Le Nouvel Automobiliste
Le Nouvel Automobiliste

Entretien avec Guillaume Berthier : La Zoé à 400 km, c’est une révolution !

Renault a quelque peu surpris son monde à Paris en dévoilant une Zoé dotée d’un nouveau pack de batteries lui conférant une autonomie de 400 km en cycle NEDC, soit 300 km en réels. Plus que jamais la firme au losange croit aux véhicules électriques dont les ventes, quoique toujours assez faibles en volume total, sont incontestablement et surtout régulièrement en hausse depuis des mois. L’occasion pour nous de faire le point sur ce marché avec Guillaume Berthier, Directeur commercial Europe de Renault pour le véhicule électrique.mondial_paris2016_theautomobilist_renault_guillaume_berthier_03

The Automobilist : Bonjour. Commençons immédiatement avec Zoé puisque c’est l’une des actualités majeures pour Renault à l’occasion de ce Mondial de Paris 2016. Il y a une belle mise à jour technique avec un pack de batteries permettant une meilleure autonomie, on y reviendra, mais pourquoi cela ne s’accompagne-t-il pas également d’une mise à jour esthétique de la voiture ?

Guillaume Berthier : On a voulu d’abord mettre toute notre énergie et tous nos moyens sur ce que vous appelez mise à jour mais que moi je qualifie plutôt de vraie révolution. Le défi était de réussir à doubler l’autonomie en gardant le même volume de batteries et quasiment le même poids. Donc c’est pour nous beaucoup plus qu’une mise à jour, nous n’avons pas rajouté des « morceaux de batterie » pour faire un truc plus grand et ça c’est une vraie innovation sur le marché. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle nous sommes les seuls à proposer aujourd’hui 400 km NEDC pour un véhicule que je vais appeler « grand public ». Ça c’est la première des choses. La deuxième des choses c’est qu’on voit que sur l’ensemble de nos clients, pour ce qui est design extérieur, aspect renault_entretien_avec_guillaume_berthier-7intérieur, etc. les taux de satisfaction sont énormes, donc pourquoi changer un modèle qui plait. Cependant il y a quand même un léger rafraichissement du véhicule et surtout nous avons créé une nouvelle version haut de gamme qui s’appelle en France One Edition et Bose pour le reste de l’Europe. Elle dispose d’un système audio Bose de très haute qualité et d’une sellerie premium en cuir exceptionnelle.

TA : Et en termes de personnalisation ? De choix des couleurs extérieures par exemple. Elle est présentée au Mondial en rouge, une couleur qui lui va bien et qui change des gris/gris-bleus proposés jusqu’ici. Peut-on en espérer d’autres ?

GB : Oui les couleurs c’était important. Pour le coup c’était justement une demande des clients qu’il puisse y avoir un peu plus de joie. Mais que cela permette aussi de davantage traduire un élément qu’on oublie parfois quand on connait mal le véhicule électrique c’est l’aspect « plaisir de conduite », l’aspect « fun » qu’on essaie de mettre en avant. Et les couleurs beaucoup plus « flash » comme le rouge ou le bleu servent à cela. Bleu qui n’est pas en soi une nouvelle couleur au passage puisqu’il a été déjà lancé il y a quelques temps. Il reste encore assez confidentiel mais on veut le mettre en avant . En plus il y a des couleurs qui sont plus haut de gamme comme le gris Yttrium parce qu’on a aussi une partie de notre clientèle qui demande de plus en plus des choses haut de gamme et c’est tout à fait logique avec l’augmentation de l’autonomie. Avec cette dernière on sait qu’on va commencer à taper sur des clients qui auparavant étaient trop anxieux par rapport à l’autonomie et qui se disaient le véhicule électrique ce n’est pas pour moi. Aujourd’hui avec les 300 km réels de Zoé on va vraiment atteindre de nouveaux types de clientèles et entre autre des clientèles qui vont demander des versions un peu plus huppées.mondial_paris2016_theautomobilist_renault_zoe_03

« 1500 € pour doubler son autonomie c’est tout à fait raisonnable »

TA : Quel est le surcoût pour accéder à cette version 400 km de la Zoé ?

GB : Il est très très compétitif ! En France c’est 1500 € et dans le reste de l’Europe c’est de l’ordre de 2500 € Donc pour doubler son autonomie c’est quand même tout à fait raisonnable et quand on regarde ce qu’a déjà fait la concurrence dans ce domaine on se retrouve dans des prix qui sont nettement inférieurs.

