Le Nouvel Automobiliste
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Entretien avec Cécile Sobole, chef de produit Renault Scénic 4

C’est un joli coup qu’a réalisé Renault pour le salon de Genève avec la présentation de son nouveau Scénic, salué par les observateurs pour son style très réussi qui renouvelle un genre que Laurens Van Den Acker nous présentait lui même comme un peu « fatigué ». Il n’en demeure pas moins que ce monospace devra également convaincre ceux qui souhaitent y retrouver les caractéristiques premières d’un véhicule à vocation familiale. Or tous ne seront peut-être pas conquis par un Scénic dans lequel le Losange a fait des choix. Pour en évoquer quelques uns et comprendre le positionnement de cette nouveauté majeure nous avons également rencontré à Genève Cécile SOBOLE, chef de produit Scénic IV.

The Automobilist : Bonjour, pourriez-vous nous vendre ce Scénic IV ?

Cécile SOBOLE : Le nouveau Scénic c’est d’abord un design distinctif, moderne et stimulant, ensuite c’est une modularité facilitée et enfin ce sont des équipements technologiques qui permettent de proposer un véhicule dans son temps. Maintenant si on développe un peu, pour le design on a vraiment un véhicule qui a des lignes fluides, un capot court, un pare-brise avant avancé en triptyque qui reprend les codes du MPV en renforçant l’aspect monocorps, des épaules sculptées et un côté de caisse en vague reprise du concept-car R-Space et puis surtout des roues de taille unique de 20 pouces qui donnent une excellente assise à l’ensemble. Pour compléter on a en plus des finitions de couleur bi-ton qui renforcent le côté dynamique de l’ensemble du design extérieur.

A l’intérieur on a voulu faire des choix de matériaux et de finition en progression et proposer un niveau de qualité perçue plus élevé. On a aussi souhaité un véhicule qui soit plus orienté sur le conducteur, plus individualiste. Pour cela on a décidé par exemple de recentrer toute l’instrumentation de bord face au conducteur. Mais il y a d’autres éléments qui renforcent cet aspect individualiste comme la console centrale coulissante, qu’on avait déjà sur les deux précédentes générations de Scénic, qui en position tout-avant est dessinée de manière à faire corps avec la planche de bord donc à isoler un peu plus le conducteur du passager. En plus on a renforcé le contour des sièges pour plus de maintien et placé un affichage tête haute. Tout cela permet au conducteur de se sentir plus seul « maître à bord ».017 Genève 2016 TA Adrien Séné RenaultRenault_Scénic_IV_Pano TATA : On est donc plus proche de la philosophie d’une berline que de celle d’un monospace ?

CS : En tout cas pour ce qu’on a voulu provoquer comme sentiment au niveau du poste de conduite, oui. Mais on conserve quand même la position de conduite haute, ce n’est donc pas tout à fait la même chose. En fait, pour l’ensemble du véhicule on a cette dualité entre « ego-oriented » et « we-oriented ». On renforce le côté « je me fais plaisir à moi » et « je me sens aux commandes d’un véhicule plus valorisant » et en même temps on peut aussi affirmer « je fais plaisir à toute ma famille » parce qu’il y a aussi tous les équipements, la modularité et l’habitabilité nécessaires pour que la vie à bord soit tout à fait agréable.

TA : Ce sera la communication de Renault sur le côté « je suis content de mon véhicule mais mes enfants aussi en sont fiers » ?

CS : Le principe de communication globale n’est pas encore totalement défini. Pour le moment il y a un petit film qui est diffusé sur le salon avec une signature qui tourne autour du principe « create everyday » mais ce n’est pas la publicité définitive. L’idée en tout cas c’est de pouvoir disposer d’un véhicule qui reste modulable tout en provoquant des émotions.

TA : Justement il semble que ce nouveau Scénic écarte finalement quelques aspects pratiques pour privilégier le style. Que va-t-on alors dire à ceux dont la priorité est l’espace, l’ultra-modularité, la luminosité et qui vont se retrouver face à ce Scénic IV qui en offre peut-être un peu moins ?

