Le Nouvel Automobiliste
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DUEL DE V8 : QUAND une Aston Martin Vantage V8 rencontre une Maserati GranTurismo S

L’idée m’est venue suite à la question posée par une cliente à un ami qui fait de la recherche personnalisée de véhicules et qui a eu une demande inhabituelle : trouver une Aston Martin à 50.000 € pour l’anniversaire de son mari. Entre challenge et idée, comment se faire plaisir avec un budget certes conséquent, mais loin des valeurs a neuf de ces véhicules haut de gamme en confrontant le résultat de la recherche avec une autre charmeuse, la Maserati Granturismo S. Nées respectivement en 2005 et 2007, voyons ce qu’elles valent encore quelques années plus tard.

Pas question ici de chasser les dixièmes de secondes, sous leurs allures sportives, nos deux belles au grand coeur sont plutôt taillées pour le grand tourisme. Autres points communs, un moteur V8 positionné à l’avant, des puissances tournant autour de 400 ch et des boites robotisées simple embrayage. Et un charme fou 😉

Une fois ce postulat de départ posé, peut commencer le grand débat (sans fin je le crois) : le dessin !
Première impression sur le gabarit : l’italienne dépasse l’anglaise de 50 cm, et c’est peu dire que ça se voit !! Cela lui permet d’offrir deux vraies places à l’arrière, ce qui pourra influencer votre choix de manière non négligeable si vous voulez voyager avec vos enfants. Parenthèse concernant les bagages, les deux ont un coffre conforme au nombre de personnes a transporter et ne sont pas un souci .

Mais au-delà de la taille, tout est question de goût et de pays d’origine. À l’exubérance latine s’oppose la classe anglaise. Dans le détail, la Maserati avec son regard agressif, ses yeux affutés comme ceux d’un félin prêt à bondir, ses ailes voluptueuses et ses immenses jantes de 20 pouces  dégage une impression de force que confirme son arrière trapu et ses grandes sorties d’échappement qui n’attendent que le démarrage pour lâcher un son que vous n’arriverez pas à oublier.

L’Aston Martin fait plus dans la finesse, avec sa calandre traditionnelle, ses feux plus sages et profil plus râblé marqué par son arrière puissant qui donne l’image d’une voiture qui n’attend que de se propulser vers l’avant. Chacune a sa personnalité, et aucune ne manque de prestance, comme nous l’ont confirmé les regards vus tout au long de la journée.

Si les extérieurs sont fameux et très personnels, les intérieurs ne sont pas en reste. La finition du coupé de Gaydon est tout simplement exceptionnelle. L’ergonomie et les petits détails datant de l’époque Ford un peu moins. Ainsi, les commodos et la clef de contact dénotent franchement dans cet environnement. Tout comme la multitude de boutons mal répartis (allez changer de répertoire sur votre clef usb spéciale musique et vous comprendrez) qui affichent leur utilité sur un écran de trois petites ligne, sans parler de l’écran du GPS à la définition datée…

Du coté de Modène, c’est plus rationnel, mais l’on peut se perdre dans la profusion de boutons et la finition comme la qualité des matériaux paraissent un ton en-dessous.

Si admirer ces belles à l’arrêt est déjà un spectacle suffisant, il est temps de voir ce qui se passe une fois en mouvement. Pour des raison pratiques, je ne pourrais vous fournir un essai détaillé de ces deux modèles, et de toute façon, c’est bien à vous de vous faire votre propre avis avant de craquer (comment ça c’est pas possible ?). J’avais eu l’occasion d’aller plus loin avec ces modèles dans une vie antérieure, retrouvez mes impressions ici pour la Maserati et là pour l’Aston Martin.

Par contre, passer de l’une à l’autre dans la même journée permet de bien faire ressortir les caractères de chacune. Et les centimètres en moins de l’anglaise se sentent. Plus alerte, elle se montre plus joueuse et réagit plus promptement. Pas que l’italienne soit paresseuse, elle préfère juste les grandes courbes aux petits virolos.

Mais s’il devait y avoir un vrai concours à faire entre les deux, ce serait plutôt un concert qu’un tour de piste. Le V8 atmosphérique est et restera toujours mon architecture moteur préférée, et pas que pour le son. Mais là, il faut avouer qu’on a affaire à deux très beaux organes. L’Aston Martin tout d’abord, tout en feulement délicat à l’arrêt et bas régimes, et nettement plus rageur et métallique dans les tours et en charge. Un vrai bonheur, sachant qu’il sait se faire discret à l’intérieur, pour préserver cet aspect GT qui lui sied si bien.

Ensuite, la diva ! La GranTurismo S a ceci de spécifique que vous pouvez la reconnaître de loin sans la voir. Elle possède une signature acoustique tellement unique que c’est l’une des rares que vous reconnaissez à coup sûr. Les ingénieurs Ferrari qui se sont penchés sur son berceau n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère et si la mélodie est flatteuse en permanence, ouvrir les clapets (via une touche sur le tableau de bord) réveille un monstre extrêmement volubile et rageur, qui vous séduit à l’accélération et vous achève a coups de crépitements festifs à la décélération. Rien que pour ça, pour ce plaisir unique de diriger un orchestre symphonique du bout du pied droit, cette Maserati mérite le détour…

Cela veut-il dire  que ce match est plié ? Que nenni !! Tout au long de la journée m’est revenue une remarque que je m’étais déjà faite lors de mon premier essai (sur plus de 1000 km à travers l’Italie, la Suisse et la France) : après avoir roulé dans cette Vantage V8, impossible de ne pas l’aimer. Sa boîte est désagréable et son ergonomie déroutante pour ne pas dire pénible, certes, mais elle dégage une saveur unique, faite de classe et de sportivité qu’elle seule sait faire vivre. Et la sono d’origine, forte de 700 W m’a-t-on dit, délivre un son apte à vous faire aimer n’importe quelle musique…

Alors, que faire ? S’il y a des aspects rationnels qui différencient ces autos et dont vous devez tenir compte (nombre de place assises, encombrement) dans votre choix et qui vous dirigent de force vers l’une ou autre, c’est avant tout une question de coup de coeur, d’affinités. Leurs personnalités différentes et bien marquées vous guideront…

Cependant gardez bien à l’esprit que si l’achat est une partie non négligeable (doux euphémisme) de la décision, l’entretien en est une autre bien plus importante encore. Aujourd’hui disponible dans les environs de 50.000 € (l’Aston date de 2008 et s’est vendue 53.000 € tous frais compris), l’entretien et le prix des pièces détachées sont indexés sur la valeur à neuf des véhicules, dépassant allègrement les 120.000 €. Avant de craquer, assurez-vous bien de pouvoir assumer ces fameux frais, sinon votre expérience tournera court…

En attendant, je vous laisse apprécier l’intégralité des photos :

Crédits photo : Thomas WAELDELE, Nicolas Rhn et Allan Photography pour The Automobilist
Merci au Château de Pourtalès et son équipe pour l’accueil reçu lors de nos prises de vue.

Merci à Top Car Consulting pour la mise à disposition de l’Aston Martin et à Cédric de s’être prêté au jeu avec sa Maserati.