TA : Les possesseurs actuels d’une Zoé, en particulier ceux l’ayant achetée récemment et qui pourraient être un peu déçus de ne pas avoir un véhicule avec plus d’autonomie, pourront cependant passer à ce nouveau pack de batteries ?

GB : Oui effectivement, au moment où on a lancé Zoé on avait dit qu’il serait possible lors de la sortie d’une nouvelle batterie de procéder à l’upgrade. C’est effectivement techniquement possible justement parce que nous avons gardé le même volume de batteries. On proposera donc effectivement ce service qui devrait être mis en place à peu près au printemps 2017 et qui coutera, suivant les pays parce que les homologations, les frais administratifs, etc. peuvent variés, de l’ordre de 3500 € TTC.

TA : La mise à jour touche entre autre au logiciel j’imagine…

GB : Oui mais il y a d’autres éléments techniques à prendre en compte et donc à modifier. Et puis c’est surtout d’un point de vue logistique qu’il y a des coûts, le fait de transporter les batteries qui sont des objets assez massifs parmondial_paris2016_theautomobilist_renault_zoe_02 exemple. D’enlever les anciennes et de les remplacer par les nouvelles, le temps de main d’œuvre, les frais d’homologation et administratifs qui sont assez importants et effectivement une mise à jour logicielle. Tout cela fait que, même si on a essayé de contenir le prix, ça reste un coût. Cela dit, toujours face à la concurrence, cela reste extrêmement compétitif quand on loue la batterie. C’est bien l’un des avantages du système. Après on pense quand même que finalement peu de client vont mettre en œuvre et profiter de cette offre.

TA : Pour quelle raison ?

GB : Et bien, en France notamment, beaucoup de gens sont en location longue durée et ils peuvent donc attendre un peu voir comment cela va se passer. Mais en fait, s’ils ont acheté Zoé avec 240 km d’autonomie c’est parce qu’ils ont bien réfléchi à leurs besoins et donc que la voiture répondait à ces derniers. Donc peut-être que dans le futur ils pourraient avoir envie de faire l’upgrade mais est-ce que c’est quelque chose de très urgent ? Ce n’est pas sûr. Je pense que les gens spontanément regardent et disent « ah ben oui, je voudrais bien passer à 400 km » mais en réfléchissant et en faisant le compte à la fin ils vont peut-être penser que c’est plus malin d’attendre un tout petit peu et de changer carrément non pas la batterie mais la voiture, en renouvellement, pour un MY2017 avec en plus des petits changements et des améliorations et cette nouvelle batterie.renault_entretien_avec_guillaume_berthier-2

« A coup sûr des gens qui, hier, se disaient je ne suis pas fait pour le véhicule électrique commencent à se dire oui, finalement je pourrais »

TA : Mais ça montre sans doute qu’il y a toujours cette inquiétude très prononcée, et souvent irrationnelle reconnaissons-le, sur l’autonomie du VE. Ça reste le cœur du problème. Donc 400 km c’était un chiffre un peu pris au hasard ou pour vous c’est le seuil psychologiquement indispensable ?

GB : Plus que le 400 km NEDC, puisque finalement nous ne raisonnons pas tellement en fonction de ce cycle sachant bien que la réalité est différente, c’est le 300 km qui est véritablement un des seuils psychologiques, clairement. Après, ce n’est pas parce qu’on a une batterie qui double son autonomie qu’on va sortir davantage le weekend ou qu’on va partir à droite ou à gauche. On ne va pas changer ses habitudes. Mais c’est bien de l’ordre de mondial_paris2016_theautomobilist_renault_zoe_04l’irrationnel, on sera rassuré. Et les anciens clients, ceux qui sont habitués au véhicule électrique, j’en ai rencontré, m’ont dit qu’ils comprenaient que ça puisse intéresser d’autres gens mais qu’eux, avec la batterie et l’autonomie dont ils disposent, ça leur convenait parfaitement. Mais ça demande de l’habitude. Et peut-être que les tous nouveaux clients, ceux qui ont acheté en juin ne sont pas encore habitués à ça mais que d’ici quelques mois finalement très peu d’entre eux décideront de changer de batterie.

TA : On peut donc dire que pour Renault, les « 400 km » c’est avant tout un aspect marketing pour trouver de nouveaux clients qui étaient peut-être hésitants sur cette notion d’autonomie. Les commerciaux de la marque auront désormais un argument imparable.