CS : C’est vrai qu’il y a un socle de clients fidèles qui sont très attachés à la marque et au modèle Scénic et on se doit de ne pas les décevoir dans notre proposition. Maintenant ces clients nous ont aussi dit qu’ils avaient besoin d’un véhicule qui a du style, un véhicule qui soit dans son temps et ils ont aussi exprimé un besoin de renouveau. On les a écouté et entendu et on propose de revisiter le concept du monospace avec un design très fort. Mais cela ne nous a pas empêché de conserver la modularité à bord. Les rangements par exemple sont toujours très nombreux -on va rester leader sur le segment en volume total de rangement- et puis on a aussi amélioré des points faibles de l’ancien Scénic comme par exemple le plancher plat et le problème des sièges qu’il fallait sortir du véhicule, 15 kg, c’était parfois compliqué. Aujourd’hui on a adapté le système « one touch folding » de l’Espace V qui facilite grandement la modularité.

On conserve également les petits éléments que les familles adorent comme les rideaux pare-soleil, les trappes sous le plancher ou le miroir de surveillance enfant et on apporte d’autres rangements malins et ingénieux qu’on a vraiment sublimé dans ce véhicule comme le tiroir « easy life » repris de079 Genève 2016 TA Eddy Renault Scenic IV l’Espace V et permettant d’accéder au fond du rangement sans avoir à se contorsionner contrairement à une boîte à gants classique (NDLA : hélas toujours sans amortisseur à l’ouverture… un défaut que je déplorais déjà lors de l’essai de l’Espace V) ou encore la console coulissante qui permet en plus une forme de restructuration de l’espace intérieur. En position tout arrière elle peut par exemple bien séparer les deux côtés. De plus il y a de nouvelles tablettes dans les dossiers qui permettent d’offrir un petit rangement supplémentaire de par leur épaisseur un peu plus importante. Elle sont également pourvues d’une petite lanière élastique de maintien des objets pour la sécurité. Et, c’est très important aussi, on trouve deux prises USB à l’arrière pour l’alimentation des tablettes et autres consoles… un gage de paix pour les parents…

TA : Restons à l’arrière. Pourquoi y avoir abandonné les sièges individuels ?

CS : Le design est très sculpté, les lignes très tendues ce qui fait qu’à l’intérieur si on voulait mettre trois sièges individuels on n’aurait pas pu. En fait on aurait pu en mettre deux et du coup on aurait eu un troisième au milieu plus petit et ça nos clients n’en voulaient pas. On a donc fait le choix d’un siège indépendant d’un côté et d’une banquette de l’autre mais une banquette avec une confection qui marque visuellement les trois places avec un maintien.

TA : Il y a donc l’apparence de trois sièges mais pas la réalité…

CS : L’apparence est importante mais ça donne aussi un confort presque équivalent à trois sièges séparés Je ne vais pas dire que c’est équivalent, ce serait faux, mais en attendant la personne au milieu ne se retrouve pas sur une espèce de petit rectangle très plat en hauteur, inconfortable, avec un tunnel à ses pieds. Sur Scénic IV le plancher est plat. Ici on a une zone avec un support latéral au niveau de l’assise donc un niveau de confort très satisfaisant. De plus les deux parties coulissent de façon indépendante et se rabattent en plancher plat.

TA : Mais il n’y a pas de trappe à ski.

CS : On a donné dans un premier temps la priorité à l’accoudoir avec les deux grands porte-gobelets en format maxi. Mais c’est un équipement qui pourrait rapidement être adapté si le besoin s’en fait sentir.

TA : Retournons à l’extérieur. Quels sont les espoirs du marketing avec la couleur jaune miel ?

