile actuel, c’est en offrant leur chance à des marques qui préparent le futur que l’automobile de demain fera sa place parmi nos sociétés.

Bref, rouler en Lexus, c’est rouler différent, mais surtout, différemment.

Crédits photos : Loïc Maschi/Antoine Lesbroussart/The Automobilist