GB : Vous avez une vision un peu forcée de la vente… Ce n’est pas vraiment marketing, c’est quand même une vraie demande de réassurance. Et d’ailleurs c’est l’une des raisons pour laquelle les prévisions sont très difficiles à faire car on est effectivement dans l’irrationnel et on n’a pas vraiment de modèle qui nous permettent de mesurer la manière dont cela va être reçu par les clients. Mais à coup sûr des gens qui, hier, se disaient je ne suis pas fait pour le véhicule électrique depuis cette annonce commencent à se dire oui, finalement je pourrais.

« Notre mission chez Renault c’est de rendre le véhicule électrique accessible au plus grand nombre »

TA : Et pour l’avenir, vous prévoyez d’autres améliorations de ces batteries ?

GB : Bon déjà savourons notre plaisir parce que je crois qu’on est vraiment au début d’une révolution quand même. A ce prix, avec cette autonomie je pense que c’est le début de la vraie révolution et du tipping point (NDLA : point de bascule). Donc soyons déjà contents avec ça. Après, notre stratégie ce n’est pas forcement la course à l’autonomie coûte que coûte. Justement, notre stratégie c’est de donner davantage d’autonomie, davantage de simplicité de la vie électrique mais toujours pour un coût modéré. Donc notre mission chez Renault c’est de rendre le VE accessible au plus grand nombre. D’ailleurs, et c’est la raison pour laquelle en Europe nousrenault_entretien_avec_guillaume_berthier-8 gardons l’offre de 22 kWh parce qu’on est persuadé qu’il y aura toujours une frange de clients qui auront bien évalué leurs besoins et qui se satisferont parfaitement d’une autonomie inférieure, mais pour un tarif moins élevé. Probablement que dans le futur nous allons nous retrouver avec une offre un peu plus duale avec des gens qui recherchent l’autonomie, avec des notions de coût total d’utilisation pour laquelle ils sont moins sensibles et d’autres qui y sont beaucoup plus sensibles et qui seront très heureux avec une autonomie standard.

TA : Au final le même genre de proposition qu’un client de voiture thermique qui hésiterait entre un 90 ch et un 110 ch…

GB : Oui mais avec une différence majeure c’est que quelle que soit l’autonomie choisie sur Zoé le plaisir de conduite est exactement le même, ce qui ne sera pas le cas dans la proposition thermique. Quand on conduit une Zoé, on ne sait pas, à part en regardant l’autonomie en km, si on est avec une grande batterie ou pas. Donc le changement, vous l’avez dit, est plus psychologique qu’autre chose. Et c’est d’ailleurs très intéressant parce que par exemple, on s’est posé la question de comment organiser les essais presse puisque comment faire pour faire dire aux essayeurs autre chose que ce qu’ils ont déjà dit auparavant. Il n’y aurait pas trop d’intérêt à partir faire 300 km jusqu’à ce que ça s’arrête, donc on est en train de réfléchir au sujet qui est une nouvelle problématique intéressante.RENAULT KANGOO EXPRESS Z.E. (F61e) - PHASE 2TA : Passons sur les autres véhicules électriques de Renault. Ce pack de batteries peut-il maintenant être greffé par exemple sur un Kangoo ?

GB : Et bien non parce que comme je vous l’ai expliqué, la vraie innovation c’est de réussir dans le même volume à optimiser l’ensemble du système. Mais ce sont des batteries différentes, celles de Kangoo ZE n’ont pas grand-chose à voir avec celles de Zoé. Donc en fait pour réussir ce genre de chose il faut recommencer le travail à zéro et donc ça prend du temps. En plus il ne s’agit pas du même fournisseur.

TA : Donc l’avenir de Kangoo, ce sera un autre Kangoo ?

GB : On continue à travailler. La stratégie reste la même : offrir la meilleure technologie, s’améliorer en autonomie mais toujours avec des coûts qui sont maitrisés et surtout pour Kangoo où le coût total d’utilisation est encore plus important sachant qu’il s’adresse d’abord à des professionnels. On proposera donc une meilleure autonomie le jour où on saura le faire avec des coûts compatibles avec les objectifs des professionnels concernés.

TA : Sautons de Kangoo à… Twingo. Votre partenaire Daimler est passé à l’électrique sur ses ForTwo et ForFour, est-ce que Twingo y aura droit aussi ou est-ce totalement impossible compte-tenu des accords avec le groupe allemand ?

GB : Aujourd’hui, surtout dans le domaine de l’électrique, rien n’est hors de question parce qu’il faut toujours rester éveillé. Vous savez bien que ce marché bouge et évolue de manière incroyablement rapide, donc à ce jour rien n’est fermé. Twingo en version électrique n’est pour le moment pas décidée notamment car, et même si c’est vu de loin, il pourrait y avoir beaucoup de cannibalisation entre une Zoé et une Twingo électrique. Ce n’est donc pas la priorité du moment.mondial_paris2016_theautomobilist_renault_twingo-gt_10TA : Ça paraitrait pourtant relativement cohérent pour un petit véhicule urbain d’offrir cette possibilité. C’est dommage non ?