CS : Avec le bi-ton jaune miel/noir on remarque que, pour l’instant, la couleur est vraiment très bien perçue par les gens qui découvrent le modèle. Chaque couleur de lancement se doit naturellement d’être forte et distinctive pour bien marquer les esprits. Maintenant on ne sait pas combien on va en vendre dans cette couleur. On a naturellement envie de mettre des couleurs dans la rue et quand on a testé le véhicule avec ce bi-ton jaune-noir en France et en Allemagne les mots clés qui sont ressortis étaient des termes du genre « c’est énergique », « c’est optimiste », « ça me donne la pêche !», « j’aime la vie ! », « c’est la voiture du bonheur !» et en tout cas certainement pas un rejet massif du genre « ah non du jaune jamais ! ». Donc tous les espoirs sont permis.

TA : L’autre point fort du véhicule ce sont ses roues grandes mais moins larges. D’abord le choix, en particulier de ne proposer qu’une seule taille immense, a-t-il été facile à prendre ?

CS : La question des roues est arrivée très tôt dans012 Genève 2016 TA Romain Renault le projet, en même temps que la validation du choix design. On a donc fait un choix design global avec les grandes roues. Impossible alors de proposer autre chose sinon tout le dessin du véhicule était à refaire. Dès que ce choix a été fait on a beaucoup et longuement travaillé avec l’ingénierie, le design et le marketing pour relever le challenge constitué par la proposition d’une seule taille de roue. Et on y a trouvé beaucoup de points positifs. Ça a d’abord un avantage en termes de développement car il n’y a qu’un seul typage à faire en ce qui concerne les réglages de suspension. Donc pour le confort dynamique on est sûr que celui qu’on propose sera le même pour tous les véhicules et on l’a typé pour être à peu près au même niveau que celui du Scénic actuel en corrigeant quelques petits défauts.

TA : Et pour le coût ?

CS : Le coût n’est pas forcément plus important. Certes c’est du 20 pouces mais les pneus sont plus étroits également. Du coup ça optimise dans un premier temps la résistance au roulement qui est la meilleure dans cette taille, il n’y a pas d’équivalent. On a travaillé l’aérodynamisme aussi et ces deux éléments combinés se ressentent sur la consommation qui est optimisée. Quant aux équipements comme les pneus hivers ou les chaines à neige il y aura des chaines proposées en accessoires pour moins de 100 € et la disponibilité des différents types de pneus (hiver, été, tous temps) sera complètement assurée comme tous les autres pneus. D’autant plus qu’il n’y a pas qu’un seul manufacturier fournisseur de ces pneus. Au final le coût global sera équivalent à celui d’une roue de 17 pouces, nous avons passé des accords avec les fournisseurs pour que ce soit dans ce cadrage là.

TA : La déclinaison 7 places à découvrir prochainement a-t-elle été prévue dès le départ du projet ?

CS : Oui très tôt dans le projet car on a des clientèles de familles nombreuses qui ont besoin d’un véhicule 7 places.

TA : Ce ne sera qu’un dérivé 7 places ou y aura-t-il une autre philosophie propre ?

CS : Non, il va reprendre tous les points forts du Scénic IV 5 places mais en en proposant 7.

TA : Quels sont les dérivés qu’on peut espérer sur ce Scénic 082 Genève 2016 TA Eddy Renault Scenic IVIV ? Une version un peu plus musclée ? Une version Initiale Paris avec intérieur clair ?

CS : A ce stade il n’y a rien de défini mais rien non plus qui puisse empêcher la réalisation de versions différentes. On proposera en tout cas en attendant une ambiance intérieure cuir clair (avec sièges massant et chauffants) au catalogue pour le lancement mais pas forcément dans tous les pays. Et puis naturellement rien n’empêche de développer des séries limitées avec des finitions particulières. Le produit n’en est qu’au tout début de sa vie et nous ne nous interdisons rien.

TA : Merci beaucoup.

Entretien réalisé le 2 mars 2016.

Crédits Photos : Renault, Nicolas Verneret, Eddy P., François M., Romain Bresadola et Adrien Séné pour The Automobilist

Merci à Renault et en particulier à Maxime Cannesson.