GB : En fait les utilisateurs de véhicule électriques, à part ceux qui le sont avec Autolib’, ne sont pas des vrais utilisateurs 100 % urbains. Ce sont des gens qui sont plutôt des périurbains et qui vont commuter leur mode transport avec un autre une fois arrivés au centre-ville qu’ils ne fréquentent finalement que peu en voiture. Après sur une voiture très compacte, ce besoin aujourd’hui dans les configurations qu’on connait n’est pas si fort que ça. Par exemple à Paris avec sa Zoé on peut se brancher sur Autolib’ et il n’y a pas énormément de différence de taille entre Twingo et Zoé d’où le fait qu’une Twingo électrique ne soit à ce stade pas encore décidée. Mais encore une fois on continue à regarder toutes les options

« Twizy c’est un véhicule qui a été probablement trop précurseur »

TA : Et pour Twizy ?

GB : Twizy c’est un véhicule qui a été probablement trop précurseur, qui a une courbe de vie assez étonnante. C’est-à-dire que typiquement chez ce genre de véhicule coup de cœur on voit habituellement un pic la première année et une chute très rapide ensuite. Or aujourd’hui ce n’est pas du tout le cas, on a même plutôt tendance à avoir une augmentation d’année en année. Et c’est surtout un véhicule qui a de plus en plus de succès hors Europe. On compte développer les ventes de Twizy mais à travers des idées et des modes de commercialisation différentes. On aimerait qu’en fait Twizy nous serve un petit peu de laboratoire. Vous savez qu’on est en train de travailler sur un projet de lancement de Twizy au Canada avec un business model assez innovant, fait par un partenaire naturellement, ce n’est pas nous directement, mais on les a accompagné et aidé par ce que ça nous intéressait. On Renault Twizy au Canada.4a aussi des expériences très intéressantes de location de très courte durée en Norvège. Le principe là-bas étant que dans les fjords les bateaux de croisière qui arrivent déversent un flot de touristes important et cela engorge pas mal ces espaces, surtout que ces touristes louent pour la plupart des véhicules thermiques qui, à terme, pose un problème de respect de cet environnement très fragile. Donc ici des expériences de location très courte durée, une ou deux heures, mais accompagnée d’un système GPS faisant en même temps audio-guide, permettent aux gens de partir se promener dans les fjords et même d’accéder à des endroits habituellement inaccessibles en véhicule thermique. Donc on a sur ce genre de cas une vraie valeur ajoutée pour Twizy. Entre ce concept de voiture fort sympathique, très rigolote à conduire et cette valeur ajoutée on arrive à dégager de la vraie valeur.

TA : Donc ça pourrait être un produit vraiment destiné à des utilisations très spécifiques mais que Renault pourrait utiliser efficacement pour sa communication dans le domaine des ZE ?

GB : Absolument, et je pense que ces cibles, outre celles dont je viens de vous parler, sont très nombreuses. Et ça c’est un domaine dans lequel nous devons encore travailler.

TA : Mais au final ce Twizy a-t-il vocation à être renouvelé, transformé ou carrément abandonné à la fin de sa vie ?

GB : Aujourd’hui il n’y a pas de décision de l’abandonner. On le poursuit donc. Maintenant le plan produit détaillé n’est pas encore connu. Mais on y travaille car on sent bien que ça a été un vrai atout probablement pas suffisamment travaillé. On s’est focalisé beaucoup sur Zoé pour faire décoller les ventes de véhicules électriques en général, c’est là qu’on a mis toute notre énergie ces dernières années, maintenant ça commence à décoller donc on va aussi commencer à s’intéresser davantage à Twizy.renault_entretien_avec_guillaume_berthierTA : Je regarde de nouveau vers l’avenir. On trouve le concept TreZor sur votre stand, qui est doté d’une motorisation électrique. Cela annonce-t-il de la part de Renault une volonté de ne pas se concentrer uniquement sur les petits véhicules électriques mais de regarder également vers des segments supérieurs ?

GB : Notre stratégie comme précédemment dit c’est de permettre l’accès à une technologie au plus grand nombre. On a déjà une gamme quand même de 4 véhicules dans le monde et on est les seuls au monde à avoir ça. Donc avant de commencer à multiplier les modèles l’idée c’est d’abord d’optimiser ceux qui existent déjà. C’est le cas aujourd’hui avec Zoé et sa nouvelle autonomie. Après, ce concept car TreZor ce n’est pas qu’il préfigure la gamme électrique future mais notre vision de toute l’automobile future. Le président Carlos Ghosn a dit il y a peu, et il le répète souvent, le véhicule du future sera connecté, autonome et électrique. Et c’est ce que TreZor met en avant.

TA : Donc dans un avenir proche rien de plus que des petites citadines en véhicules électriques ?

GB : Dans un avenir très proche, non.

TA : Si le succès se confirme pour Zoé est-il envisageable à terme de voir son tarif baisser, un peu à la manière des produits technologiques dont le prix est élevé au lancement et qui petit à petit, grâce à une large diffusion, diminue ?

GB : Sur Zoé en particulier, et si on parle en termes de mois, la réponse est clairement non. En revanche là encore, toute notre stratégie c’est d’être capable de se mettre en position, à terme, de ne plus avoir besoin d’aides de l’État. Ça signifie que le prix client lui-même ne va pas s’effondrer du jour au lendemain, en revanche, ce qui va se faire progressivement, et c’est sain, et on travaille pour ça, c’est qu’il y ait un équilibre entre le prix catalogue et les subventions. A terme on ne doit plus en avoir besoin mais le prix client devrait lui rester à peu près identique.

« L’énorme majorité de nos clients est très satisfaite de la location des batteries »

TA : Pourquoi ce choix de Renaultmondial_paris2016_theautomobilist_renault_guillaume_berthier de rester sur le principe de la location des batteries et ne pas les proposer à la vente ? On sait que ce genre de location apparait parfois comme une sorte de captivité pour le client et que le propriétaire d’un véhicule aime bien justement se sentir « pleinement propriétaire » de son bien.

GB : Globalement quand on dit les gens aiment bien… c’est les gens qui n’aiment pas qui en parlent beaucoup… L’énorme majorité de nos clients est très satisfaite de ce système. D‘ailleurs c’est très intéressant, on fait des expériences de vente de batteries aux particuliers au Royaume-Uni. Aujourd’hui c’est de l’ordre de 10 % des clients qui choisissent cette formule d’achat et 90 % préfèrent la location. Nissan a fait la même chose de son côté et eux dans le même pays ils sont à l’inverse… C’est étrange mais en fait quand il y a un accompagnement des forces de vente, qu’elles ont été formées, qu’elles comprennent et qu’elles savent expliquer au client l’intérêt de la location (c’est un peu plus difficile c’est vrai), les avantages sont tels… Par exemple l’upgrade à 3500 € dont nous parlions tout à l’heure, si on a acheté sa batterie vous devinez bien que le prix ne sera pas du même ordre. Et puis surtout la location est très importante au moment de la revente du véhicule puisque le client n’a pas à se soucier de la valeur résiduelle de ces batteries. C’est énorme parce que normalement ça reste une incertitude qui va dépendre de facteurs extérieurs comme le prix du stockage stationnaire (le smart grid) ou les charges ultra-rapides, etc. Aujourd’hui la valeur des batteries dans le futur est quand même assez inconnue. Nous avons pris le risque, nous l’avons intégré dans notre business model et ce n’est pas le client qui le porte. Je pense que c’est quelque chose de sage que nous avons fait parce que le risque en réalité est que des clients qui se sentent lésés parce qu’ils doivent revendre leur batterie se disent « l’électricité c’est terminé pour moi ».

TA : Le lien est tout trouvé pour terminer cet entretien, qu’en est-il du marché de l’occasion pour les véhicules électriques ?

GB : On a peu de recul aujourd’hui parce que les gros volumes sont arrivés il y a moins de trois ans. Les locations longue durée vont seulement revenir à partir de 2017-2018 et donc aujourd’hui il n’y a pas réellement de marché. Mais c’est quelque chose qu’on regarde de très près parce qu’effectivement il y a une interrogation. Comme c’est quelque chose de nouveau pratiquement tous les acteurs de la filière s’interrogent. Chez Renault on scrute tout cela de très près et aujourd’hui nos premiers retours c’est que finalement les prix de revente de Zoé sont bons voire même très bons. Au niveau technique il n’y a pas de soucis, ça c’est très bien, et effectivement la cote se tient bien, même si, encore une fois, on manque encore de recul. On est tout de même assez confiant.

TA : Merci beaucoup

GB : Merci à vous.

Entretien réalisé le 30 septembre 2016 par François M, Arnaud Lrx et Eddy P.
Photos : Arnaud Lrx, Eddy P.